Mercredi 4 novembre 2009

Deux textes écrits récemment pour Bref, le magazine du court métrage, pour deux très beaux films interrogeant notre rapport à la musique. Ou comment, dans le premier, les chansons de variété les plus banales, reflets de la fiction sentimentale qui se déroule à l'écran, touchent parfois à l'essentiel. Mais aussi comment , dans le deuxième, le simple fait de filmer des proches se passant un disque en dit souvent bien plus sur eux (et sur qui filme) que bien des longs discours...

Puisque tu pars de Julien Hilmoine

La fuite, les regrets, l’élan, les adieux. Quatre séquences pour un film “en chanté” au propos plutôt anodin mais à la manière enthousiasmante.

Pierre, jeune musicien, part vivre en Australie. Il laisse ici Aurélie. Elle l’aime. Lui non plus. Comment lui dire adieu… Sentiments rebattus de chansons en chansons : les histoires d’amour finissent mal en général et c’est le lot de la pop song que de nous le rappeler comme s’il s’agissait à chaque fois d’une toute première fois.

Puisque tu pars prend le parti d’illustrer cela avec trois tubes signés Jean-Jacques Goldman. Entreprise risquée s’il en est tant les chansons de celui-ci, ancrées dans la mémoire collective, paraissent peu propices à féconder le champ d’un jeune cinéma d’auteur se rêvant plus pop que “variétoche”. Pourtant la magie opère car le dispositif met à nu ces “banales songs”, les révèle dans une beauté paradoxale qui doit tout au cinéma et à la mise en perspective opérée par le réalisateur (secondé, pour les arrangements, par Jean- Charles Versari*).

Quand arrivent les premiers mots de C’est pas d’l’amour, au détour d’une scène de rupture, on craint le clin d’œil stérile (une sorte d’On connaît la chanson du pauvre), mais Julien Hilmoine s’empare sans embarras d’un corpus trivial pour creuser une intuition passionnante. Celle selon laquelle une chanson, aussi facile fût-elle, pourrait contenir en quelques mots toute une histoire, les tournants de nos vies ne valant peut-être pas plus que quelques vers. C’est le paradoxe de Puisque tu pars : ne plus trop savoir ce qui des chansons ou du scénario préexista à l’autre, ne plus savoir si on se trouve face à l’œuvre d’un fan ou d’un esthète conceptuel fasciné par les refrains populaires et leur faculté à doubler nos vies tel un écho.

Surtout – et c’est le plus important – on sent ici une sincérité si prégnante qu’elle rend le film assez bouleversant. D’une voix malhabile, hésitante, souvent fausse, les deux comédiens principaux s’emparent sans cynisme des émotions contenues dans les mots de Goldman, les incarnent littéralement, elle avec ses grands yeux tristes et embués, lui avec sa gêne de ne plus aimer. Perpétuellement sur le fil du ridicule – notamment lors de la séquence chorale des adieux – c’est finalement la grâce qui l’emporte, faisant de ce film fragile un objet atypique et vraiment emballant.

SK

 

Puisque tu pars, 2008, 35 mm, couleur, 20 mn.
Réalisation et scénario : Julien Hilmoine. Image: Julien Poupard. Montage : Julien Lacheray. Son : Mathieu Perrot. Interprétation : Jeanne Gogny, Valentin Plessy, Julie Débès et Sylvain Sayard. Production : Elena films.

 

 * Jean-Charles Versari qui fut par le passé chanteur du groupe Hurleurs et d'un autre projet portant son nom, Versari, et qui est aussi cofondateur du label T-Rec (Zone libre, etc)


 


But We Have the Music de Shanti Masud

Après Compilation, 12 instants d’amour non partagé de Franck Beauvais ou Puisque tu pars de Julien Hilmoine, force est de constater que les jeunes cinéastes se confrontent beaucoup plus qu’avant à la pop et à sa place dans nos vies.

Étrange et paradoxal précipité générationnel, le film de Shanti Masud ne trahit pas son beau titre emprunté à Leonard Cohen. Le dispositif est très simple: filmer, le temps d’une bobine Super 8 noir et blanc, des proches écoutant une chanson. Il y en aura quinze, best of intime idéal où le rock rugueux du Gun Club côtoie le folk céleste de Nick Drake ou la variété racée de Christophe. Une playlist au bon goût un rien ostentatoire et où frappent l’absence quasi totale de morceaux postérieurs aux années 80, l’ancrage dans le passé glorieux et maudit du rock (Robert Johnson, les Beach Boys, Leonard Cohen en balises indémodables).

