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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 16:16

 

springsteen-wrecking-ballÀ la première écoute, une déception. On s’y est habitué. Et il faudrait peut-être que l’on comprenne un jour, qu’on arrête d’attendre un nouveau Nebraska, un nouveau Born to Run… Depuis le temps, on devrait le savoir… Devils and Dust, dernier bon album original en date, m’avait déçu déjà. À la sortie, j’avais fait la fine bouche. Je ne le redécouvrirais et ne le réévaluerais que plus tard.  Certes, The Seeger Sessions, c’était remarquable, le disque qu’il devait enregistrer, une évidence, mais ce n’étaient "que" des reprises. Magic, ensuite, c’était du Springsteen classique mais un peu terne, sitôt écouté, sitôt rangé. On attendait toujours un nouvel album du tonneau de The Ghost of Tom Joad. Mais à la place, le pire vint : Working on a Dream, seul album véritablement indigne d’une riche mais inégale discographie, le genre de disque qui fout la honte d’être fan (lire ici). Enfin, il y a un an et demi (pour se faire pardonner WOAD ?), un beau cadeau bizarre en bonus de la somptueuse réédition de Darkness on the Edge of Town : The Promise, un faux nouvel album copieux d’une vingtaine de titres vieux de trente ans d’âge mais finalisés en 2010 seulement (lire ici). Donc, oui, on s’était fait à la déception. Au chaud et froid. On s’était habitué à se dire que ce qui comptait c’était la scène, que les albums n’étaient plus que des prétextes pour entamer une nouvelle tournée. Car c’est sur scène, on le sait, que Springsteen est le meilleur. Depuis toujours. Encore maintenant.

Pourtant, même là, sur scène, en 2012, on attendait autre chose que ce qui fut annoncé il y a quelques semaines. On espérait autre chose qu’une énième tournée avec le E Street Band. En fait, on avait envie que Springsteen revienne en solo, comme il le fit pour les tournées consécutives aux parutions de The Ghost of Tom Joad ou de Devils and Dust. À la limite, même un E Street Band en formation resserrée, un groupe-commando dégraissé des chœurs de Patti Scialfa, des violonnades de Soozie Tyrell et de la guitare souvent superflue de Niels Lofgren, ça nous aurait plu. Mais, paradoxalement, la mort de l’irremplaçable Clarence Clemons (après celle de Danny Federici en 2008) a peut-être imposé au E Street Band de se déployer une dernière fois – alors même que Springsteen entamait l’enregistrement de Wrecking Ball seul – pour boucler quelque chose, en même temps qu’il signerait en live un dernier hommage au saxophoniste disparu. Cette tournure prise par la tournée 2012 m’a inquiété au début, mais maintenant que j’ai écouté le nouvel album, que j'ai vu comment la formation de scène s'appropriait le travail de studio (ici) et que je sais à quel point ces nouveaux titres sont taillés pour le live, ça me va. Si cela doit être la dernière tournée de Springsteen avec le E Street Band (ce qui est assez souhaitable), force est de constater que c’est un très bon album qu’ils auront à défendre. Et ça faisait bien longtemps que cela n’était pas arrivé.

Mais revenons un peu en arrière, car, depuis une semaine, tout ne fut pas si simple avec ce nouveau disque. Wrecking Ball, qui d’abord me fit l’effet d’une douche froide, fut donc, je l'ai écrit plus haut, enregistré sans le E Street Band (comme l'avait été Devils and Dust d'ailleurs, juste après les pétaradantes retrouvailles de The Rising). Springsteen changea même de producteur (exit Brendan O’Brien, aux manettes depuis The Rising). Quelque chose se tramait. C’était de bon augure. On parlait même d’un retour à l’intimisme de Nebraska.

Las ! En le découvrant pour la première fois, le disque m’a déçu. J'en regrettais presque d’avoir ma place pour Bercy, le 5 juillet. Je ne pensais même pas l'acheter, ce disque, à sa sortie physique. Single lourdingue en teaser de l’album (j'ai un peu changé d'avis depuis), production poids lourd, expérimentations étranges, un peu has been même (ce petit passage en rap sur Rocky Ground, allons !). Et les moqueries qui fusent déjà, à droite, à gauche, sur la couleur musicale – pour le moins surprenante, pour le moins novatrice – de l’album. Puis, au fil des écoutes (car cela faisait bien longtemps que je n’avais pas ainsi écouté en boucle un nouvel album de Springsteen) ce besoin de creuser, de comprendre. Le sentiment persistant, surtout, que je n’avais pas pris le disque par le bon bout. Et alors – en réécoutant les Seeger Sessions, en prêtant vraiment attention aux textes – les nuages de se disperser et l’évidence de s’imposer. Wrecking Ball est un putain de grand disque !

Pour le mesurer, il faut donc inévitablement en passer par l'hommage rendu à Pete Seeger en 2006 (la première face du nouveau disque avec Easy Money, Shackled and Drawn et surtout Death to my Hometown fait plus que nous le suggérer), comprendre comme le nouveau projet de Springsteen s’ancre une nouvelle fois dans la diversité des musiques populaires américaines, comme il les assimile humblement, comme il en assume l'héritage. Il faut voir comme le gospel,  la musique traditionnelle irlandaise ou même la soul ont cette fois-ci été convoqués, au même titre que le furent, par le passé, le blues originel (dans Nebraska) ou le folk (dans The Seeger Sessions). Et comprendre, pour résumer, que Wrecking Ball n’aurait pu exister sans les Seeger Sessions. Et plus précisément qu'il en est le prolongement logique. Tant musicalement que d'un point de vue thématique.

