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24 octobre 2008 5 24 /10 /octobre /2008 11:50
Mercredi soir, à la Cité de la Musique, on relisait, live, un bien beau chapitre de l’histoire de la pop. Histoire de Melody Nelson y était en effet rejouée en intégralité sous la direction de Jean-Claude Vannier. On doit à cet arrangeur et compositeur précieux, discret chanteur aussi, une bonne part de la saveur du chef d’œuvre de Gainsbourg, une partie de ses musiques et surtout la totalité de ses arrangements déments. C’est fringué comme un Pete Doherty relooké par Hedi Slimane qu’est entré sur scène le sexagénaire. Converse aux pieds, fine cravate noire desserrée sur chemise blanche débraillée, il était entendu que Vannier ne se laisserait pas intimider par la solennité de l’hommage rendu – à travers une exposition et des concerts exceptionnels – à son ami Serge.
C’est donc accompagné par l’Orchestre Lamoureux, le Jeune Chœur de Paris et quelques musiciens pop de haute volée (dont, énorme émotion !, Herbie Flowers, 70 ans, le bassiste au style si identifiable de l’album Histoire de Melody Nelson, celui aussi qui joua sur Walk on the Wild Side de Lou Reed) que Vannier entama cette longue soirée. D’abord par quelques chansons de son cru (son versant crooner, artisan d’une noble variété française, sa voix chaude évoquant parfois le timbre d’un David McNeil) et surtout par quelques musiques de films (Cannabis, Slogan, Les chemins de Katmandou : premières collaborations avec Gainsbourg). Ces dernières nous rappelèrent que Vannier commença par travailler avec Michel Magne, faisant de lui, dans certains passage au groove irrésistible, un digne correspondant français de Lalo Schiffrin ou de Janko Nilovic.
Vint ensuite, joué en intégralité, L’enfant assassin des mouches, album instrumental pour la première fois édité en 2003 mais enregistré en 1972 agrémenté d’un livret-conte de Gainsbourg. Parfois ardu, souvent totalement barré, l’album n’est pas de ceux que l’on écoute chaque jour. Sa restitution en live mit en lumière le fourmillement orchestral qu’il recèle, entre envolées psychédéliques, pièces symphonique, embardées de musique concrète et expérimentations à la Zappa. Une œuvre folle, libre, emballante, même si parfois – avouons-le tandis qu’on la redécouvrait avant-hier – lourdement démodée.

Rien de tel bien sûr avec Histoire de Melody Nelson, le monument que tout le monde attendait. Avec son casting luxueux – réunissant Mathieu Amalric, Alain Chamfort, Daniel Darc, Brigitte Fontaine, Clotilde Hesme, Brian Molko, Seaming To et Martina Topley-Bird (on cherche encore la faute de goût) – on se demandait bien comment allaient être distribués les sept morceaux de l’album. D’autant plus que ceux-ci ne mettent en scène, en tout et pour tout, que deux personnages, deux interprètes (Jane et Serge). Il y eut de la place pour tout le monde pourtant, même si de l’excellente Martina Topley-Bird on a pu regretter qu’elle ne fasse que de la figuration (avec Brian Molko évidemment attendu sur Ballade de Melody Nelson).
Dans le registre forcément borderline – raccords finalement avec l’une des images que l’on peut avoir de Gainsbourg – Brigitte Fontaine (Valse de Melody) et Daniel Darc (Ah Melody) assurèrent sans vraiment convaincre. Trop d’emphase pour l’une. Trop d’approximations pour l’autre. Appliqués pourtant mais trop eux-mêmes finalement.
Pas entièrement convaincant non plus, mais précipité quand même dans une sorte de mission impossible, Mathieu Amalric à qui échut la lourde tâche d’ouvrir le spectacle avec son titre inaugural (Melody) petit précis de talk-over gainsbourien et exercice forcément casse-gueule même pour un comédien de sa trempe. Que Cargo culte, sommet de l’album, soit interprété par une femme (la comédienne Clotilde Hesme, étonnamment à l’aise et très en place) permit justement d’éviter ce piège de la comparaison qui ne pouvait que desservir Amalric. Avec L’hôtel particulier endossé par Alain Chamfort avec sa classe et son professionnalisme habituels, ce fut bel et bien le morceau le plus habilement revisité de la soirée.

