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16 mai 2007 3 16 /05 /mai /2007 22:28

L'autre jour, en rangeant, je m'attardais sur les tickets de concert que je garde scrupuleusement depuis une petite vingtaine d'années. Ça m'a donné l'idée de dresser une liste des concerts m'ayant laissé la plus forte impression, les meilleurs souvenirs, au fil des ans. Quand on ne sait plus trop quoi raconter, rien de tel qu'une liste, n'est-ce pas ?

Si vous étiez avec moi - ou sans moi - et si vous fréquentez ce blog, n'hésitez pas à me dire si vous gardez un aussi bon souvenir de ces quelques concerts. Et pour accompagner tout ça, je promets de réactualiser d'ici quelques jours la playlist de la radio ci-contre...


 



Jacques Higelin à La Grande Halle de La Villette (10 décembre 1988)

Le premier d'une longue série.

Higelin, à l'époque, c'est surtout le souvenir du triple album Higelin à Mogador écouté au walkman, en voiture, avec ma grande soeur pour les départs en week end ou en vacances. C'est elle, justement, qui m'emmène voir Higelin à la Grande Halle de la Villette en 1988. C'est une révélation même si, rétrospectivement, l'album pour lequel il se produisait (Tombé du ciel) est loin d'être l'un de ses meilleurs. C'est en tous cas le premier concert où, encore aujourd'hui, je sois fier d'être allé (ben oui, parce qu'alors les quelques concerts auxquels j'avais assisté, c'était Les Forbans ou Jean-Jacques Goldman...).

Depuis ce premier concert, Higelin, je l'ai revu une quinzaine de fois, dans des salles, dans des festivals, dans des fêtes politiques... Il y aura le Cirque d'hiver où il joue en 1994 pendant plus de 3 heures, un show-case Fnac complètement barré qui dure à peu près aussi longtemps, un concert foiré à La Cité de la Musique en 1998 où Higelin à la crève, s'empêtre et se relève finalement grâce à la ferveur du public, puis le Bataclan il y a peu où il tint la scène encore une fois plus de trois heures. Mais là, à La Villette, ça reste la seule fois où je l'ai vu avec ma grande soeur...  



Bruce Springsteen au Zénith (21 février 1996)

Lui, depuis quinze ans, je vais le voir chaque fois qu'il passe à Paris. Je n'y peux rien. C'est dans mes gênes, comme dirait l'autre. Découvrir l'album Born in the USA à 11 ans, c'est difficile de s'en remettre ensuite. J'ai grandi avec Springsteen. Tout simplement. La première fois que je le vois, donc, c'est le soir du bac, en juin 1992. Pourtant, ce n'est pas là qu'il fut le plus mémorable. Non, c'est plutôt en 1996, lorsqu'il se produit en solo pour accompagner The Ghost of Tom Joad, son plus bel album depuis Nebraska. Depuis, il a reformé le E Street Band (concert mémorable à Bercy en 1999) puis je l'ai vu en 2003, sous une pluie battante, au Stade de France, entamant le concert avec la reprise de Creedence Clearwater Revival, Who'll Stop the Rain. Beau souvenir, n'est-ce pas, Mister K ?

Il y a deux ans, en 2005, Springsteen est revenu en solo à Bercy pour l'album Devil and Dust. J'y étais encore, toujours avec Mister K. L'album, lourdement produit, n'était pas très bon. Mais quand Springsteen se réapproprie seul, à la guitare et à l'harmonica, les chansons d'un album moyen, celles-ci se hissent sans problème au niveau des splendeurs de Nebraska.



Zebda à La Cigale (2 mai 1996) et à l'Olympia (9 novembre 1998)

Pour Zebda, il y a deux concerts qui m'ont plus particulièrement marqué. C'était avant que le tube Tomber la chemise ne crée un malentendu sur le compte de ce groupe qui manque aujourd'hui cruellement.