Le projet a une lisibilité politique manifeste dont Springsteen, un peu revenu de ses espoirs placés en Obama (pour qui il votera encore toutefois), ne se cache pas. S’il a définitivement troqué la narration cinématographique des seventies ou des eighties pour une écriture plus symbolique, plus allusive, son propos et ses cibles demeurent aujourd’hui assez évidents. Wrecking Ball est – il l’a dit – l’album consécutif à la crise financière de 2008, celui où il abandonne les errements sentimentaux et l’optimisme de Working on a Dream pour dessiner les contours de vies massacrées, gâchées, voire, au mieux, laissées en suspens. Album engagé, donc (Death to my Hometown pour ne citer qu'une chanson). Où ce n’est pas un hasard Tom Morello de Rage Against the Machine intervient à deux reprises, mais plutôt sous son masque folk de The Nightwatchman (un projet dont le premier album logique ! nous évoquait fortement, il y a quelques années, l’auteur de The River). Cette colère, les textes, plus que la musique, l’expriment sans ambigüité (So hold tight on your anger, you hold tight on your anger / Hold tight to your anger, don't fall to your fear). Album de la désillusion certes, mais dont l’envers est tout de même une face B qui entend toujours ménager un peu d'espoir, foi dans la solidarité ou dans l’élévation spirituelle (Rocky Ground, Land of Hope and Dreams).

Surtout – et c’est ce qui, pour moi, le rend fascinant – Wrecking Ball est un disque de fantômes. Un disque quasiment surnaturel. Son inscription formelle dans le passé, son recours à des styles ou à des arrangements traditionnels, n’ont rien de fortuit. Le temps passe, les décennies filent, mais le constat reste le même (So listen up, my sonny boy, be ready for when they come / For they'll be returning sure as the rising sun ou encore The banker man grows fatter, the working man grows thin / It's all happened before and it'll happen again). L'usage de formes antérieures de la musique américaine, les citations littérales de Curtis Mayfield ou de Johnny Cash, les samples issus d’enregistrements réalisés par l’ethno-musicologue Alan Lomax (The Last Words of Copernicus sur Death to my Hometown et I’m a Soldier in the Army of the Lord sur Rocky Ground) se justifient alors pleinement, font sens bien au-delà de la possible coquetterie de production.

De façon encore plus nette, car placé après des vers pour le moins ambigus de Land of Hope and Dreams (Well you don't know where you're going now / but you know you won't be back), le dernier titre du disque We Are Alive qui donne la parole aux morts et aux victimes de l'injustice ordinaire, explicite clairement tout cela : A voice cried out, I was killed in Maryland in 1877 / When the railroad workers made their stand / Well, I was killed in 1963 one Sunday morning in Birmingham / Well, I died last year crossing the southern desert / My children left behind in San Pablo / Well they left our bodies here to rot / Oh please let them know / We are alive / Oh, and though we lie alone here in the dark / Our souls will rise to carry the fire and light the spark / To fight shoulder to shoulder and heart to heart.

L'Histoire ne nous aurait donc rien appris ? Faut-il que les victimes d'antan viennent nous mettre en garde, que Tom Joad, fidèle à sa promesse, revienne veiller sur nous ? (1) Sans doute, oui, car ce disque peut-être le plus aventureux enregistré par Bruce Springsteen en termes de production est on ne peut plus actuel tout en revenant de bien loin. Et tous ces airs, dont l’entrain trompeur dissimule souvent la mélancolie, nous ont peut-être bien été chantés, en fait, par des fantômes. Décidément, Tom Joad, le héros de Steinbeck et de Ford, est toujours là, quelque part, murmurant, encore aujourd'hui, à l'oreille du plus grand songwriter américain...

 

 

(1)  Now Tom said "Mom, wherever there's a cop beatin' a guy / Wherever a hungry newborn baby cries / Where there's a fight 'gainst the blood and hatred in the air / Look for me Mom I'll be there / Wherever there's somebody fightin' for a place to stand / Or decent job or a helpin' hand / Wherever somebody's strugglin' to be free / Look in their eyes Mom you'll see me."


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19 janvier 2012 4 19 /01 /janvier /2012 20:00

 

IGP4548Il y a de beaux hasards de calendrier.

Il y a trente ans, Bruce Springsteen enregistrait Nebraska chez lui, sur un 4-pistes.

Il y a vingt ans, Dominique A enregistrait La fossette chez lui, sur un 4-pistes.

Aujourd’hui, en janvier 2012, tous les albums studios de Dominique A ressortent agrémentés chacun d’un CD bonus constitué de morceaux plus ou moins inédits, de versions rares, etc.

Demain, le 6 mars 2012, Bruce Springsteen sortira son dix-septième album studio, disque dont on sait déjà qu’il n’aura pas été enregistré sur un 4-pistes et dont on espère quand même qu’il relèvera un tant soit peu le niveau après l’indigne Working on a Dream de 2009 (ceci dit, le single diffusé ce jour-même inquiète un peu : voir ici).

 

Dominique A fait chaque disque contre le précédent, expliquait-il dans sa très belle discographie commentée pour Libération il y a quelques jours (lire ici). On aimerait bien que Springsteen fasse de même plus souvent, que le rocker des stades se fasse plus souvent storyteller, qu'il rechante à notre oreille, qu’il revienne encore une fois à l’os, à l’essentiel : c’est-à-dire à Nebraska, à The Ghost of Tom Joad ou, pour remonter plus loin dans le temps et pour rebrancher les guitares, à Darkness on the Edge of Town. Des albums sombres, en colère, peu fédérateurs.

Comme Remué de Dominique A, celui que je préfère et au sujet duquel le chanteur écrit – c’est très beau – qu’il a l’impression quand on lui en parle qu’on évoque le disque d’un autre (« Depuis, avec le temps, beaucoup de gens m'ont fait part de l'impact de ce disque sur eux, en raison du son qu'il a, de sa cohérence. À chaque fois, je dis "merci", mais avec l'impression qu'on me parle du disque d'un autre, de quelqu'un dont je ne voudrais plus entendre parler »).

 

Il y a vingt ans aussi, P.J. Harvey enregistrait chez elle, sur un 4-pistes également, la matière d’un album produit ensuite « professionnellement » par Steve Albini (Rid of Me), mais dont elle publierait, avec des inédits, des versions épurées, en 1993, sur le mythique 4-Tracks Demo.