Malgré le caractère forcément artificiel d’une telle entreprise, entendre en direct les lignes de basse de Herbie Flowers, les cordes et les chœurs de Cargo culte, écouter dans les meilleures conditions sonores cette œuvre extraordinaire (paradoxalement jamais jouée en public par Gainsbourg : l’album ne marcha pas et à l’époque il ne remonterait sur scène qu'au début des années 80) aura pourtant suffi à notre bonheur…


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13 septembre 2008 6 13 /09 /septembre /2008 14:09
 

Da Brasilians & Narrow Terence


C’est drôle. Tout le monde, depuis deux semaines, me demande, petit sourire aux lèvres, comment était le concert d’Amy Winehouse à Rock en Seine. Dans l’esprit de beaucoup (qui n’y étaient pas), l’édition 2008 se sera donc résumée à la prévisible défection de la chanteuse britannique.

À parcourir les messages incendiaires se déployant sur le blog du festival, on s’amuse plutôt de ces fans réclamant à grands cris le remboursement de leur billet. Bien entendu, on compatit… Ces gens-là ne sont arrivés que le vendredi à 22 heures, ils n’ont assisté à aucun autre concert du festival, sont restés au camping, se sont bouché les oreilles, ont fermé les yeux. D’ailleurs ils n’aiment qu’Amy Winehouse… Bien entendu...

Tricky ou le Blues Explosion auraient annulé qu’il ne me serait jamais venu à l’esprit de demander à ce qu’on me rembourse mon billet. C’est le risque dans un festival, non ? L’an dernier, d’ailleurs, le premier lapin posé par la chanteuse soul avait provoqué la venue en renfort des sautillants Fratellis. Pour ma part, j’avais largement gagné au change.

Et puis il faut être un brin naïf pour s’étonner de cette annulation dont tout le monde parlait bien en amont comme d’une éventualité plus que plausible. Surtout, se rendre dans un festival pour voir un artiste en particulier expose toujours à la déception tant les concerts y sont courts et formatés. Même REM, tête d’affiche du premier soir n’a joué qu’une heure et vingt minutes (d’ailleurs, malgré le charisme et la classe de Michael Stipe, c’était amplement suffisant). Et le Blues Explosion, programmé en fin d’après-midi le lendemain, n’a évidemment incendié la scène qu’une petite heure. On peut se désoler de cette règle imposée, mais, dans ce cas, on continue d’aller voir les artistes et les groupes dans les salles de concert. Où on se contente d’un dvd. Lui, au moins, ne nous plantera pas…

Concernant Amy Winehouse, le soufre (celui de sa vie privée – absolument absent de sa musique) fait partie du personnage ; certains (et c’est une bien mauvaise raison) l’aiment sans doute aussi pour cela. Du soufre, donc, mais pas trop quand même, hein ! Qu’il reste circonscrit aux pages de Closer ou de Voici. Surtout ne pas en pâtir directement. Le fan est avant tout un consommateur. D’ailleurs, le disque d’Amy passe très bien pendant qu’on dîne tranquillement entre amis. Du joli papier peint sonore, bien coupé, bien ouvragé. Alors rock’n’roll, l’icône, mais pas trop. L’important, c’est qu’Amy nous file le frisson trash mais qu’elle honore quand même ses contrats…

 


Tout ça pour dire que si elle était venue, j’aurais regardé le concert de loin, le cul dans l’herbe et par écrans interposés. Tout simplement, par défaut, parce que je n’avais pas plus que cela envie de revoir le simulacre live de Justice programmé au même moment…

Le plus réjouissant, finalement, c’est que son absence a permis aux Raconteurs de venir jouer un généreux rappel de trois titres. Et comme c’était vraiment l’un des meilleurs concerts du festival, je remercie chaleureusement Amy de ce beau cadeau. Si le premier disque des Raconteurs (ne valant ni ceux des White Stripes ni ceux de Brendan Benson) m’avait déçu, Consoler of the Lonely, paru récemment, m’a totalement fait réviser mon jugement. Sur ce disque synthétisant en quelques morceaux la décennie seventies la plus enthousiasmante de l’histoire du rock’n’roll l’alchimie entre les deux chanteurs a enfin trouvé sa juste mesure. Et cela s’est traduit sur scène par un set ébouriffant bien moins parasité par l’esbroufe guitaristique de Jack White que lors de leur première prestation à Saint-Cloud en 2006.