Si le projet intéresse en se confrontant à la question toujours stimulante du filmage de la musique et du fan, il trouve sa limite dans une certaine affectation, dans un traitement visuel vintage assumé certes mais qui traduit aussi une approche un peu muséale du rock et de la pop. Entre clichés du genre et approche documentaire, le film ne choisit pas, se plaît dans l’imagerie (les deux dernières séquences semblent prélevées de films du début des années 80 comme Entrées de secours de Jérôme de Missolz), ne respire pas toujours autant qu’il le devrait.

Pour cela, les scènes les plus convaincantes sont finalement les plus simples, les moins mises en scène (en apparence du moins) : deux quadras écoutant Blitzkieg Bop des Ramones au bord d’un canal, secouant la tête énergiquement sans presque se soucier de qui les filme ; celles où la réalisatrice se contente de capter les regards, le spleen, l’attention portée à la musique. Car, quand l’un, du fond de son lit, marmonne (faux) sur la musique, quand d’autres étouffent leur rire, hésitant à se regarder devant la caméra, le film semble dévoiler les êtres plus qu’il ne les fige.

Comment filmer l’écoute ? Comment se comporter face à une caméra scrutant notre visage au moment où passe une chanson aimée ? Plusieurs attitudes où le mouvement succède à l’immobilité, où la posture concentrée de l’un laisse la place au numéro de l’autre, voire, à deux reprises, à une performance live. Et puis ces cuirs, ces clopes, ces canettes, cette flasque, comme accessoires immuables de toute mythologie rock’n’roll de poche. C’est souvent dérisoire, parfois ridicule ; c’est aussi, par moments, très beau.

SK

 

But We Have the Music, France, 2008, vidéo, noir et blanc, 41 mn.
Réalisation et production : Shanti Masud. Son: Shanti Masud et Arthur Harari. Musique: Leonard Cohen, The Beach Boys, Jackson C. Frank, Gino Paoli, Christophe, The Gun Club, Nick Drake, Les Olivensteins… Montage: Shanti Masud et Roland Nivière.

 

 

à propos de Puisque tu pars
à propos de But We have the Music

 

 

Par Ska - Publié dans : 24 images/seconde
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires - Recommander
Dimanche 25 octobre 2009

Il y a souvent un moment où on se lasse, où quelque chose se casse. Comme pour Zebda par le passé, le virage chanson que prit délibérément Dionysos avec l'album Monsters in Love entama doucement, progressivement, l’intérêt que je portais au groupe. Et puis il faut bien le dire aussi : si les concerts demeuraient fougueux, je commençais à me lasser de la dépense physique de Mathias Malzieu, devenue chaque soir trop prévisible. Comme chez Tim Burton, cinéaste que le leader de Dionysos vénère probablement, la patte devenait trop reconnaissable, l’univers trop singulier, les dérapages trop maîtrisés, la féérie un peu toc, le groupe finissant même par s’effacer un peu trop derrière l’univers de Joan Sfarr (illustrateur des disques et clippeur pour un temps), derrière les livres de Mathias, puis enfin, humblement, au profit des invités de La Mécanique du cœur, disque narratif contre toute attente assez convaincant malgré son casting mainstream moyennement excitant…

Quelle surprise alors, à l’écoute de Dionysos Eats Music !!!, copieux double CD d’inédits et de versions alternatives paru pour fêter les quinze ans du groupe, de constater que je suis loin d’en avoir fini avec eux.

Au fil de ces 45 titres offerts aux fans, c’est tout le spectre musical couvert par Dionysos depuis ses débuts qui s’épanouit en un ensemble paradoxalement homogène et assez cohérent. Paradoxalement, oui, car ce qui frappe le plus, c’est l’incroyable diversité de formes, d’influences et de tons abordés par le groupe. Du punk au folk en passant par la country, le hip hop et la chanson française. Et c’est cela même, cet incroyable bric à brac qu’est leur discographie qui fait bien la marque du groupe, sa signature reconnaissable entre mille.

