Vendredi 16 mai 2008

C'est plutôt étrange cette esthétique commune aux pochettes de ces deux disques achetés l'autre soir... Un hasard ? Pas sûr...

Pourquoi donc l'homme s'enfonce-t-il dans l'eau ? Quel lourd secret croit-il noyer ? Connaissait-il la fille gisant à terre près du casino ? Peut-être l'a-t-il tuée ? Et, sur l'autre rive, derrière les collines aux reflets orangés, la femme fatale au chapeau sait-elle déjà qu'il ne viendra plus ?



























par Ska publié dans : Images éparses
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Mercredi 14 mai 2008


Le lieu portait le nom d’un mauvais album de Madonna. L’Erotika était logiquement situé à Pigalle, pas loin de l’Elysée Montmartre, de la Cigale, entre phosphorescents sex shops et minables échoppes. Déjà touristique, le quartier, sous les néons fluos. Mais bien moins qu’aujourd’hui, aseptisé, safe, nettoyé des filles et des travestis qui alors y faisaient tache…
Thomas, le chanteur de ce groupe de rock alternatif que tu aimais bien, venait de lancer un nouveau projet. Ce groupe, dont l’album avait été produit par le guitariste de FFF, devait jouer ce samedi-là à l’Erotika. Il s’y produisait assez régulièrement, avais-tu cru comprendre. Dans la semaine, parce que tu avais entendu parler d’invitations à récupérer sur radio 102.3, tu étais allé, un midi, chercher deux places pour le concert.


Ce samedi-là, donc, vous débarquiez à l’Erotika. Vous ne vous étiez pas renseignés. Vous ne saviez pas qu’il ne s’agissait pas vraiment d’une salle de concert. Il avait beau être près de minuit, la salle était vide. Les mecs en sapes chics et les nanas apprêtées qui arrivaient peu à peu ne laissaient planer aucune ambiguïté sur la nature du lieu. De toutes façons, peu de gens, à cette heure, étaient là pour le groupe. D'ailleurs, il était patent qu'il n'allait pas jouer tout suite...
Cela faisait un moment que tu n’étais pas rentré dans une discothèque. Une discothèque, vous auriez dû vous en douter. La musique, crois-tu te souvenir, était médiocre. Boire, il n’y avait que ça à faire. Les consos s'additionnaient encore en francs. Les gens dansaient mollement. L’ennui infusait lentement.

Puis vint l’heure du concert. Son dernier show. Mais, ça, tu ne le savais pas encore.
Sa prestation, tu ne t’en rappelles pas vraiment bien. Le groupe, livrant avec fougue son funk-rock en français, s’amusait, c'est sûr. Devant un public majoritairement indifférent, principalement impatient que les instruments dégagent et que le dancefloor s’électrise. Tu sais pourtant, sitôt les amplis éteints, que vous êtes partis. A l’époque, tu aimais bien moins danser qu’aujourd’hui.


Le surlendemain, un entrefilet dans un journal.
Le chanteur était tombé du toit.
Après le concert, il avait entrepris l’escalade de la façade de l’immeuble. Perché une fois de trop.
Et pendant que tu rentrais, que tu te couchais, que tu t’endormais, à seulement quelques centaines de mètres de toi, il avait glissé.

On l’a un peu oublié aujourd’hui. Les disques de ses deux groupes ne traînent sans doute même plus dans les bacs à soldes. Toi, tu aimes bien, pourtant, les réécouter parfois. Des échos, des larsens d'adolescence...
C’est en recherchant il y a peu les accords de La mouche, chanson qu’il avait reprise en guise de clin d’œil avec son premier groupe - le plus connu - que tu avais incidemment repensé à lui, à cette soirée parisienne lointaine et floue, à cette énième tragédie rock à la con…

 

par Ska publié dans : Songbook
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Mardi 6 mai 2008
Est-ce que ça vaut vraiment le coup de parler ici du nouveau clip de Justice ? En parler, c'est alimenter la polémique, celle-là même, recherchée, pour laquelle il a été balancé il y a quelques jours sur Internet.
Pourtant, oui, ça vaut le coup. Parce qu'on est le 6 mai 2008. Parce que l'irresponsabilité et l'immaturité politique, ça va bien ! Parce que les fictions qui viennent légitimer les discours les plus vils me foutent en rogne. Et parce que le morceau - excellent - ne méritait pas pareil traitement.