La veille, à la même heure, Tricky, arrimé à son micro comme à un mât pendant la tempête, livra une prestation aussi fascinante que paradoxale. Paradoxale car, comme sur ses disques, Tricky chante peu, laissant souvent la place à une chanteuse qui n’est pas la même d’un disque à l’autre. À lui, les murmures rauques, les backing vocals inquiétants, les embardées furibardes. Et cette présence intense, cette posture animale qui bouffe toute la scène, qui fait de lui – agité de spasmes, littéralement habité – le réceptacle d’une musique sexuelle et tripante s’insinuant en nous par tous les pores de notre peau. Pas le plus aimable, certes, mais le plus puissant de tous les concerts vus à Rock en Seine.

Dans un registre plus doux, on se sera laissé bercer par Da Brasilians, orfèvres d’une sunshine pop toute en voix et harmonies évoquant tant The Thrills que Tahiti 80. Et tandis que l’on se surprenait à trouver The Dø assez emballants sur scène (beaucoup plus électriques que sur disque en tout cas, avec ici un batteur impulsant un groove impeccable), on restait encore plus scotchés devant Narrow Terence et leur rock fait de bric et de broc. Je n’avais jamais entendu parler de ce groupe français architecte d’ambiances entêtantes, dont les membres ne cessent de s’échanger leurs instruments. J’ai très envie désormais d’en écouter les disques.

Rock en Seine en 2008, ce fut aussi les tubes très efficaces de Kaiser Chiefs, une amoureuse bondissante, le démentiel et jouissif medley rock de The Roots entamé par Sweet Child of Mine, l’ennui face à These New Puritans ou Dirty Pretty Things, une petite fille aux couleurs d’Amy qui a dû être très déçue, le risible décorum d’Apocalyptica (des reprises de Metallica au violoncelle, de l’easy-listening pour métalleux), des tee-shirts Justice en-veux-tu-en-voilà et toujours pas d’acouphènes.


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2 septembre 2008 2 02 /09 /septembre /2008 23:21

Quelques-uns, assurément, ne se trouvaient pas là par hasard. Je les reconnus très vite. Eux, déjà, ne portaient pas de tee-shirts barrés de la croix de Justice. Eux étaient plutôt du genre à connaître les moindres incantations d’obscurs morceaux "noise" enregistrés il y a quinze ans, à se poster au devant de la scène bien avant l’entame du concert. Surtout, ils avaient fait du rocker le plus sexy de l’univers leur seul et unique prophète. Et ils espéraient bien convertir quiconque les accompagnerait (même s’ils étaient le plus souvent venus seuls).

Ainsi, quand le gros de la foule venait surtout prendre la température d’une diva trash qui ne se présenterait finalement pas à la meute voyeuse en mal de dope’n’roll attitude, une poignée de vieux trentenaires s’étaient surtout déplacés à Saint-Cloud pour prendre des nouvelles d’un trio explosif que l’on croyait désormais aphone.

Jon, Judah, Russell. Trois ans qu’ils n’avaient pas joué ensemble. Et depuis ce temps, pour chacun, des projets parallèles que l’on croyait synonymes de brouille, un ultime album multipliant producteurs et invités comme pour avouer une panne d’inspiration, la récente sortie d’un disque bricolé à partir de faces B et d’inédits pour souffler la mèche d’une fureur électrique ayant brûlé plus de quinze ans. Et puis, surtout, on avait revu Jon Spencer l’été dernier à la Fondation Cartier avec Heavy Trash, trouvant dans ce "side-project" rockabilly un regain de vigueur manifeste. Alors, on s’était fait une raison, il fallait s’y résoudre. Le Blues Explosion, c’était les années 90, et celles-ci appartenaient bel et bien au passé…

Et puis, dans le courant du printemps, quand on n’attendait plus rien des géniteurs d’Acme, on apprenait qu’ils étaient programmés à Rock en Seine pour un concert unique. Au beau milieu de l’après-midi, en plein soleil : un bien étrange horaire pour un groupe plutôt habitué à jouer dans des salles jadis enfumées, bien à l’ombre de la hype. En fait, pour ces trois rockers américains et pour quelques dizaines de fans transis d’admiration, il était là le vrai événement du festival. Pas sur la grande scène à 22h, mais bien sur cette scène de la cascade illuminée par un soleil radieux.