Le premier concert, c'est en 1996, à l'époque du Bruit et l'odeur, leur meilleur album, le plus engagé, le plus rock. Ça doit être aussi le premier concert auquel j'assiste avec Mr J. Et je découvre là un groupe doté d'une énergie incroyable, faisant passer des messages clairs et essentiels avec morgue, générosité et intelligence.

Pour l'autre concert, deux ans plus tard, je me souviens surtout du samedi matin où nous nous rendons dans une annexe du magasin Tati, à Barbès, avec Mr J et Mister K, pour acheter des billets à 10 francs. C'était un beau concept marketing, ça, les billets à 10 balles vendus exclusivement à Tati. C'était un beau billet d'ailleurs, reprenant le visuel de l'album. Quelle tristesse de n'en avoir plus de tels aujourd'hui !



FFF à l'Olympia (27 novembre 1996)

Avec Mr J encore. Avec Mister K aussi. Décidément ! Entre ce concert de l'Olympia et celui du Bataclan dans la foulée, les souvenirs se mélangent (auquel des deux était John Steed ?). FFF est alors au meilleur de sa forme avec un troisième album truffé de perles fusion (Barbès, Act Up). Ça commence par Silver Groover, morceau d'ouverture du deuxième album et, au bout de cinq minutes, secoué en tous sens par la foule en furie, je me souviens avoir lâché un truc du genre « Putain ! Et ce n'est que le premier morceau ! ». Finalement, je m'en suis sorti vivant... Vivants, c'est d'ailleurs le titre de l'album live indispensable de ce groupe qui a malheureusement bien mal fini...



Dominique A à La Cigale (14 avril 1999)

En solo, avec sa guitare et son sampler, ou en groupe, Dominique A ne m'a jamais déçu sur scène. En 1999, il a les idées noires et il publie Remué. À la Cigale, avec A., je le découvre habité, accompagné par un groupe nerveux. Le concert est court, sec, sombre, intense. Par la suite, il retrouvera un sourire qui lui sied bien aussi, comme à L'Européen en 2001, pour l'album Auguri, quand il termine son concert par une reprise des Enfants du Pirée de Dalida.

En première partie, en 1999, c'était Calexico. L'an dernier, Dominique A a sorti un album intitulé L'horizon. Mais ce soir-là de 1999, l'horizon, il était incarné par le groupe de Joey Burns et John Convertino, pas par le sombre Dominique Ané...



Jon Spencer Blues Explosion + Yeah Yeah Yeahs au Trabendo (6 avril 2002)

Au début, il s'agit d'aller voir le Blues Explosion et ça, déjà, c'est énorme. Avec A., on use Orange et Acme depuis des mois, et, là, on va enfin voir en vrai et en cuir l'icône du rock d'avant « le retour du rock » (cette blague !).

La salle du Trabendo est formidable. Sa configuration, très particulière, permet aux spectateurs d'être, s'ils le souhaitent, presque derrière la scène, tout du moins sur le côté quand ils vont au bar. On y entoure littéralement les groupes et ça crée souvent une ambiance très chaleureuse (Jesse Hugues des Eagles of Death Metal, hilare, s'en réjouissait ouvertement lors du concert que le groupe donna dans cette salle de la Porte de Pantin en août dernier).

Mais ce qu'on n'avait pas prévu en allant voir Jon Spencer, c'était qu'il allait se faire voler la vedette (dans nos coeurs en tout cas) par la furie Karen O et par ses deux comparses des Yeah Yeah Yeahs. À l'époque, pas d'album, pas de hype sur ce groupe new-yorkais et une claque absolue. Le lendemain, je déniche le mini-album 5 titres au Virgin Megastore des Champs-Elysées. Depuis, ce groupe sous-estimé me fascine. Il me fera même faire l'an dernier un aller-retour Cannes-Paris pour ne pas rater - même pendant le festival où je suis supposé voir des films - leur concert parisien... À la fin du concert de 2002, après avoir acheté deux tee-shirts que je porte encore, Yarol Poupaud, toujours guitariste d'un FFF déjà au creux de la vague, discutait avec Russell Simmins, le batteur du Blues Exposion. Ça m'a plu. Presque autant, deux ans plus tard dans la même salle, que de voir Dominique A s'entretenir au bar avec Rodolphe Burger à l'issue d'un concert de Jeanne Balibar.