A côté de versions live rénovant de fond en combles des morceaux que l’on aimait peu (La métamorphose de Mister Chat), de chansons revisitées en acoustique (une constante), de reprises de bon goût (Rid of Me de PJ Harvey) ou de prises alternatives souvent très instructives quant au processus créatif du groupe (voir la version d’origine piano/voix et étonnamment languissante et belle de Song For Jedi), la grande affaire de cet ensemble, ce sont bien les inédits enregistrés sur 4 pistes en 1996. Ces six morceaux passionnants, acoustiques, avec leurs instruments comme désaccordés, presque approximatifs, évoquent une sorte de dEUS dénudé des premières années. Ou encore mieux, hypothèse alléchante, des morceaux des deux premiers albums des Anversois repris par French Cowboy. Voire le Nebraska que Mathias Malzieu n’enregistrera sans doute jamais. Tout cela avec les moyens du bord, sans Steve Albini, sans John Parish, producteurs-stars qui ont croisé ensuite le chemin de Dionysos. On est, là, encore très, très loin des contes et des textes fantaisistes dans lesquels se plait Mathias Malzieu depuis quelques années, et, honnêtement, on donnerait volontiers toute La mécanique du cœur, toutes les pages de son premier roman, pour le seul Ferry Boat Shoes. D’autres titres de l’époque (en anglais pour la plupart) puis des inédits de Haïku deux ou trois ans plus tard, rappellent que Dionysos était avant tout (et est toujours, en live notamment) un foutu groupe de rock, biberonné aux Pixies et à Nirvana (le groupe de Kurt Cobain étant opportunément cité dans la dernière partie de le version live de Coccinelle ici présente), capable de convoquer The Kills pour un Old Child dont le coffret nous dévoile d'ailleurs une première version sans la voix de VV.

Enrichi de textes détaillant l’histoire de chaque morceau, de chaque version, de chaque enregistrement, Dionysos Eats Music !!! donne une idée assez nette de l’incroyable générosité du groupe., du sérieux avec lequel ce double album a été entrepris. Notre enthousiasme sera juste tempéré par les quelques inédits récemment enregistrés (La sorcière du désert, La plus heureuse des mamans du monde), moins bons malheureusement et confirmant les teintes gentiment variet’ que peuvent parfois prendre la musique et les textes de ce groupe pourtant précieux…

 