Pour Jon Spencer et son gang, il s’agissait de rejouer ensemble pour essayer, pour voir. Rien à vendre, pas d’enjeu. Juste retrouver l’envie – peut-être – et renvoyer les usurpateurs à leurs études de solfège.

Chemise en soie bleue marine bientôt trempée, futal en cuir moulant, sex-appeal au beau fixe et feulements aux lèvres, Jon Spencer, pas loin de 50 ans, nous fit encore fantasmer le duo qu’il enregistrera peut-être un jour avec P.J. Harvey... Polly Jean et Jon, le couple rock’n’roll idéal, même si nous fûmes, avec les étincelles provoquées par Jon Spencer et Christina Martinez dans le groupe Boss Hog, copieusement servis par le passé en décharges érotico-soniques.

Alternant morceaux déstructurés, déflagrations de six-cordes, riffs entêtants et chansons rock aux constructions plus conventionnelles (histoire de souffler un peu), le set du Blues Explosion laissa exsangues les quelques inconditionnels présents à l’appel et gonfla probablement plus que de raison les amateurs de soul papier peint égarés là avant l’Amy qu’ils attendaient tant.

"That’s the sweat of the Blues Explosion !". La sueur versée vendredi dernier préfigurait-elle un retour au premier plan ? Peu probable. Car le groupe, s’il fut une figure de proue de l’indie rock des années 90, paraît, avouons-le, un rien anachronique dans le cadre d’un festival aussi "mainstream" que Rock en Seine. Trop arty, trop complexe, trop bruyant, trop intello. Si Jon Spencer et Russell Simins ne ménageaient pas leurs efforts, Judah Bauer, sobre et efficace, le bouc blanchi par les années, ne semblait pas totalement dupe, pas encore complètement là, peut-être même un peu las. Bref, si tant est qu’une suite soit donnée à ce concert, on n’est pas près de voir le Blues Explosion remplacer Kaiser Chiefs sur la grande scène de Rock en Seine. Et, franchement, on ne s’en plaindra pas.


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28 juin 2008 6 28 /06 /juin /2008 13:06