Supergrass au Trabendo (20 novembre 2002)

Supergrass, pour moi, c'est le rock. Tout simplement. Le groupe le plus généreux qui soit, des mecs qui ne sont absolument pas dans la pose. Les écouter, les voir sur scène, c'est une sorte d'évidence. Un plaisir total. L'énergie, les mélodies, l'attitude, le charme. Ils ont tout ce que les autres n'ont pas. Et B. qui, malgré mes exhortations répétées, ne les a toujours pas vus sur scène !



Beck au Grand Rex (22 avril 2003)

À l'époque, Beck n'est plus trop en odeur de sainteté dans la presse rock. Et ça ne s'est pas arrangé depuis. Moi, je conserve toute mon affection au californien et j'ai même un faible pour ses deux albums intimistes d'alors (Mutations et Sea Change) où des cordes gainsbouriennes le disputent à un chant et à une mélancolie fortement influencés par Nick Drake. Au Grand Rex, Beck se produit seul, passe de la guitare au piano, revisite son répertoire de façon inspirée. Et c'est magnifique.



The White Stripes à l'Olympia (22 mai 2003)

Encore merci à Meg et à Jack pour Ball and Biscuit ce soir-là. Et une question en quittant la salle. Mais comment, à deux seulement, réussissent-ils à sortir ce son ?! Je me poserai peu ou prou la même question ces derniers mois au sortir de deux concerts de The Black Keys, un autre duo guitare/batterie...



The Stooges au Zénith (8 juillet 2004)

Bon, je ne les ai pas vu au Bol d'or pour leur fameux concert de reformation (qu'est-ce que je serais allé foutre au Bol d'or ?!), mais seulement quelques mois plus tard pour leur première date parisienne. La première de leur histoire, en fait, car les Stooges n'ont jamais joué à Paris. Iggy Pop que j'avais déjà vu en solo est une extraordinaire bête de scène, tout le monde le sait, et les deux premiers albums qu'il a enregistrés avec les frères Asheton, y passent en 1h15 de concert abrasif. Raw Power, le troisième album, est laissé de côté car Ron Asheton ne souhaite pas jouer les parties de guitare de James Williamson, celui qui, à l'époque, l'avait relégué à la basse. Pas grave. Le meilleur moment de ce concert fut l'entrée en scène des musiciens, lumières encore allumées et dans l'indifférence générale (je l'ai déjà raconté ici). Par charité, je ne parlerai pas du nouvel album des Stooges. Et d'ailleurs je n'irai pas, dans quelques jours, les revoir au Palais des sports.



Eagles of Death Metal au Bataclan (30 janvier 2007)

C'est, sur le papier, un projet parallèle de Josh Homme, le leader des Queens of the Stone Age. Mais quand on les a vu deux fois en concert (au Trabendo puis au Bataclan) et que Josh Homme y est remplacé par un autre batteur, on se rend compte que, finalement, son absence nous importe peu. La vraie star, c'est Jesse « The Devil » Hugues. Une rock star « bigger than life », un vrai héros de film. Il en fait des tonnes certes (des bises aux garçons et aux filles des premiers rangs dès l'entrée en scène, des oeillades aux groupies), mais en même temps on le sent sincère, vraiment heureux d'être là, venant, 30 minutes après la fin du concert, remercier, torse nu, les spectateurs encore attardés près du vestiaire. La classe.

 

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25 avril 2007 3 25 /04 /avril /2007 20:34

Drôle de hasard... Deux soirées consécutives passées au Grand Rex...

Le premier soir, lundi, Lalo Schifrin dirigeait 70 musiciens pour revisiter ses compositions légendaires pour des films ou des séries comme Bullitt, Mission : Impossible, Mannix, Dirty Harry, Opération Dragon...

