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19 mai 2017 5 19 /05 /mai /2017 22:18
Souvenirs de Twin Peaks

Année scolaire 1990/91. Elle commence par un film, elle finit par une série.

 

Je suis au lycée, en première. Cette année scolaire-là, ça ne trompe pas, je rencontre deux amis qui comptent encore aujourd'hui parmi mes plus chers. Et par ricochet deux autres, qui font, 26 ans après, partie de cette même bande, les miens.

 

Aux alentours de la rentrée, je découvre Sailor et Lula, par deux fois consécutives, lors d'avant-premières, l'une organisée par Studio au Kinopanorama, l'autre, si je me souviens bien, et logiquement puisque je suis abonné, par Starfix au Max Linder Panorama. Le film a eu la Palme d'or au printemps. Evidemment, je ne vais pas encore à Cannes, je fantasme le festival au gré des retransmissions dans Nulle part ailleurs, des reportages dans les journaux télévisés. A cette époque et pour un an ou deux encore, j'en fais même des VHS : "Cannes 1990", "Cannes 1991"... Bref, en septembre 1990, il y a Sailor et Lula au cinéma, choc absolu dont l'immense affiche trônera bientôt dans ma chambre d'adolescent, mais aussi, au premier semestre, alors que je n'étais qu'en seconde, dans un autre lycée d'ailleurs, Outrages de de Palma, Chasseur blanc, cœur noir d'Eastwood ou Né un 4 juillet de Stone. Des marqueurs essentiels, plus ou moins bons films malgré tout indissociables de cette paire d'années, de ma scolarité d'alors et des amitiés qui s'ensuivirent.

 

C'est dire comme un an plus tard, en avril 1991, j'étais mûr pour la suite, l'épiphanie.

 

Twin Peaks donc.

 

Aujourd'hui, comment comprendre ce que découvrir cette série en direct – deux épisodes par semaines d'abord, un seul ensuite – représenta ? Il fallait capter La 5, ce qui longtemps fut un problème pour de nombreux Français au nombre desquels, par chance, je ne comptais pas. Il fallait suivre un rythme de diffusion précis, être fidèle au rendez-vous. Ou penser à programmer son magnétoscope, le genre de réflexes naturels alors dont nous avons évidemment, à l'ère du "binge watching", du téléchargement et de l'opulence de l'offre et d'Internet, perdu l'habitude.

 

Je crois bien avoir vu Qui a tué Laura Palmer, la VHS du pilote agrémenté d'une fin inédite pour l'exploitation européenne, avant que débute la série à la télévision. Starfix en avait parlé plusieurs mois avant, quand sortait Sailor et Lula et que la série de Mark Frost et David Lynch n'était encore qu'un phénomène strictement américain. J'avais dû voir quelques films de Lynch, Elephant Man à coup sûr, Eraserhead probablement. En revanche, je ne connaissais pas encore Blue Velvet : quand il triompha à Avoriaz en 1987, moi, je n'avais d'yeux que pour son rival, La mouche de Cronenberg...

 

Mais quand débuta Twin Peaks, avec Jérôme, en classe, je crois qu'on ne parlait que de ça, ou presque. Ça nous rendait fou, ça nous avait retourné la tête, on n'avait jamais vu ça. On se refaisait les dialogues, on parlait à Diane, comme le faisait Dale Cooper. Pourtant, on ne buvait pas encore de café. Tous ce qu'on écrirait ensuite, les quatre, cinq années qui suivirent, quand on se rêvait cinéastes, caméscope en main, ça avait été fécondé par Twin Peaks c'est sûr.. et sans doute un peu, quand même aussi, par Le prisonnier et, pour mon acolyte plus particulièrement, par Chapeau melon et bottes de cuir. Ça nous dépassait, c'était fou et c'était fantastique. David Lynch devint mon héros. Instantanément. En septembre 1990 d'abord (Sailor et Lula). En avril 1991 définitivement.