On avait attendu en vain devant Bercy dans le froid de décembre, suivant des yeux, atterrés, le manège des revendeurs. Nous étions repartis bredouilles, transis de froid, frustrés de ne pas le voir jouer à Paris ce soir-là… On avait pourtant déjà nos places pour le Parc des Princes, qu’il investirait sept mois plus tard. Mais rater un tel rendez-vous, non, il fallait bien que l’on force notre chance… Même si nous avions bien passé l’âge de ces conneries-là…
Hier, ce fut incroyable. Nous étions là, tous les deux. Encore une fois. Comme pour le concert solo acoustique de 2005. Comme pour le show des Seeger Sessions en 2006. Comme, surtout, au Stade de France en 2003.
Il y a cinq ans, il pleuvait. Le E Street Band entrait en scène et Bruce Springsteen entonnait avec ferveur le Who’ll Stop the Rain de Creedence Clearwater Revival. La pluie s’arrêterait bientôt. C’était le Boss, c’était clair. Deux bonnes heures plus tard, aussi, ce souvenir : péter les plombs sur Dancing in the Dark, chanson mineure mais plaisir suprême, tandis que la pluie finalement indomptée redoublait d’intensité. On était trempés, on s’en foutait. Un beau soir de mai.
Hier, ce beau soir de juin, le soleil dardait encore ses rayons sur les tribunes quand ils pénétrèrent sur scène, hilares. Après deux bonnes heures d’attente, assis dans la fosse, il était temps. Tu avais mal au crâne. J’avais trop peu dormi. Mais voilà que ça commençait. Il y avait un truc dans l’air, ces sourires sur leurs visages, la soirée serait exceptionnelle. Malgré l’absence de Danny Federici. Durant trente minutes, toi et moi, on va à peine oser se regarder, car la bulle de rêve qui nous englobe risque forcément d’éclater à un moment. Pourtant, c’est bien réel. Le E Street Band fait machine arrière. C’est la septième fois que je voie Springsteen à Paris, la troisième fois avec son groupe historique. Et c’est inespéré.
Adam Raised a Cain, No Surrender, The Promised Land, Spirit in the Night. On a à peine entendu Radio Nowhere, recent tube lourdaud placé en deuxième position (pour rassurer de récents convertis ?) tant l’entame de la setlist surprend et nous enchante. Les très sobres et racés tee-shirts Born to Run 1975 vendus à l’entrée auraient dû nous mettre la puce à l’oreille. Le E Street Band nous a réservé les surprises que l’on n’espérait même plus. Et puis, forcément, quand Max Weinberg fait claquer la rythmique d’Atlantic City, un frisson, un regard, un sourire. Parce qu’on sait, c’est sûr, qu’on ira. Bientôt. On a mentalement déjà préparé les cassettes pour la route.
Bientôt, je n’en peux plus, faut que ça sorte, j’envoie un sms à un autre ami qui, lui, se trouve dans les gradins. « Le Boss est éternel », me répond le E Street Buddy. C’est clair. Je me souviens que neuf ans plus tôt, avec lui déjà, sortant de Bercy où le E Street Band tout juste reformé venait de donner un concert tant attendu, je lui confiais avoir été un peu déçu parce qu’ils avaient joué trop de tubes, cédé à la facilité. Toi, à l’époque, tu n’étais pas en France, tu ne l’avais pas encore vu sur scène, le mythe. Tu m’enviais. Or, ce soir, c’est revival. Comme s’ils jouaient juste pour nous, les fans. Non, ce n’est pas une tournée Greatest Hits. Vraiment pas. Encore moins une tournée visant à promouvoir le dernier album (dont ne seront joués que cinq titres). On ne les a pas vus dans les années 70 ni dans les années 80, on était trop jeunes. Moi, je l’ai vu, Bruce, pour la première fois en 1992, le soir des oraux du bac, alors qu’il se remettait difficilement – artistiquement en tout cas – de sa rupture d’avec le E Street Band. Et le meilleur souvenir jusqu’alors, c’était au Palais des Congrès, quelques années plus tard, en 1996, quand il s’était présenté en solo pour revisiter The Ghost of Tom Joad et Nebaraska. Maintenant, il va peut-être falloir revoir cette hiérarchie…
Hier soir, donc, c’était juste incroyable. On aurait voulu pleurer mais nous étions trop heureux pour ça. Encore qu’à l’entame de The River, tu m’as presque fait peur. Il doit y avoir un truc entre toi et cette chanson, ce n’est pas possible autrement. Tout cela était si inattendu que les ternes Rendez-vous et autres Girls in Their Summer Clothes ne pouvaient même pas atténuer le plaisir d’entendre tant de morceaux des albums Darkness in the Edge of Town (Candy’s Room, Badlands) ou Born to Run (Tenth Avenue Freeze Out, She’s the One, Born to Run bien sûr, avec Elliott Murphy et son ado de fils invités à la guitare). Sans parler de Bobby Jean, de Because the Night, de Out in the Streets, de Darlington County ou de l’antique For You jouée sobrement au piano. Une setlist exceptionnelle, vraiment ! Comme si chaque chanson était un cadeau offert au public. Comme si, tout simplement, cela avait été leur tout dernier show.
C’est bien simple, tout était possible. Une chanson s’achevait et tout pouvait arriver. Je me souviens même avoir formulé l’impensable : qu’ils jouent E Street Shuffle, perle soul du tout premier album. Bon, c’était beaucoup demander, je te l’accorde…
Maintenant, nous avons les mêmes tee-shirts. Un noir et un gris.
Un Born to Run et un Thunder Road. C’est malin ! Heureusement que dans quelques mois plusieurs milliers de kilomètres et un océan nous sépareront. Cela évitera les situations embarrassantes.
Oui, durant 2h45, nous avons été sur un nuage. D’ailleurs, je n’ai toujours pas retrouvé l’échelle.
Bien à toi.