Ce clip, donc, est signé Romain Gavras, pillier du collectif Kourtrajmé. Pour aller vite, on pourrait dire que c'est un peu le refoulé de La Haine (d'ailleurs, rappelons que Mathieu Kassovitz et Vincent Cassel comptent parmi les parrains de ce collectif féru de cinéma tape-à-l'oeil et de culture hip hop). Il met en scène une bande de jeunes venant semer la zone dans Paris. Des jeunes de quartiers "sensibles" forcément, des noirs et des arabes bien sûr (!). Mais tu vois, il y a de la distanciation, les jeunes, là, ils viennent dans des cuirs griffés Justice. On donne à voir au spectateur ce qu'il a envie de voir, on le confronte aux représentations qu'il se fait du monde, de la banlieue. Et puis surtout, tu vois, il y a le message trop rebelle à la fin, quand la bande, jusqu'alors filmée en caméra subjective, se retourne contre le journaliste, le roue de coup et l'invective pour dénoncer la propension des médias à filmer la violence. Trop forte, la dénonciation, les mecs ! Belle hypocrisie, surtout. C'est bien, finalement, de l'avouer par inadvertance dans votre clip, cette fascination pour les images de chaos que vous partagez avec votre double de fiction planqué derrière la caméra. Comme une prise de conscience soudaine, une belle manière de se tirer une balle dans le pied... Le prétexte éculé de la critique des médias (qui fleure bon la démagogie rance du "tous pourris") servait déjà à Ruggero Deodato pour justifier, il y a près de trente ans, les atrocités filmées dans son impressionnant Cannibal Holocaust (plus récemment, on pensera aussi à la posture du complaisant donneur de leçons Michael Haneke dans Funny Games).
Cette posture qui, au final, sert à se dédouaner à peu de frais rend encore plus antipathique ce clip, même pas fichu d'assumer jusqu'au bout ses penchants punks et nihilistes, même pas foutu, surtout, de suivre jusqu'au bout ses personnages... Ouais, tu vois, nous, en fait, on cautionne pas, hein ! On met en garde. C'est notre rôle d'artistes, tu vois... Très bien, mais, vous savez, c'est pas super fin votre discours, les gars... Certains pourraient mal l'interpréter... Et puis, en même temps, on se souvient tout d'un coup que les deux musiciens de Justice viennent de Versailles (en banlieue, non ?), qu'on les écoute sans doute bien peu dans ce qu'ils imaginent être "la banlieue" et qu'ils sont un peu en manque de "street credibility". Faut les comprendre, les pauvres... D.A.N.C.E., le tube bubblegum tout gentil, tout rose, leur colle tellement aux semelles qu'ils lui font même un sort (à 4' 53) dans ce nouveau clip révélant enfin leur côté sombre...

Par ailleurs, plus que La Haine (qu'on l'aime ou pas, le film était novateur et porteur d'un discours respectable), le clip de Romain Gavras me paraît viser un diptyque essentiel du cinéma américain des années 70 : Assaut de John Carpenter et Les Guerriers de la nuit de Walter Hill. Certains morceaux de Justice évoquait d'ailleurs déjà les compositions minimalistes de John Carpenter pour ses films. The Warriors et Assault on Precinct 13, donc, se répondaient : l'un statique (prototype du film de siège), l'autre en mouvement constant (et préfigurant les jeux de plateaux). Quand l'un proposait une variation, sur le mode Rio Bravo, du film fondateur de l'horreur contemporaine (La nuit des morts-vivants de George A. Romero), l'autre inventait le jeu vidéo transposé au cinéma alors que les consoles et les ordinateurs personnels n'en étaient pour le grand public qu'à leurs balbutiements. Dans ces deux films, la stylisation extrême mettait à distance le réalisme et la fascination des réalisateurs pour les phénomènes de bandes urbaines. Juste retour de choses, Carpenter se souviendra d'ailleurs très bien du film de Walter Hill et de sa déambulation d'un quartier à l'autre, des affontements contre différents adversaires (une nouvelle bande correspondant à chaque nouvel espace), quand il tournera peu de temps après New York 1997...




Cette distance, cette stylisation, ce sens de la mise en scène venant sublimer de pauvres arguments de série B, c'est bien ce qui manque au nouveau clip de Justice. Cette vidéo, on n'a vraiment pas envie de  la regarder avec n'importe qui tant elle vient - au corps défendant de ses auteurs, j'en suis sûr - alimenter tous ces discours abjects que l'on nous sert depuis trop longtemps sur l'insécurité.

Problème presque similaire, finalement, pour un autre clip récent signé Romain Gavras, misant déjà tout - et trop - sur le spectaculaire, l'effet pour l'effet...


