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25 novembre 2010 4 25 /11 /novembre /2010 16:53

_IGP1463.JPGOn le sait, on l’a lu un peu partout dans une presse bizarrement complaisante et assez peu critique : c’est Noël bientôt et c’est Bruce Springsteen qui, pour ses fans, endosse la tenue du vieux barbu. Pensez donc ! Réédition luxueuse de Darkness on the Edge of Town, son chef-d’œuvre (Ah bon ? On croyait qu’il s’agissait de Born to Run), exhumation de 21 inédits (on y reviendra), et trois DVD remplis à ras bord de concerts (l’un datant de 1978, trois heures et une setlist démente, bonheur !), d’images d’archives rarissimes et d’un documentaire passionnant sur l’enregistrement de Darkness on the Edge of Town. C’est Noël bientôt, c’est certain. D’autant  plus que l’objet, fac-similé d’un carnet annoté de Springsteen est absolument sublime. On y voit ses ratures, ses hésitations, en un mot le travail et la sueur du songwriter. Et c’est clairement le sens à donner à ce coffret  onéreux documentant le processus de l'écriture et de la composition chez Springsteen.


Pour Darkness on the Edge of Town, plusieurs dizaines de chansons furent écrites, ébauchées, abandonnées en cours de route. Certaines, achevées, se retrouveront sur The River un peu plus tard. Le live de 1978,  proposé sur un DVD et intégrant déjà dans la setlist des titres comme The Ties That Bind, Point Blank ou Independence Day, en atteste.  D'autres titres, souvent dispensables, sont réapparues il y a quelques années dans un précédent coffret d’inédits, Tracks. Et puis il y a les chansons qui vont se transformer, évoluer, permuter texte ou musique pour aboutir par exemple (et c’est heureux) à Factory ou à Candy’s Room, deux morceaux esssentiels de Darkness on the Edge of Town.

Ce disque-là ne comptera au final que dix chansons (et quelles chansons !). C’est un album assez sombre,  ramassé, sec, certainement pas, toutefois, le plus pessimiste de Springsteen, comme on a pu le lire récemment (faut-il relire, pour s'en persuader, les textes de Nebraska ou de The Ghost of Tom Joad ?). Pourtant, l’espoir  de s'en sortir que portaient quand même, sur l’album précédent, les derniers couplets de Born to Run ou Thunder Road s’est estompé, comme en témoigne admirablement le texte de The Promise, l’un de ceux, très beau, qui ne furent pas retenus. Noir c’est noir. Et The Promise, The Making of Darkness on the Edge of Town, précieux documentaire, en témoigne une heure trente durant. On y voit un groupe au travail, cherchant le son que Springsteen entend dans sa tête mais que le E Street Band ne parvient pas à reproduire en studio.

Le disque doit être plus âpre. C'est le temps des désillusions, c'est l'envie d'un disque moins nostalgique que le fut Born to Run, et en prise avec une réalité sociale difficile pour ceux (gens de peu, ouvriers) que Sprinsteen a côtoyé par le passé. Il faut abandonner le Wall of Sound spectorien de Born to Run, troquer le mythe de la fuite, du rebond et de la renaissance contre un constat de sur-place plus trivial, plus douloureux, trouver un son qui claque, prendre le contre-pied du précédent disque. Sur la pochette, le fou rire de la session photo de BTR s’efface, Springsteen fait la gueule. Le punk est passé par là, il y a peut-être un rapport…

À ce moment-là, surtout, un procès oppose Springsteen à Mike Appel, son manager. Ce dernier souhaite contrôler un artiste qui ne veut rien céder de son image ou de ses textes, qui sait pertinemment ce qu’il veut faire et dont la volonté se heurte désormais aux idées de celui qui l’a aidé à percer. Le documentaire parle de cela sans fard (tout en demeurant sous contrôle) et donne la parole à Appel qui, lui-même, reconnaît humblement que l’on ne pouvait pas à l’époque dicter à Springsteen la route qu’il devait emprunter, qu’il s’est trompé. Tous deux sont aujourd’hui redevenus amis, on est contents pour eux...

