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11 mars 2014 2 11 /03 /mars /2014 11:46

On aurait presque envie, en revoyant La fille du 14 juillet, de ne s’arrêter que sur un personnage. Secondaire, certes, mais porteur de ce que le film a de meilleur dans la loufoquerie, le burlesque et la folie. On aimerait faire un éloge de celui, parmi les personnages de comédies, qui nous fit le plus rire en 2013. Je parle bien entendu du Docteur Placenta. Et de son interprète – « révélation masculine », « meilleur espoir 2013 », tout ce qu’on voudra… – Serge Trinquecoste. Qu’on ne connaissait pas. Ou qu’on avait peut-être aperçu, nous souffle Internet, sous le sobriquet de Timbre Poste, il y a très longtemps, dans une émission comique de triste mémoire (« La Classe »).

Le Docteur Placenta donc, qui, en une poignée de séquences, dynamite le premier long métrage d’Antonin Peretjatko, ouvrant des brèches béantes dans le dynamisme cool d’une narration sautillante. Quand ce personnage apparaît, éructant, s’agitant en tout sens, c’est simple : le film pile, s’arrête ou se relance. Le rythme de Placenta (sa scansion syncopée, ses embardées déraisonnables, ses courts circuits mentaux) n’est pas le sien. Au début, il se sauve, poursuivi par les flics. Et à deux reprises au moins, il revient sans qu’on l’attende. Il fait irruption dans le champ. En voiture, en klaxonnant. Pour prendre un avion, pour s’en aller ailleurs, abandonnant femme(s) et enfants, vers un film à la mesure de sa folie… peut-être. Quand Placenta apparaît (même brièvement), La fille du 14 juillet s’ouvre au sketch, au numéro d’acteur, laissant littéralement en suspens une histoire qui, déjà, ne boudait pas les digressions. Il laisse surtout sur la touche des acteurs qu’on adore, soudain ramenés au rang de spectateurs ou de faire-valoir (Vincent Macaigne, impuissant face à celui qui, dans le film, joue son mentor).

De fait, ce qui reste de La fille du 14 juillet – les passages que, dès le soir de la fête Ecce Films suivant le visionnage matinal à Cannes, on aimait à reprendre, à se raconter – c’est bien le repas chez les Placenta, trou noir qui engloutit tout dans son délire ravageur. On est à la moitié du film. Et grâce à un interprète venu d’on ne sait où mais en état de grâce, le film atteint un sommet où Antonin Peretjatko réinvente le gag dans un simple raccord (la « soirée diapo ») et où fleurissent les répliques ou expressions déjà cultes (« C’est de la soupe de cheval », « Les Guillotins ! », « Du jazz qui craque »).

Face à un tel déferlement comique, avec ces quelques scènes qui, dès l’irruption d’un Placenta sur le fil de l’hystérie, semblent toujours au bord de crouler, d’exploser, de mettre le film en totale déroute, force est de constater, à la seconde vision, que La fille du 14 juillet accuse quelques faiblesses, des baisses de régime. On remarque aussi que, à côté de seconds rôles soignés et choyés (outre Trinquecoste, citons Esteban ou évidemment Thomas Schmitt, fidèle de tous les films de Peretjatko dans le rôle de Berthier), les personnages principaux manquent de relief, à commencer par Vincent Macaigne qui fut paradoxalement nommé aux César pour ce film-là alors qu’il brillât autrement, en 2013, chez Justine Triet. Pas très grave, cela dit, tant ces quelques aléas sont constamment compensés par l’invention du réalisateur, ses idées farfelues (la rentrée avancée d’un mois, brillante trouvaille !), ses trucs de montage et, last but not least, par le charme piquant de son héroïne interprétée par Vimala Pons.

Enfin, pour laisser le Docteur Placenta à ses aventures de préretraité et pour reprendre le fil normal d’une chronique de DVD, soulignons que celui de La fille du 14 juillet rassemble aussi la plupart des courts métrages de Peretjatko, à commencer par French Kiss (le plus réussi et le plus connu) et le récent Les secrets de l’invisible, qui amorce assez évidemment la manière de La fille du 14 juillet, avec cette mélancolie sourde qui, à travers la voix off, s’immisce parfois entre les gags. S’il manque – sans doute parce qu’il tranchait stylistiquement avec les autres films – L’opération de la dernière chance, cette quasi-intégrale indispensable permet aussi de revoir l’autre film estival de Peretjatko (Changement de trottoir) et Paris Monopole, œuvre bancale qui mérite pourtant bel et bien d’être réévaluée à l’aune de ce premier long métrage.

 

Article précédemment publié sur le site de Bref, le magazine du court métrage

 

Les feux d'artifice du Docteur Placenta (autour de La fille du 14 juillet d'Antonin Peretjatko)

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