Par Ska - Publié dans : Bande son - Communauté : Le Monde du Rock
Ecrire un commentaire - Voir les 8 commentaires - Recommander
Mardi 20 octobre 2009
Par ici, on aimait bien, il fut un temps, s'épancher sur des souvenirs de 45 tours, sur des pages de l'enfance, de l'adolescence, où s'épanouissait doucement, dans les marges, un goût encore hésitant pour la musique (, par exemple).
Alors, à la lecture de ce court album de Fabcaro, on a un peu eu l'impression d'avoir affaire à un frère, à un type né la même année que nous, ayant acheté les mêmes disques et en parlant avec une nostalgie sincère et dépourvue de cynisme.
Les chansons comme des balises nous rattachant à des moments précis de nos vie, à des souvenirs souvent anecdotiques, mais qui leur sont indéfectiblement liés. Et dans cette mémoire musicale, pas de hiérarchie, pas de pose. Fabcaro a écouté de la daube et de très bons groupes aussi. Ses goûts furent plus ou moins sûrs et il ne s'agit pas, rétrospectivement, de redessiner à son avantage des années où il écoutait des trucs aujourd'hui aussi mal vus que Dire Straits ou Scorpions. Ses années 80 furent bien les notres, les mêmes, et force est de constater que je me suis senti comme chez moi dans ces quelques dizaines de pages hilarantes.
Dans la lignée du Steak haché de Damoclès, paru chez le même éditeur, Fabcaro poursuit donc une veine autobiographique creusant un cousinage assez net avec le Manu Larcenet du Retour à la terre ou du Combat ordinaire.
Ici, plutôt que les récurrents problèmes de communication qu'il entreprenait de nous raconter dans son précédent livre, il choisit de dévoiler des souvenirs liés à une chanson précise pour se présenter encore une fois en loser sympathique, attendrissant, souvent exclu par ses goûts, son appréhension de la musique (et trouvant pour traduire cela quelques métaphores graphiques absolument impayables, rappelant même par leur tendresse et leur inventivité visuelle les meilleures planches de Bill Waterson, le créateur de Calvin et Hobbes).
On est loin ici de la logorhée érudite et du trait chargé d'un Jean-Claude Menu (Lock Groove Comix), loin aussi des chefs d'œuvres de Luz (En claudiquant sur le dancefloor, Faire danser les filles). Il ne s'agit en effet pas tant de parler de ce que l'on aime, de prêcher un bon goût punk un rien dogmatique (l'axe Luz/Menu donc), que de partir d'expériences communes (la peur de l'ado au moment du slow, la première boum, le mystère du bon goût et du mauvais goût, les pirates au son pourri qu'on achetait aux Puces, le voisin qui écoutait Guns & Roses à fond, la première prestation avec son groupe, le premier solo et les pains qui vont avec, le passage du vinyle au CD) pour y puiser une vérité intime parlant à tout un chacun, quelle que soit sa chapelle musicale. De là à dire qu'on tient ici du Philippe Delerm appliqué à la BD rock, il n'y a qu'un pas, mais je me garderai bien de le franchir car je ne suis pas si sûr que ce soit toujours un compliment...
Par Ska - Publié dans : Des livres...
Ecrire un commentaire - Voir les 7 commentaires - Recommander
Mercredi 14 octobre 2009
Depuis quelques jours, quand je fais la vaisselle, un disque m’accompagne idéalement. Oh ! non, ce n’est pas se moquer que d’écrire cela. Alors que je n’attendais plus rien, mais alors vraiment plus rien, de Air, leur plaisant Love 2 est venu s’inviter plusieurs fois dans la cuisine au moment de la quotidienne et exaltante tache ménagère qui nous permet, quelques minutes durant, de pleinement profiter du disque que l’on écoute alors. Sans doute cette agréable galette (une jolie tapisserie auditive diront certains, et ils n'auront pas tort) viendra-t-elle même squatter le salon un de ces jours. Si, si, je vous assure.
J’ai l’air de plaisanter comme ça, mais le fait est que le dépit consécutif à leur piètre Pocket Symphony (Ah ! Mer du Japon, qui me rappelait tant le générique de San Ku Kai) laissait pas mal de possibilités de rabibochage entre les Versaillais et moi. Ça n’a pas loupé. En durcissant un peu leur son, en ressortant la basse au médiator chère à Herbie Flowers, en préférant les longues plages instrumentales à leur indéniable savoir-faire pop, Air se réconcilie – mollement certes mais quand même – avec ceux qui ne se sont jamais vraiment remis de 10 000 Hz Legend, leur chef-d’œuvre.
Bien sûr, Jean-Benoît chante (qui a dit zozotte ?) encore un peu trop et on se dit, pendant les chouettes singles Sing Sang Sung ou So Light is Her Footfall (et sa basse monstrueuse), que "french touch" ne devrait pas rimer avec accent anglais hésitant. Même si c'est craquant, même si c'est charmant. Heureusement, en douce, les instrumentaux ont aussi repris l’avantage (ouais !!!), et tout cela vaut mieux qu’un nouveau disque de Darkel, décevant et anecdotique side-project solo de Jean-Benoît Dunckel.
Ici, Air flirte très directement avec l’illustration sonore seventies, son génie et sa vulgarité (Tropical Disease, clin d'œil au cinéaste Apitchapong Weerasethakul et à son sublime Tropical Malady ?), et c’est souvent assez jouissif, notamment quand leurs bricolages érudits ravivent le souvenir du Soul Impressions de Janko Nilovic (Do the Joy) ou de chouettes B.O. aux intonations moriconiennes (c'est frappant bien sûr avec les guitares de Be a Bee ou de Eat my Beat).
Bref, Love 2, ce n’est pas le grand disque qu’on n’attend malheureusement plus de Nicolas Godin et Jean-Benoît Dunckel, mais une digne face B à la fantastique B.O. de Vampyros Lesbos signée Manfred Hübler et Siegfried Schwab. C’est déjà pas mal, en fait…
Par Ska - Publié dans : Bande son - Communauté : Le Monde du Rock
Ecrire un commentaire - Voir les 9 commentaires - Recommander
Jeudi 1 octobre 2009
Des traces de doigts dans l'artwork, des pochettes qui tachent...
Du crade, du vintage, du simili-vieux...
Des boîtiers digipack pour conjurer la froideur de la boîte cristal...
Trois disques qui n'ont pourtant rien à voir...