 

D’un côté, donc, un artiste confirmé qui, avec Nebraska, se paye le luxe – comme plus tard avec les Seeger Sessions – de faire ce qu’il veut, d'aller contre les attentes, d’enregistrer seul un album de blues et de folk au propos âpre, ample et ambitieux.

De l’autre, le 4-pistes comme ancêtre du home-studio, l'outil parfait pour coucher sur bandes les premiers morceaux de ceux qui, vingt ans plus tard, comptent toujours parmi nos héros.

Au final, trois chef-d'œuvres tout simplement.

 

« à l'époque, il faut bien le dire, j'étais têtu : obsédé par l'idée de dépouillement sonore, j'enregistrais mes chansons chez moi, sur un quatre pistes à cassette, un des premiers home studio à prix démocratique. Et je refusais par principe l'idée de mettre les pieds dans un studio professionnel, par conviction que trop de vernis sonore ne pouvait que nuire à la beauté nue des chansons. J'aimais le Velvet Underground, Polyphonic Size, Jean-Louis Murat, Suicide, les 45 tours du label pop anglais Sarah, et le son des Young Marble Giants. J'essayais à ma façon de faire la jonction entre tout ça. Le soir de l'émission de Lenoir, je reçus un blanc-seing: oui, c'était, au-delà de toute attente, recevable tel quel ; oui, j'avais eu raison de m'accrocher à mes romances synthético cheap. » (Dominique A)

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8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 17:06

 

_IGP4264.JPGOn commence à le savoir, Les Inrockuptibles fêtent leurs 25 ans. On en a vu passer des formules. On n’est d’ailleurs toujours pas complètement convaincu par celle axée beaucoup plus sur l’actualité sociale et politique qui fut lancée il y a un peu plus d’un an, mais on n’est toujours pas résolu à se désabonner. Vraiment pas. On n’est pas de ces puristes qui ne jurent que par le mensuel d’une époque révolue.

Enfin, bref, passons : cela n’est pas, mais alors vraiment pas, le sujet du jour.

Je voulais surtout vous parler d’un disque. Un disque promotionnel comme l’hebdomadaire continue d’en proposer à peu près une fois par mois à ses abonnés (et un peu plus occasionnellement à ceux qui l’achètent en kiosque). Aujourd’hui, ces disques, je ne les écoute plus trop. Ils se succèdent plus vite que je suis capable de les assimiler. Les pochettes sont devenues moches (enfin, celle-là, ci-contre, l'était déjà, reconnaissons-le...). Je picore dedans, passe à côté de plein de trucs. Sans doute – et ce blog en est le reflet – ne suis-je plus assez curieux. C’est ainsi. Je l'assume. Il est vrai que l’esprit de 7and7is, créé en 2006, ce n’est pas vraiment le défrichage. À quoi bon ? Un de plus ? Tout le monde fait ça. Et certains le font très bien. Il y a même un Classement des blogueurs où on peut polémiquer et découvrir en s’amusant (ici), un Top des blogueurs () (ah non, le « Top des blogueurs » vient de s’auto-détruire… rires au fond de la salle…). Mais si un blog doit reproduire les chroniques standard d’albums et ne pas développer une forme et une écriture propre, très peu pour moi. Alors, ici, non, peu de découvertes. Pas d’emballement de la semaine. Pas de hype qui chasse l’autre. Passez votre chemin.


Donc, encore une fois : << (RWD) 


_IGP4266.JPGRevenons donc à ce CD. Des disques de ce genre, au milieu des années 90, étaient bien plus précieux qu’aujourd’hui. Déjà, le magazine en proposait moins souvent. Et puis les compilations des Inrocks aujourd’hui n'ont plus le même sens, la même utilité : elles servent surtout aux amateurs un peu distants, un peu dillettantes, qui ne lisent pas les blogs ou les sites musicaux. Les blogueurs, eux et leurs lecteurs assidus avec vous diront qu'ils n'ont pas besoin des Inrocks pour découvrir un nouveau truc, voire que leurs journalistes musicaux sont des suiveurs, que les journalistes professionnels sont des vendus, et patati et patata...

Il y a quinze ans, ça n’avait rien à voir. Ces compilations avaient une véritable importance. On y découvrait des groupes, des artistes, on y écoutait les tout nouveaux morceaux d’albums hyper attendus. Les dates de sortie avaient encore un sens. Il n’y avait pas de « fuites », on ne téléchargeait pas. Nous n’avions pas encore Internet. Point de nostalgie ici. Juste un constat. C’était en 1996. Ce disque s’intitulait Un automne 96. Il y a quinze ans donc. Et quand je le regarde, je me souviens très précisément comme je l’ai écouté, comme le riff introductif (celui de Fin de siècle de Noir désir) me hanta longtemps, comme la singularité du deuxième morceau (Novocaine for the Soul de Eels) me séduisit d’emblée, comme le cinquième morceau surtout (Fell Off the Floor Man de dEUS) bouleversa tout d’un coup mes hésitants repères. Cette compilation m’aura fait acheter quelques disques qui résonnèrent très fort dans mon premier studio. Elle m’aura surtout permis de découvrir un groupe qui compte aujourd’hui parmi ceux qui me sont le plus chers (dEUS donc).

Et puis, avouons, quand on regarde la sélection effectuée rétrospectivement, que ce millésime 1996 avait une sacrée gueule, que la crème s’y trouvait, que la rentrée 1996 fut – mais ça, on ne le savait pas alors – une bien belle période pour nos discothèques indie-rock-pop-choses : Noir désir, Eels, Tricky, dEUS, Jon Spencer Blues Explosion, 16 Horsepower, Cat Power, Jean-Louis Murat, Diabologum, PJ Harvey & John Parish (quand c’était bien !), Vic Chesnutt. Rien que ça sur ce CD ! Certains, certaines (JSBX, PJ Harvey, 16 Horsepower, Tricky), j’y suis venu un peu plus tard, par d’autres portes d’entrée. Ceux-là, je le confesse, je n’ai pas été le témoin de leurs débuts magnifiques. Je devais encore, légèrement attardé, écouter en boucle Queen, Springsteen, FFF et Polnareff.   

