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20 juillet 2012 5 20 /07 /juillet /2012 17:45

 

À Caroll et à Christophe,

À Lou et à Hélène,

 

376888 398402116882658 263015325 nLe 5 juillet 2012, mon fils, Lou, est né. Le 5 juillet 2012, j’ai revu Bruce Springsteen en concert. J’arrivai à l’arrache à Bercy, cinq heures après son premier cri. Une manière, avec la bénédiction de sa mère (j’insiste, et je la remercie), de fêter l’un avec un compagnon de route que je voyais alors sur scène pour la huitième fois. Une conjonction d'événements assez idéale, somme toute.

Mais le 5 juillet 2012 au soir, dans l’immensité de Bercy, un ami m’a manqué. Particulièrement. La dernière fois, c’était avec lui, il y a quatre ans, que j’avais vu le E Street Band. Grand et beau souvenir d’une soirée bien plus estivale que celle-ci. C’était au Parc des Princes. On ne s’en est jamais remis (lire ici). On savait aussi qu’il allait partir, qu’on se verrait moins, bientôt, que les prochains concerts du Boss, contrairement aux trois précédents, on ne les vivrait peut-être pas ensemble. Depuis, il l’a vu à New York, au Madison Square Garden. Depuis, moi, je rongeais mon frein. Quatre ans, quand même ! Dans quelques jours, cet ami cher sera père à son tour. D’un garçon. À Montréal ou bien à Paris, la longévité de Bruce devra être telle qu’on puisse emmener nos mômes, un jour peut-être, à l’un de ses concerts…

Le 5 juillet 2012, et les quelques jours qui suivirent – tout comme il y a deux ans, quand ma fille Lola est née – ce rituel organisé et sciemment consenti (lire ici) : je ne pouvais à nouveau écouter qu’une personne sur le trajet de la maternité, ce type de 63 ans qui joua ce soir-là 3h38 ( !), me faisant entrer (déjà !) dans le jour suivant. Cela au rythme d’un concert évidemment mémorable, d’une générosité folle, truffé de morceaux inattendus, faussement mineurs, que je n’avais jamais entendus sur scène (Downbound Train, I’m Going Down, The Ties That Bind) et de belles surprises (Thunder Road ; l'hommage à Clarence Clemons quand Tenth Avenue Freeze Out et le E Street Band se figent longuement, juste après que Bruce ait prononcé le mythique "and Big Man joined the band").

Le 5 juillet 2012, comme il y a quatre ans, un autre "E Street Buddy" était dans les gradins. Moi, j’étais dans la fosse. Seul sur mon nuage, mais au chaud au milieu des fans. On ne s’est pas vus. Même après. Je fus raisonnable. Il me fallait rentrer. Ma journée du lendemain promettait d’être longue. Par contre, on s’est écrit. Avant. Pendant. Après. À plusieurs reprises, partageant notre ravissement et nos emballements. Lui seul, quelque part, savait, parmi les 20 000 spectateurs m’entourant, qu’en écoutant Bruce, ce soir-là, je pensais très fort à Lou. Tous deux pour toujours associés dans mon esprit. Il faudra aussi un jour, mon ami, qu’on emmène nos fistons respectifs voir notre héros. Et là, peut-être qu’ils nous traiteront de vieux cons. Pas grave. Nous, le 5 juillet 2012, on y était !

 

 

Photo : GEOFF ROBINSON

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30 juin 2012 6 30 /06 /juin /2012 00:01

 

1992.JPGJour pour jour, c’était il y a vingt ans. Pas mon premier concert à Bercy (ne le répète pas, j’y avais déjà vu Dire Straits et Stevie Wonder...), mais le premier de toi, Bruce. Certes, tu n’étais pas, alors, au faîte de ta carrière – c’est le moins que l’on puisse dire – mais j’ai un souvenir attendri des deux disques que tu défendais à cette époque. Human Touch et Lucky Town. Sortis le même jour, enregistrés sans le E Street Band mais avec des requins de studio. L’un nocturne, l’autre diurne, comme tu disais alors. Paradoxalement, c’est peut-être ceux, de toi, que j’ai le plus écoutés. Avec le triple Live 75-85. Parce qu’à cette époque, en 1992, je n’avais pas encore tous tes disques. Et surtout parce que les CD, je venais depuis peu, tardivement, de m’y mettre. Et quand j’en achetais un, surtout de toi, je l’usais plus que de raison. Chaque CD, même d’un autre, était comme un trésor. On persévérait. On les écoutait en boucle. On y trouvait, malgré tout, des qualités. Cela paraît si loin. Alors, oui,  même si je ne les ai pas remis sur la platine depuis des années, Human Touch et Lucky Town, je les connais par cœur.