Bon, les graphistes, arrêtez un peu de vous refiler les mêmes idées, d'accord ?



À part ça,

Le -M- est très bon, assurément son meilleur disque depuis le tout premier, délicieusement varié, adulte, sombre et risqué. Une sorte de bijou pop à la fois commercial et intime, un album cohérent et durable qu'on aurait rêvé (perfection pop à la française oblige) que Polnareff enregistre pour son fumeux retour (et si Mister Mystère était le Polnarêve de Mathieu Chedid ?)...

Le Keep it Hid de Dan Auerbach, plébiscité un peu partout, ne m'enthousiasme pas tant, loin s'en faut, que les disques des Black Keys dont le barbu est le chanteur et guitariste. Pas de quoi, non plus, malgré son classicisme blues un peu trop bien peigné, bouder son plaisir.

Avec The Low Anthem, c'est un peu la super compile de l'americana. On pense à ce que l'Amérique folk rock a produit de meilleur, de Iron and Wine à Simon and Garfunkel en passant même, au détour d'un ou deux morceaux, par Springsteen lorsqu'il se pique - trop rarement - de tâter du blues le plus rugueux.
Par Ska - Publié dans : Images éparses - Communauté : Le Monde du Rock
Ecrire un commentaire - Voir les 9 commentaires - Recommander
Samedi 19 septembre 2009


Violent Days, premier long métrage de Lucile Chaufour, est sorti en salles ce mercredi. Entre documentaire et fiction, ce manifeste prolétaire nourri de mythologie américaine et de rock & roll des origines est un objet cinématographique radical, rare et intrigant qu'il serait dommage de rater...




Il aura fallu attendre plusieurs années avant que Violent Days (maintes fois primé, maintes fois annoncé pourtant) sorte enfin en salles. Le temps de découvrir L’amertume du chocolat, court métrage amorcé il y a longtemps mais finalisé l’an dernier seulement. Et d’un film à l’autre, des échos manifestes : deux héroïnes prolétaires, de la détresse, un noir et blanc figeant la temporalité comme les existences de personnages bloqués dans une imagerie fifties idéalisée. La mère dans L’amertume du chocolat, la blonde platine de Violent Days : deux solitudes, deux prisonnières des rôles qu’on leur a distribués, mais qu’elles subissent, visiblement. L’une, au foyer, ne sachant élever ses enfants ; l’autre, simili-Marilyn jouant à contrecœur la figurante dans un univers viril qui ne peut (ne sait) la tolérer (celui, donc, des amateurs de rock’n’roll des origines).

Cette figure tragique (la femme qui aime sans retour) illumine en creux le passionnant long métrage de Lucile Chaufour. Scindé en deux parties, Violent Days se déroule d’abord en road trip dérisoire entre Paris et Le Havre. On roule vite, on picole, on fait les cons, on pourrait se crasher sur la route comme James Dean ou Jayne Mansfield. “No Future” à cet horizon de miteux road movie sur lequel s’amoncellent de pesants nuages. Le but pourtant, trouée de bonheur dans ce morne quotidien d’ouvriers (ce sont eux qui le disent…), c’est ce concert des Flying Saucers, rassemblement promis de bananes, de cuirs et de choucroutes, loin, bien loin de tout revival rock, urbain et hype, dicté par le marketing des années 2000. Deuxième partie : le concert et ce qui l’entoure, la violence, la misère, la banlieue autour, réactivant, dans une scène de baston sidérante de vérité, la mythologie du blouson noir…

Cet apparent anachronisme du film, c’est aussi la forme choisie – à contre-courant, libre – qui l’entretient. Car Violent Days n’est pas une fiction. Pas plus qu’un documentaire. Au fil narratif somme toute ténu, se juxtaposent les propos de ceux que la réalisatrice suit sans jamais les juger. Entre fiction et documentaire, le film ne choisit pas. Et c’est là, dans cet entre-deux, qu’il devient passionnant, rendant dérisoire – un peu à la manière du mythique Rude Boy de Jack Hazan (qui suivait un fan de The Clash) – la volonté de trier le vrai du faux. Fondé sur de nombreux entretiens, de nombreuses rencontres, Violent Days échappe, par son âpreté, son empathie et sa sincérité, à tout écueil folklorique, à tout point de vue condescendant. C’était bien le plus important face à un tel sujet.