Signatune
, pour DJ Medhi, avait, c'est certain, de l'allure (comme le clip de Stress). Il était même assez drôle. Mais il y avait déjà là-dedans un truc embarrassant, ce regard condescendant de celui qui vient filmer les trognes, les tronches des non-professionnels (ici des adeptes du tuning), pour que le téléspectateur se marre à peu de frais. On imagine les séances de castings de Signatune et de Stress et on a juste envie de vomir face à tant de cynisme. Une sorte de syndrome Strip-Tease (cette série de documentaires belges souvent peu respectueux de ceux qu'ils filment) appliqué au clip musical...

par Ska publié dans : Vidéos musicales - Notes éparses
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Lundi 28 avril 2008

Il est des disques dont l'importance manifeste nous donne envie de rompre avec nos mornes habitudes de consommation discophile, habitudes balançant entre achats hebdomadaires et téléchargements aléatoires.
Il est des disques dont le relief, soudain, voue les autres à l'anecdotique. Des disques, surtout, que l'on a envie d'écouter autrement.
Il fallait marquer le coup, rompre avec les habitudes, avec ses petites virées d'après boulot à la Fn*c qui se soldent souvent par l'achat d'un (ou plusieurs) cd.
Bien sûr, le troisième album de Portishead, je n'ai pas attendu aujourd'hui pour l'écouter. Nous sommes nombreux à l'avoir fait bien avant sa sortie. Grâce ou à cause d'Internet, on l'écoute depuis un mois et on est subjugué. Mais ces fichiers mp3 atterris sur un cd lambda désincarnaient l'album le plus organique et le plus entêtant de ce début d'année. Du coup, Third, je ne l'ai pas tant écouté que ça. Suffisamment, toutefois, pour commencer à mesurer l'ampleur et la richesse de l'objet. Mais j'attendais sa sortie pour le laisser m'ensorceler.
Soyons honnête, j'achète très rarement un album que j'ai récupéré avant sa mise en vente. C'est le drame ordinaire qui fait que je n'ai qu'une pâle copie du dernier Black Keys, de Pocket Revolution de dEUS ou de White Chalk de PJ Harvey. Tant de disques attendus avec ferveur, signés par des artistes invariablement chéris, mais que le hasard ou une bonne âme ont mis entre mes mains avant leur parution, brisant ainsi la poussée de désir liée à une date de sortie affichée en point de mire mental (notion aujourd'hui vouée à l'obsolescence tant pour les disques que pour certains films). Bref, une fois gravé, il m'est difficile, face à la tripotée de disques me faisant de l'oeil, de céder pour un objet que j'ai déjà, certes dans une version affadie, chez moi...
Mais pour Third, il ne pouvait en aller qu'autrement. Sentiment évident - conforté tandis que résonne The Rip dans les enceintes - que ce disque venait interrompre quelque chose, arrêter le temps, remettre quelques compteurs à zéro, casser le flux de mes enthousiasmes, de mes déceptions et de mes passades d'un jour ou d'une semaine. Ce disque était ailleurs. Ce disque était d'ailleurs.
Third aurait pu n'être qu'un cd de plus. D'ailleurs, j'aime bien Portishead, mais mes vraies affections se sont toujours portées sur d'autres groupes, sur d'autres disques. Le troisième album de Portishead ? Mouais, faut voir... Eh bien, désormais, c'est tout vu.
Third, donc, devait d'emblée trouver sa place ailleurs. Pas sur ces étagères, pas dans ces tiroirs, pas dans ces tours. L'écouter se mériterait. Il faudrait se lever pour profiter du disque. Changer de face. Changer de disque. Comme avant. Cet album ne souffrirait pas d'être écouté par inadvertance. Il décrasserait mes oreilles, rejoindrait quelques autres merveilles analogiques dont le poids fera pester quiconque participera à mes futurs déménagements.
C'est pourquoi quand j'ai vu le 33 tours de Third, le récupérer sous cette forme s'imposa d'emblée comme une évidence. L'objet même, au-delà de la musique enregistrée, porterait cette singularité puisque je me refuse d'habitude à acheter des nouveautés en vinyl. Qu'importait ce soir le scandale m'amenant à payer près du double du prix initial pour avoir Third dans sa version cartonnée et grand format. Le choisir, c'était tout à l'heure comme acquérir mon tout premier disque. L'émotion ressentie, souvent, en achetant le nouvel album d'un artiste aimé est différente. Ici - allons-y pour les superlatifs ! - je savais déjà que le disque était l'un des plus grands jamais enregistrés. Je n'ai pas fini de regretter la phrase précédente, mais peu importe : un blog se conjugue au présent.
Poser Third sur la platine, frissonner en entendant bruit de l'électricité statique au contact du saphir, c'était, pour le moins, lui donner dès ce soir sa vraie place : celle d'un authentique chef-d'oeuvre.