Le comble, par exemple, c'est qu'en cet automne 1996, je crois que je suis passé complètement à côté du morceau de Jon Spencer que me proposaient les Inrocks. Celui de dEUS fut à l'inverse une déflagration, une révélation esthétique, mais je ne connaissais ni leur premier album ni Suds & Soda. Il faudrait attendre la sortie de In a Bar Under the Sea, en cette rentrée 96, pour que je m’y penche et que j’y tombe la tête la première. Un peu à la même période, grâce à une autre compilation des Inrocks, je découvrirai Elliott Smith et l’album XO. Et je crois, mais je me trompe peut-être, que le Non, non, non de Miossec, c’est aussi grâce à un de ces disques que je l’ai entendu pour la première fois.

La nostalgie encore ? Non, pas vraiment. Juste le sentiment qu’un disque ne peut plus aujourd’hui me marquer comme celui-ci a réussi à le faire. Question de contexte, question d'époque. En fait, je suis bien content d’être un vieux con, que 7and7is soit un peu comme « le blog RFM de l’indie rock » (c’est Mario Cavallero Jr qui m’a, assez justement, sorti ça samedi soir). Je suis bien content d’être passé par là, d'être né il y a trop longtemps, de pouvoir vous parler de ce CD, d’associer un morceau de Noir désir, un morceau de dEUS et un morceau de Diabologum à ce disque très précis et que tous trois soient, pour moi, pour toujours, issus du même moment, d’une même expérience. Pour remonter plus loin, je suis bien content d’avoir connu mes premiers chocs musicaux grâce au walkman ou grâce au Top 50 des années 80. Un peu plus tard, j’empruntais des vinyles à la médiathèque (l’une des premières, à Paris, à se doter d’un tel rayon) pour les copier sur cassettes (un par face, généralement). Les CD, ce serait pour plus tard, bien plus tard...

Voilà, parmi les milliers de morceaux et les centaines d'albums écoutés avant, écoutés depuis, ce disque, cette vulgaire compilation, surnage. C'est une borne, une balise.

Et sinon, on écoute quoi en novembre 2011 ?

 

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30 août 2011 2 30 /08 /août /2011 17:59

a.jpgCher Baxter,

Si tu savais comme ça me fait plaisir que l’on parle un peu, ici et là, de ton nouveau disque. On a tellement sous-estimé tes deux premiers albums que ce petit écho que trouve Happy Soup dans la presse et sur les blogs est une nouvelle assez inespérée.

Oui, le 16 août, je l’attendais fébrilement ton nouvel opus. Je n’étais pas rentré de vacances, quelques jours avant, exprès pour l’acheter, mais disons que ça tombait bien…

Il faut dire que Len Parrot’s Memorial Lift et Floorshow comptent pour moi parmi les disques les plus mémorables de ces dix dernières années. Je les écoute souvent, tout le temps. On n’est pas nombreux, nous qui nous en foutons de ton hérédité et des albums sortis par ton père mais qui aimons tant nous lover dans le soyeux de tes mélodies, dans le minimalisme avisé de tes productions.

Tes deux disques précédents, je suis fier de les connaître, de n’être pas passé à côté, et je suis aussi en même temps un peu triste que tu n’aies pas eu la chance de les partager avec un peu plus d’auditeurs. Il paraît même qu’ils sont assez difficiles à trouver aujourd’hui. Dommage. Ils sont encore meilleurs que ce superbe Happy Soup. Mais comme un disque chasse l’autre, comme la hype n’est pas crédible une seconde, comme ceux qui te défendent (les Inrocks par exemple) n’ont pas la possibilité (les couilles ?) de te mettre - ainsi que tu le mériterais - en couverture et comme ils se ridiculisent en encensant en même temps Wu-Lyf, difficile d’expliquer que Happy Soup n’est pas un disque de plus, que tu n’es pas le mec à la mode de la semaine, que tes deux premiers albums sont des chef-d'œuvres.

Alors, non, Happy Soup ne détrônera sans doute pas Len Parrot’s Memorial Lift ou Floorshow dans mon cœur, mais l’écouter, te lire et avoir de tes nouvelles me rend heureux.

Bien à toi. Et rendez-vous au Point Ephémère le 23 septembre...

S.

 

http://www.myspace.com/baxterdury

http://www.baxter-dury.com/

 

 

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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 11:55

Mini-Mansions.jpgIl y a des disques qui nous parlent instantanément, dont on se dit qu’ils sont faits pour nous, qu’on ne pouvait littéralement les espérer – les rêver – meilleurs. Ces disques sont rares, il n’y en a pas un tous les ans. Le dernier, c’était peut-être Floorshow de Baxter Dury, peut-être Third de Portishead. Et bien avant, il y a très longtemps, le premier album de Julien Baer.

Un de ces disques vient de sortir. De nulle part. Ecouté comme ça, presque par hasard, grâce à une info de Domino Records qui le distribue en France et qui, dans une communication lapidaire, faisait allusion – mot de passe instantané – à Elliott Smith. Résultat : ce disque m’obsède depuis quelques semaines. C’est troublant. Comme si quelqu’un avait réussi à prélever ce que j’aime le plus profondément dans la pop et dans le rock, à le synthétiser en une quarantaine de minutes et une dizaine de tubes potentiels, puis à le graver sur un disque. Un disque inimaginable. Celui qu'on aurait rêvé d'enregistrer si on se perdait dans ce genre de fumeuses considérations. Ce disque fascinant, c’est celui de Mini Mansions, trio mené par l’actuel bassiste des Queens of the Stone Age. Or, préciser cela, c’est ne rien dire de la beauté d'un album qui n’emprunte absolument rien au groupe de Josh Homme (sinon le label Rekords Rekords). Par contre, fantasmer ce disque comme le meilleur album de morceaux inédits des Beatles enregistrés par Supergrass et Elliott Smith, c’est déjà le circonscrire un peu mieux. Alors, je ne sais pas si Mini Mansions est un grand disque. Mais chez moi, depuis un mois, il prend toute la place. Il n’invente rien, mais il réinvente tout.