 

Je ne crois pas que nous ayons été alors si nombreux, dans mon entourage, à regarder et commenter Twin Peaks. Je n'ai de souvenir de discussions autour de ces premières diffusions qu'avec deux, trois personnes. Ce qui est sûr, c'est que nombreux furent ceux qui décrochèrent. A la fois parce qu'intervint à un moment la révélation de l'assassin (comme si c'était l'essentiel...) mais surtout parce que subitement La 5 décida de déplacer l'horaire de diffusion des épisodes de 20h30 à 22h30. Et qui plus est de n'en passer plus qu'un par semaine (au lieu de deux initialement). Là-dessus arrivèrent les grandes vacances et je sus ensuite que beaucoup de gens qui avaient suivi le début lâchèrent alors la série. Pas moi, non. Je partais en vacances, oui, mais mon magnétoscope et peut-être le concours d'un ami, de mes parents ou de ma sœur (je ne sais plus) me sauvèrent la mise. Je n'en perdis pas une miette. Je pus tout rattraper à mon retour. Je sais que nous n'étions pas si nombreux. Ce qui peut paraître surprenant aujourd'hui où tout le monde – ou presque – parmi les cinéphiles semble avoir vu Twin Peaks. Mais c'est aussi pour cela peut-être qu'à cette époque, en 1991, cela me/nous marqua tant. Parce que nous n'étions finalement pas si nombreux à être allé au bout du voyage et qu'à dix-huit ans, eh bien ça compte...

 

Quelques années plus tard, je revois tout. En VF encore une fois. Les cassettes sont sorties. Je me les offre petit à petit. Il a dû y en avoir une dizaine. Où sont-elles aujourd'hui, je ne sais pas, données probablement quand j'ai acheté la première édition DVD et ai revu la série une nouvelle fois, le plaisir toujours là, si vif, mais déjà empreint de la nostalgie qui me fait probablement écrire ces lignes. Mais alors, tout de même, c'est important, on les prête ces trois coffrets. Comme ils ont circulé autour de moi ! Nombreux sont ceux qui ont découvert Twin Peaks « la série culte » alors, en 2007. Ou ceux qui, enfin, en ont vu la fin...

 

Entre-temps, revenons en arrière, il y a eu Twin Peaks, Fire Walk with Me (Cannes 1993). Et ce film extraordinaire a conforté, pour moi, ce qui me plaisait dans la série. Certes, c'était différent. Certes, beaucoup de "fans" furent déçus. Certes, l'esprit de sérieux l'avait définitivement emporté, mais on sentait Lynch complètement libre (sans doute l'avait-il été dès Eraserhead, mais on n'en était pas spectateur à la fin des années 70 et on ne saurait en juger). Le cinéaste entrouvrait là la porte sur ce que deviendrait son cinéma, cette béance de l'espace/temps, cette anomalie qui ouvrirait presque consécutivement sur les méandres fascinants de Lost Highway, Mulholland Drive et Inland Empire. Surtout, il reprenait la main sur une série dont il confessa s'être au fil du temps désintéressé et il apportait autant de réponses qu'il posait de nouvelles questions... Et ça nous allait très bien comme ça, comme si cela, le mystère et l'intérêt ravivés, suffisait à conjurer la fin maladroite, précipitée et pas complètement satisfaisante de la série.

 

Mais voilà que dans quelques jours, arrive la suite de Twin Peaks (la saison 3, dit-on, comme si la numérotation avait ici, 26 ans après, un quelconque sens). Dans les quelques images diffusées, tout semble pareil, comme si le quart de siècle écoulé n'avait eu de prise (si ce n'est le vieillissement physique, visible) sur les personnages et les décors. Paradoxe temporel inhérent à la seconde partie de carrière de Lynch dont nous, spectateurs, réchapperont forcément. Car nous ne vivons pas dans un film de David Lynch et ne pourrons, en conséquence, probablement qu'être déçus. Pourtant. Pourtant, l'attente est énorme, car, pour toutes ces raisons évoquées plus haut, Twin Peaks, vécu et visité à l'orée des années 90, fut unique, constitutif, intime et historique. Et, accessoirement, David Lynch n'ayant pas tourné depuis dix ans, dix-huit heures signées de lui – quand bien même ne ferait-il plus de film ensuite, comme il l'a annoncé – cela ne se refuse pas...

 

A suivre, comme on disait dans les feuilletons...

 

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commentaires

Xavier 05/08/2017 23:26

pour ne pas mourir idiot (étant donné que cette série est une référence pour nombre des blogueurs musicaux "historiques"), je viens d'acquérir l'intégrale en dvd. j'hésite à me lancer, j'ai un peu peur de m'y perdre, je manque tellement de temps et de sommeil...
je vois que tu les as vu en VF, j'hésitais mais apparemment ca passe, ca sera plus pratique pour moi...
au plaisir de lire ton article sur la saison 3, alors...

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