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19 novembre 2010 5 19 /11 /novembre /2010 17:28

C'est peut-être le plus beau film français de l'année. L'un des plus sensibles assurément. Un film  discret, tout en creux, dans lequel on aurait pu vivre, dans lequel on aurait pu respirer. Un film qui nous habite autant qu'on l'habite. Un film important. Un film intime. Un film à soi, comme on le dirait volontiers d'un disque. Ses protagonistes pourraient être nos proches. Son humeur, douce et mélancolique, fait écho à celle qui parfois (je l'espère) se glisse en ces pages.

Surtout, Memory Lane, qui n'est pas le moins du monde un film musical (quoique...), sait mettre en scène cette passion qui nous lie, celle des disques, de la musique, de la pop telle qu'on la vit au quotidien, telle qu'elle infuse doucement dans nos vies. Une pop anglo-saxonne à travers laquelle vivent et s'oxygènent ces personnages (musiciens parfois), à travers laquelle, aussi, passe ici très délicatement, très finement, l'expression du sentiment amoureux (une jeune femme y offre même un disque de Sparklehorse à celui qu'elle aime peut-être, c'est dire...).

Memory Lane sort en salles mercredi prochain, le 24 novembre. Une sortie discrète sans doute. Raison de plus pour en parler déjà et pour que vous ne le ratiez pas.

 


memory lane 4Tout d’abord producteur (de beaux films de Darielle Tillon ou de Martin Rit), c’est par trois moyens métrages que Mikhaël Hers s’est d’emblée fait connaître. Avant Memory Lane, déjà trois heures de cinéma et, plus qu’une promesse, une œuvre solide. On a ainsi envie d’appréhender ces quatre films comme un tout, de ne pas considérer les courts comme des prémices. Car si c’est une litote d’écrire que Memory Lane figurait dans les marges de Montparnasse ou de Primrose Hill, ce serait mal le comprendre que de reprocher à Hers de ressasser.

On revient certes en terrain connu (géographiquement, formellement, thématiquement), mais c’est bel et bien comme si on mettait sur une platine le nouveau disque d’un groupe aimé, un peu différent chaque fois mais au fond toujours le même. Les films dialoguent non seulement au gré de correspondances de casting, mais aussi au hasard de rimes visuelles, de décors et de situations ; les plans urbains qui servaient de transition entre les trois parties de Montparnasse rythment désormais la narration, revenant, tel le beau thème au piano de David Sztanke, comme un refrain.

Ce cinéma infusé de pop anglaise cultive le spleen gagnant des jeunes gens déjà bien ancrés dans l’âge adulte. On repense aux beaux moments, on essaye de comprendre où ça a basculé, on écoute inlassablement des disques raccrochant à l’insouciance qui s’éloigne. Qu’il s’agisse de Charell et de ses quadras se retrouvant vingt-cinq ans après, ou de Primrose Hill, qui, comme Memory Lane, fait de l’adresse à l’autre son mode liminaire d’énonciation, tous saisissent des êtres confrontés à la fuite du temps, à l’obsolescence du groupe, à la mort, à la disparition, à la difficulté de vivre tout simplement. Car “memory lane”, c’est aussi une expression désignant le cheminement de la mémoire, cœur du cinéma de celui qui, dès son premier film, adaptait Patrick Modiano, et qui partage ici avec le romancier du souvenir un beau titre anglophone. Mélancolique, ce cinéma l’est assurément, scrutant nos quotidiens avec une grande douceur, une parfaite attention.

Ici donc, sept amis de longue date saisis quelques jours dans la banlieue ouest de Paris. Un mois d’août appréhendé comme un sas, une banlieue envisagée comme un bout du monde, pas tout à fait la ville ni vraiment la campagne, des scènes entre chiens et loups, quand tombe la nuit ou quand se lève le jour. Deux sœurs reviennent de province visiter leur père malade, un garçon fragile retape une maison gagnée par la végétation, d’autres font de la musique. Chaque partition intime se fond dans une trame générale ménageant le mystère de personnages pris à un moment donné, sur un mode certes hyperréaliste (la banalité de certaines répliques, la frontalité quotidienne des lieux: piscine, marché couvert, médiathèque, Fnac) mais préservant volontiers des zones de flou.