 

http://www.myspace.com/minimansionsmusic

 

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22 avril 2011 5 22 /04 /avril /2011 14:06

Ainsi, cette magnifique reprise d'Alain Bashung aura été le dernier morceau enregistré par Noir Désir.

Cela nous console du psychodrame de l'automne 2010 et de la séparation (logique et attendue) du groupe (voir ici, pour mémoire).

Cela nous console surtout de savoir maintenant que la discographie du groupe ne s'arrêtera pas, trébuchante, sur le double faux-pas du calamiteux retour de 2008 (la paire Gagnants/Perdants et Le temps des cerises).

Ici, en marge des polémiques récentes sur la présence de Bertrand Cantat dans une pièce de théâtre au Québec ou à Avignon, réentendre sa voix sur les mots de Bashung et de Jean Fauque procure des frissons rares et précieux.

Bien sûr, ce n'est qu'une reprise. Bien sûr, elle demeure très fidèle. Bien sûr, l'émotion y est un peu trop appuyée. Bien sûr, c'est déjà, d'emblée, l'une des meilleures chansons de Bashung. Mais la voix de Cantat sur ces mots-là (sur ces maux-là) produit l'étincelle tant attendue et noue la gorge durablement.

 

 

 

On reparlera peut-être de l'album hommage (Tels) dont cet Aucun express s'échappe aujourd'hui, mais son casting Universal All Stars (-M-, Gaëtan Roussel, Dionysos, Christophe, Stephan Eicher, Raphaël, Vanessa Paradis) laisse un goût amer : trop calculé, trop commercial, trop corporate, ce casting, même si on a hâte d'entendre Miossec, Benjamin Biolay ou Keren Ann, qui ne sont pas de la maison, livrer leur interprétation d'Osez Joséphine, de Ma petite entreprise ou de Je fume pour oublier que tu bois.

 

 

 

Bonus track : Aucun express, repris simplement et de bien belle manière par Florent Marchet




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25 novembre 2010 4 25 /11 /novembre /2010 16:53

_IGP1463.JPGOn le sait, on l’a lu un peu partout dans une presse bizarrement complaisante et assez peu critique : c’est Noël bientôt et c’est Bruce Springsteen qui, pour ses fans, endosse la tenue du vieux barbu. Pensez donc ! Réédition luxueuse de Darkness on the Edge of Town, son chef-d’œuvre (Ah bon ? On croyait qu’il s’agissait de Born to Run), exhumation de 21 inédits (on y reviendra), et trois DVD remplis à ras bord de concerts (l’un datant de 1978, trois heures et une setlist démente, bonheur !), d’images d’archives rarissimes et d’un documentaire passionnant sur l’enregistrement de Darkness on the Edge of Town. C’est Noël bientôt, c’est certain. D’autant  plus que l’objet, fac-similé d’un carnet annoté de Springsteen est absolument sublime. On y voit ses ratures, ses hésitations, en un mot le travail et la sueur du songwriter. Et c’est clairement le sens à donner à ce coffret  onéreux documentant le processus de l'écriture et de la composition chez Springsteen.


Pour Darkness on the Edge of Town, plusieurs dizaines de chansons furent écrites, ébauchées, abandonnées en cours de route. Certaines, achevées, se retrouveront sur The River un peu plus tard. Le live de 1978,  proposé sur un DVD et intégrant déjà dans la setlist des titres comme The Ties That Bind, Point Blank ou Independence Day, en atteste.  D'autres titres, souvent dispensables, sont réapparues il y a quelques années dans un précédent coffret d’inédits, Tracks. Et puis il y a les chansons qui vont se transformer, évoluer, permuter texte ou musique pour aboutir par exemple (et c’est heureux) à Factory ou à Candy’s Room, deux morceaux esssentiels de Darkness on the Edge of Town.

Ce disque-là ne comptera au final que dix chansons (et quelles chansons !). C’est un album assez sombre,  ramassé, sec, certainement pas, toutefois, le plus pessimiste de Springsteen, comme on a pu le lire récemment (faut-il relire, pour s'en persuader, les textes de Nebraska ou de The Ghost of Tom Joad ?). Pourtant, l’espoir  de s'en sortir que portaient quand même, sur l’album précédent, les derniers couplets de Born to Run ou Thunder Road s’est estompé, comme en témoigne admirablement le texte de The Promise, l’un de ceux, très beau, qui ne furent pas retenus. Noir c’est noir. Et The Promise, The Making of Darkness on the Edge of Town, précieux documentaire, en témoigne une heure trente durant. On y voit un groupe au travail, cherchant le son que Springsteen entend dans sa tête mais que le E Street Band ne parvient pas à reproduire en studio.

Le disque doit être plus âpre. C'est le temps des désillusions, c'est l'envie d'un disque moins nostalgique que le fut Born to Run, et en prise avec une réalité sociale difficile pour ceux (gens de peu, ouvriers) que Sprinsteen a côtoyé par le passé. Il faut abandonner le Wall of Sound spectorien de Born to Run, troquer le mythe de la fuite, du rebond et de la renaissance contre un constat de sur-place plus trivial, plus douloureux, trouver un son qui claque, prendre le contre-pied du précédent disque. Sur la pochette, le fou rire de la session photo de BTR s’efface, Springsteen fait la gueule. Le punk est passé par là, il y a peut-être un rapport…

À ce moment-là, surtout, un procès oppose Springsteen à Mike Appel, son manager. Ce dernier souhaite contrôler un artiste qui ne veut rien céder de son image ou de ses textes, qui sait pertinemment ce qu’il veut faire et dont la volonté se heurte désormais aux idées de celui qui l’a aidé à percer. Le documentaire parle de cela sans fard (tout en demeurant sous contrôle) et donne la parole à Appel qui, lui-même, reconnaît humblement que l’on ne pouvait pas à l’époque dicter à Springsteen la route qu’il devait emprunter, qu’il s’est trompé. Tous deux sont aujourd’hui redevenus amis, on est contents pour eux...