par Ska publié dans : Instantanés communauté : Le Monde du Rock
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Samedi 26 avril 2008

Bourré à craquer le Trabendo pour le retour de dEUS à Paris. La polémique qui vient de Belgique quant à l’absurde embargo imposé aux journalistes par Universal, on s’en tape. L’un des meilleurs groupes du monde joue ce soir à Paris. Et les morceaux de Vantage Point, découverts depuis lundi, bourdonnent déjà dans mes oreilles, en rotation lourde. Evidents, savants, terriblement accrocheurs, ils prendront un relief prodigieux à l’épreuve de la scène : du tubesque The Architect jusqu’à l’ultime morceau de l’album, Popular Culture, joué en dernier pour le second rappel et rappelant enfin, après les explosions soniques et les arrangements tortueux, la douceur et la science mélodique de Little Arithmetics. Dans cette salle à la configuration si étrange, cerné par le public, Tom Barman semble s’amuser, se lâcher. C’est un bon soir. Le leader de dEUS est d’humeur dansante. Et Dieu sait si on l’a connu plus crispé.
Il apparaît assez évident que ce groupe enfin stabilisé, après de nombreux changements de personnel, n’a qu’un défaut tout relatif : celui de venir de Belgique. Si dEUS était un groupe anglais ou américain, gageons que ce ne serait pas au Trabendo qu’ils joueraient ce soir-là, mais juste à côté au Zénith… Ce n’est pas le cas. Tant mieux. A côté des nouveaux morceaux tous remarquables, le groupe aligne ses classiques avec autant de fougue que de classe : Fell off the Floor, Man, Instant Street et son irrésistible crescendo, Theme From Turnpike, For the Roses, Suds and Soda
Et les souvenirs de ce groupe-compagnon affluent en vrac. Douze ans dans mon rétroviseur intime. La découverte du groupe via un cd des Inrocks où explosait Fell off the Floor, Man (ce morceau, je crois que je ne m’en remettrai jamais) ; un show-case acoustique à la Fn*c Bastille ; les concerts de la fin des années 90 à la Cigale ou au Festival de Saint-Nolff, quand le beau Stef Kamil Carlens, parti depuis fonder Zita Swoon, faisait encore partie du line-up originel ; l’enchantement pop de The Ideal Crash ; le retour raté mais émouvant de la Route du rock 2004 ; la projection du long métrage d’un Tom Barman revenu au quasi-anonymat sous ses frusques de cinéaste au mk2 Beaubourg ; le concert de l’Olympia, Arno dans la salle, pour la sortie de Pocket Revolution ; celui de Paris-Plage il y a bientôt deux ans, où, divine surprise, SKC vint rejoindre Tom Barman pour enfin, frères ennemis réconciliés, rechanter avec lui Suds and Soda.
A voir le groupe jeudi soir, je me dis que la liste de ces bons souvenirs n'a pas fini de s’allonger.



par Ska publié dans : Instantanés communauté : Le Monde du Rock
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Lundi 21 avril 2008

Hier soir, pendant tout le concert de Gogol Bordello, assurant la première partie de The Hives au Zénith, on pouvait lire ceci en lettres rouges défilant sur deux panneaux lumineux : "stage diving / slam interdit sous peine d’exclusion"
Ce n'est pas que votre serviteur soit un adepte de la chose, mais tout de même... Si le Zénith ne voulait pas qu'Iggy Pop ou Mathias Malzieu de Dionysos remettent les pieds sur sa scène, il ne fallait pas s'y prendre autrement. Et puis si on interdit désormais de slammer aux concerts de rock, on ouvre la voie à quoi ?


- Accès à la fosse interdit aux plus de trente ans
- Interdiction de se frayer un chemin dans la foule une fois le concert commencé
- Interdiction de déborder, en dansant, le périmètre autorisé à chaque spectateur
- Interdiction de décoller ses deux pieds du sol de manière simultanée

- Interdiction de chanter faux
- Interdiction de frapper dans les mains à contretemps
- Interdiction de siffler la première partie
- Interdiction de discuter au bar pendant les concerts
- Interdiction de photographier sous peine de confiscation de l’appareil
- Interdiction de renverser son gobelet de bière par terre
- Interdiction d’assister au concert sans bouchons d’oreilles
- Interdiction de pogoter
- Interdiction de porter un tee-shirt à l’effigie d’un autre groupe que celui à l'affiche
- Interdiction de se lever pour quiconque aurait une place assise (une tolérance sera éventuellement accordée pour le rappel)
- Interdiction de réclamer un second rappel
- Interdiction de stationner dans la salle plus de cinq minutes après la fin du concert

 

Comment ? Certaines propositions ci-dessus ont déjà été validées ? Ah bon ?