Puis le lendemain - alors que la journée de travail n'a ressemblé qu'à une longue parenthèse - la même scène n'accueille plus que trois musiciens maîtres d'un groove aussi efficace que celui du compositeur argentin la veille : le John Butler Trio était au Grand Rex hier soir et c'est un euphémisme de dire que cela fut particulièrement impressionnant.

 

Friandises :

- Le générique de Bullitt

- La séquence d'ouverture de L'inspecteur Harry

- Funky Tonight, le dernier clip du John Butler Trio

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6 avril 2007 5 06 /04 /avril /2007 11:42
Alors, Mika en concert, c'est comment ?
Parce que c'est bien beau de vendre plein de disques, d'irriter autant que l'on séduit. Mais que vaut donc Mika au-delà d'un album surproduit dans lequel s'invitent des influences aussi glams que celles de Queen, d'Elton John, de Georges Michael ou des Scissor Sisters...
Disons que c'est agréable, sucré et très fugace... Les instruments débranchés, il n'en reste pas grand chose, sinon une petite heure régressive assez plaisante.
Mika, c'est comme une bulle de savon ou comme un chewing-gum à la fraise. Au début, c'est joli, ça a du goût. Puis, ça éclate, ça perd de sa saveur... Mais sur le moment, ouais, soyons honnête, c'est chouette. Un peu comme Le Come-Back, la gentille comédie romantique de Mark Lawrence sortie ces jours-ci, où Hugh Grant joue avec délectation le chanteur « has been » d’un groupe eighties inspiré par Wham...
Avant le concert de mercredi soir, dans un Trabendo plein à craquer, le ton - enfantin et un brin « camp » - est donné avec des jeunes femmes en robes rose bonbon qui distribuent des sucettes à tout le monde. Sympa. Et une odeur écœurante et sucrée d'envahir la salle de concert pour la soirée.
Et Mika ? Eh bien, Mika a de quoi rendre jaloux tous les garçons : il chante bien, il est mignon, extrêmement charismatique et en plus il parle très bien le français. Ce qui, quand on se produit à Paris, suffit généralement à mettre le public dans sa poche. Ajoutons-y, de manière apparemment improvisée, le premier couplet des Champs-Elysées de Joe Dassin, et, en ces temps de questionnements identitaires nationaux (beurk !), vous pensez bien que les fans français se sentirent fort flattés par cette attention. Plus intéressante – mais quand même pas très risquée – fut sa reprise du Everybody's Talkin' de Harry Nilsson (oui, la chanson de Macadam Cowboy !), pourtant pas appréciée à sa juste valeur par un auditoire qui n'avait pas l'air, dans sa majorité, de la connaître.
Quant aux chansons de Mika, elles passent bien (Love Today notamment), mais certaines, sans les cordes et sans les cuivres (ici, c’était une formation très classique de quatre musiciens – guitariste-choriste, bassiste, clavier et batteuse – qui accompagnait un Mika aussi à l’aise au pied de micro qu’au piano), sont un peu moins affriolantes en live que sur disque. Mais ça fonctionne. Indéniablement. Et le public fut très réceptif, complètement acquis au charme et à l'énergie du chanteur. Bémol : le concert dura à peine une heure et les versions restèrent un peu trop fidèles à celles de l'album. Grace Kelly (un morceau décidément énorme dont il chanta le premier couplet en français) et Lollipop au rappel pour finir (avec les musiciens et le chanteur déguisés en peluches géantes), c'était prévisible mais assez jouissif quand même...
Quelques jours à peine après le concert tout aussi pop de I'm From Barcelona, je peux dire tout de même que je préfère le côté foutoir du groupe suédois au professionnalisme de Mika.
Que vous dire d'autre ? Que la pénible Diam's, qui était à un mètre de moi, a donc meilleur goût qu'on pourrait le penser, mais surtout qu'elle bouge aussi mal dans l'obscurité d'une fosse que face aux caméras de télévision...
Sinon, si vous voulez vous rattrapez et pouvoir dire que vous l'avez vu dans une petite salle avant que ce garçon ait autant de succès que Robbie Williams, Mika passe à l'Olympia au mois de juin.