Ce flou qui, dans un plan saisissant, isole Raphaël. Toujours en retrait, le personnage interprété par Thomas Blanchard ne joue pas de musique, lui ; on ne lui voit pas, contrairement aux autres, d’attaches sentimentales, familiales. Son cheminement est solitaire, déconnecté. Son histoire, effleurée, résonne avec une chanson du regretté Elliott Smith intitulée “Memory Lane” et ayant trait au séjour du chanteur américain en hôpital psychiatrique. S’il apparaît à la traîne, souvent perdu dans un cadre trop grand pour lui, Raphaël est par défaut un personnage central : c’est à lui que s’adresse, l’automne venu, le narrateur, comme c’est au groupe de quatre amis que s’adressait la jeune femme disparue de Primrose Hill. Ces personnages, au bord de la folie, de la disparition (comme Charell, comme l’absente du second segment de Montparnasse) sont des déclencheurs, des révélateurs, ceux dont le destin froissé éclaire des personnages aux contours plus banals (Thibault Vinçon ici, Jean-Michel Fête dans Charell). Discrètement, ils nous tendent une clé, nous aidant peut-être à pénétrer le mystère envoûtant du cinéma de Mikhaël Hers.


Stéphane Kahn

Texte précédemment publié dans le n°95 de Bref, le magazine du court métrage, actuellement disponible en librairies.


Sortie le 24 novembre


 

 

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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 15:54

Neil Young et Bruce Springsteen reprenant l'insupportable Whip my Hair de Willow Smith (la fille de Will) ?

Ben oui, c'est possible.

Mais par quel paradoxe temporel les deux chanteurs déboulent-ils ainsi des années 70 pour reprendre ce morceau-là sur un plateau télé de 2010 ? Et qu'est-ce qui leur a pris ?

Ben non, allez, c'est pas vrai. Si c'est bien le vrai Springsteen dans ses atours de 1975 qui vient là s'autoparodier, le loner canadien n'est autre que le comédien Jimmy Fallon. Et tout cela fut enregistré hier dans le "Late Night With Jimmy Fallon"...

 


Il est drôle, le Boss, non ?
Bon, en même temps, on ne va pas rester là-dessus, hein... Parce que, en vrai, Bruce et Neil se sont croisés à plusieurs reprises sur scène... Comme ci-dessous pour une bien belle version de Helpless...



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9 novembre 2010 2 09 /11 /novembre /2010 17:15

seemyfriends.jpgBon, okay, faute de les reformer (son frangin veut pas), Ray Davies a choisi d'enterrer les Kinks. Un enterrement de première classe, un feu d'artifice, un chant du cygne avec tout plein de featurings, des invités exceptionnels, des duos en veux-tu en voilà, un ersatz de nouvel album visant à célébrer son songwriting de première classe. See my Friends, c'est quoi ? Un plateau de Taratata gravé sur galette, un fantasme de directeur artistique réalisé. C'est également une pochette (presque) aussi foireuse que celle du dernier Santana, lui qui eut au moins la dignité de ne pas reprendre ses propres morceaux mais tout plein de classiques du rock agrémentés d'invités plus ou moins prestigieux.

See my Friends, pour quelques noms, faisait pourtant presque envie.  Et c'était prometteur de savoir que l'origine du disque venait d'une reprise enregistrée avec le regretté Alex Chilton (autre orfèvre pop) juste avant sa mort. Mais malheureusement il y en a d'autres, des invités... Des petites gloires british récentes, des pointures du hard FM (Jon Bon Jovi et Richie Sambora, non !) qui nous font fuir.