Trois ans passent donc entre la sortie de Born to Run et celle de Darkness on the Edge of Town. Trois ans de trop. À l’époque, c’est une éternité : le groupe aurait pu disparaître, la sensation Springsteen faire long feu. Lui travaille, mais ne peut pas encore, tant que le procès dure, publier de nouveau disque, cela expliquant en partie la quantité de morceaux ébauchés à l’époque. La réalité, c’est aussi et surtout que le parolier rature beaucoup et que le compositeur jette encore plus (cela devient l’objet de vannes récurrentes de la part des autres musiciens, parfois épuisés, parfois excédés par le "control freak" que se révèle être celui que l’on surnomma – à juste titre – le Boss). De fait, beaucoup de morceaux ne correspondaient pas à la tonalité que Springsteen souhaitait imprimer à ce nouveau disque, résolument cinématographique, résolument sombre (l'influence manifeste du film noir), aussi réaliste et terre-à-terre que Born to Run fut lyrique et fiévreux.

 

_IGP1467.JPGAlors, forcément, la grande affaire de 2010, c’est la découverte de ces fameux morceaux inédits ou , pour certains, apparaissant jusqu’alors sous d’autres formes – alternatives, inachevées parfois – sur des pirates au son douteux. On pourrait se dire que du bonus de Springsteen c’est forcément bon à prendre. Ce n’est pas faux, encore que je ne tienne vraiment pas à entendre les inédits (s’il y en a) de Working on a Dream, son effroyable dernier album studio… Passons…

De fait, parmi les 21 titres (22 plus précisément, il y a un morceau caché), tout n’est pas si neuf. Il y a  ces morceaux que l’on connaissait dans leurs versions live : Rendez Vous (sur Tracks), Fire (sur le coffret Live 75-85) et évidemment le tubesque (et un peu lourdingue, oui, disons-le) Because the Night offert à Patti Smith. Ces titres-là, dans leurs versions studio, en sortent encore meilleurs (de fait, les petits gimmicks de Rendez-vous furent souvent assez agaçants en concert). On constate aussi un peu surpris que beaucoup de  nouveaux titres, approfondissant les influences soul, pop bubblegum et sixties de Springsteen, auraient tout aussi bien pu figurer, deux ans plus tard, sur l'ambivalent double-album The River. A cause de leurs arrangements rockabilly, de leurs guitares carillonnantes (Save my Love) et de leur tonalité globalement assez enjouée (le rétro Ain’t Good Enough For You, énorme, comme échappé d'une session d'un E Street Band vintage, celui de The Wild, the Innocent and the E Street Shuffle, le deuxième album de la troupe). Dans The Promise, le film, on voit même Bruce et Steve Van Zandt interpréter, déconnants, l'insouciant Sherry Darling, morceau léger qui ne sera gravé que deux ans plus tard sur ce double album avec lequel Springsteen enfoncera la porte de ses glorieuses eighties ("Glory Days" ?).

De tels morceaux auraient assurément dénaturé Darkness on the Edge of Town. Ainsi, on entend au fil de The Promise  plutôt que la suite annoncée de Born to Run là où s'ancre la tonalité très rockabilly, déjà nostalgique, qui illuminera The River ; plus précisément c'est un Bruce Springsteen qui n’a jamais autant tutoyé Roy Orbison (The Brokenhearted) ou Elvis (sublime version studio de Fire) qui se dessine là. On découvre même assez stupéfait un morceau qui n’aurait pas dépareillé sur un disque d’Abba (c'est l'époque), voire interprété par un Girl Group des sixties. Someday (We’ll Be Together), ovni springsteenien fascinant, est certes un peu irritant avec ses chœurs à haute teneur en glucose mais il faut bien préciser aux fans qui déjà le détestent que, dans le genre, le Boss ne tombera jamais aussi bas qu’avec Queen of the Supermarket, ce morceau au pathos moisi qui, en 2009, fila à jamais la honte à tout le reste de sa discographie, la seule de ses chansons qui nous a fait réellement douter du génie (passé, présent, futur) de ce mec. Bon, évidemment, lors du prochain passage du E Street Band en stade ou à Bercy (on parle de juillet 2011), Someday (We’ll Be Together) sera – avec Save my Love (actuel single très en deça de l'ensemble de The Promise) – le meilleur moment pour aller pisser, mais cela reste entre nous.

 

Au final, une grosse moitié des inédits sont de très bons morceaux du E Street Band (Wrong Side of the Street, Talk to Me, The Promise, Breakaway, City of Night) et on peut même se demander s'ils ne seraient pas devenus des standards s'ils avaient été publiés plus tôt. Un petit quart – les versions alternatives de morceaux ensuite enregistrés sous d’autres titres – sont franchement dispensables (Candy's Boy, Come on), et un dernier quart révèle de fort sympathiques faces B à la discographie officielle (The Little Things (My Baby Does), Outside Looking in).

Pourtant, pour vraiment apprécier ces inédits, il faut passer par un sentiment étrange et déplaisant, dont on parle peu en ces jours de revival béat...

Car The Promise pose une vraie question éthique. Les 22 morceaux ont tous été entamés en 1978 mais ont été terminés (tout du moins sous cette forme) en 2010. Soyons clairs, ce ne sont donc pas véritablement des prises d’époque. Pas seulement en tout cas. Les overdubs de 2010 y sont nombreux, certains arrangements, certains chœurs n’y étaient pas à l’époque et le disque fait même intervenir sacrilège ? des membres plus récents du E Street Band (Patti Scialfa assurément, Nils Lofgren peut-être) qui n’étaient que des fans à l’époque de l’enregistrement de Darkness on the Edge of Town (d'ailleurs, tous deux apportent leur témoignage dans le documentaire et c'est assez malvenu). Moins anecdotique, les prises de voix d'un Springsteen sexagénaire se mêlent à celles de 1978 (si cela pose question, avouons que ce n'est pas forcément si mal pour The Promise, une archive vidéo de 1978 montrant Springsteen finalement assez pénible sur ce morceau, bien trop braillard déjà). À certains égards, donc, on pourrait dire que ce disque est une contrefaçon, un paradoxe total. Comme si le passé ne pouvait demeurer en paix, comme s'il fallait solder les comptes de cette période et publier  aujourd'hui ce qui n'avait sciemment pas été achevé alors.  Garder la mainmise. Comme lors du conflit avec Appel. Publier l'inachevé soi-même avant que des corbeaux se ruent dessus, plus tard, trop tard. Peut-être Bruce Springsteen pense-t-il à la mort. Sans doute pense-t-il beaucoup à Danny Federici, organiste historique du E Street Band emporté par un cancer il y a peu. Sans doute y a-t-il surtout dans cette démarche une volonté de contrôler ses archives,  histoire que l'on ne fasse pas n'importe quoi, dans vingt ans, avec des bribes de ses chansons inachevées. Alors il les termine lui-même trente deux ans après. Tout cela est très bien fait et la différence s’entend rarement : il est quasiment impossible de bouder son plaisir à l'écoute de ce double-album. Mais la démarche témoigne aussi d’une volonté de ne pas vraiment choisir entre la publication de raretés (imparfaites, inachevées - "only for fans") et celle de proposer un vrai nouvel album (une démarche plus commerciale, donc). Tout cela est assumé (encore que le livret frustrant ne dise jamais vraiment ce qui date de 2010, hormis Save My Love, totalement réenregistrée cet été), alors on a quand même envie de passer à Springsteen cette contorsion un peu bizarre. Surtout quand, au bout de plusieurs jours d'écoutes répétées, une petite dizaine de morceaux s'imposent comme de vraies perles retrouvées. Surtout quand on voit, sur DVD, le E Street Band de 2009 interpréter en formation resserrée l'intégralité de Darkness on the Edge of Town dans un théâtre d'Asbury Park vidé de ses spectateurs (on ne s'est toujours pas remis de la furieuse version de Adam Raised a Cain exécutée pour l'occasion – à voir ci-dessous). 


Aussi, il vaut mieux envisager d'emblée The Promise comme un nouvel album de morceaux écrits en 1978 mais enregistrés aujourd’hui plutôt que comme une vraie collection d’inédits au son d'époque. Un vrai faux album  un peu à part,  un gros cadeau fait aux fans. Et du coup – l'imposant travail de production mené en 2010 en atteste   vraiment pas des fonds de tiroir lâchés à la légère. Dès lors que cette semi-déception est digérée, ce double album s’offre dans toute sa beauté paradoxale, tel l'antidote solaire du fameux et grave "album de la maturité" qu'est Darkness on the Edge of Town. Et l’on peut alors écrire sans crainte que c’est bien là le meilleur disque de Bruce Springsteen depuis Devils and Dust (et évidemment le meilleur du E Street Band depuis Born in the USA). En somme un précieux bonus à un coffret dont l’essentiel – vous l’aurez compris – réside ailleurs (les images d’archives, les concerts filmés, l’album original).


 

 

 


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19 novembre 2010 5 19 /11 /novembre /2010 17:28

C'est peut-être le plus beau film français de l'année. L'un des plus sensibles assurément. Un film  discret, tout en creux, dans lequel on aurait pu vivre, dans lequel on aurait pu respirer. Un film qui nous habite autant qu'on l'habite. Un film important. Un film intime. Un film à soi, comme on le dirait volontiers d'un disque. Ses protagonistes pourraient être nos proches. Son humeur, douce et mélancolique, fait écho à celle qui parfois (je l'espère) se glisse en ces pages.

Surtout, Memory Lane, qui n'est pas le moins du monde un film musical (quoique...), sait mettre en scène cette passion qui nous lie, celle des disques, de la musique, de la pop telle qu'on la vit au quotidien, telle qu'elle infuse doucement dans nos vies. Une pop anglo-saxonne à travers laquelle vivent et s'oxygènent ces personnages (musiciens parfois), à travers laquelle, aussi, passe ici très délicatement, très finement, l'expression du sentiment amoureux (une jeune femme y offre même un disque de Sparklehorse à celui qu'elle aime peut-être, c'est dire...).

Memory Lane sort en salles mercredi prochain, le 24 novembre. Une sortie discrète sans doute. Raison de plus pour en parler déjà et pour que vous ne le ratiez pas.

 


memory lane 4Tout d’abord producteur (de beaux films de Darielle Tillon ou de Martin Rit), c’est par trois moyens métrages que Mikhaël Hers s’est d’emblée fait connaître. Avant Memory Lane, déjà trois heures de cinéma et, plus qu’une promesse, une œuvre solide. On a ainsi envie d’appréhender ces quatre films comme un tout, de ne pas considérer les courts comme des prémices. Car si c’est une litote d’écrire que Memory Lane figurait dans les marges de Montparnasse ou de Primrose Hill, ce serait mal le comprendre que de reprocher à Hers de ressasser.

On revient certes en terrain connu (géographiquement, formellement, thématiquement), mais c’est bel et bien comme si on mettait sur une platine le nouveau disque d’un groupe aimé, un peu différent chaque fois mais au fond toujours le même. Les films dialoguent non seulement au gré de correspondances de casting, mais aussi au hasard de rimes visuelles, de décors et de situations ; les plans urbains qui servaient de transition entre les trois parties de Montparnasse rythment désormais la narration, revenant, tel le beau thème au piano de David Sztanke, comme un refrain.

Ce cinéma infusé de pop anglaise cultive le spleen gagnant des jeunes gens déjà bien ancrés dans l’âge adulte. On repense aux beaux moments, on essaye de comprendre où ça a basculé, on écoute inlassablement des disques raccrochant à l’insouciance qui s’éloigne. Qu’il s’agisse de Charell et de ses quadras se retrouvant vingt-cinq ans après, ou de Primrose Hill, qui, comme Memory Lane, fait de l’adresse à l’autre son mode liminaire d’énonciation, tous saisissent des êtres confrontés à la fuite du temps, à l’obsolescence du groupe, à la mort, à la disparition, à la difficulté de vivre tout simplement. Car “memory lane”, c’est aussi une expression désignant le cheminement de la mémoire, cœur du cinéma de celui qui, dès son premier film, adaptait Patrick Modiano, et qui partage ici avec le romancier du souvenir un beau titre anglophone. Mélancolique, ce cinéma l’est assurément, scrutant nos quotidiens avec une grande douceur, une parfaite attention.

Ici donc, sept amis de longue date saisis quelques jours dans la banlieue ouest de Paris. Un mois d’août appréhendé comme un sas, une banlieue envisagée comme un bout du monde, pas tout à fait la ville ni vraiment la campagne, des scènes entre chiens et loups, quand tombe la nuit ou quand se lève le jour. Deux sœurs reviennent de province visiter leur père malade, un garçon fragile retape une maison gagnée par la végétation, d’autres font de la musique. Chaque partition intime se fond dans une trame générale ménageant le mystère de personnages pris à un moment donné, sur un mode certes hyperréaliste (la banalité de certaines répliques, la frontalité quotidienne des lieux: piscine, marché couvert, médiathèque, Fnac) mais préservant volontiers des zones de flou.

Ce flou qui, dans un plan saisissant, isole Raphaël. Toujours en retrait, le personnage interprété par Thomas Blanchard ne joue pas de musique, lui ; on ne lui voit pas, contrairement aux autres, d’attaches sentimentales, familiales. Son cheminement est solitaire, déconnecté. Son histoire, effleurée, résonne avec une chanson du regretté Elliott Smith intitulée “Memory Lane” et ayant trait au séjour du chanteur américain en hôpital psychiatrique. S’il apparaît à la traîne, souvent perdu dans un cadre trop grand pour lui, Raphaël est par défaut un personnage central : c’est à lui que s’adresse, l’automne venu, le narrateur, comme c’est au groupe de quatre amis que s’adressait la jeune femme disparue de Primrose Hill. Ces personnages, au bord de la folie, de la disparition (comme Charell, comme l’absente du second segment de Montparnasse) sont des déclencheurs, des révélateurs, ceux dont le destin froissé éclaire des personnages aux contours plus banals (Thibault Vinçon ici, Jean-Michel Fête dans Charell). Discrètement, ils nous tendent une clé, nous aidant peut-être à pénétrer le mystère envoûtant du cinéma de Mikhaël Hers.


Stéphane Kahn

Texte précédemment publié dans le n°95 de Bref, le magazine du court métrage, actuellement disponible en librairies.


Sortie le 24 novembre


 

 

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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 15:54

Neil Young et Bruce Springsteen reprenant l'insupportable Whip my Hair de Willow Smith (la fille de Will) ?

Ben oui, c'est possible.

Mais par quel paradoxe temporel les deux chanteurs déboulent-ils ainsi des années 70 pour reprendre ce morceau-là sur un plateau télé de 2010 ? Et qu'est-ce qui leur a pris ?

Ben non, allez, c'est pas vrai. Si c'est bien le vrai Springsteen dans ses atours de 1975 qui vient là s'autoparodier, le loner canadien n'est autre que le comédien Jimmy Fallon. Et tout cela fut enregistré hier dans le "Late Night With Jimmy Fallon"...

 


Il est drôle, le Boss, non ?
Bon, en même temps, on ne va pas rester là-dessus, hein... Parce que, en vrai, Bruce et Neil se sont croisés à plusieurs reprises sur scène... Comme ci-dessous pour une bien belle version de Helpless...



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9 novembre 2010 2 09 /11 /novembre /2010 17:15

seemyfriends.jpgBon, okay, faute de les reformer (son frangin veut pas), Ray Davies a choisi d'enterrer les Kinks. Un enterrement de première classe, un feu d'artifice, un chant du cygne avec tout plein de featurings, des invités exceptionnels, des duos en veux-tu en voilà, un ersatz de nouvel album visant à célébrer son songwriting de première classe. See my Friends, c'est quoi ? Un plateau de Taratata gravé sur galette, un fantasme de directeur artistique réalisé. C'est également une pochette (presque) aussi foireuse que celle du dernier Santana, lui qui eut au moins la dignité de ne pas reprendre ses propres morceaux mais tout plein de classiques du rock agrémentés d'invités plus ou moins prestigieux.

See my Friends, pour quelques noms, faisait pourtant presque envie.  Et c'était prometteur de savoir que l'origine du disque venait d'une reprise enregistrée avec le regretté Alex Chilton (autre orfèvre pop) juste avant sa mort. Mais malheureusement il y en a d'autres, des invités... Des petites gloires british récentes, des pointures du hard FM (Jon Bon Jovi et Richie Sambora, non !) qui nous font fuir.

L'autre souci, c'est bien que les invités de Ray - même les bons - n'apportent pas grand chose à des chansons sublimes qui, évidemment, n'avaient pas besoin de quiconque pour perdurer. Non, franchement, autant se payer un best of des Kinks plutôt que ces versions avariées ou, dans le meilleur des cas,  juste superfétatoires. Elles ne traduisent finalement - et c'est triste - qu'une cruelle perte d'inspiration et un sens du discernement plus que douteux. Plus grave, on y voit se confirmer cette tendance où les artistes revisitent leur catalogue (ou celui des autres) à défaut d'avoir le cran de sortir de nouveaux morceaux et de se confronter à leur légende passée.

Alors, bien sûr, il y a Alex Chilton, Jackson Browne et Bruce Springsteen (et même Billy Corgan, tout en nerfs, s'en tire plus que bien). Le Waterloo Sunset avec Jackson Browne est d'ailleurs très réussi, mais n'était-ce pas la moindre des choses pour une des plus belles chansons du monde ?

Sinon, quoi ? Vous pourrez entendre Metallica bourriner sur You Really Got Me, et, si c'est plutôt marrant (plus que Sambora s'astiquant le manche sur Celluloid Heroes en tout cas), on ne voit pas trop l'intérêt pour eux de reprendre ce morceau-là, tant l'effet de leur gros son est ici redondant et pleonastique par rapport à l'original, ce morceau parfait et primal, moule précieux de tout le rock garage qui déferlera dans ses larsens. Pour la déférence aux Kinks en inventeurs paradoxaux du hard rock, Van Halen, ça suffisait bien, hein... D'autres démontrent que les Kinks aujourd'hui feraient un puissant groupe de stade, mais ce n'est pas ce Lola-ci, avec Paloma Faith (qui ça ?), que je ferai écouter plus tard à ma fille. 

S'il faut écouter un sexagénaire cet automne, ce ne sera donc ni Santana et son manuel de guitare pour les nuls, ni Robert Plant et son coup de mou, ni Bryan Ferry et son ennuyeuse élégance, ni Ray Davies et tous ses potes, mais bel et bien Neil Young transcendé par la production de Daniel Lanois (ici).

 

http://www.seemyfriends.co.uk/


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8 novembre 2010 1 08 /11 /novembre /2010 16:58

pulp logo"Is this nostalgia ?", "Is this a miracle ?", "Is this a collective mid-life crisis ?", "Is this someone's idea of a joke ?", "Is this the  last chance to see the truly important pop group this country ever produced ?"...

C'est un beau teaser. Ironique et sardonique. Tel qu'on le croirait écrit par Jarvis Cocker himself. La page d'accueil d'un site de promo (presque) comme un autre devant laquelle on reste pourtant subjugué. Pourquoi ? Tout simplement parce que les photos sur le matériel et les archives qui s'enchaînent sont superbes et surtout parce que les commentaires tournent en dérision la grande nouvelle du jour : la reformation de Pulp pour quelques concerts en 2011. Avec le Goncourt de Houellebecq, c'est donc l'autre très bonne nouvelle de ce 8 novembre 2010. Reste à espérer que cette reformation passe par la France, mais connaissant la francophilie du parisien Jarvis Cocker, on n'en doute pas un instant...

Reste une question : compte-tenu de la qualité du deuxième album solo de Jarvis (le bowiesque Further Complications de 2009) et de l'excellence de ses prestations en solo, cette reformation est-elle une si bonne nouvelle ?

http://www.pulppeople.com/


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18 octobre 2010 1 18 /10 /octobre /2010 11:45

 

Paris, 18e. Trouvaille d'un dimanche d'automne...


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15 octobre 2010 5 15 /10 /octobre /2010 11:30

sufjan-stevens-the-age-of-adz.jpg

Sufjan-Stevens-All-Delighted-People-Album-Art-506x500.jpgEn quelques semaines, deux coups de poignards, enfoncés dans mon cœur par un ami cher, le dernier dont j’aurais attendu cela. Certes, on s’était un peu perdus de vue depuis quelques années, mais quand même, je ne pouvais pas m’attendre à cette trahison… Eh oui, Sufjan Stevens, vénéré pour les beautés de Michigan et Illinoise revient aux affaires et c’est pas joli-joli. J’avais volontairement ignoré ses deux disques intrumentaux parus l’an dernier, flairant les trous bouchés pour faire patienter, et puis voilà qu’il déboulait il y a un mois avec un EP indigeste (All Delighted People) pour annoncer le vrai album au sujet duquel nombre de commentateurs s’ébaubissent aujourd’hui : The Age of Adz. En fait, deux albums puisque le EP à l’atroce pochette photoshop excédant les 70 minutes, il n’en a que le nom. Affectueusement – gentiment écœuré par sa grandiloquence, ses arrangements d’une lourdeur exaspérante – je l’avais rebaptisé  sur un site ami "All Dégueulis People" (j’ai honte, je l'avoue). Mais oui, si y surnageait quand même une ou deux beautés acoustiques, tout cela ressemblait à une parodie de The Polyphonic Spree (collectif estimable et plaisant mais en soi déjà assez parodique), un truc tellement sucré, tellement gras, qu’il a bouché mes chiottes illico. Bon…

The Age of Adz, c’est autre chose. Et c’est aussi un peu la même chose en dépit des notes d’intention, de son apparence novatrice et si résolument "moderne". C’est un disque fascinant, c’est sûr. Fascinant tant il se présente décomplexé, peu soucieux du bon goût, de la mode, de la mesure ou de la dignité. Hideux, sublime, grotesque. Hugolien dans sa démesure. Un truc aussi beau (parfois) qu’il peut être laid (souvent). Exactement, là, dans cette définition où se niche le kitsch. Délire d’ingé-son, le nouveau Sufjan Stevens empile les couches sonores en toute impunité, multiplie les overdubs, sample, bricole, triture, échantillonne, noie les chansons et les mélodies dans des expérimentations sonores, des collages artificiels espérant en remontrer à la concurrence. Quitte même à utiliser un incongru vocoder, à se prendre dans une bouffée délirante pour un Daft Punk symphonique. Mais à quoi bon ? Comment vous dire ? Les productions ouvragés des pires albums de Queen, même le dernier étron de Muse, à côté, c’est du Steve Albini… Et là, on comprend que ce qu’on aimait chez Sufjan Stevens, c’était plutôt son versant folk, pas son maniérisme pompier qui déborde ici de chaque sillon de ce vinyl que je ne songerais même pas à voler…

Allez, Sufjan, offre-toi un quatre pistes sur un vide grenier, enferme-toi dans ta cabane en bois, enregistre un nouveau chef-d'œuvre et on n'en parle plus, ok ?

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5 octobre 2010 2 05 /10 /octobre /2010 22:14

 

Extraits de The Ben Stiller Show (1992-1993)


 

Et seize ans plus tard...

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22 septembre 2010 3 22 /09 /septembre /2010 10:40

katerine.jpg

Tu attendais des chansons délicates ?

Il s’en tamponne...


Tu pensais que Robots après tout était une parenthèse déconnante ?

Il t’emmerde...


Tu attendais au moins des couplets, des refrains et des ponts ?

Va te faire foutre !


Tu vas te lancer dans une subtile analyse où tu essayeras de caser les mots "dada", "hyper-réalisme", "être" et "néant" ?

Il te pète au nez...


Tu es convaincu, maintenant, Katerine, c’est vraiment pourri ?

Il le sait : il est une merde, et il t’emmerde...


Tu te dis que c’est quand même une sacrée feignasse, ce Cathrine ?

Et pourquoi des bouts d’idées à la con ne feraient pas une bonne chanson ?


Tu penses que cet album est parfait ?

Tu n’as pas tort...


Tu le trouves "trop délire" ce mec ? 

Si tu t’attends à des morceaux de l’acabit de La Banane, tu vas débander...

 

Tu adores son premier album (sic) avec Louxor j'adore ?

Je te souhaite de t'étrangler de rage en écoutant celui-ci...


Tu l’aimes bien, Filipe Katherine, parce qu’il est "vachement cynique" ?

Même pas vrai !


Tu regrettes les arrangements ouvragés de Huitième ciel ?

Arrête de faire ta précieuse…


Tu penses que c’est un vrai punk ?