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27 mars 2007 2 27 /03 /mars /2007 00:32

I'm From Barcelona sur scène, c'est assez impressionnant puisque c'est déjà une bonne vingtaine de personnes (qui font accessoirement roadies), des cuivres, des choristes et divers musiciens/chanteurs sous la houlette d'un leader n'hésitant pas à mettre en pratique le stage-diving dès Tree House, le premier morceau du concert. Avec leurs airs gentiment pop, je ne m'attendais pas à un tel spectacle. Aucun temps mort. Des ballons, des confettis, une ambiance de fête et chaque morceau d'un unique album repris par la foule comme un hymne en puissance. Au bout d'une petite heure, surprise, la Cigale se transforme en dancefloor, le collectif suédois balançant, après une très discutable version remixée de leur tube We're From Barcelona, une demie-heure de house faite maison dressant le lien inattendu entre l'hédonisme sixties dont ils s'inspirent ouvertement et celui des années 90. I'm From Barcelona ? Non, c'était plutôt devenu "I'm from Ibiza" et, par moments, ça aurait presque consolé de ne pas avoir eu de places pour Daft Punk à Bercy en juin. Etrange fin de concert en tout cas, où tout le monde, sur scène ou dans la salle, dansait dans une chouette communion festive...

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7 mars 2007 3 07 /03 /mars /2007 22:26

195 minutes... Ce fut la durée du concert de Jacques Higelin mardi soir au Bataclan... Ouais, quand même !

Yann Péchin et Giant Jack...

 

Profitons-en pour signaler la sortie de versions remasterisées des disques essentiels du Higelin des années 70, le 19 mars : BBH 75, Alertez les bébés, Irradié, No Man's Land, Champagne pour tout le monde & Caviar pour les autres. Rien de moins que ses six meilleurs albums (avec, hors-concours, le triple Live à Mogador de 1981)...

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3 mars 2007 6 03 /03 /mars /2007 08:40

Les médias s’en sont fait (trop ?) largement l’écho, Michel Polnareff donnait ce vendredi 2 mars son premier concert en France depuis 34 ans. Un réel événement.

On n’expliquera pas ici pourquoi Polnareff compta tant dans le paysage de la pop française de la fin des années 60 et du début des années 70. Libération (ici) et Télérama () l’ont très bien fait ces derniers jours. On ne répétera pas qu’il importa en France le savoir-faire et les techniques d’enregistrement anglo-saxonnes un peu avant que Gainsbourg s’y intéresse. On ne redira pas à quel point ses qualités de mélodiste et d’arrangeur ringardisèrent d’emblée la génération Yé-Yé un poil plus âgée que lui, sans pour autant que sa manière génère une suite ou un héritage. Il est plus problématique d’envisager la carrière de Polnareff après son départ forcé pour les Etats-Unis puisqu’il alterna alors le pire et le meilleur, brouillant les cartes entre superficiel et essentiel, ne retrouvant jamais vraiment l’inspiration de ses albums du début des années 70 (Polnareff’s et Polnarêve, ses deux chef-d’œuvres, avec le live Polnarévolution)… Quoi d’autre, alors ? Des albums truffés de synthés et à la production chargée dans les années 80 (Bulles et Incognito), des singles effroyables livrés parcimonieusement ces dernières années (Je rêve d’un monde, Ophélie Flagrant Des Lits)... Il y a dix ans, un live enregistré à Los Angeles, promesse non tenue d’un premier retour, avait rassuré, Polnareff y revisitant de façon inspirée ses plus grands succès…

On n’en dira pas autant de la tournée « best of » révélée hier soir à Bercy…

Polnareff est donc revenu sur Terre. En se livrant ainsi enfin à ses fans, il abandonne sciemment ce qui en fit un mythe vivant de la chanson française : le mystère et la rareté. Polnareff existe, je l’ai vu hier. Et il était très mal habillé. Le fantasme de son retour, rengaine régulière de ces quinze dernières années pour moi et quelques autres, est devenu réalité. Et le constat n’est qu'à moitié réjouissant.