L'autre souci, c'est bien que les invités de Ray - même les bons - n'apportent pas grand chose à des chansons sublimes qui, évidemment, n'avaient pas besoin de quiconque pour perdurer. Non, franchement, autant se payer un best of des Kinks plutôt que ces versions avariées ou, dans le meilleur des cas,  juste superfétatoires. Elles ne traduisent finalement - et c'est triste - qu'une cruelle perte d'inspiration et un sens du discernement plus que douteux. Plus grave, on y voit se confirmer cette tendance où les artistes revisitent leur catalogue (ou celui des autres) à défaut d'avoir le cran de sortir de nouveaux morceaux et de se confronter à leur légende passée.

Alors, bien sûr, il y a Alex Chilton, Jackson Browne et Bruce Springsteen (et même Billy Corgan, tout en nerfs, s'en tire plus que bien). Le Waterloo Sunset avec Jackson Browne est d'ailleurs très réussi, mais n'était-ce pas la moindre des choses pour une des plus belles chansons du monde ?

Sinon, quoi ? Vous pourrez entendre Metallica bourriner sur You Really Got Me, et, si c'est plutôt marrant (plus que Sambora s'astiquant le manche sur Celluloid Heroes en tout cas), on ne voit pas trop l'intérêt pour eux de reprendre ce morceau-là, tant l'effet de leur gros son est ici redondant et pleonastique par rapport à l'original, ce morceau parfait et primal, moule précieux de tout le rock garage qui déferlera dans ses larsens. Pour la déférence aux Kinks en inventeurs paradoxaux du hard rock, Van Halen, ça suffisait bien, hein... D'autres démontrent que les Kinks aujourd'hui feraient un puissant groupe de stade, mais ce n'est pas ce Lola-ci, avec Paloma Faith (qui ça ?), que je ferai écouter plus tard à ma fille. 

S'il faut écouter un sexagénaire cet automne, ce ne sera donc ni Santana et son manuel de guitare pour les nuls, ni Robert Plant et son coup de mou, ni Bryan Ferry et son ennuyeuse élégance, ni Ray Davies et tous ses potes, mais bel et bien Neil Young transcendé par la production de Daniel Lanois (ici).

 

http://www.seemyfriends.co.uk/


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8 novembre 2010 1 08 /11 /novembre /2010 16:58

pulp logo"Is this nostalgia ?", "Is this a miracle ?", "Is this a collective mid-life crisis ?", "Is this someone's idea of a joke ?", "Is this the  last chance to see the truly important pop group this country ever produced ?"...

C'est un beau teaser. Ironique et sardonique. Tel qu'on le croirait écrit par Jarvis Cocker himself. La page d'accueil d'un site de promo (presque) comme un autre devant laquelle on reste pourtant subjugué. Pourquoi ? Tout simplement parce que les photos sur le matériel et les archives qui s'enchaînent sont superbes et surtout parce que les commentaires tournent en dérision la grande nouvelle du jour : la reformation de Pulp pour quelques concerts en 2011. Avec le Goncourt de Houellebecq, c'est donc l'autre très bonne nouvelle de ce 8 novembre 2010. Reste à espérer que cette reformation passe par la France, mais connaissant la francophilie du parisien Jarvis Cocker, on n'en doute pas un instant...

Reste une question : compte-tenu de la qualité du deuxième album solo de Jarvis (le bowiesque Further Complications de 2009) et de l'excellence de ses prestations en solo, cette reformation est-elle une si bonne nouvelle ?

http://www.pulppeople.com/


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18 octobre 2010 1 18 /10 /octobre /2010 11:45

 

Paris, 18e. Trouvaille d'un dimanche d'automne...