 

par Ska publié dans : Instantanés communauté : Le Monde du Rock
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Lundi 14 avril 2008
Il y a une petite quinzaine d'années, autour de Beck, la pop se fit bricoleuse. Le folk venait chercher des poux dans la tête du funk, les samples et les machines s'incrustaient dans les studios au milieu des instruments vintage. Sur des structures volontiers décharnées, les apprentis-sorciers du Beta Band, les anglais de Cornershop se révélèrent, dans le sillage du blondinet californien, bidouilleurs de génie. Puis quelques tubes éphémères propulsèrent Eels, Badly Drawn Boy ou le momentanément mainstream Jude dans cette grande famille d'expérimentateurs. Certains n'ont enregistré que quelques albums (Cornershop), d'autres ont disparu (Jack, The Beta Band), d'autres poursuivent leur route, modestement, loin des lumières qui pavaient leur chemin à l'orée du 21e siècle (Eels, Jude) et les plus timides donnent trop rarement de leurs nouvelles (Baxter Dury, The Notwist). Déjà démodés, leurs collages pop, parfois éloignés de plusieurs années, participaient pourtant d'un même mouvement où l'érudition le disputait à la technique et à l'inventivité. On ne parlait pas encore de renaissance du rock. Mais la pop était belle à voir. Petite compil dans le rétroviseur, par ici... http://7and7is.muxtape.com/

Baxter Dury - Fungus Hedge
The Notwist - Neon Golden
The Beta Band - Dogs Got a Bone
Cornershop - Candy Man
Beck - Beercan
Jude - Rick James
Jack - Disco Cafe Society
Eels - That's Not Really Funny
Badly Drawn Boy - All Possibilities
par Ska publié dans : 9 Songs (une radio)
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Dimanche 6 avril 2008

Ce n'était pas un très bon acteur. Et quoique terriblement réactionnaire, il aimait bien porter la jupette (dans Ben Hur, dans Les dix commandements). S'il n'avait pas la classe d'un Steve McQueen, ses rôles tardifs ouvrirent pourtant la voie à tous les "action heroes" des années 80, Arnold Schwarzennegger en tête. Il n'est pas anodin, d'ailleurs, que deux des films les plus emblématiques de la science-fiction des années 70 (La planète des singes et Le survivant) aient donné lieu récemment à deux remakes médiocres, pas étonnant qu'on l'ait vu participer à la première vague des films catastrophes (747 en péril, Tremblement de terre), pas étonnant non plus que James Cameron lui ait demandé d'apparaître dans le fade True Lies, ce film dans lequel jouait justement l'actuel gouverneur de Californie du temps où il essayait encore de faire l'acteur. Science-fiction, anticipation, catastrophisme, pessimisme radical, les jalons posés par quelques films dans lesquels Charlton Heston joua dans les années 70, on n'allait pas finir de les retrouver développés plus tard dans tant de films d'action de la fin du vingtième siècle.  Alors, bien sûr, il joua aussi pour les plus grands metteurs en scène (Anthony Mann dans Le Cid, Orson Welles dans La soif du mal, Nicholas Ray dans Les 55 jours de Pékin, Sam Peckinpah dans Major Dundee), mais, franchement, réussirait-on longtemps à soutenir que c'était un bon acteur ? Non, plutôt le mec qui était là au bon moment, qui apportait soudain une prestance physique et une mâle assurance inhabituelles à Hollywood. Alors, voilà, il n'y était pas très bon, mais Charlton Heston était l'acteur principal de La planète des singes ou de Soleil vert. Et ça, ce n'était pas rien...


Ceci dit, quand Mozinor remixe Ben-Hur, ça donne ça...