Parce qu’elle participe de ce rêve “rockabilly” tout en restant à sa marge – préférant parfois la vraie vie (la plage) au fantasme (le concert) – la blonde (pauvre fille influençable évoquant l’héroïne de The Misfits de John Huston) finit par nous émouvoir, se soustrayant au dispositif dans quelques plans cotonneux où, durant le générique, la fiction pure reprend le dessus. Signe peut-être, pour elle, d’une provisoire émancipation…

 

S.K.

 

 

Texte initialement publié dans Bref, le magazine du court métrage (n°89, septembre 2009)

http://www.brefmagazine.com/pages/actus.php?id_actu=90

 

Par Ska - Publié dans : 24 images/seconde - Communauté : Le Monde du Rock
Ecrire un commentaire - Voir les 10 commentaires - Recommander
Lundi 31 août 2009

Vendredi 28 août

Just Jack
Du rap pour ceux qui n’aiment pas ça ou de la pop pour ceux qui aiment le rap mou ? "Viens, on se casse"…
The Tatianas
S’il n’y avait eu Mick Jones, le contexte des années 70, les riffs, les textes de Strummer et les mélodies, on aurait, 30 ans plus tard, pu parler de The Clash à propos des Tatianas. Mais, voilà, la vie est mal faite : sans Mick Jones, sans le mouvement punk, sans l’engagement et sans les mélodies, il n’y aurait jamais eu de tee-shirts London Calling fièrement arborés dans les allées de Rock en Seine. "Viens, on bouge !"...
Keane
"Whoaw ! C’est Keane, on en profite pour faire l’expo BD ?". N’empêche, si on ne voit pas le chanteur grassouillet, on entend ses gémissements. L’entame de chaque morceau comme une abomination, une nouvelle plongée dans l’horreur. On n’en croit pas ses oreilles tant ce truc craint, on n’en croit pas ses yeux tant le chanteur est laid… Keane, c’est sublime tellement c’est grotesque…
Yeah Yeah Yeahs
Mon grand moment vieux con : "De toute façon, je suis sûr que personne, ici, n’était au Trabendo en 2002". Variante : "De toute façon, je suis sûr que personne n’a autant de tee-shirts du groupe que moi". Reste qu’il y avait trop de monde, qu’on entendait mal l’essentielle guitare de Nick Zinner et que la clique à Karen O met désormais un peu trop d’électro pop dans son rock jadis hirsute. Pendant la prestation, à quelques mètres de moi, Luz dessine sur son petit carnet. Penser à acheter Charlie Hebdo mercredi.
Madness
"Ah, la vache ! Ils ont fait un paquet de tubes quand même !". Variante : "Ah ? C’est eux, ça ?". Penser à récupérer un best of.
Bloc Party
Pendant Bloc Party, je me récite déjà avec délectation la liste des tubes des frangins Gallagher que je vais entendre quelques minutes plus tard… Euh… Raté…
Oasis
Là, je me suis senti tout de même un peu plus concerné par l’annulation du concert que l’an dernier avec celle d’Amy Winehouse. Et si ces frères ennemis que la blogosphère déteste étaient, involontairement et très connement convenons-en, les plus rock’n’roll de tous ? Dire qu’au début, à l’annonce de l’annulation, nous, qui ne savions pas qu’ils faisaient tournée à part, avions cru à une blague…