Je me souviens les avoir achetés le jour de leur sortie en mars 1992. C’était à la regrettée Fnac Italiens sur les Grands Boulevards, accompagné par une copine de lycée avec laquelle je ne suis finalement, malgré les pronostics, jamais sorti. On a révisé le bac ensemble, c’est tout ce qu’on a fait. Je me souviens même qu’une fois elle est passée à la maison alors que mon neveu (le premier des deux), âgé de deux mois, était là, de passage avec sa mère. Dire que ce petit bébé a aujourd’hui vingt ans alors que moi, en ce mois de juin 1992, je n’en avais que dix-neuf… C’était un peu tard, dix neuf ans, pour avoir le bac, je sais. Pourtant, Bruce, c’est cette année-là que je le passais. Bon, tu ne dois pas trop voir ce que c’est le baccalauréat, mais disons que c’est un truc assez symbolique en France. Et je me rappelle très bien que la dernière épreuve que j’ai passée, c’était justement le 30 juin. Juste avant ton concert. Depuis, des concerts de toi à Paris, il y en a eu un paquet. Plusieurs fois à Bercy d’ailleurs. Dont, sept ans plus tard, celui de ta triomphale tournée de reformation avec le E Street Band, et moi qui ralliais le POPB à pieds depuis le 18e arrondissement, parce que ce jour-là, je m’en souviens, une grève énorme paralysait les transports en commun. Cela paraît si loin. Pourtant, Bercy, je n’aime pas trop. Mes meilleurs souvenirs, à te voir et t’écouter, c’est dans des stades. Ou, exceptionnellement, au Palais des Congrès pour ton concert acoustique de la tournée Tom Joad.

Jeudi soir, le 5 juillet, un concert de toi, il devrait y en avoir un autre. J'écris la phrase au conditionnel. La place est là, qui attend, aimantée d'un magnet Beatles sur le haut du frigo. Comme il y a vingt ans donc. Sauf qu'il est moins beau, ce billet, plus impersonnel. Vingt ans après. Au même endroit, à Bercy. Pas en plein air. C’est un peu dommage pour un mois de juillet. La dernière fois, souviens-toi, c’était il y a quatre ans. Au Parc des Princes. Depuis, ça n’a jamais été aussi long. Tu me manques. Et il est probable – si je réussis à y aller bel et bien jeudi que je me souvienne de ce concert-là encore plus longtemps que de celui de 1992. Je ne peux pas te dire pourquoi, là. C’est trop tôt. Mais, comme je l’écrivais il y a deux ans lorsque Lola, ma fille, est née et que je ne pouvais que t'écouter, toi et pas un autre tu trouves toujours le moyen d’être l’homme du moment aux moments les plus importants. Il doit y avoir un truc entre toi et moi, c'est sûr. Tu ne le sais pas, toi, tu as trop à faire, trop de fans à satisfaire. Mais, moi, je le sais. J’y penserai encore jeudi soir. À Bercy ou ailleurs.

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10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 15:00

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À défaut d'écrire et d'alimenter ce blog, le temps d'une pause, reprendre, réorganiser, corriger et compiler...