 





Et puis, plus sérieusement, cette scène finale, mythique, l'une des plus belles de l'histoire du cinéma...



par Ska publié dans : 24 images/seconde
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Jeudi 3 avril 2008
C’était comme des retrouvailles.
Ça faisait longtemps que l’on ne s’était vus. Entre nous. Pour vous. Malgré ces beaux moments vécus ensemble par le passé, malgré les livres des Chats Pelés, malgré cette affiche du Bout du toit trônant depuis toujours dans mon salon.
On se croisait dorénavant dans des festivals, des fêtes de l’Huma boueuses, des manifs, des rassemblements citoyens.
La dernière fois, c’était bien déjà : dans un Bercy quasiment déserté, passé minuit, vous clôturiez une soirée de concerts organisés et programmés par Louise Attaque…
Mais ça faisait un petit moment que je n’étais pas allé vous voir jouer à domicile. Juste vous…
Banco, nouveau disque, valait bien cela. Car il me toucha comme Le bout du toit il y a déjà douze ans. Retour à la chanson après les embardées rock parfois brouillonnes de Fragile, ce disque en rouge et noir gâché par quelques morceaux trop ironiques mais sauvé in extremis par les hollandais de The Ex (sur De Kracht). Oui, je dois vous l’avouer, vous aviez fini par m’ennuyer un petit peu. Ce – il n’y a pas de hasard – depuis l’inégal Qu’est-ce qu’on s'fait chier ! Alors Banco me ravit par surprise. "Not Dead But Bien Raides", comme vous disiez aux grandes heures du rock alternatif et du premier album, celui dont les échos ne cessent de résonner encore aujourd’hui, quand Christian troque son piano à bretelles contre sa Fender à six coups.
Oui, parce qu’il faudrait casser, une bonne fois pour toutes, cette image des Têtes Raides en groupe de chanson réaliste. Voire passéiste. Ce n’est pas parce qu’un accordéon est souvent de la partie, parce que Christian se vêt tout de noir toujours, parce qu’il cite Robert Desnos ou Boris Vian que l’on nage dans ce folklore rance qui nous pue au nez. Vos imitateurs, nombreux et parfois pénibles, ont un peu galvaudé votre image. Vous n’y pouvez rien. C’est bien simple : sur les blogs consacrés au rock, vous n’existez pas. Il y a comme un malentendu. Mais vous avez toujours été rock dans le fond. Éminemment contemporains, aussi, des injustices agitant la société française. Pourtant, le rock, il en est qui croient encore que ça ne se chante qu’en anglais et que ça ne se conjugue qu’au son des guitares électriques. Après tout, pourquoi pas. Laissons leur ces certitudes. Ici, on n’aime pas trop les étiquettes. Et puis pourquoi, finalement, devrait-on ranger votre musique (vos musiques) dans une case dûment répertoriée ?

***

 

Ce qui m’étonna le plus hier soir, ce fut de constater votre capacité à renouveler votre public (encore que vous ne fassiez rien de particulier pour cela, j’en suis sûr). Quand paraissait Les oiseaux, la grappe de collégiens et collégiennes si fébriles devant moi ne devaient même pas être nés. Pourtant, là, dans leurs gestes malhabiles, dans leurs pogos maladroits, dans leur manière de faire bloc, soudés les uns aux autres, cherchant sans cesse dans le regard de l’autre le miroir de leur audace autarcique, ils étaient touchants. Vraiment. Premier concert peut-être. Une sortie en groupe encore inhabituelle ? Les parents les attendaient peut-être dehors. Qui sait... Flirt timide, baisers mouillés quand ralentissait la cadence. Alors, les Têtes Raides, groupe de lycée ? Eh bien, oui, sans doute un peu… Comme Trust ou Téléphone en leur temps… Comme Renaud – dont vous repreniez le cinglant Hexagone lors de votre tournée précédente – dans les années 80. Rassurant, ça, finalement : les teenagers ne jurent donc pas que par Pete Doherty. Ils aiment aussi les groupes citoyens, la littérature, les cuivres, les cordes et la poésie. Surtout, ils deviennent fous – eux aussi – quand claquent, au rappel, les premiers accords de L’iditenté, hymne anti-cons jadis chanté avec Bertrand Cantat. Rassurant, oui, comme ce stand Act-Up que vous avez hébergé toute cette semaine au Bataclan, comme cette femme tractant pour la manif de samedi contre la "xénophobie d’état".
Bon, il est vrai aussi – je dois vous le dire quand même – que le plus beau moment du concert fut paradoxalement celui où l’attention générale se relâcha d’un cran : cette parenthèse lettrée de vingt minutes, où les mains devant moi se baladèrent mutines, où les corps se rapprochèrent électriques, où l’impatience immature vint se nicher dans les creux de ces motifs rythmiques hypnotiques que vous, sur scène, vous dessiniez patiemment… Oui, pas faciles, quand on a quinze ans, les vingt minutes de lecture de Notre besoin de consolation est impossible à rassasier de Stig Dagerman. On les sentait s’agacer (mais d’autres plus âgés aussi). Ils en profitaient pour souffler, s’adosser contre les murs du Bataclan, se frôler, se tester, et, pour les plus audacieux, s’embrasser encore. Du moment qu’ils ne piaillaient pas, qu’ils me laissaient, moi, boire ces mots lumineux sur le fil du désespoir.
Hier, donc, certains vous découvraient sans doute.
Hier, donc, je vous retrouvais.
Et c’était bien.

