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13 juillet 2016 3 13 /07 /juillet /2016 21:30
Bruce Springsteen & the E Street Band, Accor Hotel Arena, 11/07/2016

C’est à croire qu’il se passera presque toujours quelque chose d’exceptionnel à un concert de Bruce Springsteen avec le E Street Band, un truc singulier qui fera qu’on s’en souviendra très précisément à chaque fois. En 2003, au Stade de France, c’était les trombes d’eau se déversant sur nous durant un Dancing in the Dark libérateur. En 2008, au Parc des Princes, le sentiment que c’était le dernier concert du Boss qu’on voyait ensemble pour un long moment avec cet ami cher avec qui j’en avais partagé tant d’autres. Il y a quatre ans, c’était (au même endroit que lundi, encore appelé alors POPB) Bruce m'accompagnant à distance dans la première nuit suivant la naissance de mon fils Lou. Et puis, il y a deux jours, ce fut donc cette fameuse coupure de courant qui plongea l’Accor Hotel Arena, vers 23 heures, dans une scène pour le moins étrange.

Faut-il écrire ici que l’exceptionnel et l’inattendu ne sont plus forcément ce que j’attends ces temps-ci d’un concert ? J’ai eu mon compte le 13 novembre et voir les lumières se rallumer, un morceau s’interrompre brusquement – pour mon deuxième concert seulement depuis cette funeste soirée – inutile de vous dire comme cela aurait pu gâcher la fête. Heureusement, très vite, on regarde autour de soi, on se rend compte que le personnel de sécurité, nombreux, ne tique pas, que la barrière barrant l’issue de secours à côté de laquelle on se trouve n’est pas déplacée, qu’en fait... il ne se passe rien. Et puis surtout il y a cette scène hallucinante (de là où je suis, je ne vois pas tout ce qui se passe), qui semble interminable, où Max Weinberg continue d’assurer imperturbablement le tempo pendant au moins trois minutes, dans l’attente sans doute que l’amplification revienne d’elle-même. Puis Max et les autres musiciens finissent quand même par s’arrêter de jouer dans le vide. Plus de son. Plus d’écrans géants. La salle éclairée comme si c’était fini. Moi, je me demande encore un peu ce qui se passe, d’autres hurlent « Bruuuuce ! » comme d’habitude ou se mettent à entonner à pleins poumons le pont de Badlands, signal habituel d’un rappel qui battait pourtant déjà son plein depuis deux morceaux. Sous la clameur, un son d’alarme qu’on distingue mal, un message d’alerte sans doute automatique qu’on ne comprend pas. Mais ça va. Il suffit de réfléchir. C’est les plombs qui ont sauté. C’est un incident technique. C’est tout. Le concert reprendra – ouf ! – pour une grosse demie heure, lumières allumées, son encore plus brouillon, mais ferveur du public intacte, voire décuplée. Pendant l’interruption d’une quinzaine de minutes, le E Street Band n’aura pas quitté la scène, Springsteen aura signé des autographes, serré des mains, sans doute plus tranquille que moi. Egal à lui-même en tout cas.

Ça avait cafouillé juste avant pourtant. Le rappel commençait fort, avec Jungleland, sommet de storytelling springsteenien, mais le groupe avait ensuite bizarrement foiré Born to Run, hymne retombant pour la première fois un peu à plat. Et c’est peut-être, me dis-je, parce que je commençais à m’ennuyer pendant Ramrod, troisième titre du rappel, qu’à ce moment précis le courant a sauté... Le concert fut grandiose, indéniablement (même si Bruce fut bien moins loquace qu’à l’accoutumée), mais on se savait dès le départ moins sensible au versant rockab’ assumé d’une grosse partie de The River, le double album mythique – mais inégal – célébré durant cette tournée. Ces morceaux entrainants (Cadillac Ranch, I’m a Rocker, Sherry Darling...) convoquant le souvenir d’un rock sixties efficace et aussi lourdaud dans sa forme que léger dans son propos, on les doit, on le sait, à l’influence, à l’époque de l’enregistrement, du guitariste Steve Van Zandt (qui s’éloignera du E Street Band dès l’album suivant), au désir de retrouver un peu de légèreté après la noirceur et le pessimisme d’un Darkness on the Edge of Town si difficilement accouché. De manière significative, d’ailleurs, ne fut joué de ce disque-ci que Badlands, sa chanson la plus fédératrice, la plus populaire avec les années.