Mais commençons par le début. Dans Bercy, en arrivant, on croisait plein de clones du chanteur à lunettes. Celui-ci, comme on l’avait pressenti avec le clip de son dernier single (lire ici), continuait donc de favoriser la dilution de sa personnalité dans un imaginaire collectif où sa paire de lunette, sa paire de fesses et sa crinière blonde suffisaient à le caractériser. Polnareff, c’est un logo, une marque. Aujourd’hui, plus que jamais tant au final c’est le retour/événement que l’on veut nous vendre, pas de nouvelles chansons. On pouvait acheter le programme de la soirée : 25 euros quand même ! Surtout, on pouvait acquérir le super Polnapack constitué, outre ledit programme, d’une perruque et des fameuses lunettes blanches. Vulgarisation et banalisation de l’artiste jusque dans le lieu de son grand retour. En écho involontaire au générique de fin du récent Rocky Balboa – où les anonymes reproduisent sur les marches du Palais des Arts de Philadelphie les gestes de Stallone lors de la fameuse séquence d’entraînement du premier film de la série – les fans étaient là aussi mis à contribution puisque des photos de ces doubles emperruqués étaient projetées avant le début du concert dans les lunettes géantes où se nichaient les indispensables écrans géants…

Puis arriva la star… Mais après tous ces people qui captèrent l’attention du gentil spectateur pour quelques minutes : un premier ministre, une comédienne de petite taille à la popularité inversement proportionnelle, un chanteur jadis populaire et désormais joueur de poker, des présentateurs télé et plein d’autres dont on se foutait éperdument…

L’entrée, au son des trois accords de La poupée qui fait non, fut grandiloquente, ombre projetée, frime, posture ouvertement ironique. Tout allait bien. Premier morceau : Je suis un homme. On avait rêvé mieux (l’instrumental Voyages, l’autoréférentiel Petite, Petite), mais, bon, ce n’était pas si mal. Surtout que la suite, pendant une grosse demie heure, ne vint trahir la moindre faute de goût dans le choix des chansons. Pourtant, d’emblée, un truc clochait. Tout cela était très lisse, très formaté, sans prise de risque aucune, avec un Polnareff que l’on devinait un rien crispé, étonnamment statique, tandis que les musiciens s’appliquaient à donner aux chansons un écrin rock FM aux sonorités discutables. A vrai dire, j’aurais pu (dû) m’évanouir lorsqu’il entama très tôt dans la soirée Sous quelle étoile suis-je né, mais, comme pour toutes les splendeurs qu’il se permit de revisiter (Le bal des Laze, Holidays, La mouche), il fallut bien s’avouer que l’on n’était pas loin du saccage. Non pas que Michel soit devenu punk, non pas que sa voix l’ait trahi, non, c’est simplement que le groupe l’accompagnant était ignoble. Des techniciens sans âme. Un guitar-hero qui bossa avec Steve Vai, des choristes mercenaires venant palier les rares défaillances d’un Polnareff ne montant plus si haut, un bassiste/arrangeur tartinant des tonnes de notes superflues et, pire que tout, deux claviers venant gâcher à force de ringardes nappes et d’intervention absconses les si simples mélodies tant attendues. Par exemple, L’homme qui pleurait des larmes de verre se prêtait à une interprétation dépouillée piano/voix, mais il fallut que le bassiste vienne cabotiner et qu’un clavier vienne coucher quelques notes superfétatoires. A une époque, il y avait, dans les chansons de Polnareff, des déluges de cordes et de cuivres. C’était quand Jean-Claude Vannier travaillait avec lui. Dans cette tournée au budget que l’on imagine pourtant dispendieux, ces instruments ont été remplacés par deux claviers. Imaginez le carnage sur La mouche : un son eighties pourri et l’intro réservée aux cordes jouée à la guitare électrique…