 

par Ska publié dans : Instantanés
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Dimanche 30 mars 2008


Si on me demandait ce que c’est que le rock'n'roll, j’emmènerais illico la personne me posant cette question assister à un concert de Supergrass. D’aucuns citeraient d’autres groupes. Moi, c’est la clique à Gaz Coombes. Sans hésitation. Je n’ai jamais vu, sur scène, une telle sincérité, une telle énergie, un tel plaisir à jouer, à partager la musique avec l’auditoire. D’aucuns citeraient d’autres groupes. Moi, c’est la clique à Mick Quinn.
Donc Supergrass vient de sortir son nouvel album. La plupart des gens s’en foutent. Supergrass, ils sont arrivés un poil de rouflaquette après la britpop et ils n’ont pas publié leur Definitly Maybe, leur This is Hardcore ou leur Think Tank… Pourtant, le disque était attendu avec pas mal d’appréhension puisqu’on se souvient que l’été dernier, Mick Quinn, bassiste/choriste irremplaçable, avait eu la bien mauvaise idée de passer par une fenêtre lors d’une crise de somnambulisme. Dos pété, rééducation. Les autres tournèrent sous un autre nom le temps qu’il se remette. Mais qu’en serait-il de l’album ?
Après Road to Rouen et sa tournée semi-acoustique, on parlait d’un retour au rock des premiers albums. Et, pour moi, I Should Coco, le premier disque d’un groupe alors trio, a quand même la valeur d’un classique. Eh bien, ça commence en effet dans cet esprit-là. Le riff d’entrée, celui de Diamond Hoo Ha Man, évoque les White Stripes et quand la grosse caisse vient le rythmer, on pourrait penser s'être trompé de disque. Sauf que les petites inflexions funks de la guitare de Gaz dissipe vite le doute ; et quand explose le refrain, on se rappelle que Danny Goffey, batteur sur roulements, est bien plus proche de Keith Moon que de la métronomique Meg White. Dommage, pourtant, car alors qu’il s’achève, on ne sait pas encore que Diamond Hoo Ha Man sera le meilleur morceau d’un album un brin dévevant. Bad Blood et Rebel in You, qui suivent, sont de bons morceaux de Supergrass, mais, déjà, on se dit que le disque ne nous surprend pas vraiment, qu’on y entend juste ce que l’on attendait. Et que c’est quand même beaucoup moins bien qu’avant… Impression renforcée avec des ballades dispensables (When I Needed You, The Return of…, bien en-deça des morceaux mid-tempo de Road to Rouen). Bien sûr, il y a toujours ces refrains explosifs comme eux seuls savent les composer (345), mais l’impression qui se dégage assez vite est celle d’un groupe privilégiant le pilotage automatiques aux embardées risque-tout de la remise en question. On rapproche souvent – et à juste titre – Supergrass de T-Rex (Life on Other Planets étant l’album où la parenté était la plus manifeste). Mais point de Cosmic Dancer ici. Que des Get it On... Et la réécoute de Road to Rouen (album un peu sous-estimé) pendant l’écriture de ces lignes, donne une vilaine claque à ce nouveau disque s’achevant péniblement avec deux morceaux sans surprise (Outside et Butterfly, indignes des ouvertures promises par Tales of Endurance ou Roxy sur l'album de 2005).
Pourtant, les quelques images récentes du groupe, les montrent toujours aussi incandescents, toujours aussi classes. Bref, vivement la tournée…



par Ska publié dans : Bande son communauté : Le Monde du Rock
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Communiqué

Sauvons la culture !
Appel à une mobilisation citoyenne pour l'art et la culture

Face au désengagement sans précédent de l'Etat, des artistes et des acteur(e)s du monde de l'art et de la culture, tous domaines confondus, se sont réunis pour affirmer le caractère essentiel de la création, le droit inaliénable pour tout être humain d'accéder à l'imaginaire et à la pensée, à l'éveil sensible et à l'esprit critique.