Si l’on rechigne à partager l’enthousiasme de tant d’autres sur la longue foire gospel/soul du Shout des Isley Brothers fréquemment repris au rappel par la troupe sur cette tournée, on mesure rétrospectivement la chance qui fut la notre quand on se repenche sur la setlist et quand on se rend compte avoir eu droit le même soir à des morceaux aussi précieux que The River, Nebraska ou Incident on 57th Street, ce dernier joué seul au piano en ouverture du concert et auquel répondra pour le deuxième et ultime rappel, près de quatre heures après, un Thunder Road en solo lui aussi, simplement accompagné à la guitare acoustique.

On se sera dit aussi, comme à chaque fois, que le E Street Band vieillit bien mais on aura été frappé – on ne s’était pas vus depuis trois ans ! – par les silhouettes épaissies (Steve Van Zandt, Patti Scialfa), asséchées (Max Weinberg), les rides creusées, le vieillissement assumé et porté beau étant, semble-t-il, le dernier de leurs soucis. Sans Danny Federici, sans Clarence Clemons (plus que bien remplacé par son neveu Jake depuis une poignée d’années), le E Street Band demeure mais on se demande à chaque fois si ce n’est pas la dernière fois qu’on le voie dans cette configuration. Parce que, avouons-le, on a envie d’autre chose (une nouvelle tournée solo, un retour à l’introspection, un concert à quatre ou cinq seulement, en garde rapprochée) tout en sachant que c’est avec ses vieux complices – et en nombre – que Bruce s’accomplit le mieux sur scène. C’est peut-être pour cela, par esprit de contradiction, que le morceau qui m’aura le plus bouleversé ce soir-là aura été l’inattendu Tougher Than the Rest, perle issue de l’album de rupture d’avec le E Street Band (Tunnel of Love, chef-d’œuvre ô combien sous-estimé) et chanson que je n’avais jamais entendue jouée en public. D’autres, à l’inverse souvent entendues, conservent leur puissance intacte. Et l’émotion sera aussi venue, contre toute attente, de ces morceaux-là, de ces scies, comme on dit : d’un Hungry Heart sismique à Because the Night en passant par The Rising, chanson de la résilience post-11/09 provoquant ce coup-ci en moi un écho tout particulier.

Ce soir, mercredi 13 juillet, tandis que j’écris ces lignes, le E Street Band joue pour le deuxième soir à Paris. Je regrette déjà de ne pas y retourner.

 

 

A voir, le moment de la coupure : https://www.youtube.com/watch?v=oWi_ylZk8gQ

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6 juin 2016 1 06 /06 /juin /2016 18:37

Je sais, on ne se parlait plus trop ces derniers temps.

Mais hier soir, il faut que je vous dise, je suis retourné à un concert.

Un concert sans interruption, sans balles qui claquent et sans odeur de poudre. Et si mes oreilles ont sifflé encore un peu ensuite, c’est juste parce que voulant toujours tout entendre très distinctement (hyper-vigilance, quand tu nous tiens...), je ne les avais pas, cette fois, comme à l’accoutumée, protégées.

Pour vous, ultimes lecteurs d’un blog déliquescent, qui je vis hier importe peu. Pour moi, c’était essentiel. Il fallait un nom, une affiche, susceptible de me redonner et l’envie et le courage. Si Bruce Springsteen s’annonce dans un mois à Bercy, si très tôt après ce soir funeste de novembre je pris quand même des places pour The Cure cet automne, retourner hier au concert, eh bien c’était une première fois. Rien n’est réglé, loin de là, quelque chose est définitivement brisé, mais le plus surprenant est d’avoir réussi à vivre pleinement ce moment au présent. Pas au passé (hanté par un souvenir douloureux), pas au conditionnel (submergé par mes craintes), non, au présent.