Au final, quels furent les morceaux qui passèrent le mieux ? Logiquement, ceux de Bulles (Tam Tam) ou ceux d’Incognito (Dans la rue), tout simplement parce que, au niveau des arrangements, Polnareff, qui semble musicalement en être resté aux années 80, était raccord. La plupart des morceaux « classiques » subirent ce traitement eighties/rock FM (ah ! le final heavy metal du Bal des Laze, quelle audace !...) et cela réussit à ternir un peu le plaisir de découvrir en live des chansons longtemps chéries. Pour se faire une idée des choix artistiques incriminés, il faudrait imaginer le groupe Toto ou, comme me le soufflait un ami, les musiciens de Lionel Richie jouant les chansons de Polnareff… Dommage car le choix des morceaux n’était pas mal du tout, avec quelques vraies surprises parmi les moins connus (L’homme qui pleurait des larmes de verre, Je cherche un job, Hey You Woman).

Un morceau aussi éculé que On ira tous au Paradis (fin logique du concert) fut tout de même rendu jubilatoire par l’option karaoké géant auquel se prêtèrent avec ferveur les 17000 spectateurs. Ah ! oui, on a eu droit aussi à une chanson inédite. Un texte multipliant les allusions sexuelles (sacré Polna !) et une mélodie jazzy aussi indigente que celle de la sinistre Ophélie Flagrant Des Lits… A quoi bon, dans les interviews, citer Weather Report, Mahavishnu Orchestra, balancer qu’il ne jouera pas Dans la maison vide parce que c’est trop « variété », si c’est pour pondre de telles nullités ?

Quand Christophe, son contemporain et double en dinguerie, a su, ces dernières années, se renouveler de la plus belle manière qui soit, quand d’autres sexagénaires (Alain Bashung, Robert Plant, Iggy Pop) livrent des albums et des prestations live étonnantes, Polnareff a démontré en un peu plus de deux heures qu’il n’était plus que l’ombre de l’artiste qu’il fut. Faute de dignement créer, le voici cantonné à l’exercice du revival. Comme s’il n’avait plus rien d’autre à faire désormais qu’à jouer un rôle. Le sien.

Enfin, du moment que TF1 et RTL, ses sponsors, sont contents…

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28 janvier 2007 7 28 /01 /janvier /2007 19:14
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8 décembre 2006 5 08 /12 /décembre /2006 22:52

Fin d’année. Un peu partout, l’époque des bilans, des classements.

On commente, on s'indigne, on cherche des ressemblances, des affinités...

Cela ne sert strictement à rien... Mais, moi, ça m’a toujours amusé.

Alors voilà, soyons futiles et dérisoires…


 

 

2006, 10 films parmi d’autres…

Un couple parfait de Nobuhiro Suwa

Les Berkman se séparent de Noah Baumbach

Les fils de l’homme de Alfonso Cuaron           

Truman Capote de Bennett Miller

Monster House de Gil Kenan

Bled Number One de Rabah Ameur Zaïmeche

Silent Hill de Christophe Gans

Casino Royale de Martin Campbell

Dans Paris de Christophe Honoré

The Passenger de François Rotger

2006, 2 séquences parmi d’autres…

Un plan-séquence d'embuscade en forêt (Les fils de l’homme)

Romain Duris, en slip sur son lit, écoutant Cambodia de Kim Wilde (Dans Paris).

 

 

2006, 10 disques parmi d’autres

Jeanne Balibar – Slalom dame

TV on the Radio – Return to Cookie Mountain

Sparklehorse – Dreamt for Light Years in the Belly of a Mountain
The Arctic Monkeys - Whatever People Say I Am, That's What I'm Not

Yeah Yeah Yeahs – Gold Lion

Dominique A – L’horizon

Eagles of Death Metal – Death By Sexy

Jarvis Cocker – Jarvis

Cat Power – The Greatest

The Black Keys – Magic Potion


2006, 5 concerts parmi d’autres

The Black Keys au Trabendo

Iggy Pop and the Stooges au Zénith

Yeah Yeah Yeahs à l’Elysée Montmartre

Sparklehorse à la Cigale

Eagles of Death Metal au Trabendo

2006, une chanson parmi d’autres

Gibraltar de Abd Al Malik

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5 décembre 2006 2 05 /12 /décembre /2006 11:47
Difficile de résumer la prestation de Seb Martel à La Cigale, hier soir.
Une fois n’est pas coutume, un clip récent, réalisé par Arno Salters, fera l’affaire, ce bric-à-brac visuel résumant assez bien l’ambiance du concert.