sticky.jpg

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15 octobre 2010 5 15 /10 /octobre /2010 11:30

sufjan-stevens-the-age-of-adz.jpg

Sufjan-Stevens-All-Delighted-People-Album-Art-506x500.jpgEn quelques semaines, deux coups de poignards, enfoncés dans mon cœur par un ami cher, le dernier dont j’aurais attendu cela. Certes, on s’était un peu perdus de vue depuis quelques années, mais quand même, je ne pouvais pas m’attendre à cette trahison… Eh oui, Sufjan Stevens, vénéré pour les beautés de Michigan et Illinoise revient aux affaires et c’est pas joli-joli. J’avais volontairement ignoré ses deux disques intrumentaux parus l’an dernier, flairant les trous bouchés pour faire patienter, et puis voilà qu’il déboulait il y a un mois avec un EP indigeste (All Delighted People) pour annoncer le vrai album au sujet duquel nombre de commentateurs s’ébaubissent aujourd’hui : The Age of Adz. En fait, deux albums puisque le EP à l’atroce pochette photoshop excédant les 70 minutes, il n’en a que le nom. Affectueusement – gentiment écœuré par sa grandiloquence, ses arrangements d’une lourdeur exaspérante – je l’avais rebaptisé  sur un site ami "All Dégueulis People" (j’ai honte, je l'avoue). Mais oui, si y surnageait quand même une ou deux beautés acoustiques, tout cela ressemblait à une parodie de The Polyphonic Spree (collectif estimable et plaisant mais en soi déjà assez parodique), un truc tellement sucré, tellement gras, qu’il a bouché mes chiottes illico. Bon…

The Age of Adz, c’est autre chose. Et c’est aussi un peu la même chose en dépit des notes d’intention, de son apparence novatrice et si résolument "moderne". C’est un disque fascinant, c’est sûr. Fascinant tant il se présente décomplexé, peu soucieux du bon goût, de la mode, de la mesure ou de la dignité. Hideux, sublime, grotesque. Hugolien dans sa démesure. Un truc aussi beau (parfois) qu’il peut être laid (souvent). Exactement, là, dans cette définition où se niche le kitsch. Délire d’ingé-son, le nouveau Sufjan Stevens empile les couches sonores en toute impunité, multiplie les overdubs, sample, bricole, triture, échantillonne, noie les chansons et les mélodies dans des expérimentations sonores, des collages artificiels espérant en remontrer à la concurrence. Quitte même à utiliser un incongru vocoder, à se prendre dans une bouffée délirante pour un Daft Punk symphonique. Mais à quoi bon ? Comment vous dire ? Les productions ouvragés des pires albums de Queen, même le dernier étron de Muse, à côté, c’est du Steve Albini… Et là, on comprend que ce qu’on aimait chez Sufjan Stevens, c’était plutôt son versant folk, pas son maniérisme pompier qui déborde ici de chaque sillon de ce vinyl que je ne songerais même pas à voler…

Allez, Sufjan, offre-toi un quatre pistes sur un vide grenier, enferme-toi dans ta cabane en bois, enregistre un nouveau chef-d'œuvre et on n'en parle plus, ok ?

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5 octobre 2010 2 05 /10 /octobre /2010 22:14

 

Extraits de The Ben Stiller Show (1992-1993)


 

Et seize ans plus tard...

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22 septembre 2010 3 22 /09 /septembre /2010 10:40

katerine.jpg

Tu attendais des chansons délicates ?

Il s’en tamponne...


Tu pensais que Robots après tout était une parenthèse déconnante ?

Il t’emmerde...


Tu attendais au moins des couplets, des refrains et des ponts ?

Va te faire foutre !


Tu vas te lancer dans une subtile analyse où tu essayeras de caser les mots "dada", "hyper-réalisme", "être" et "néant" ?

Il te pète au nez...


Tu es convaincu, maintenant, Katerine, c’est vraiment pourri ?

Il le sait : il est une merde, et il t’emmerde...


Tu te dis que c’est quand même une sacrée feignasse, ce Cathrine ?

Et pourquoi des bouts d’idées à la con ne feraient pas une bonne chanson ?


Tu penses que cet album est parfait ?

Tu n’as pas tort...


Tu le trouves "trop délire" ce mec ? 

Si tu t’attends à des morceaux de l’acabit de La Banane, tu vas débander...

 

Tu adores son premier album (sic) avec Louxor j'adore ?

Je te souhaite de t'étrangler de rage en écoutant celui-ci...


Tu l’aimes bien, Filipe Katherine, parce qu’il est "vachement cynique" ?

Même pas vrai !


Tu regrettes les arrangements ouvragés de Huitième ciel ?

Arrête de faire ta précieuse…


Tu penses que c’est un vrai punk ?

Arrête un peu d’intellectualiser...

 

Tu trouves ce disque tellement libre, tellement affranchi ?

Pascal Nègre est complètement d'accord avec toi...

 

Tu penses que le nouveau disque de Catherine est aussi nase que son film ?

Tu l’as vu, au moins, son film ?


T’adores ça parce que c’est hyper régressif ?

Et ma droite décomplexée dans ta gueule, tu la veux ?


 

 

 

Le nouvel album de Philippe Katerine est en écoute intégrale ici

 

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19 septembre 2010 7 19 /09 /septembre /2010 15:10

STCD61.JPGIl est bien gentil, Carlos Santana. Non content d'enregistrer des albums de la pire soupe depuis des années, d'inviter sur ses disques les vocalistes les plus improbables (Placido Domingo, par exemple, Roch Voisine sur la version européenne de ce nouvel album pour reprendre Under the Bridge des Red Hot Chili Peppers), le voici qui déboule donc avec son Guitar Heaven, soit un album de reprises du "meilleur de la guitare" ("The Greatest Guitar Classics of All Time", rien que ça...).

L'album de reprises, donc, passage obligé pour artiste sexagénaire (et les autres) en mal d'inspiration ou véritable nécessité, volonté de payer ses dettes à qui vous a durablement influencé, vous avez deux heures... Ici, compte-tenu de la liste des morceaux choisis, l'entreprise pue le pire opportunisme. Et je ne vous parle même pas de la pochette, qui vient confirmer les goûts souvent douteux de l'ami Carlos... Les titres donc... Sunshine of Your Love de Cream, Back in Black d'AC/DC, Riders on the Storm des Doors, Smoke on the Water de Deep Purple, Bang a Gong de T-Rex, Little Wing de Jimi Hendrix, Whole Lotta Love de Led Zeppelin ou While My Guitar Gently Weeps des Fab Four, ils sont venus, ils sont tous là. C'est incroyable d'enfoncer ainsi toutes les portes ouvertes, d'avoir aussi peu de dignité (Smoke on the Water, quoi !). Certes, on a vu pire setlist, pire tribute band à la moindre fête de la musique, mais, là, quand même, au rang des disques putassiers à zéro prise de risques, c'est presque aussi convenu que le terne Twelve de Patti Smith. Pourtant, pourtant, avouons qu'entendre Chris Cornell "remplacer" Robert Plant ou qu'écouter ce gros lourdaud de Joe Cocker reprendre Little Wing (Santana reconstituant là, dans la virtualité, un trio marquant - Cocker, Hendrix et lui-même - de l'affiche de Woodstock), ce n'est pas déplaisant. Et comme on n'oublie pas que Santana, c'est d'abord un groupe qui groove, des percussions qui claquent, les voici mises à l'honneur sur le très bon Sunshine of Your Love ou sur le remarquable Back in Black chanté par Nas, et dont on croirait la ligne de basse jouée par Flea et pompée sur les Red Hot Chili Peppers, soit un intéressant quoique involontaire mashup.