Depuis six mois, les concerts ne me manquaient vraiment pas. Comme la musique au casque, dans les transports en commun ou dans la rue, je m’en passais très bien. D’ailleurs, une salle comme l’Olympia, sa fosse, c’était bien le dernier endroit au monde (ou presque) où j’avais envie de me retrouver. Mais la perspective, il y a un peu plus d’une semaine, de peut-être y voir un groupe qui se séparait quand j’entrais dans l’adolescence, un groupe mythique (écrivons-le) même recomposé aux trois quarts seulement, cela eu raison de mes peurs. Enfin, pour un temps seulement car la semaine qui suivit l’acquisition du précieux sésame fut un redoutable grand huit d’émotions paradoxales.

Mais on y est allé donc. Avec Bernard, avec Hélène surtout, laissant les enfants à la maison. Puis le concert a enfin commencé. Et face à ce groupe souvent moqué mais dont les morceaux ponctuent, avec ceux de quelques autres, la bande-son de ma vie, face à ce groupe dont l’ultime album est peut-être le premier disque de rock que j’ai vraiment désiré et possédé, quelque chose s’est envolé. Pour un temps. Et j’ai crié (Crache ton venin), et j’ai chanté (Un autre monde), et j’ai dansé (Le vaudou). Crié, chanté, dansé, comme un con, même – et surtout ? – sur La bombe humaine dédiée... aux « frères de Charlie et du Bataclan ». Cela aurait pu me heurter, m’irriter, cela aurait pu me bouleverser. Ça m’a juste fait plaisir. Simplement. Si tu avais su, Jean-Louis, hier, là, à ta droite près de la scène, pas loin de l’issue de secours évidemment...

Y retourner...
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4 mars 2015 3 04 /03 /mars /2015 10:33

A la demande d'Upopi, portail pédagogique de Ciclic (livre, image et culture numérique en région Centre), j'ai écrit et monté un sujet autour du plan-séquence dans le clip.

Où les lecteurs habitués de 7and7is retrouveront certaines idées développées par le passé, autour notamment des clips du Twenty Two Bar de Dominique A et de Come Into my World de Kylie Minogue. Avec aussi, en vrac, OK Go, Michel Gondry, Yann Tiersen, Bob Dylan, Brian de Palma et Orson Welles.

Et puisque l'exercice voulait que l'on coupe dans ce qui ne devrait, par nature, pas être morcelé (des plans-séquences donc), l'ensemble des clips évoqués et les liens permettant des les visionner dans leur intégralité sont là : http://upopi.ciclic.fr/analyser/d-un-ecran-l-autre/en-un-plan-c-est-plus-fort

9 novembre 2014 7 09 /11 /novembre /2014 14:22

Cela pourrait être une face B pour Sillons... Ou une suite.

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26 août 2014 2 26 /08 /août /2014 15:37

Il y a huit ans, en août, j’ouvrais ce blog. Pour y publier, entre autres choses, des photos prises à Rock en Seine. Huit ans plus tard, je vais toujours à Rock en Seine juste avant la rentrée, mais un peu moins longtemps, plus pour le marathon de trois jours. L’an dernier, d’ailleurs, je n’y allais qu’un soir, pour deux concerts soigneusement sélectionnés (Tame Impala et Franz Ferdinand). Cette année, j’y allais surtout le samedi soir. Pour Portishead.

Dans le métro, ligne 10, ce constat renouvelé chaque année : je vieillis. Ok, mais mieux que d’autres alors ! Ou bien les festivaliers rajeunissent, je ne sais pas. Certains spectateurs, parmi les plus jeunes, étaient à peine nés lors de la première édition, sur un jour, un seul, avec Beck, PJ Harvey et Massive Attack ! Je n’emporte plus d’appareil-photo, je n’ai plus besoin de le planquer à l’entrée, 7and7is survit péniblement et se passe très bien de mes clichés. J’entre donc dans le Parc de Saint-Cloud serein. Ma seule infraction au règlement, c'est ce deuxième bouchon pour ma bouteille d'eau.

La veille, il y avait Blondie, The Hives et The Arctic Monkeys. Tant pis pour moi. Samedi était le jour de Portishead, que, bizarrement, je n’avais jamais vu sur scène et dont on sait l’effet que me fit leur dernier album, publié à une époque où ce blog était bien plus bavard (lire ici). Ce concert fut sublime, d’une finesse et d’une musicalité inespérée, avec un son hautement potable pour ce genre de grand rassemblement en plein air. À la hauteur de mes attentes donc.