 

Un livre, un autre... Et sa quatrième de couverture :

 

"Depuis quelques années, on a pris l’habitude d’écrire sur la musique. Plus spécifiquement qu’avant, disons… Écrire autrement… Sur un blog, mais ailleurs aussi…
Écrire sur des clips, sur des films, sur des concerts, sur des disques. Interroger, par la bande, et à travers l’écriture, son propre rapport à la musique et au rock.
Pendant ces quelques années, on n’a cessé, indirectement, d’y dialoguer avec soi-même, avec ses souvenirs, avec ses envies, de s’y mettre en scène peut-être.
De Bruce Springsteen à Philippe Katerine, de Michel Polnareff à Yves Simon, de Kylie Minogue à Daft Punk, de Michel Gondry à Spike Jonze, quelques figures familières ont balisé ce territoire intime.
Reprendre certains de ces textes aujourd’hui, les assembler a posteriori, c’est surtout envisager cette poignée d’années au prisme d’enthousiasmes, de regrets et d’interrogations qui dessinent comme un journal de cette période. Comme un portrait peut-être aussi…"

 

 

Échantillonnage, c'est donc, vous l'aurez compris, une sélection de billets de 7and7is ou d'articles parus dans Bref ou sur le site Objectif cinéma. Une manière de revenir sur six ans, et même un peu plus, d'écriture sur la musique. En voici le sommaire...

 

Première partie

« Les bandes du sous-sol »

et autres considérations sur le clip…

L’angoisse de la popstar en son miroir      9

Virée nocturne avec l’homme à la tête de chien    13

Spinning Around : La toupie pop    22

Figures imposées    31

Éloge du franchissement    39

Sabotages : de la B.O. au clip    48

Clip et méta-commentaire    59

Let’s Dance    67

Avatars    75

Avatars (suite et fin)    81

 

Les mises en abyme de Michel Gondry    87

Fashion Music    94

Notre supplément « Style et tendances »    96

Provoc partout, Justice nulle part    99

 

Deuxième partie

24 images/seconde

One + One de Jean-Luc Godard   105

Les invisibles de Thierry Jousse   108

Memory Lane de Mikhaël Hers   112

Mods de Serge Bozon   116

Coffee and Cigarettes de Jim Jarmusch   121

Académisme punk, le tombeau de Joe Strummer   124

About a Son de A.J. Schnack   128

Meg White, tel un fantôme…   132

Who Are You ? – I’m Not There de Todd Haynes   135

Led Zeppelin, Live at the Royal Albert Hall   141

Tenacious D in The Pick of Destiny   144

Idlewild, du disque au film   146

Edwards, Mancini, les femmes et les chansons   149

Violent Days de Lucille Chaufour   151

Serge Gainsbourg (vie héroïque) de Joann Sfar   154

Trois chansons, Somewhere…   158

 

Troisième partie

Sillons…

Charlotte/Carlotta   163

Slalom Dame   165

Dionysos à poil !   167

V.F. et méta-chanson   170

Daft Punk – Alive   175

Exit Music (for a CD)   179

Électricité statique   184

Du mauvais goût appliqué au rock   187

Les Mouais Mouais Mouais   190

Jeff Healey Blues   194

Merci pour la joie   196

Nos retrouvailles   198

Baxter Dury – Happy Soup   202

 

Quatrième partie

Bruce et moi…

Lettre à un E Street Buddy   207

Variété internationale   211

Un rituel…   215

Springsteen and the movies   217

Contorsions, paradoxes temporels et overdubs   224

Wrecking Ball, l’Amérique des fantômes   233

 

Cinquième partie

Katerine ou le mal-entendu

Peau de cochon   243

Katerine tombe la chemise   246

Retour de glam   249

Je suis un no man’s land de Thierry Jousse   252

 

Sixième partie

Polnaroïd

Du bon usage des sosies   259

Michel Polnareff à Bercy   261

La cape   268

 

Septième partie

Live !!!

Instantané   275

Places assises garanties   277

Rock’n’roll Attitude (The Hives)   279

Rage Against the Machine à Bercy   281

Assaut   288

… de la même couleur que mon papier peint…   291

Erratum (J.C. Superstar)   295

Supergrass, le dernier concert   297

Jon Spencer Blues Explosion à Rock en Seine     299

Time Machine   302

Ce tabouret…   306

Le jour où j’ai dû écouter Obladi Oblada en entier   308

Arnaud Fleurent-Didier au Méry     311

Yves Simon à l’Olympia   314

 

Huitième partie

Raconte-toi

Raconte-toi   319

Rockollection (Like a Steak Machine de Fabcaro)   321

Nightclubbing   323

Bouge de là, notes sur un déménagement   327

La chasse aux doublons   331

Un automne 96   334

 

 

Commander Échantillonnage : http://www.thebookedition.com/echantillonnage-de-stephane-kahn-p-77379.html

 

Et toujours disponible, Songbook : http://www.thebookedition.com/songbook-stephane-kahn-p-71312.html


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13 avril 2012 5 13 /04 /avril /2012 16:31

Sequence_Print_02_300dpi.jpgOn aime particulièrement dans Nino, une adolescence imaginaire de Nino Ferrer le beau film de Thomas Bardinet qui sort le 25 avril comment deux ou trois chansons d’un artiste permettent, presque à elles seules, de construire la trame de ce que l’on qualifierait volontiers d’"anti-biopic". Car il faut bien lire le sous-titre pour ce qu’il est. Il s’agit d’imaginer ici ce qu’aurait pu être un été d’adolescence de celui qui deviendra le chanteur que l’on sait.

Il y a quelques années, sortait un album de reprises de Nino Ferrer intitulé On dirait Nino. Le film de Thomas Bardinet participe lui aussi, à sa manière, du processus de la reprise toute personnelle et aurait pu, pour sa part, s’intituler "On dirait (que) Nino…". Cela posé, le champ était libre pour écrire une histoire d'amour adolescente envisagée au prisme discret de la figure d’un jeune Nino pas encore chanteur mais déjà fort attiré par l’Art (le théâtre, la poésie et le dessin – plus que la chanson d’ailleurs – dans le film).

Toute la singularité de Nino, une adolescence imaginaire de Nino Ferrer est de faire préexister les chansons au récit, donnant rétrospectivement à celles-ci une ampleur autobiographique et mélancolique qu’elles avaient certes déjà à leur sortie (pensons à la sublime et tragique Chanson pour Nathalie) mais qui est là décuplée par le récit sentimental et initiatique que le cinéaste imagine. À cette liberté prise avec la biographie du chanteur correspond une liberté de ton et une manière de faire on ne peut plus légère et salutaire (Bardinet a occupé tous les postes sur le tournage) qui convoque tant, pour le spectateur, le souvenir d’Eustache (Mes petites amoureuses) que celui de Rohmer (Conte d’été).

Au centre du film, donc, deux figures féminines, deux adolescentes, une blonde et une brune, renvoyant chacune à une chanson de Nino Ferrer. Natacha et Nathalie. La manière dont les deux chansons associées à ces prénoms déboulent dans le film est très belle : inattendue autant qu’évidente. Il me faudra, Natacha et Chanson pour Nathalie sont comme venues d’un futur qui s’écrirait alors, chantées – et c’est très important – par la voix du vraie Nino. Bien sûr, adolescent, Nino Ferrer était loin de les avoir composés, ces morceaux, mais on aime comme le film se les approprie en dépit de tout bon sens chronologique. Car ce qui compte alors, c’est bien l’humeur qu’ils véhiculent, la vérité des sentiments plutôt que celle des événements. Et, dès lors, ces deux chansons (auxquelles s'ajoute, en filigrane, L'arbre noir) tombent plus qu’à point, évidences pop venant surligner certains parti pris narratifs d’un film bien plus audacieux qu’il n'y paraît.

 

http://www.ninolefilm.com/ 


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28 mars 2012 3 28 /03 /mars /2012 11:57

Le samedi 24 mars, j'étais l'invité de la deuxième heure de l'émission culturelle "Longtemps je me suis couché de bonne heure" sur Radio Libertaire (89.4). L'occasion de parler de Sillons..., mon film, et de Songbook, mon livre, évidemment, mais aussi de préparer (à l'invitation de Francis Gavelle, son animateur) une playlist pour cette heure d'émission... L'avantage, c'est qu'elle nous aura aussi permis de parler d'Yves Simon, de Revolver, de Michel Polnareff, de Baxter Dury, de Bruce Springsteen et du beau film Nino, une adolescence imaginaire de Nino Ferrer (sortie le 25 avril).

Alors, pour une heure de Ska à la radio (!) , c'est par là :

http://dl.dropbox.com/u/33228081/longetmps240312p2.mp3

 

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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 21:06

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Deux disques tout juste parus et tous deux achetés le lundi 5 mars... Etonnant, non ?

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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 16:16

 

springsteen-wrecking-ballÀ la première écoute, une déception. On s’y est habitué. Et il faudrait peut-être que l’on comprenne un jour, qu’on arrête d’attendre un nouveau Nebraska, un nouveau Born to Run… Depuis le temps, on devrait le savoir… Devils and Dust, dernier bon album original en date, m’avait déçu déjà. À la sortie, j’avais fait la fine bouche. Je ne le redécouvrirais et ne le réévaluerais que plus tard.  Certes, The Seeger Sessions, c’était remarquable, le disque qu’il devait enregistrer, une évidence, mais ce n’étaient "que" des reprises. Magic, ensuite, c’était du Springsteen classique mais un peu terne, sitôt écouté, sitôt rangé. On attendait toujours un nouvel album du tonneau de The Ghost of Tom Joad. Mais à la place, le pire vint : Working on a Dream, seul album véritablement indigne d’une riche mais inégale discographie, le genre de disque qui fout la honte d’être fan (lire ici). Enfin, il y a un an et demi (pour se faire pardonner WOAD ?), un beau cadeau bizarre en bonus de la somptueuse réédition de Darkness on the Edge of Town : The Promise, un faux nouvel album copieux d’une vingtaine de titres vieux de trente ans d’âge mais finalisés en 2010 seulement (lire ici). Donc, oui, on s’était fait à la déception. Au chaud et froid. On s’était habitué à se dire que ce qui comptait c’était la scène, que les albums n’étaient plus que des prétextes pour entamer une nouvelle tournée. Car c’est sur scène, on le sait, que Springsteen est le meilleur. Depuis toujours. Encore maintenant.

Pourtant, même là, sur scène, en 2012, on attendait autre chose que ce qui fut annoncé il y a quelques semaines. On espérait autre chose qu’une énième tournée avec le E Street Band. En fait, on avait envie que Springsteen revienne en solo, comme il le fit pour les tournées consécutives aux parutions de The Ghost of Tom Joad ou de Devils and Dust. À la limite, même un E Street Band en formation resserrée, un groupe-commando dégraissé des chœurs de Patti Scialfa, des violonnades de Soozie Tyrell et de la guitare souvent superflue de Niels Lofgren, ça nous aurait plu. Mais, paradoxalement, la mort de l’irremplaçable Clarence Clemons (après celle de Danny Federici en 2008) a peut-être imposé au E Street Band de se déployer une dernière fois – alors même que Springsteen entamait l’enregistrement de Wrecking Ball seul – pour boucler quelque chose, en même temps qu’il signerait en live un dernier hommage au saxophoniste disparu. Cette tournure prise par la tournée 2012 m’a inquiété au début, mais maintenant que j’ai écouté le nouvel album, que j'ai vu comment la formation de scène s'appropriait le travail de studio (ici) et que je sais à quel point ces nouveaux titres sont taillés pour le live, ça me va. Si cela doit être la dernière tournée de Springsteen avec le E Street Band (ce qui est assez souhaitable), force est de constater que c’est un très bon album qu’ils auront à défendre. Et ça faisait bien longtemps que cela n’était pas arrivé.

Mais revenons un peu en arrière, car, depuis une semaine, tout ne fut pas si simple avec ce nouveau disque. Wrecking Ball, qui d’abord me fit l’effet d’une douche froide, fut donc, je l'ai écrit plus haut, enregistré sans le E Street Band (comme l'avait été Devils and Dust d'ailleurs, juste après les pétaradantes retrouvailles de The Rising). Springsteen changea même de producteur (exit Brendan O’Brien, aux manettes depuis The Rising). Quelque chose se tramait. C’était de bon augure. On parlait même d’un retour à l’intimisme de Nebraska.

Las ! En le découvrant pour la première fois, le disque m’a déçu. J'en regrettais presque d’avoir ma place pour Bercy, le 5 juillet. Je ne pensais même pas l'acheter, ce disque, à sa sortie physique. Single lourdingue en teaser de l’album (j'ai un peu changé d'avis depuis), production poids lourd, expérimentations étranges, un peu has been même (ce petit passage en rap sur Rocky Ground, allons !). Et les moqueries qui fusent déjà, à droite, à gauche, sur la couleur musicale – pour le moins surprenante, pour le moins novatrice – de l’album. Puis, au fil des écoutes (car cela faisait bien longtemps que je n’avais pas ainsi écouté en boucle un nouvel album de Springsteen) ce besoin de creuser, de comprendre. Le sentiment persistant, surtout, que je n’avais pas pris le disque par le bon bout. Et alors – en réécoutant les Seeger Sessions, en prêtant vraiment attention aux textes – les nuages de se disperser et l’évidence de s’imposer. Wrecking Ball est un putain de grand disque !

Pour le mesurer, il faut donc inévitablement en passer par l'hommage rendu à Pete Seeger en 2006 (la première face du nouveau disque avec Easy Money, Shackled and Drawn et surtout Death to my Hometown fait plus que nous le suggérer), comprendre comme le nouveau projet de Springsteen s’ancre une nouvelle fois dans la diversité des musiques populaires américaines, comme il les assimile humblement, comme il en assume l'héritage. Il faut voir comme le gospel,  la musique traditionnelle irlandaise ou même la soul ont cette fois-ci été convoqués, au même titre que le furent, par le passé, le blues originel (dans Nebraska) ou le folk (dans The Seeger Sessions). Et comprendre, pour résumer, que Wrecking Ball n’aurait pu exister sans les Seeger Sessions. Et plus précisément qu'il en est le prolongement logique. Tant musicalement que d'un point de vue thématique.

Le projet a une lisibilité politique manifeste dont Springsteen, un peu revenu de ses espoirs placés en Obama (pour qui il votera encore toutefois), ne se cache pas. S’il a définitivement troqué la narration cinématographique des seventies ou des eighties pour une écriture plus symbolique, plus allusive, son propos et ses cibles demeurent aujourd’hui assez évidents. Wrecking Ball est – il l’a dit – l’album consécutif à la crise financière de 2008, celui où il abandonne les errements sentimentaux et l’optimisme de Working on a Dream pour dessiner les contours de vies massacrées, gâchées, voire, au mieux, laissées en suspens. Album engagé, donc (Death to my Hometown pour ne citer qu'une chanson). Où ce n’est pas un hasard Tom Morello de Rage Against the Machine intervient à deux reprises, mais plutôt sous son masque folk de The Nightwatchman (un projet dont le premier album logique ! nous évoquait fortement, il y a quelques années, l’auteur de The River). Cette colère, les textes, plus que la musique, l’expriment sans ambigüité (So hold tight on your anger, you hold tight on your anger / Hold tight to your anger, don't fall to your fear). Album de la désillusion certes, mais dont l’envers est tout de même une face B qui entend toujours ménager un peu d'espoir, foi dans la solidarité ou dans l’élévation spirituelle (Rocky Ground, Land of Hope and Dreams).

Surtout – et c’est ce qui, pour moi, le rend fascinant – Wrecking Ball est un disque de fantômes. Un disque quasiment surnaturel. Son inscription formelle dans le passé, son recours à des styles ou à des arrangements traditionnels, n’ont rien de fortuit. Le temps passe, les décennies filent, mais le constat reste le même (So listen up, my sonny boy, be ready for when they come / For they'll be returning sure as the rising sun ou encore The banker man grows fatter, the working man grows thin / It's all happened before and it'll happen again). L'usage de formes antérieures de la musique américaine, les citations littérales de Curtis Mayfield ou de Johnny Cash, les samples issus d’enregistrements réalisés par l’ethno-musicologue Alan Lomax (The Last Words of Copernicus sur Death to my Hometown et I’m a Soldier in the Army of the Lord sur Rocky Ground) se justifient alors pleinement, font sens bien au-delà de la possible coquetterie de production.

De façon encore plus nette, car placé après des vers pour le moins ambigus de Land of Hope and Dreams (Well you don't know where you're going now / but you know you won't be back), le dernier titre du disque We Are Alive qui donne la parole aux morts et aux victimes de l'injustice ordinaire, explicite clairement tout cela : A voice cried out, I was killed in Maryland in 1877 / When the railroad workers made their stand / Well, I was killed in 1963 one Sunday morning in Birmingham / Well, I died last year crossing the southern desert / My children left behind in San Pablo / Well they left our bodies here to rot / Oh please let them know / We are alive / Oh, and though we lie alone here in the dark / Our souls will rise to carry the fire and light the spark / To fight shoulder to shoulder and heart to heart.

L'Histoire ne nous aurait donc rien appris ? Faut-il que les victimes d'antan viennent nous mettre en garde, que Tom Joad, fidèle à sa promesse, revienne veiller sur nous ? (1) Sans doute, oui, car ce disque peut-être le plus aventureux enregistré par Bruce Springsteen en termes de production est on ne peut plus actuel tout en revenant de bien loin. Et tous ces airs, dont l’entrain trompeur dissimule souvent la mélancolie, nous ont peut-être bien été chantés, en fait, par des fantômes. Décidément, Tom Joad, le héros de Steinbeck et de Ford, est toujours là, quelque part, murmurant, encore aujourd'hui, à l'oreille du plus grand songwriter américain...

 

 

(1)  Now Tom said "Mom, wherever there's a cop beatin' a guy / Wherever a hungry newborn baby cries / Where there's a fight 'gainst the blood and hatred in the air / Look for me Mom I'll be there / Wherever there's somebody fightin' for a place to stand / Or decent job or a helpin' hand / Wherever somebody's strugglin' to be free / Look in their eyes Mom you'll see me."


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27 janvier 2012 5 27 /01 /janvier /2012 20:00

Il y a vingt ans, il y a quinze ans, c'était un rendez-vous presque quotidien. On ne mesurait pas l'importance qu'il prendrait rétrospectivement. On regardait "Nulle part ailleurs" pour les Nuls, pour Antoine de Caunes, plus tard pour les Guignols, puis aussi pour plein d'autres raisons... On se souvient aussi qu'on y a découvert plein de groupes ou d'artistes emblématiques des années 90. On se souvient qu'on achetait leurs disques. On se souvient de prestations marquantes (Iggy Pop, FFF, Nirvana).

Et aujourd'hui, taper sur YouTube "Nulle part ailleurs live", c'est se prendre une sorte de best of pop rock dans la tronche, constater que tous les groupes qui comptaient, qui comptent encore parfois, y sont passés. Des plus indépendants (Jon Spencer Blues Explosion) aux plus connus (Oasis, Blur, AC/DC) en passant par ceux qu'on aime tant ici (Dominique A, The Beta Band, Pulp, Supergrass). Naviguer dans les archives de ces émissions, c'est un peu comme se replonger dans nos vieilles compilations des Inrockuptibles (lire ici). Ça file à la fois un satané coup de vieux et un salutaire coup de fouet. Oui, c'est vrai, se souvient-on, on avait vu ça en direct !

Alors, ça valait le coup de faire une petite sélection très subjective, en priant pour qu'un jour peut-être tout cela soit édité en DVD...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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19 janvier 2012 4 19 /01 /janvier /2012 20:00

 

IGP4548Il y a de beaux hasards de calendrier.

Il y a trente ans, Bruce Springsteen enregistrait Nebraska chez lui, sur un 4-pistes.

Il y a vingt ans, Dominique A enregistrait La fossette chez lui, sur un 4-pistes.

Aujourd’hui, en janvier 2012, tous les albums studios de Dominique A ressortent agrémentés chacun d’un CD bonus constitué de morceaux plus ou moins inédits, de versions rares, etc.