ROBERT-PLANT-BAND-OF-JOY.jpgAu même âge, Robert Plant, qui n'en est pas à son premier disque de reprises (le méconnu Dreamland - et notamment son fiévreux Hey Joe - est superbe) revient avec Band of Joy (du nom de son groupe d'avant Led Zeppelin). C'est mollasson, très... Parfois très beau pourtant... Comme si le rouquin ne s'était pas remis de son album country avec Alison Krauss, lui qui déclara il y a peu, après un concert de Them Crooked Vultures (où officie l'ancien bassiste de Led Zep, John Paul Jones) que c'était vraiment trop de boucan, que ses oreilles en avaient saigné. Alors, que Plant enfile ses chaussons, se la coule douce, apaisé, vieux papy, et qu'il règle son sonotone au minimum, ça nous fait un peu de peine mais on sauvera quand même Band of Joy pour son honnêteté. En témoigne cette reprise - complètement inattendue - du sublime Monkey de Low. Choix plus intime, reconnaissons-le, et tellement plus surprenant que tous ceux de l'entrepreneur Santana.

 

Mais pour ce qui suit - et qui commence à dater - on n'en voudra jamais complètement à Carlos...


 

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2 septembre 2010 4 02 /09 /septembre /2010 17:16

 

Ce fut comme un rituel. Chaque matin. Du jeudi 12 août 2010 au mercredi suivant. Chaque matin, le même trajet. De la maison à la maternité. Pigalle, La Chapelle, la longue correspondance jusqu’à Gare du Nord, puis le RER jusqu’à Port Royal. Marcher un peu ensuite dans ce mois d’août en demi-teintes, gris souvent, pluvieux parfois, ensoleillé de temps en temps.

 

Et chaque matin, dans les oreilles, le même disque.

 

Le choix ne fut pas prémédité. Il en fallait un qui fut à la hauteur de l’événement. Il s’imposa le premier jour. Cela ne pouvait être que lui. Bruce Springsteen & the E Street Band. Hammersmith Odeon. 1975.

1975. Cette année-là, j’avais deux ans. Trente cinq ans plus tard, le matin de ta naissance, rejoignant ta mère pour notre jour le plus long, c’était ce disque-là que je choisissais d’écouter. Une évidence tout simplement. À tel point que je n’ai eu, durant cette semaine, aucune envie d’écouter quoi que ce soit d’autre pour m'accompagner dans mes trajets matinaux ou mes tardifs retours nocturnes. Une exception,  si, toutefois, comme pour boucler la boucle les derniers jours, avec ce live récent enregistré dans la même ville d’Angleterre en 2009 : London Calling, un disque qu’il serait injuste de comparer avec l’enregistrement de 1975, certes, mais témoignant encore de la vitalité, de la générosité de Springsteen et de son groupe. Ces matins d’exception, ces premiers jours de ta vie, Lola, même les quelques morceaux égarés là de Working on a Dream (son médiocre dernier album) sonnaient presque bien. Et ce fut, je m’en souviens, un beau moment que de rallier la maternité sous la pluie tandis que Bruce chantait Waiting on a Sunny Day, une chanson un peu niaise, je te l'accorde, mais tombant tant à propos. Oui, la paternité vous met dans de ces états bizarres…

Je ne me souviendrai peut-être pas que lorsque tu es née je lisais enfin Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur de Harper Lee, que je dévorais les trois tomes d’Il était une fois en France de Nury et Vallée, mais je sais que je me souviendrai très précisément de ces quelques morceaux live tournant dans mon baladeur. Thunder Road, Jungleland, Rosalita (Come Out Tonight), Backstreets, She’s the One... Les mêmes d’ailleurs, peu ou prou, que ce premier été passé loin de ta mère, deux ans plus tôt, quand la lecture d’une riche biographie de Bruce Springsteen* et la redécouverte des faces B et des recoins d’une discographie sublime venaient un peu calmer l'attente de nos retrouvailles…

Oui... Il faut croire que, dans une vie d’homme, un mec comme Springsteen et des disques comme Nebraska ou Born to Run sont à la hauteur des plus douces rencontres, des plus beaux moments…

 

 

 

Ecouter l’album ici

En savoir plus par



Bonus Tracks : Une lettre à un E Street Buddy, Le désamour et Working on a Dream

 

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