Trois ans passent donc entre la sortie de Born to Run et celle de Darkness on the Edge of Town. Trois ans de trop. À l’époque, c’est une éternité : le groupe aurait pu disparaître, la sensation Springsteen faire long feu. Lui travaille, mais ne peut pas encore, tant que le procès dure, publier de nouveau disque, cela expliquant en partie la quantité de morceaux ébauchés à l’époque. La réalité, c’est aussi et surtout que le parolier rature beaucoup et que le compositeur jette encore plus (cela devient l’objet de vannes récurrentes de la part des autres musiciens, parfois épuisés, parfois excédés par le "control freak" que se révèle être celui que l’on surnomma – à juste titre – le Boss). De fait, beaucoup de morceaux ne correspondaient pas à la tonalité que Springsteen souhaitait imprimer à ce nouveau disque, résolument cinématographique, résolument sombre (l'influence manifeste du film noir), aussi réaliste et terre-à-terre que Born to Run fut lyrique et fiévreux.

 

_IGP1467.JPGAlors, forcément, la grande affaire de 2010, c’est la découverte de ces fameux morceaux inédits ou , pour certains, apparaissant jusqu’alors sous d’autres formes – alternatives, inachevées parfois – sur des pirates au son douteux. On pourrait se dire que du bonus de Springsteen c’est forcément bon à prendre. Ce n’est pas faux, encore que je ne tienne vraiment pas à entendre les inédits (s’il y en a) de Working on a Dream, son effroyable dernier album studio… Passons…

De fait, parmi les 21 titres (22 plus précisément, il y a un morceau caché), tout n’est pas si neuf. Il y a  ces morceaux que l’on connaissait dans leurs versions live : Rendez Vous (sur Tracks), Fire (sur le coffret Live 75-85) et évidemment le tubesque (et un peu lourdingue, oui, disons-le) Because the Night offert à Patti Smith. Ces titres-là, dans leurs versions studio, en sortent encore meilleurs (de fait, les petits gimmicks de Rendez-vous furent souvent assez agaçants en concert). On constate aussi un peu surpris que beaucoup de  nouveaux titres, approfondissant les influences soul, pop bubblegum et sixties de Springsteen, auraient tout aussi bien pu figurer, deux ans plus tard, sur l'ambivalent double-album The River. A cause de leurs arrangements rockabilly, de leurs guitares carillonnantes (Save my Love) et de leur tonalité globalement assez enjouée (le rétro Ain’t Good Enough For You, énorme, comme échappé d'une session d'un E Street Band vintage, celui de The Wild, the Innocent and the E Street Shuffle, le deuxième album de la troupe). Dans The Promise, le film, on voit même Bruce et Steve Van Zandt interpréter, déconnants, l'insouciant Sherry Darling, morceau léger qui ne sera gravé que deux ans plus tard sur ce double album avec lequel Springsteen enfoncera la porte de ses glorieuses eighties ("Glory Days" ?).

De tels morceaux auraient assurément dénaturé Darkness on the Edge of Town. Ainsi, on entend au fil de The Promise  plutôt que la suite annoncée de Born to Run là où s'ancre la tonalité très rockabilly, déjà nostalgique, qui illuminera The River ; plus précisément c'est un Bruce Springsteen qui n’a jamais autant tutoyé Roy Orbison (The Brokenhearted) ou Elvis (sublime version studio de Fire) qui se dessine là. On découvre même assez stupéfait un morceau qui n’aurait pas dépareillé sur un disque d’Abba (c'est l'époque), voire interprété par un Girl Group des sixties. Someday (We’ll Be Together), ovni springsteenien fascinant, est certes un peu irritant avec ses chœurs à haute teneur en glucose mais il faut bien préciser aux fans qui déjà le détestent que, dans le genre, le Boss ne tombera jamais aussi bas qu’avec Queen of the Supermarket, ce morceau au pathos moisi qui, en 2009, fila à jamais la honte à tout le reste de sa discographie, la seule de ses chansons qui nous a fait réellement douter du génie (passé, présent, futur) de ce mec. Bon, évidemment, lors du prochain passage du E Street Band en stade ou à Bercy (on parle de juillet 2011), Someday (We’ll Be Together) sera – avec Save my Love (actuel single très en deça de l'ensemble de The Promise) – le meilleur moment pour aller pisser, mais cela reste entre nous.

 

Au final, une grosse moitié des inédits sont de très bons morceaux du E Street Band (Wrong Side of the Street, Talk to Me, The Promise, Breakaway, City of Night) et on peut même se demander s'ils ne seraient pas devenus des standards s'ils avaient été publiés plus tôt. Un petit quart – les versions alternatives de morceaux ensuite enregistrés sous d’autres titres – sont franchement dispensables (Candy's Boy, Come on), et un dernier quart révèle de fort sympathiques faces B à la discographie officielle (The Little Things (My Baby Does), Outside Looking in).

Pourtant, pour vraiment apprécier ces inédits, il faut passer par un sentiment étrange et déplaisant, dont on parle peu en ces jours de revival béat...