Tous les champs et toutes les disciplines de l'art et de la culture appellent à une mobilisation pour une politique culturelle ambitieuse, intelligente et généreuse, à la hauteur de l'enjeu démocratique.

Emparez-vous de ce texte, signez-le et faites-le signer ici.

Et rendez-vous le mercredi 7 mai pour une grande journée de mobilisation nationale autour du texte, dans tous les lieux d'art et de culture (théâtres, lieux de spectacles et de danse, cinémas publics et privés, lieux d'expositions, lieux d'arts contemporains, lieux de culture multimédia, lieux de musiques, opéras, centres culturels, MJC, foyers ruraux, conservatoires, bibliothèques, médiathèques, universités, écoles, collèges, lycées, musées, écoles d'arts...).



mardi 22 avril 2008


La remise en cause brutale de nombreux financements liés au soutien à la création indépendante, à la démocratisation de l’accès à la culture, à la politique de la ville, à l’éducation, l’enseignement supérieur et la formation professionnelle artistiques ou encore aux actions internationales, suscite inquiétude, indignation et colère chez tous ceux qui œuvrent au quotidien pour l’art et la culture.

Cinquante ans de politiques culturelles innovantes et audacieuses ont permis la création d’un maillage culturel territorial quasiment unique au monde. Des salles de cinéma, des théâtres, des bibliothèques, des lieux de spectacles et d’expositions, des orchestres, des artistes de toutes formes d’expression artistique (théâtre, danse, musique, cinéma, arts visuels, arts du cirque et de la rue…) qui se déplacent sur tout le territoire, des associations, des festivals et manifestations liés à tous les arts, permettent partout en France, à un vaste public de rencontrer des œuvres, leurs auteurs et interprètes.

Aujourd’hui, cette richesse collective est mise en péril.

« Le budget d’austérité » proposé par notre ministre de la Culture et de la Communication et par le Premier ministre, ainsi que les arbitrages annoncés pour l’année 2008, les perspectives sombres des futurs budgets bientôt triennaux nous alarment à juste titre. La part de la Culture représente déjà moins de 1 % du budget de l’État. Comment accepter que ce chiffre soit encore révisé à la baisse ?

Des dizaines de milliers d’emplois sont concernés. L’existence même de nombreuses actions et structures est menacée. Mais, par-delà l’aspect financier, c’est le renouvellement des talents, l’unité et la solidarité entre générations, le droit à accéder aux langages de l’art, à l’expression et à la création qui sont en danger.

Les collectivités locales, depuis des années, interviennent massivement en faveur de l’art et de la culture. Si elles sont amenées à jouer un rôle plus important, l’État a un rôle à jouer pour garantir l’égalité entre les territoires et assurer la cohérence, la complémentarité et la diversité des politiques publiques pour la création artistique et son appropriation citoyenne.

Nous soutenons que l’État doit affirmer le caractère essentiel de la création, le droit inaliénable pour tout être humain d’accéder à l’imaginaire et à la pensée, à l’éveil sensible et à l’esprit critique par l’art et la culture.

Pour cela, il doit :

- garantir la diversité des créations, tant dans leurs moyens de production que de diffusion, et non les réduire à des produits de consommation culturelle en les livrant à la seule loi du marché ;

- assurer à tout citoyen la rencontre avec des œuvres en accompagnant de manière volontariste l’action et la diffusion culturelles, et en épaulant les artistes et les relais institutionnels et associatifs ;

- maintenir et promouvoir l’éducation artistique dans les programmes de l’Éducation nationale en lien avec le ministère de la Culture et de la Communication. Réconcilier les enfants, à l’école comme à la télévision, avec toutes les formes d’intelligence ; les aider dans les établissements scolaires comme à l’extérieur, à distinguer une œuvre d’un produit ; leur donner le choix des arts dans leurs diversités, en faire une chance et une arme contre les déterminismes et les divisions.

L’État doit contribuer réellement au financement de cette ambition qui fait de la France une exception et lui confère son rayonnement et son attractivité internationale. Nous devons résister à ces bien maigres économies qui causeront de bien grands dégâts (Victor Hugo).

À quelques semaines de la présidence française de l’Union européenne, nous nous devons de relancer le débat national pour le porter ensuite au niveau communautaire.

Rassemblant toutes les disciplines artistiques, nous exigeons que cette question cruciale soit replacée au cœur des préoccupations de notre société.

Aussi appelons-nous à la mobilisation pour une politique culturelle ambitieuse, intelligente et généreuse, à la hauteur de l’enjeu démocratique.



http://sauvonslaculture.fr/

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