Samedi 29 août

The Noisettes
Vague et bon souvenir d’un premier album. Bonne réputation du groupe sur scène. 1) Il faudrait réécouter les albums téléchargés à la va-vite. 2) Dire au groupe qu’une chanteuse acrobate et charismatique ne doit pas empêcher d’écrire de bons morceaux.
The Asteroids Galaxy Tour
Très bel état-civil déjà, au niveau duquel se hisse discrètement leur pop légère et nimbée d’influences soul. Par contre, dire au guitariste que le catogan combiné à la raie sur le côté, nan, ça ne le fait pas…
Jill is Lucky
Un agréable intermède, ma foi… Et un coup de pied au cul d’Herman Dune si tout se passe bien pour le groupe…
Dananananaykroyd
Non seulement ils avaient les mèches, mais ces sept mercenaires-là ont mis le feu. Des furieux, vous dis-je. On n’aurait pas cru en les voyant débarquer sur scène, tout proprets, tout mignons, que leur musique soit si peu aimable, si mal peignée. Par contre, si je retrouve le connard qui a planté son coude dans mes côtes pendant le pogo…
Zone Libre vs Casey et B. James
Déjà, disons que B. James remplace assez avantageusement Hamé avec qui le projet fut lancé. Mais surtout, remercions Casey d’avoir rappelé que le groupe avait d’abord été écarté de la programmation car jugé "trop violent" avant d’être rappelé suite au désistement d’un artiste qu’elle moqua gentiment et ne daigna même pas nommer. Zone Libre, pas dupe du concours de circonstances les ayant mené jusqu’à Saint-Cloud, assura donc son set fièrement et sans la moindre démagogie. Nous, on ne le connaissait pas, Esser, mais on savait déjà qu’on avait gagné au change.
The Horrors
Kevin est vénère. Oui, pour moi, désormais, le chanteur de The Horrors se prénomme Kevin, c’est comme ça. Donc, Kevin est vénère : son jean a encore rétréci au lavage. Lui qui voudrait tant porter des baggys, qui aimerait être si cool. Et sa mère s’obstine à lui flinguer ses jeans à chaque nouvelle machine ! Il est damné, c’est sûr. En plus, son père vient de lui filer une trempe parce qu’il n’a pas rangé sa chambre. Alors, tandis que son copain bassiste joue péniblement sur deux cordes et en 45 bonnes minutes toutes les notes que John Paul Jones déroule juste en reprenant son souffle, il nous fait les gros yeux, lève les bras au-dessus de sa tête et prend son air trop chanmé. Ouais, Kevin il a la rage. En d'dans. Rentrée. Parce que, bon, les voisins, ils aiment pas quand il gueule son mal-être dans sa chambrette. Sur le tableau noir de son existence, une satisfaction toutefois : le fin duvet d’homme qui commence à ourler sa lèvre supérieure. Ouais ! Quand il sera grand, Kevin, il fera Jesse Hugues !
Yann Tiersen
Tiersen, ça s’écoute gentiment, mais, bon, comme à chaque fois qu’on le croise, ben, on s’en fout un peu…
Calvin Harris
N’eussé-je été si fatigué, sûr que j’aurais dansé…
Faith No More
Bon sang ! Mike Patton, là, il faisait vraiment très peur… Et puis, au moins, maintenant, je sais pourquoi je suis complètement passé à côté de ce groupe à l’époque…




Dimanche 30 août

Metric
Dommage que les créateurs de Dead Disco aient un peu franchi la bande FM (qui a dit "syndrome Yeah Yeah Yeahs" ?). Ceci dit, il y avait pire perspective que commencer la journée avec Emily Haines (qui a parlé de se retrouver backstage seul avec le chanteur de Keane ?)
Lilly Wood and the Prick
Bah, on en profite pour se reposer et on dira juste, cruel, que la mini-jupe sied mieux à Emily Haines qu’à ladite Lilly (penser à lui présenter le chanteur de Keane, ils feraient sûrement de beaux petits)…
Macy Gray
La chouette Macy a dû se rendre compte que son dernier disque (Big) était une sacrée bouse. Elle n’a, ce dimanche après-midi, chanté quasiment que des tubes de ses trois premiers albums et nous a même gratifié de quelques citations assez goûtues (Jackson Five, Dee Lite, Rod Stewart). Sympa, Macy.
Eagles of Death Metal
Je leur dis ou pas, à cette nana en tee-shirt QOTSA ou à ce mec en tee-shirt Led Zeppelin, que Josh Homme et John Paul Jones jouent dans cinquante minutes de l’autre côté du site ?
Them Crooked Vultures
Là, ma tête a explosé. Trop de sons, trop de breaks, trop de notes, trop dense, trop bon. Mais, surtout, vivement l’album qu’on puisse faire un peu de tri là-dedans. Non, vraiment, ce soir, repu, je crois que je vais m’arrêter là.
MGMT
Bon, allez, je vais quand même manger mon sandwich en regardant de loin la fin du show de MGMT. Le premier album est tellement plaisant que c’est un plaisir d’entendre la transposition live de ces morceaux pourtant hyper produits. "Il ne se passe pas grand chose sur scène", dit-elle. Pas faux. J’attends Kids quand même. Comme tout le monde.
Quant aux Klaxons et à Prodigy, bah, qu’ils se débrouillent sans nous ! "Allez, viens, on rentre"...