Et puis le lendemain, dimanche, Queens of the Stone Age repassait par Paris pour la toute dernière date de sa tournée. J’avais hésité tout le mois d’août à prendre une place pour ce dimanche agrémenté par les présences de Thurston Moore, Tinariwen ou Stephen Malkmus. Il faut dire que je les ai vus souvent, qu’un concert en festival est toujours frustrant et que, parent solidaire, d’autres devoirs m’appelaient. J’hésitais donc. Jusqu’au samedi après-midi où, me décidant enfin avant d’aller écouter Beth Gibbons, le site annonçait complète la journée du dimanche. Tant pis. Sans doute un acte manqué. Je ne verrais donc pas QOTSA cette fois-ci à Rock en Seine.

Mais c’était sans compter la nuit (portant conseil) et, surtout, la remise en vente le jour-même à 10h de 500 billets. N’y croyant guère, je tentais ma chance et en obtenais un. C’était reparti pour un jour, les concerts des vieilles gloires indés (Moore très sérieux et Malkmus détendu, donc) et le set plaisant de Tinariwen étant évidemment vite balayées par un final en apothéose, par une tornade sonique et mélodique toujours aussi irrésistible.

Rock en Seine, décidément, je ne peux pas me passer de toi...

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11 juillet 2014 5 11 /07 /juillet /2014 13:45

Alors, comme ça, Bruce, tu as fait un film ? Tu as donc coréalisé un court métrage ? Avec Thom Zimmy qui signa, pour toi, quelques beaux documentaires ?

Bon, comment te dire, on a regardé... On a tenu les dix minutes. Oui. Et, bon, c’est un clip, ton truc. Un pas très bon d’ailleurs. Comme d’habitude en fait...

Bruce, je t’explique. Ce n’est pas parce que tu gratifies ton morceau d’une intro vaguement narrative de cinq minutes que ça fait un film, tu sais. Surtout, si c’est pour, après, te vautrer dans le tout-venant de la vidéo musicale avec la chanson qui déroule, des plans de toi qui chante face caméra avec, montée en parallèle, une très vague (et très soft) fiction post-apocalyptique dont on peine à saisir le sens et l’enjeu. Sinon, c’est sûr, les images sont jolies. Jolis effets de flare (c’est à la mode), jolis plans de nature (c’est facile, ça mange pas de pain) et puis, ah oui faut que je t’en parle, des flashbacks au ralenti... Voilà, voilà… Tu sais que c’est interdit depuis les années 80, ça, les flashbacks au ralenti dans les vidéos musicales ?! Sur des enfants qui jouent qui plus est ! J’imagine que c’est Thom Zimmy qui a réussi à te dissuader de passer ces séquences en sépia, c’est déjà ça… Tu me diras, tu boucles la boucle : après avoir intitulé un de tes hymnes Badlands, tu rends là, par l’image, hommage à Terrence Malick. Hunter of Invisible Game, finalement, c’est un peu ton mash-up de La route et de Tree of Life. En moins bien, quoi…

On savait déjà que tu n’étais pas un très bon acteur, on sait maintenant – mais on s’en doutait – que tu n’es pas un très bon réalisateur. C’est ton premier film, on ne t’en veut même pas, et quelque chose me dit que ce sera le seul. Comme une récréation après une tournée marathon, et tu as bien le droit. D’essayer des choses, d'explorer d’autres moyens d’expression (ton roman, quand ?). Mais tes scénarios, à l’avenir, fais-en plutôt des chansons (jusque-là, ça t’avait plutôt bien réussi).

 

Directed by...
1 juillet 2014 2 01 /07 /juillet /2014 11:33

Distribué en salles en février dernier, Le sens de l’humour, premier long métrage remarquable de Marilyne Canto, sort aujourd'hui, 1er juillet, en DVD et on espère vivement que cette seconde naissance permettra au film de gagner de nouveaux spectateurs.

Cette chronique réaliste et sensible est en effet l’une des plus touchantes qu’il nous ait été donné de voir ces dernières années, rejoignant, dans sa belle justesse des sentiments, une réussite aussi éclatante que Memory Lane de Mikhaël Hers il y a quelques années. On pense aussi pas mal, face au Sens de l’humour, au dernier film de Philippe Garrel, La jalousie, pour une trame assez proche et une configuration des rôles similaire (un homme et une femme tentant de reconstruire une cellule familiale, l’enfant de l’un-e avec eux). Mais ce qui distingue fondamentalement le film de Marilyne Canto de La jalousie, c’est le sentiment qu’il ne fait qu’un avec la vie, quand l’autre – aussi réussi fût-il – privilégiait construction chapitrée de la fiction et stylisation du trait (le noir et blanc, le théâtre dans le cinéma). De fait, ce sentiment, à la vision du Sens de l’humour, découle de la forte proximité entre l’histoire racontée, ceux qui la jouent (Marilyne Canto, Antoine Chappey et son propre frère) et la réalité d’un deuil affectif qui préexista à la possibilité d’un nouvel amour.

Concrètement, Le sens de l’humour reprend peu ou prou les choses là où la réalisatrice les avaient laissées avec son court métrage Fais de beaux rêves, Grand prix au Festival de Clermont-Ferrand en 2006 et César du meilleur court métrage en 2007. Ce film, proposé en bonus du DVD, a parfois été présenté par la réalisatrice comme un « premier chapitre ». C’est on ne peut plus vrai et si les deux films s’appuient sur un même événement (la mort de l’être aimé), ils font toute autre chose de cette absence. Pour schématiser, Fais de beaux rêves est effectivement un film de deuil, un film qui vient juste « après » et Le sens de l’humour un film de reconstruction, un film ouvert et lumineux. Ainsi, du temps sépare les deux films, l’enfant de l’héroïne n’y a pas le même âge, les possibles n’y sont pas les mêmes. Dans les deux films, Antoine Chappey vient redoubler dans la fiction la place qu’il tient, imagine-t-on, dans la vie de la réalisatrice et on n’écrira jamais assez à quel point il est – trop discrètement – l’un des meilleurs acteurs français depuis vingt ans (qui se souvient du Rocher d’Acapulco de Laurent Tuel, de La nage indienne de Xavier Durringer ou des Jours où je n’existe pas de Jean-Charles Fitoussi ?). On n’écrira jamais assez, aussi, comme tous deux, ensemble, elle et lui, diffusent une énergie sidérante, un charme irrésistible qui rend bouleversant le moindre de leurs échanges (le film étant principalement construit autour des ambivalences du sentiment amoureux, de sautes d’affection, de bouderies butées ou de douces vacheries). Cette alchimie irradiait déjà Le prochain film de René Féret il y a deux ans, et même s’il ne faudrait pas toujours les voir en couple-miroir – à la ville, à l’écran – force est de constater l’évidence quand elle emplit aussi joliment l’écran.

On finira en précisant que Marilyne Canto s’impose ici en réalisatrice aux choix forts, précis et affirmés, ainsi qu’en témoignent les commentaires audio posés sur son court métrage, Fais de beaux rêves. Sur l’usage du noir et blanc, du contraste, sur le sens du costume, sur les ponctions de réel dans la mise en scène de la fiction et sur le choix de refuser l’émotion dans le jeu, ce sont vingt minutes lumineuses d’intelligence et d’intuition, qui tiennent aussi à distance la question – délicate – qui demeure aujourd’hui en suspens : qu’en sera-t-il, après l’autobiographie plus ou moins déguisée, de l’œuvre de cinéaste de l’actrice Marilyne Canto ? Après deux premiers chapitres aussi réussis, nous, on ne demande qu’à voir…

Stéphane Kahn

 

 

Texte initialement publié sur le site de Bref, le magazine du court métrage : 

Le sens de l'humour de Marilyne Canto
26 mai 2014 1 26 /05 /mai /2014 17:05

C’est bien The War on Drugs. C’est vraiment très bien. On m’aurait dit que Sortir, le supplément culturel parisien de Télérama, me ferait découvrir un album voué à m’accompagner probablement l’année durant, je n’y aurais pas cru. Il faut dire qu’on pense souvent à Springsteen en écoutant Lost in the Dream, à un Springsteen un peu secret, celui de Tunnel of Love, album majeur méconnu. Or, ce soir, The War on Drugs passe à la Flèche d’or et c’est complet. C’est l’effet Sortir peut-être... Dommage. Ou non. Car ce soir, aussi, Jon Spencer, Judah Bauer et Russell Simins repassent par Paris, à la Machine du Moulin rouge, une salle que je ne connais pas, ça tombe bien. Je ne pensais pas retourner les voir à nouveau. Et puis si, quand même, je me suis décidé il y a quelques jours seulement, parce que c’est presque en bas de chez moi (pas la meilleure raison, j’en conviens), parce que même si leurs dernières prestations ne m’ont pas retourné comme avant, parce que même si je n’écoute quasiment jamais leur dernier album, bah, c’est le Blues Explosion, quoi ! Et je m’en voudrais un peu de ne pas aller les saluer. Donc, voilà, on y retourne, pour la énième fois, en se disant aussi, quelque part au fond du crâne, qu’on a plus écrit ici depuis longtemps, qu’on a beau toujours écouter des disques, en acheter, en télécharger, qu'on a beau toujours sortir aux concerts (moins souvent, c’est sûr), on s’installe contre son gré dans un petit confort, on va un peu trop (re)voir ce qu’on connaît, on se laisse plus rarement surprendre, on prend même, parfois, des places assises ! Hier, Franz Ferdinand, FFF ou Girls in Hawaii. Demain, Beck et Detroit. Ce soir The Jon Spencer Blues Explosion ! Il en va de même des disques que j'achète. Souvent, c'est vrai. Hier, Katerine, Manset et Miossec. Demain, Jack White. Mais j'exagère un peu quand même. Car il y a toujours un groupe comme The War on Drugs ou un album comme celui de Bill Ryder Jones l'année dernière pour me réveiller. J'espère que les deux premières parties annoncées ce soir seront bien. Car je me souviens encore et toujours que c'est au Trabendo, avant le Blues Explosion justement, que j'avais découvert les Yeah Yeah Yeahs, au moment de leur premier EP. C'était il y a longtemps, quand c'était encore un bon groupe. Tiens, voilà d'ailleurs qui me fait penser que si j'avais encore un peu l'envie et le temps d'écrire sur 7and7is, je vous parlerais bien des Black Keys et de la lente évaporation du génie de ce duo. Une autre fois peut-être...

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27 mars 2014 4 27 /03 /mars /2014 21:00

La dernière fois qu’on les a vus, c’était il y a treize ans, un peu plus même, au Zénith. Et ce n’était pas bien. La salle était trop grande et, surtout, le concert faisait suite au quatrième CD studio du groupe, intitulé Vierge… et qui aurait dû le rester…

Mais hier soir, c’était autre chose. FFF s’était donc reformé pour un concert à la Cigale, juste en bas de chez moi, pas loin de Barbès, ce "quartier populaire" qu’ils chantèrent si bien en 1996. Ils tournaient déjà depuis quelques jours, se chauffant pour ce rendez-vous parisien tant attendu. Ce soir, ça continue, ce soir, ça recommence, ils passent au Bataclan (deuxième show complet à Paris) et il y a un paquet de dates à suivre, notamment au gré des festivals d’été. Ils annoncent même tranquillement bosser sur de nouveaux morceaux, sans échéance de sortie, sans se mettre la pression. C’est, semble-t-il, une reformation pour le plaisir, pour vibrer à nouveau, longtemps après un ultime album à bout de souffle et plus que dispensable.

Etait-ce une bonne nouvelle, cette reformation ? On ne savait pas trop, mais la perspective de revivre en live l’ivresse procurée jadis par de nombreux hymnes ne nous fit pas hésiter une seconde au moment d’acheter le billet, il y a quelques mois déjà. Il faut dire qu’on gardait avec FFF le souvenir de concerts prodigieux au Bataclan ou à l’Olympia, quand le groupe était à son sommet (entre le deuxième et le troisième album, ceux qu’il joua majoritairement hier). Alors, d’accord, on avait hier soir quinze ou vingt ans de plus ; Yarol était récemment devenu directeur artistique sur une tournée de Johnny ; Marco s’était transformé un temps en personnage médiatique à mille lieues de la fonck en tant que juré de la "Nouvelle star", mais j’étais confiant.

À raison. Epaulés par un percussionniste, deux cuivres et un clavier, les quatre membres historiques de FFF ont toujours, il faut d’emblée l’écrire, cette incroyable présence : Nicolas Baby halluciné, Yarol Poupaud habité, Krichou Montieux affable et imposant et Marco Prince toujours aussi charismatique. Deux heures de concert et l’ennui seulement pendant Mauvais garçon, morceau pénible (subi presque à chaque fois), mais peu importait puisqu’il vint en troisième position, après Le pire et le meilleur et, surtout, après Silver Groover (c’est dire si j’avais besoin de souffler et comme il ne tomba pas si mal…). Après ça, pas de temps mort : les morceaux de Free For Fever et de l’album éponyme de 1996 s’enchaînent harmonieusement, ponctués par un medley issu de Blast Culture, ce premier album dont on aurait quand même aimé entendre un peu plus en live. Le public a un peu vieilli, ok, ils sont moins nombreux à pogoter vraiment et la majorité d'entre-nous jumpe un peu plus tranquillement qu’il y a vingt ans. Pas grave, le cœur y est et l’esprit est positif, toujours à la fête, en dépit des idées brunes dans l’air depuis toujours et particulièrement en ce soir d’entre-deux tours d’élections municipales. D’ailleurs, c’est aussi pour ça qu’on a toujours aimé FFF, parce que c’était un groupe citoyen, engagé (j’en vois qui grognent…), et hier soir Barbès, AC2N ou Niggalize It, résonnaient, comme toujours, fort à propos. Entre un appel clair à aller voter dimanche, un retour de Marco en jupe au rappel (pour faire plaisamment écho aux débats sur le genre), on ne fut pas déçu sur ce plan. Pas avare de leurs efforts, slammant à plusieurs reprises dans le public (je me suis pris deux fois Marco au-dessus de la tête, une fois Niktus et une fois Krichou – putain, celui-là, le morceau !), recyclant des petits gimmicks ("Est-ce que vous êtes vivants ?!") de leur faramineux album live, on se serait cru revenu dans les années 90 et j’ai vite oublié que je n’avais plus vingt ans, comme on dit.

Bon, d’accord, faut le dire aussi, il y avait quand même un problème. Ce son fadasse qui aplanissait un peu tout et cette gratte qui, en conséquence, manquait de mordant, toujours en dedans, jamais éruptive comme elle aurait dû l’être, rendant la première version de Barbès un chouilla décevante. La première version de Barbès ? Eh bien, oui, car FFF revint au rappel par l’arrière de la fosse, traversant la foule (ce ne sont pas les premiers à le faire, loin de là, mais ça a toujours son petit effet), accompagné par une fanfare de cuivres sortie d’on ne sait où. Et la foule de scander sans se faire prier, pour la deuxième fois de la soirée, le refrain de Barbès. Et une fois sur scène, soutenu juste par la foule, par les percus et par les cuivres, c'était reparti. C’était magnifique.

Alors, non, au final, ce ne fut pas un grand concert. Mais ce fut un immense plaisir. Le sentiment de remonter le temps. Un peu. Pour le meilleur, pas pour le pire. On était là il y a vingt ans. On était là hier soir. Et je ne vois vraiment pas pourquoi je bouderai mon plaisir la prochaine fois. Alors, one more time, "FFF est dans la place !".

 

 

 

Le concert de la Cigale est visible dans son intégralité sur le site d'Arte : http://concert.arte.tv/fr/fff-de-retour-la-cigale

 

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11 mars 2014 2 11 /03 /mars /2014 11:46

On aurait presque envie, en revoyant La fille du 14 juillet, de ne s’arrêter que sur un personnage. Secondaire, certes, mais porteur de ce que le film a de meilleur dans la loufoquerie, le burlesque et la folie. On aimerait faire un éloge de celui, parmi les personnages de comédies, qui nous fit le plus rire en 2013. Je parle bien entendu du Docteur Placenta. Et de son interprète – « révélation masculine », « meilleur espoir 2013 », tout ce qu’on voudra… – Serge Trinquecoste. Qu’on ne connaissait pas. Ou qu’on avait peut-être aperçu, nous souffle Internet, sous le sobriquet de Timbre Poste, il y a très longtemps, dans une émission comique de triste mémoire (« La Classe »).

Le Docteur Placenta donc, qui, en une poignée de séquences, dynamite le premier long métrage d’Antonin Peretjatko, ouvrant des brèches béantes dans le dynamisme cool d’une narration sautillante. Quand ce personnage apparaît, éructant, s’agitant en tout sens, c’est simple : le film pile, s’arrête ou se relance. Le rythme de Placenta (sa scansion syncopée, ses embardées déraisonnables, ses courts circuits mentaux) n’est pas le sien. Au début, il se sauve, poursuivi par les flics. Et à deux reprises au moins, il revient sans qu’on l’attende. Il fait irruption dans le champ. En voiture, en klaxonnant. Pour prendre un avion, pour s’en aller ailleurs, abandonnant femme(s) et enfants, vers un film à la mesure de sa folie… peut-être. Quand Placenta apparaît (même brièvement), La fille du 14 juillet s’ouvre au sketch, au numéro d’acteur, laissant littéralement en suspens une histoire qui, déjà, ne boudait pas les digressions. Il laisse surtout sur la touche des acteurs qu’on adore, soudain ramenés au rang de spectateurs ou de faire-valoir (Vincent Macaigne, impuissant face à celui qui, dans le film, joue son mentor).

De fait, ce qui reste de La fille du 14 juillet – les passages que, dès le soir de la fête Ecce Films suivant le visionnage matinal à Cannes, on aimait à reprendre, à se raconter – c’est bien le repas chez les Placenta, trou noir qui engloutit tout dans son délire ravageur. On est à la moitié du film. Et grâce à un interprète venu d’on ne sait où mais en état de grâce, le film atteint un sommet où Antonin Peretjatko réinvente le gag dans un simple raccord (la « soirée diapo ») et où fleurissent les répliques ou expressions déjà cultes (« C’est de la soupe de cheval », « Les Guillotins ! », « Du jazz qui craque »).

Face à un tel déferlement comique, avec ces quelques scènes qui, dès l’irruption d’un Placenta sur le fil de l’hystérie, semblent toujours au bord de crouler, d’exploser, de mettre le film en totale déroute, force est de constater, à la seconde vision, que La fille du 14 juillet accuse quelques faiblesses, des baisses de régime. On remarque aussi que, à côté de seconds rôles soignés et choyés (outre Trinquecoste, citons Esteban ou évidemment Thomas Schmitt, fidèle de tous les films de Peretjatko dans le rôle de Berthier), les personnages principaux manquent de relief, à commencer par Vincent Macaigne qui fut paradoxalement nommé aux César pour ce film-là alors qu’il brillât autrement, en 2013, chez Justine Triet. Pas très grave, cela dit, tant ces quelques aléas sont constamment compensés par l’invention du réalisateur, ses idées farfelues (la rentrée avancée d’un mois, brillante trouvaille !), ses trucs de montage et, last but not least, par le charme piquant de son héroïne interprétée par Vimala Pons.

Enfin, pour laisser le Docteur Placenta à ses aventures de préretraité et pour reprendre le fil normal d’une chronique de DVD, soulignons que celui de La fille du 14 juillet rassemble aussi la plupart des courts métrages de Peretjatko, à commencer par French Kiss (le plus réussi et le plus connu) et le récent Les secrets de l’invisible, qui amorce assez évidemment la manière de La fille du 14 juillet, avec cette mélancolie sourde qui, à travers la voix off, s’immisce parfois entre les gags. S’il manque – sans doute parce qu’il tranchait stylistiquement avec les autres films – L’opération de la dernière chance, cette quasi-intégrale indispensable permet aussi de revoir l’autre film estival de Peretjatko (Changement de trottoir) et Paris Monopole, œuvre bancale qui mérite pourtant bel et bien d’être réévaluée à l’aune de ce premier long métrage.

 

Article précédemment publié sur le site de Bref, le magazine du court métrage

 

Les feux d'artifice du Docteur Placenta (autour de La fille du 14 juillet d'Antonin Peretjatko)

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