Arrête un peu d’intellectualiser...

 

Tu trouves ce disque tellement libre, tellement affranchi ?

Pascal Nègre est complètement d'accord avec toi...

 

Tu penses que le nouveau disque de Catherine est aussi nase que son film ?

Tu l’as vu, au moins, son film ?


T’adores ça parce que c’est hyper régressif ?

Et ma droite décomplexée dans ta gueule, tu la veux ?


 

 

 

Le nouvel album de Philippe Katerine est en écoute intégrale ici

 

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19 septembre 2010 7 19 /09 /septembre /2010 15:10

STCD61.JPGIl est bien gentil, Carlos Santana. Non content d'enregistrer des albums de la pire soupe depuis des années, d'inviter sur ses disques les vocalistes les plus improbables (Placido Domingo, par exemple, Roch Voisine sur la version européenne de ce nouvel album pour reprendre Under the Bridge des Red Hot Chili Peppers), le voici qui déboule donc avec son Guitar Heaven, soit un album de reprises du "meilleur de la guitare" ("The Greatest Guitar Classics of All Time", rien que ça...).

L'album de reprises, donc, passage obligé pour artiste sexagénaire (et les autres) en mal d'inspiration ou véritable nécessité, volonté de payer ses dettes à qui vous a durablement influencé, vous avez deux heures... Ici, compte-tenu de la liste des morceaux choisis, l'entreprise pue le pire opportunisme. Et je ne vous parle même pas de la pochette, qui vient confirmer les goûts souvent douteux de l'ami Carlos... Les titres donc... Sunshine of Your Love de Cream, Back in Black d'AC/DC, Riders on the Storm des Doors, Smoke on the Water de Deep Purple, Bang a Gong de T-Rex, Little Wing de Jimi Hendrix, Whole Lotta Love de Led Zeppelin ou While My Guitar Gently Weeps des Fab Four, ils sont venus, ils sont tous là. C'est incroyable d'enfoncer ainsi toutes les portes ouvertes, d'avoir aussi peu de dignité (Smoke on the Water, quoi !). Certes, on a vu pire setlist, pire tribute band à la moindre fête de la musique, mais, là, quand même, au rang des disques putassiers à zéro prise de risques, c'est presque aussi convenu que le terne Twelve de Patti Smith. Pourtant, pourtant, avouons qu'entendre Chris Cornell "remplacer" Robert Plant ou qu'écouter ce gros lourdaud de Joe Cocker reprendre Little Wing (Santana reconstituant là, dans la virtualité, un trio marquant - Cocker, Hendrix et lui-même - de l'affiche de Woodstock), ce n'est pas déplaisant. Et comme on n'oublie pas que Santana, c'est d'abord un groupe qui groove, des percussions qui claquent, les voici mises à l'honneur sur le très bon Sunshine of Your Love ou sur le remarquable Back in Black chanté par Nas, et dont on croirait la ligne de basse jouée par Flea et pompée sur les Red Hot Chili Peppers, soit un intéressant quoique involontaire mashup.


ROBERT-PLANT-BAND-OF-JOY.jpgAu même âge, Robert Plant, qui n'en est pas à son premier disque de reprises (le méconnu Dreamland - et notamment son fiévreux Hey Joe - est superbe) revient avec Band of Joy (du nom de son groupe d'avant Led Zeppelin). C'est mollasson, très... Parfois très beau pourtant... Comme si le rouquin ne s'était pas remis de son album country avec Alison Krauss, lui qui déclara il y a peu, après un concert de Them Crooked Vultures (où officie l'ancien bassiste de Led Zep, John Paul Jones) que c'était vraiment trop de boucan, que ses oreilles en avaient saigné. Alors, que Plant enfile ses chaussons, se la coule douce, apaisé, vieux papy, et qu'il règle son sonotone au minimum, ça nous fait un peu de peine mais on sauvera quand même Band of Joy pour son honnêteté. En témoigne cette reprise - complètement inattendue - du sublime Monkey de Low. Choix plus intime, reconnaissons-le, et tellement plus surprenant que tous ceux de l'entrepreneur Santana.

 

Mais pour ce qui suit - et qui commence à dater - on n'en voudra jamais complètement à Carlos...


 

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