Car The Promise pose une vraie question éthique. Les 22 morceaux ont tous été entamés en 1978 mais ont été terminés (tout du moins sous cette forme) en 2010. Soyons clairs, ce ne sont donc pas véritablement des prises d’époque. Pas seulement en tout cas. Les overdubs de 2010 y sont nombreux, certains arrangements, certains chœurs n’y étaient pas à l’époque et le disque fait même intervenir sacrilège ? des membres plus récents du E Street Band (Patti Scialfa assurément, Nils Lofgren peut-être) qui n’étaient que des fans à l’époque de l’enregistrement de Darkness on the Edge of Town (d'ailleurs, tous deux apportent leur témoignage dans le documentaire et c'est assez malvenu). Moins anecdotique, les prises de voix d'un Springsteen sexagénaire se mêlent à celles de 1978 (si cela pose question, avouons que ce n'est pas forcément si mal pour The Promise, une archive vidéo de 1978 montrant Springsteen finalement assez pénible sur ce morceau, bien trop braillard déjà). À certains égards, donc, on pourrait dire que ce disque est une contrefaçon, un paradoxe total. Comme si le passé ne pouvait demeurer en paix, comme s'il fallait solder les comptes de cette période et publier  aujourd'hui ce qui n'avait sciemment pas été achevé alors.  Garder la mainmise. Comme lors du conflit avec Appel. Publier l'inachevé soi-même avant que des corbeaux se ruent dessus, plus tard, trop tard. Peut-être Bruce Springsteen pense-t-il à la mort. Sans doute pense-t-il beaucoup à Danny Federici, organiste historique du E Street Band emporté par un cancer il y a peu. Sans doute y a-t-il surtout dans cette démarche une volonté de contrôler ses archives,  histoire que l'on ne fasse pas n'importe quoi, dans vingt ans, avec des bribes de ses chansons inachevées. Alors il les termine lui-même trente deux ans après. Tout cela est très bien fait et la différence s’entend rarement : il est quasiment impossible de bouder son plaisir à l'écoute de ce double-album. Mais la démarche témoigne aussi d’une volonté de ne pas vraiment choisir entre la publication de raretés (imparfaites, inachevées - "only for fans") et celle de proposer un vrai nouvel album (une démarche plus commerciale, donc). Tout cela est assumé (encore que le livret frustrant ne dise jamais vraiment ce qui date de 2010, hormis Save My Love, totalement réenregistrée cet été), alors on a quand même envie de passer à Springsteen cette contorsion un peu bizarre. Surtout quand, au bout de plusieurs jours d'écoutes répétées, une petite dizaine de morceaux s'imposent comme de vraies perles retrouvées. Surtout quand on voit, sur DVD, le E Street Band de 2009 interpréter en formation resserrée l'intégralité de Darkness on the Edge of Town dans un théâtre d'Asbury Park vidé de ses spectateurs (on ne s'est toujours pas remis de la furieuse version de Adam Raised a Cain exécutée pour l'occasion – à voir ci-dessous). 


Aussi, il vaut mieux envisager d'emblée The Promise comme un nouvel album de morceaux écrits en 1978 mais enregistrés aujourd’hui plutôt que comme une vraie collection d’inédits au son d'époque. Un vrai faux album  un peu à part,  un gros cadeau fait aux fans. Et du coup – l'imposant travail de production mené en 2010 en atteste   vraiment pas des fonds de tiroir lâchés à la légère. Dès lors que cette semi-déception est digérée, ce double album s’offre dans toute sa beauté paradoxale, tel l'antidote solaire du fameux et grave "album de la maturité" qu'est Darkness on the Edge of Town. Et l’on peut alors écrire sans crainte que c’est bien là le meilleur disque de Bruce Springsteen depuis Devils and Dust (et évidemment le meilleur du E Street Band depuis Born in the USA). En somme un précieux bonus à un coffret dont l’essentiel – vous l’aurez compris – réside ailleurs (les images d’archives, les concerts filmés, l’album original).


 

 

 


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9 novembre 2010 2 09 /11 /novembre /2010 17:15

seemyfriends.jpgBon, okay, faute de les reformer (son frangin veut pas), Ray Davies a choisi d'enterrer les Kinks. Un enterrement de première classe, un feu d'artifice, un chant du cygne avec tout plein de featurings, des invités exceptionnels, des duos en veux-tu en voilà, un ersatz de nouvel album visant à célébrer son songwriting de première classe. See my Friends, c'est quoi ? Un plateau de Taratata gravé sur galette, un fantasme de directeur artistique réalisé. C'est également une pochette (presque) aussi foireuse que celle du dernier Santana, lui qui eut au moins la dignité de ne pas reprendre ses propres morceaux mais tout plein de classiques du rock agrémentés d'invités plus ou moins prestigieux.

See my Friends, pour quelques noms, faisait pourtant presque envie.  Et c'était prometteur de savoir que l'origine du disque venait d'une reprise enregistrée avec le regretté Alex Chilton (autre orfèvre pop) juste avant sa mort. Mais malheureusement il y en a d'autres, des invités... Des petites gloires british récentes, des pointures du hard FM (Jon Bon Jovi et Richie Sambora, non !) qui nous font fuir.

L'autre souci, c'est bien que les invités de Ray - même les bons - n'apportent pas grand chose à des chansons sublimes qui, évidemment, n'avaient pas besoin de quiconque pour perdurer. Non, franchement, autant se payer un best of des Kinks plutôt que ces versions avariées ou, dans le meilleur des cas,  juste superfétatoires. Elles ne traduisent finalement - et c'est triste - qu'une cruelle perte d'inspiration et un sens du discernement plus que douteux. Plus grave, on y voit se confirmer cette tendance où les artistes revisitent leur catalogue (ou celui des autres) à défaut d'avoir le cran de sortir de nouveaux morceaux et de se confronter à leur légende passée.

Alors, bien sûr, il y a Alex Chilton, Jackson Browne et Bruce Springsteen (et même Billy Corgan, tout en nerfs, s'en tire plus que bien). Le Waterloo Sunset avec Jackson Browne est d'ailleurs très réussi, mais n'était-ce pas la moindre des choses pour une des plus belles chansons du monde ?