En photo, Luz, The Asteroids Galaxy Tour, Zone Libre vs Casey et B. James
Par Ska - Publié dans : Instantanés - Communauté : Le Monde du Rock
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires - Recommander
Dimanche 30 août 2009


On le savait déjà mais, vu du premier rang, Dave Grohl tape vraiment fort, John Paul Jones joue vraiment vite et Josh Homme chante vraiment bien !
Par Ska - Publié dans : Rock Album - Photos live, etc. - Communauté : Le Monde du Rock
Ecrire un commentaire - Voir les 10 commentaires - Recommander
Vendredi 28 août 2009

Par Ska - Publié dans : Instantanés
Ecrire un commentaire - Voir les 9 commentaires - Recommander
Dimanche 23 août 2009
Il y a sur ce pressage français du quatrième 33 tours de Led Zeppelin, cette mention fameuse de "Super-Group Volume 4"...
Super Groupe... Le terme, désignant l'addition de membres de formations diverses pour un projet particulier s'applique, cet été, après The Dead Weather (The White Stripes + The Kills + The Raconteurs + The Greenhornes + Queens of the Stone Age) au très mystérieux nouveau projet de Josh Homme des Queens of the Stone Age.
On en entendit parler pour la première fois il y a quelques semaines avec un communiqué lapidaire faisant savoir que Josh Homme, Dave Grohl et John Paul Jones travaillaient ensemble en studio... Et puis ce fut tout...
Tout va très vite aujourd'hui, les albums sortent alors qu'ils sont à peine annoncés (The Raconteurs l'an dernier, The Dead Weather en juin), on découvre, en passant par chez Gibert que le bien aimé Brendan Benson vient de sortir un nouvel album alors que personne n'en a encore parlé. Alors, le super groupe de Josh Homme n'en sera pas resté longtemps au stade du fantasme... Dimanche prochain, Them Crooked Vultures passe donc, en invité surprise, à Rock en Seine, tout juste après The Eagles of Death Metal, autre side-project de Homme qui, pourtant ne joue que rarement live avec eux... Soit, l'occasion inespérée, de découvrir autour de l'ancien leader de Kyuss ce groupe extrêmement excitant composé par Dave Grohl (Nirvana, Foo Fighters... et Queens of the Stone Age pour l'album Songs for the Deaf), Alain Johannes (Queens of the Stone Age) et surtout John Paul Jones, légendaire bassiste de Led Zeppelin.
On apprécie beaucoup la manière dont le groupe a été lancé, ne donnant que quelques concerts suprises dans les festivals depuis quelques jours, annoncé à Rock en Seine sous le nom "Les petits pois", la rumeur enflant depuis deux semaines sur l'identité de ladite formation, et le groupe balançant il y a quelques jours sur son site un  maigre extrait de quinze secondes de musique rageuse...
Le temps pour moi de revenir d'un séjour dans le sud, de repartir une semaine à Florence, et voilà que la venue de Them Crooked Vulture à Saint-Cloud est confirmée. Seul hic : si Eagles of Death Metal passe à 18h sur la Grande scène, comment faire pour ne rien rater du show de l'immense Jesse Hugues et être à 18h50 aux premières loges de la Scène de la Cascade pour découvrir le nouveau groupe de son copain Josh ?
Rendez-vous dans une semaine pour le compte-rendu, les photos...
Et d'ici là, on peut toujours constater par que le match imaginaire entre QOTSA et Led Zep tourne nettement  du point de vue du son, à l'avantage des premiers...
Par Ska - Publié dans : A suivre... - Communauté : Le Monde du Rock
Ecrire un commentaire - Voir les 9 commentaires - Recommander

Sommaire

Pour obtenir l'affichage de toutes les pages, aller dans la rubrique "Archives"

Avec le temps...

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Liens

Recommander

Abonnement

  • Flux RSS des articles
 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés