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19 août 2013 1 19 /08 /août /2013 18:13

 

 

On n'en sort jamais. On y revient toujours. Il y eut le concert du 29 juin au Stade de France. Puis le 22 juillet, la diffusion mondiale simultanée de Springsteen and I au cinéma. Enfin, la lecture vorace de Bruce de Peter Ames Carlin, paru chez Sonatine il y a quelques semaines. On n'en sort jamais. On y revient toujours.

Du concert, j'ai déjà parlé... Place aux images et aux mots...

Springsteen and I m'intéressait dans sa démarche participative consistant à demander, l'été dernier, de la matière brute aux fans de Bruce Springsteen. Le film de Baillie Walsh est ainsi pour l'essentiel composé de témoignages éclairant sur le rapport très particulier, et sans doute assez unique, que son public entretient avec Springsteen. Quelque chose d'assez inexplicable, que le film effleure souvent et que l'on serait soi-même bien en peine de formuler. En cela, Springsteen and I est tout sauf un documentaire sur le Boss, c'est un film qui parle plutôt du lien intime qu'une musique, des paroles, font naitre dans le cœur de quelques-uns, qui dessine, à travers des dizaines de témoignages, le portrait de cette Amérique que chante Springsteen (langue oblige sans doute, la plupart des témoignages viennent d'anglo-saxons). En cela, le portrait le plus touchant est bien celui de ce couple de quinquagénaires "blue collar" passant, confient-ils avec malice, chaque soirée à parler de Springsteen mais qui n'ont jamais eu assez d'argent pour aller le voir en concert. Cela évoqué avec détachement et simplicité, sans gravité, car danser sur les disques, partager cela amoureusement, leur suffit. Le film oscille entre témoignages amusants (ce britannique qui n'aime pas Springsteen mais qui "subit" chaque concert à rallonge par amour pour sa femme), anecdotiques, touchants, plus rarement bouleversants. On voudrait rester plus longtemps avec certains, se dispenser d'autres interventions. C'est la limite du projet (avec aussi sa facture visuelle ingrate), un projet assez convaincant malgré tout. Un très bel épilogue met en présence du chanteur (sa seule apparition, hormis quelques images d'archives en live) une poignée de fans vus dans le film à l'issue d'un concert. Là, l'émotion est palpable. Mais la rencontre est fugace, artificielle, forcément frustrante. Et le film de s'achever sur ce paradoxe - du moins à mon sens - qui confronte le vrai Bruce (sympa certes, mais forcément "de passage") à l'image qu'on entretient de lui en nos cœurs, qu'il génère naturellement et dont, pour tout dire, nous avons besoin...

Cette image qu'on a de lui, elle est un peu écornée dans la biographie conséquente de plus de 600 pages que vient de lui consacrer Peter Ames Carlin. Ouvrage colossal, fruit d'une enquête au long cours où le journaliste a rencontré des dizaines de personnes ayant travaillé avec Bruce Springsteen ou l'ayant côtoyé à un moment ou un autre de sa vie. Des membres de sa famille, des musiciens, des techniciens, des petites amies, des managers et Bruce lui-même se confiant comme jamais. Bruce se lit comme un roman passionnant et donne envie de se replonger dans les tréfonds de la discographie. Particulièrement parce que le livre est très documenté sur les débuts (premier disque enregistré au bout de 200 pages seulement), sur les tâtonnements en studio, les hésitations, les titres jetés (provisoirement) à la poubelle ou sacrifiés au moment de sortir tel ou tel nouvel album. En cela, Bruce est bien dans la lignée du coffret Darkness on the Edge of Town et du double album d'inédits, The Promise, parus il y a trois ans. On y lit le labeur, les réécritures maniaques et le travail de studio qui confinera à la folie sur l'enregistrement de Born to Run par exemple. Le livre rappelle que Springsteen travaille énormément en studio, demande l'impossible aux musiciens (source de tensions) et que les prises sont rarement spontanées. Il faudra attendre Nebraska et son enregistrement aussi miraculeux qu'accidentel ou Lucky Town pour cela, pour qu'il se libère d'une certaine maniaquerie. Sa façon d'être en live avec le E Street Band nous faisait oublier cela, que les chansons sont le fruit d'un travail, les arrangements le résultat de nombreux essais et revirements, que de grands morceaux furent sacrifiés par souci de cohérence sur les disques Darkness on the Edge of Town ou Born in the USA. Avec le E Street Band d'ailleurs, on lit comme les rapports furent parfois tendus, comme la rancœur consécutive à la dissolution du groupe au milieu des années 80 fut tenace, comme il fut difficile à un moment donné de concilier l'énergie du collectif et les directions plus sombres, plus introspectives que Springsteen souhaitait donner à sa musique. La vie sentimentale de l'artiste, sa probable dépression puis sa longue thérapie documentent, sans jamais verser dans le sensationnalisme (loin de là), la genèse des albums et les rapports parfois difficiles avec les autres membres de son groupe. Même pour le fan, le livre regorge de révélations et donne envie de redécouvrir certains morceaux un peu oubliés, parfois mal entendus (je pense à ceux du coffret Tracks que j'ai appréhendé sous un autre jour depuis la lecture de ce livre). On regrettera peut-être que le livre, passionnant dans sa première partie, passe un peu vite sur les années post-Born in the USA, sur certains albums au sujet desquels on aurait aimé en lire un peu plus. Peu importe. On le referme en ayant appris beaucoup et avec le sentiment qu'on n'a décidément pas fini de faire le tour d'une discographie dans laquelle on baigne depuis trente ans maintenant...

 

 

 

 

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3 décembre 2012 1 03 /12 /décembre /2012 18:04

2012-11-28-08.15.33.jpg« Coqui’ette, la mauviette ! Coqui’ette, la mauviette ! », réclame-t-elle à nouveau en désignant l’étagère hors de sa portée, celle où sont posés les CD aux dimensions hors normes, les coffrets Nuggets, les boitiers Deluxe, les éditions Collector, ce genre de choses…

Au départ, je savais bien que je le lui ferais écouter, mais je la pensais pour l’instant trop petite. Et puis j’avoue, oui, je l’avais surtout acheté pour moi (pour elle et pour son frère plus tard aussi bien sûr) ce livre-disque signé Florent Marchet et Arnaud Cathrine. J’aimais tant les disques de l’un et les livres de l’autre que ce deuxième projet signé à deux – après Frère animal (sombre récit de crise décliné sous forme de disque, de livre et de spectacle) et quelques chansons somptueuses sur l'album Rio Baril – je l’attendais avec impatience ; depuis qu’il avait été annoncé sur la page Facebook du chanteur il y a quelques mois déjà.

Etre par deux fois père y était sûrement pour beaucoup aussi, avec, sans doute, le contentement anticipé de pouvoir partager bientôt avec mon aînée le goût qui était le mien pour les mélodies et les arrangements de Florent Marchet, un peu moins sans doute – ou alors bien, bien plus tard, souhaitons-le – pour l’acidité de ses textes…

La première fois, c’était un samedi, il y a deux semaines. Il a suffi de l’écouter une fois ensemble, elle assise sur mes genoux, moi doublant doucement la voix de la narratrice, pour qu’à deux ans et des poussières Lola fasse de Malo, ce garçon au dos duquel pousse une mystérieuse coquille, un de ses nouveaux héros. Au début, ce furent surtout les illustrations d’Aurélie Guillerey (dont il faut souligner comme elles sont la charpente de l’œuvre pour l’œil d’un enfant) qu’elle commenta avec allégresse, qui provoquèrent des réactions ponctuelles, pas toujours reliées à l’intrigue générale d’ailleurs. Et les chansons qui s’intercalaient dans la narration prise en charge par Julie Depardieu, elles avaient même, au début, provoqué quelques récriminations. « Non, pas ça ! ». Pourtant, sitôt le court disque terminé, il fallut le remettre, le réécouter, et au fil des passages, de jour en jour, les chansons aussi s’installèrent.

« Coqui’ette, la mauviette ! Coqui’ette, la mauviette ! », réclame-t-elle à nouveau en sautillant sur place.

Désormais, même, elle peut esquisser quelques déhanchements quand les chansons se déclenchent. Elles ne la dérangèrent finalement qu’à la toute première écoute, peu habituée qu’elle était à ce que, sa mère ou moi, on se mette à chanter au beau milieu d’une lecture. Moi, à l’inverse, à chaque fois désormais, je les attends, avec presque – oui, c’est injuste – l’envie de zapper l’histoire. Car, chantées par Jeanne Cherhal, par Mathieu Boogaerts, par Valérie Leulliot ou par les deux auteurs, elles s’inscrivent musicalement dans la lignée parfaite de trois albums studio ô combien précieux.

Alors, oui, c’est agréable de penser que Lola écoute aussi Florent Marchet. Et on ne peut que se réjouir du fait que la manne actuelle des disques pour enfants produise parfois de bien belles réussites pop. Loin de Steve Waring ou de Henri Dès, chanteurs d’enfances à qui on conserve toutefois toute notre affection de déjà-presque-plus-trentenaire…

 

 

Coquillette la mauviette, un livre-disque de Florent Marchet, Arnaud Cathrine et Aurélie Guillerey (Actes Sud Junior)

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20 octobre 2009 2 20 /10 /octobre /2009 15:26
Par ici, on aimait bien, il fut un temps, s'épancher sur des souvenirs de 45 tours, sur des pages de l'enfance, de l'adolescence, où s'épanouissait doucement, dans les marges, un goût encore hésitant pour la musique (, par exemple).
Alors, à la lecture de ce court album de Fabcaro, on a un peu eu l'impression d'avoir affaire à un frère, à un type né la même année que nous, ayant acheté les mêmes disques et en parlant avec une nostalgie sincère et dépourvue de cynisme.
Les chansons comme des balises nous rattachant à des moments précis de nos vie, à des souvenirs souvent anecdotiques, mais qui leur sont indéfectiblement liés. Et dans cette mémoire musicale, pas de hiérarchie, pas de pose. Fabcaro a écouté de la daube et de très bons groupes aussi. Ses goûts furent plus ou moins sûrs et il ne s'agit pas, rétrospectivement, de redessiner à son avantage des années où il écoutait des trucs aujourd'hui aussi mal vus que Dire Straits ou Scorpions. Ses années 80 furent bien les notres, les mêmes, et force est de constater que je me suis senti comme chez moi dans ces quelques dizaines de pages hilarantes.
Dans la lignée du Steak haché de Damoclès, paru chez le même éditeur, Fabcaro poursuit donc une veine autobiographique creusant un cousinage assez net avec le Manu Larcenet du Retour à la terre ou du Combat ordinaire.
Ici, plutôt que les récurrents problèmes de communication qu'il entreprenait de nous raconter dans son précédent livre, il choisit de dévoiler des souvenirs liés à une chanson précise pour se présenter encore une fois en loser sympathique, attendrissant, souvent exclu par ses goûts, son appréhension de la musique (et trouvant pour traduire cela quelques métaphores graphiques absolument impayables, rappelant même par leur tendresse et leur inventivité visuelle les meilleures planches de Bill Waterson, le créateur de Calvin et Hobbes).
On est loin ici de la logorhée érudite et du trait chargé d'un Jean-Claude Menu (Lock Groove Comix), loin aussi des chefs d'œuvres de Luz (En claudiquant sur le dancefloor, Faire danser les filles). Il ne s'agit en effet pas tant de parler de ce que l'on aime, de prêcher un bon goût punk un rien dogmatique (l'axe Luz/Menu donc), que de partir d'expériences communes (la peur de l'ado au moment du slow, la première boum, le mystère du bon goût et du mauvais goût, les pirates au son pourri qu'on achetait aux Puces, le voisin qui écoutait Guns & Roses à fond, la première prestation avec son groupe, le premier solo et les pains qui vont avec, le passage du vinyle au CD) pour y puiser une vérité intime parlant à tout un chacun, quelle que soit sa chapelle musicale. De là à dire qu'on tient ici du Philippe Delerm appliqué à la BD rock, il n'y a qu'un pas, mais je me garderai bien de le franchir car je ne suis pas si sûr que ce soit toujours un compliment...
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15 juillet 2009 3 15 /07 /juillet /2009 15:31
"Quand je pense à Queen, toute ma vie me revient…"
Cette phrase, qui apparaît à deux reprises dans ce premier roman graphique de Mike Dawson, résume assez justement le point d’équilibre où celui-ci se situe. Entre autobiographie et œuvre de fan, cette riche bande dessinée tout juste parue chez Rackham imbrique un récit intime (de l’enfance à l’âge adulte) à une passion jamais démentie pour le groupe Queen. Et tandis que le jeune Mike passe de l’enfance à l’adolescence, que sa famille déménage de l’Angleterre aux États-Unis, ce sont plein de petits détails qui viennent pointer la sincérité de sa passion pour un groupe que l’on réduit bien trop souvent à quelques tubes et à l'outrance de son leader. Cette cassette de A Night at the Opera que lui donne son père, sa rivalité avec sa petite sœur au sujet de Wham !, son groupe préféré à elle, cette BD qu’il crayonne basée sur les paroles de Bohemian Rhapsody, la découverte du clip de I Want to Break Free, et surtout ces quelques jours fulgurants où il fut annoncé que Freddie Mercury était séropositif, puis, soudain, qu’il était décédé.
Comment les chansons rythment nos vies, comment certaines nous reviennent en mémoire à l’occasion de tel ou tel événement, c’est de cela que parle Freddie et moi de façon assez touchante.

Ce qui frappe aussi dans la BD de Mike Dawson, c’est qu’elle ne s’adresse pas spécialement au plus grand nombre, que les chansons citées ne sont pas forcément les plus connues (voir l'anecdote sur Stone Cold Crazy, passé à une boum et qui fut ce bide musical vidant la piste de danse que beaucoup d'entre nous connurent). Dawson a 34 ans. Son album préféré de Queen est le deuxième, signe d’un bon goût manifeste. On le suit moins quand il s’enthousiasme pour certains morceaux de Hot Space (Las Palabras de Amor, sa chanson préférée suite à sa première rupture amoureuse), pour George Michael ou pour la comédie musicale We Will Rock You.
Mais du concert Tribute de Wembley que je vécus en direct et en intégralité dans les locaux de je ne sais plus quelle radio aux premiers pas en solo de Brian May (que je vis deux fois en concert à l'Elysée Montmartre, avec Cozzy Powell à la batterie, tandis que le pauvre Mike, lui, ne réussit même pas à décrocher une place lorsqu'il passait près de chez lui), il y a bien des évocations ici qui sont comme autant de raisons pour lesquelles ce Freddie et moi m'a tant plu. Par chance, cette œuvre, qui n'est pas par moments sans évoquer celles d'Alex Robinson, fut achevée avant que Queen ne sorte enfin un nouvel album (pitoyable) l’an dernier avec Paul Rodgers (mais sans le bassiste John Deacon). On aimerait savoir ce qu'en a pensé Mike Dawson, lui qui, comme moi, assista quand même à un concert de la "reformation" de 2005 plutôt circonspect (réduisant même Paul Rodgers au "mec qui chantait All Right Now"…).
On aimerait aussi savoir s’il a fini par rencontrer Brian May, comme il l’imagine dans une des ultimes planches du livre…

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29 septembre 2008 1 29 /09 /septembre /2008 20:24

Décrire le rock. Écrire le rock. La geste de ses héros. François Bon, infatigable, y retourne. Après les Rolling Stones (une somme), un an seulement après Bob Dylan (le récit-puzzle forcément déceptif d’une entreprise impossible), c’est donc, cette fois-ci, "un portrait de Led Zeppelin", titré tout simplement Rock’n roll. Le meilleur des trois peut-être… Celui dont le titre – limpide – s’affranchit, mine de rien, de la posture du biographe pour enfin se confronter au genre musical vénéré. Directement. Avec gourmandise. "Un portrait", donc, plutôt qu’"une biographie" : la nuance est d’importance.

Reprenant certains passages d’un prodigieux feuilleton radiophonique en 15 épisodes (Chiens noirs des seventies, diffusé sur France Culture en 2004), le voici qui narre, à sa manière toute personnelle, l’histoire de ces quatre musiciens, qui, très visiblement, le fascinent encore plus que les Stones et Dylan. Parce qu’avec Led Zeppelin, on est au cœur des choses, on ne parlera que de musique. Parce que Led Zeppelin, c’est trois musiciens et un chanteur, qui, chacun – malgré des emprunts flagrants – ont tout inventé de leur art (un son de guitare, un jeu de basse qui n’est plus simple accompagnement, une approche de la batterie totalement inédite dans le rock, une façon de placer la voix comme un instrument de plus). Parce que Led Zeppelin, c’est d’abord un son, l’addition de quatre individualités incroyablement complémentaires, une alchimie unique. Du physique aussi, des postures, des attitudes et des corps (Bon excelle dans les descriptions des concerts). Alors, pour l'auteur, écrire sur Led Zeppelin, c’est se confronter directement aux musiciens, à la musique, à son histoire, au recyclage, au matériel, au travail du studio, à la sueur du live, bref à une incroyable machine de guerre rock’n’roll plutôt qu’à une époque, à des textes ou à un contexte politique (toujours en filigrane des ouvrages sur les Stones ou Dylan).

Led Zeppelin ? L’invention du hard rock, disait-on. François Bon envisage d’abord le groupe sous cet angle, fasciné par John Bonham – la pierre angulaire – par le mix de la batterie si particulier, si novateur alors. Dans les détails, dans la description des minutieuses recherches sonores de Jimmy Page, le livre est passionnant. Brut, comme la musique du quatuor. L’écriture à l’avenant. Trépidante. Cinglante. Nerveuse. Orale. Précise. Il s’agit moins d’enquêter, de faire le tri, de confronter les centaines d’écrits publiés (comme ce fut le cas pour le travail accompli autour de Dylan) que de transcrire par la langue, dans un débit incroyablement rythmé, un amour vibrant, débordant, palpable, pour le groupe-phare des seventies, celui qu'il vit à 22 ans à Earl's Court à Londres. Exercice d’admiration et beau précis musicologique, Rock’n roll, un portrait de Led Zeppelin n’est pas une simple biographie, c’est – comme toujours chez Bon – une évocation à la première personne, où derrière chaque fait, chaque anecdote, chaque setlist, chaque rumeur, se niche l’auteur quinquagénaire, contemporain adolescent de l’explosion du groupe.

Si François Bon, lorsqu’il cite Page, Plant, Jones ou Bonham prend soin de conserver les mots en anglais et de les traduire brillamment dans la foulée (ah ! les aphorismes de Bonham), c’est bien que la musicalité de la langue ne saurait être trahie, partie prenante de son projet littéraire.

À l’inverse, ne donner à lire les textes – finement analysés mais très approximativement traduits – des chansons de Bruce Springsteen qu'en français est une impardonnable faute de goût. Même dénué de sa "version originale", Bruce Frederick Springsteen, le gros livre de Hugues Barrière et Mikaël Ollivier, est pourtant captivant, prolongeant le travail des deux auteurs sur le chanteur du New Jersey (lire le remarquable essai de Barrière consacré à la chanson Born in the USA paru il y a deux ans). À la fois biographie définitive et parcours érudit dans les thématiques récurrentes d’une œuvre pléthorique, le principal mérite du livre fut de me donner l’envie de replonger dans une discographie dont j’avais délaissé ou sous-estimé d’emblée certaines parutions (il faut absolument redécouvrir le récent et discret Devil and Dust). Fourmillant de détails, d’informations méconnues, le livre est surtout venu prolonger le plaisir éprouvé lors d’un fabuleux concert parisien du début de l’été (lire ici). Dommage que l’écriture à quatre mains ne nous épargne pas un certain nombre de redites. On sent le livre trop vite paru, pas assez peaufiné, sacrifiant à une paradoxale lisibilité commerciale (les fameuses traductions des chansons) quand son contenu, pourtant, s’adresse bel et bien aux connaisseurs.

On conclura simplement en disant que si Hugues Barrière et Mikaël Ollivier sont de bons journalistes et surtout de vrais fans, François Bon est, lui, un écrivain. Et un fan aussi. Deux biographies, alors ? Oui. Mais deux approches totalement opposées, l’une purement littéraire, incroyablement stimulante, l’autre plus journalistique, plus sémiologique. Bruce Frederick Springsteen fut un bon bouquin pour l'été. Mais Rock'n roll nous accompagnera longtemps. Led Zeppelin : 1 / Bruce Springsteen : 0.

 

 

François Bon, Rock'n roll, un portrait de Led Zeppelin (Albin Michel)

Hugues Barrière & Mikaël Ollivier, Bruce Frederick Springsteen (Le Castor Astral)

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