Sinon, quoi ? Vous pourrez entendre Metallica bourriner sur You Really Got Me, et, si c'est plutôt marrant (plus que Sambora s'astiquant le manche sur Celluloid Heroes en tout cas), on ne voit pas trop l'intérêt pour eux de reprendre ce morceau-là, tant l'effet de leur gros son est ici redondant et pleonastique par rapport à l'original, ce morceau parfait et primal, moule précieux de tout le rock garage qui déferlera dans ses larsens. Pour la déférence aux Kinks en inventeurs paradoxaux du hard rock, Van Halen, ça suffisait bien, hein... D'autres démontrent que les Kinks aujourd'hui feraient un puissant groupe de stade, mais ce n'est pas ce Lola-ci, avec Paloma Faith (qui ça ?), que je ferai écouter plus tard à ma fille. 

S'il faut écouter un sexagénaire cet automne, ce ne sera donc ni Santana et son manuel de guitare pour les nuls, ni Robert Plant et son coup de mou, ni Bryan Ferry et son ennuyeuse élégance, ni Ray Davies et tous ses potes, mais bel et bien Neil Young transcendé par la production de Daniel Lanois (ici).

 

http://www.seemyfriends.co.uk/


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15 octobre 2010 5 15 /10 /octobre /2010 11:30

sufjan-stevens-the-age-of-adz.jpg

Sufjan-Stevens-All-Delighted-People-Album-Art-506x500.jpgEn quelques semaines, deux coups de poignards, enfoncés dans mon cœur par un ami cher, le dernier dont j’aurais attendu cela. Certes, on s’était un peu perdus de vue depuis quelques années, mais quand même, je ne pouvais pas m’attendre à cette trahison… Eh oui, Sufjan Stevens, vénéré pour les beautés de Michigan et Illinoise revient aux affaires et c’est pas joli-joli. J’avais volontairement ignoré ses deux disques intrumentaux parus l’an dernier, flairant les trous bouchés pour faire patienter, et puis voilà qu’il déboulait il y a un mois avec un EP indigeste (All Delighted People) pour annoncer le vrai album au sujet duquel nombre de commentateurs s’ébaubissent aujourd’hui : The Age of Adz. En fait, deux albums puisque le EP à l’atroce pochette photoshop excédant les 70 minutes, il n’en a que le nom. Affectueusement – gentiment écœuré par sa grandiloquence, ses arrangements d’une lourdeur exaspérante – je l’avais rebaptisé  sur un site ami "All Dégueulis People" (j’ai honte, je l'avoue). Mais oui, si y surnageait quand même une ou deux beautés acoustiques, tout cela ressemblait à une parodie de The Polyphonic Spree (collectif estimable et plaisant mais en soi déjà assez parodique), un truc tellement sucré, tellement gras, qu’il a bouché mes chiottes illico. Bon…

The Age of Adz, c’est autre chose. Et c’est aussi un peu la même chose en dépit des notes d’intention, de son apparence novatrice et si résolument "moderne". C’est un disque fascinant, c’est sûr. Fascinant tant il se présente décomplexé, peu soucieux du bon goût, de la mode, de la mesure ou de la dignité. Hideux, sublime, grotesque. Hugolien dans sa démesure. Un truc aussi beau (parfois) qu’il peut être laid (souvent). Exactement, là, dans cette définition où se niche le kitsch. Délire d’ingé-son, le nouveau Sufjan Stevens empile les couches sonores en toute impunité, multiplie les overdubs, sample, bricole, triture, échantillonne, noie les chansons et les mélodies dans des expérimentations sonores, des collages artificiels espérant en remontrer à la concurrence. Quitte même à utiliser un incongru vocoder, à se prendre dans une bouffée délirante pour un Daft Punk symphonique. Mais à quoi bon ? Comment vous dire ? Les productions ouvragés des pires albums de Queen, même le dernier étron de Muse, à côté, c’est du Steve Albini… Et là, on comprend que ce qu’on aimait chez Sufjan Stevens, c’était plutôt son versant folk, pas son maniérisme pompier qui déborde ici de chaque sillon de ce vinyl que je ne songerais même pas à voler…

Allez, Sufjan, offre-toi un quatre pistes sur un vide grenier, enferme-toi dans ta cabane en bois, enregistre un nouveau chef-d'œuvre et on n'en parle plus, ok ?

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22 septembre 2010 3 22 /09 /septembre /2010 10:40

katerine.jpg

Tu attendais des chansons délicates ?

Il s’en tamponne...


Tu pensais que Robots après tout était une parenthèse déconnante ?

Il t’emmerde...


Tu attendais au moins des couplets, des refrains et des ponts ?

Va te faire foutre !


Tu vas te lancer dans une subtile analyse où tu essayeras de caser les mots "dada", "hyper-réalisme", "être" et "néant" ?

Il te pète au nez...


Tu es convaincu, maintenant, Katerine, c’est vraiment pourri ?

Il le sait : il est une merde, et il t’emmerde...


Tu te dis que c’est quand même une sacrée feignasse, ce Cathrine ?

Et pourquoi des bouts d’idées à la con ne feraient pas une bonne chanson ?


Tu penses que cet album est parfait ?

Tu n’as pas tort...


Tu le trouves "trop délire" ce mec ? 

Si tu t’attends à des morceaux de l’acabit de La Banane, tu vas débander...

 

Tu adores son premier album (sic) avec Louxor j'adore ?

Je te souhaite de t'étrangler de rage en écoutant celui-ci...


Tu l’aimes bien, Filipe Katherine, parce qu’il est "vachement cynique" ?

Même pas vrai !


Tu regrettes les arrangements ouvragés de Huitième ciel ?

Arrête de faire ta précieuse…


Tu penses que c’est un vrai punk ?

Arrête un peu d’intellectualiser...

 

Tu trouves ce disque tellement libre, tellement affranchi ?

Pascal Nègre est complètement d'accord avec toi...

 

Tu penses que le nouveau disque de Catherine est aussi nase que son film ?

Tu l’as vu, au moins, son film ?


T’adores ça parce que c’est hyper régressif ?

Et ma droite décomplexée dans ta gueule, tu la veux ?


 

 

 

Le nouvel album de Philippe Katerine est en écoute intégrale ici

 

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