Demain, le 6 mars 2012, Bruce Springsteen sortira son dix-septième album studio, disque dont on sait déjà qu’il n’aura pas été enregistré sur un 4-pistes et dont on espère quand même qu’il relèvera un tant soit peu le niveau après l’indigne Working on a Dream de 2009 (ceci dit, le single diffusé ce jour-même inquiète un peu : voir ici).

 

Dominique A fait chaque disque contre le précédent, expliquait-il dans sa très belle discographie commentée pour Libération il y a quelques jours (lire ici). On aimerait bien que Springsteen fasse de même plus souvent, que le rocker des stades se fasse plus souvent storyteller, qu'il rechante à notre oreille, qu’il revienne encore une fois à l’os, à l’essentiel : c’est-à-dire à Nebraska, à The Ghost of Tom Joad ou, pour remonter plus loin dans le temps et pour rebrancher les guitares, à Darkness on the Edge of Town. Des albums sombres, en colère, peu fédérateurs.

Comme Remué de Dominique A, celui que je préfère et au sujet duquel le chanteur écrit – c’est très beau – qu’il a l’impression quand on lui en parle qu’on évoque le disque d’un autre (« Depuis, avec le temps, beaucoup de gens m'ont fait part de l'impact de ce disque sur eux, en raison du son qu'il a, de sa cohérence. À chaque fois, je dis "merci", mais avec l'impression qu'on me parle du disque d'un autre, de quelqu'un dont je ne voudrais plus entendre parler »).

 

Il y a vingt ans aussi, P.J. Harvey enregistrait chez elle, sur un 4-pistes également, la matière d’un album produit ensuite « professionnellement » par Steve Albini (Rid of Me), mais dont elle publierait, avec des inédits, des versions épurées, en 1993, sur le mythique 4-Tracks Demo.

 

D’un côté, donc, un artiste confirmé qui, avec Nebraska, se paye le luxe – comme plus tard avec les Seeger Sessions – de faire ce qu’il veut, d'aller contre les attentes, d’enregistrer seul un album de blues et de folk au propos âpre, ample et ambitieux.

De l’autre, le 4-pistes comme ancêtre du home-studio, l'outil parfait pour coucher sur bandes les premiers morceaux de ceux qui, vingt ans plus tard, comptent toujours parmi nos héros.

Au final, trois chef-d'œuvres tout simplement.

 

« à l'époque, il faut bien le dire, j'étais têtu : obsédé par l'idée de dépouillement sonore, j'enregistrais mes chansons chez moi, sur un quatre pistes à cassette, un des premiers home studio à prix démocratique. Et je refusais par principe l'idée de mettre les pieds dans un studio professionnel, par conviction que trop de vernis sonore ne pouvait que nuire à la beauté nue des chansons. J'aimais le Velvet Underground, Polyphonic Size, Jean-Louis Murat, Suicide, les 45 tours du label pop anglais Sarah, et le son des Young Marble Giants. J'essayais à ma façon de faire la jonction entre tout ça. Le soir de l'émission de Lenoir, je reçus un blanc-seing: oui, c'était, au-delà de toute attente, recevable tel quel ; oui, j'avais eu raison de m'accrocher à mes romances synthético cheap. » (Dominique A)

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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 20:00

 

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Fidèles lectrices et lecteurs, vous en rêviez, le voilà...

 

SONGBOOK
"Un livre comme un double album vinyle, un recueil de textes envisagés comme autant de chansons.
Une approche impressionniste et pop refusant de choisir entre souvenirs intimes, fiction, hommage ou bref essai, pour, au final, évoquer surtout la place des disques, du rock ou des chansons dans nos vies."

 

Songbook, c'est donc un petit recueil de 100 pages, auto-édité, reprenant (et remaniant) quatorze textes publiés sur ce blog entre 2007 et 2009, agrémentés d’un inédit (parce que sur toutes les compilations, il y a un inédit, vous le savez bien...).

J'ai reçu quelques exemplaires ce matin, il est très beau.

Alors, si ça vous tente d'avoir chez vous un petit livre signé Ska, c'est par là :
http://www.thebookedition.com/songbook-stephane-kahn-p-71312.html


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