J’avais pris une place par curiosité, sur la foi d’un disque plaisant et ami, Coitry. Ce fut finalement l’un des meilleurs concerts vus cette année, le plus original en tout cas.
Plaisir, surtout, d’une configuration de salle inédite où une scène, circulaire, se trouvait au milieu de La Cigale, et moi assis au bord de celle-ci, à trois mètres des musiciens.
Chaleureux et décontracté, le spectacle mêla danse, projections vidéos, théâtre. Entre la troupe Illico et les musiciens, des allées-venues, un mélange harmonieux et un refus d’assigner chacun à un rôle précis : l’un des danseurs viendra jouer les choristes sur quelques chansons, Seb Martel lui-même se lancera dans une chorégraphie hilarante le temps d’un morceau…
 
Incursion inattendue du cinéma, le maître des lieux précisa aussi, tandis que Fred Poulet le rejoignait sur scène, que celui-ci venait d’être primé à Belfort pour son déjà fameux Substitute réalisé avec Vikash Dhorasoo pendant la Coupe du monde de football… (lire ici ce qu’il en est de cette collaboration). À quand la sortie en salles ?


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4 décembre 2006 1 04 /12 /décembre /2006 18:15

Je crois bien que je n'avais jamais vu de bande-annonce de concert... Voici donc un effet des fameux sites d'artistes...
Celui de Seb Martel, d'ailleurs, est plutôt agréable, regroupant de chouettes vidéos (dont un duo live avec Camille), une radio... http://www.sebmartel.com/SEB_MARTEL/html/new.htm
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    Quelques souvenirs épars du concert de The Cure à l'Accor Hotel Arena mardi 15 novembre... La basse de Simon Gallup (dont le nom aux sonorités élastiques le définit si bien) qui, sur un Primary nerveux, fait vraiment trembler l’Accor Hotel Arena... Friday...
  • Sur une réouverture...
    Ainsi, on l’a appris ce matin, Sting jouera le 12 novembre, veille de la date-anniversaire que l’on sait, au Bataclan. Sting, c’est bien, c’est un symbole fort, un artiste « populaire », une star, l’ancien leader de... Police (ce qui, ironiquement, devrait...
  • Tim Burton, celui qui se souvient de ses vies antérieures
    À propos de Miss Peregrine et les enfants particuliers, de Tim Burton À défaut d’être un grand film (il n’en a pas signé depuis vingt ans, n’en signera sans doute plus), le nouveau Tim Burton est, une fois n’est pas coutume, un objet passionnant, paradoxal,...
  • City Lights de Michel Gondry, Eloge de la candeur
    A propos de City Lights, un clip de Michel Gondry pour The White Stripes Quand on regarde le nouveau clip de Michel Gondry réalisé pour les White Stripes (ou plutôt, pour être juste, pour l’album rétrospectif et acoustique de Jack White, sorti la semaine...
  • Bruce Springsteen & the E Street Band, Accor Hotel Arena, 11/07/2016
    C’est à croire qu’il se passera presque toujours quelque chose d’exceptionnel à un concert de Bruce Springsteen avec le E Street Band, un truc singulier qui fera qu’on s’en souviendra très précisément à chaque fois. En 2003, au Stade de France, c’était...
  • Y retourner...
    Je sais, on ne se parlait plus trop ces derniers temps. Mais hier soir, il faut que je vous dise, je suis retourné à un concert. Un concert sans interruption, sans balles qui claquent et sans odeur de poudre. Et si mes oreilles ont sifflé encore un peu...
  • Les clips en plan-séquence
    A la demande d'Upopi, portail pédagogique de Ciclic (livre, image et culture numérique en région Centre), j'ai écrit et monté un sujet autour du plan-séquence dans le clip. Où les lecteurs habitués de 7and7is retrouveront certaines idées développées par...