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5 juin 2008 4 05 /06 /juin /2008 23:04


Face A (Angry Side)

Ça commence avec ce mec devant moi qui raconte qu’il est tombé sur Ghosts of Mars à la télé, sur une chaîne de la TNT. Il a trouvé ça pourri. Le rouquin au tee-shirt Che et la petite gothique qui l’accompagnent surenchérissent. "J’hallucinais en lisant le programme télé, ils écrivaient que c’était vachement bien. N’importe quoi !", dit-elle. "De toutes façons, les effets spéciaux, ils sont toujours nases chez Carpenter", ajoute l'apprenti guerillero aux longs cheveux gras plaqués qui, lui, connaît au moins l’illustre cinéaste. C’est déjà ça. Sauf que cette assertion saugrenue qui vient de franchir ses lèvres prouve qu’il n’a jamais vu The Thing ou Prince des ténèbres. Je pourrais lui rappeler tout ça. Mais j’ai juste envie de m’éloigner d’eux, de ne pas subir ces propos ineptes de spectateurs pour qui tout se vaut, qui ne trouvent rien d’autre à reprocher au film que ses effets spéciaux ratés et ses personnages archétypaux (La belle affaire ! Il faudrait leur expliquer ce qu’est la série B).
Mais on piétine. Non, je ne peux pas m’éloigner. À côté, des ados s’inquiètent de savoir qui a acheté les alcools forts pour l’after. Et se mettent à engueuler celui qui va les accueillir chez lui après le concert car il n’a acheté que des bières. "Nan, mais j’avais pas compris… C’est bon, y’a un rebeu en bas de chez moi". Un épicier, veut-il dire sans doute…
On est serrés. Il est 18 heures passées. On va rentrer dans le Palais Omnisports de Paris Bercy. On n’a pas eu de place en fosse. Les places assises sont non-numérotées. Et personne n’a envie d’être expédié dans les lointains gradins qui font face à la scène…
C’est marrant, ici ce n’est pas le même genre de spectateurs que ceux que l'on croise d’habitude aux concerts parisiens. Leurs tee-shirts disent un peu qui ils sont, ce qu’ils écoutent… Guns & Roses, Queens Of The Stone Age… Entre autres… Pas mal de métalleux… Le revival rock et sa panoplie fashion ne sont pas passés par leur garde-robe. Tout simplement parce que pour eux, sans doute, le rock n’est pas une mode, n’est jamais mort, n’a jamais eu à renaître de ses hypothétiques cendres. Dreadlocks, pantalons treillis, bermudas, grosses baskets, crânes rasés,
piercings et tatouages ethniques sur corps musculeux. Pas le faux-pli d’un jean slim à l’horizon.
Je suis l’un des plus vieux. La plupart ici ont 25/30 ans. Les plus jeunes, qui sont là eux aussi, n’étaient pas nés quand résonnèrent pour la première fois sur les radios – avant les interdictions post 11/09 – les bombes fusion du quatuor Angeleno. À l’instar de Nirvana (excusé), pas besoin de nouveaux albums, nulle actualité – sinon celle de cette reformation tant espérée – pour que le groupe renouvelle son public. Ou alors c’est qu’il faut remercier les grands frères et les grandes sœurs, je ne sais pas. Ce qui est sûr, c’est que pour un groupe prônant la révolution et entrant en scène quelques heures plus tard au son de L’Internationale il y a beaucoup trop de tee-shirts impersonnels siglés Rage Against the Machine. On se croirait à un concert de Muse tant la proportion de moutons est impressionnante. Oui, vraiment, on devrait, de manière générale, interdire le port des vêtements à l’effigie des groupes à l'affiche, barrer par exemple l’entrée d’un concert de RATM à quiconque porte un de leurs tee-shirts... Tu y étais en 1992 ? T’as fait la tournée Evil Empire ? On s’en fout. Si t'es là, on s'en doute que tu les aimes bien. On n’est pas là pour mesurer qui est le plus gros fan, qui a "headbangué" le premier et qui c’est qu’a la plus grosse. Et puis surtout évite un peu de porter le tee-shirt de la tournée 2008, que tu viens d'acheter à l'instant, parce que, là, tu passes juste pour un opportuniste...
Oui, je suis de mauvaise humeur. Mes amis sont loin derrière, arrivés tard. Pas sûr qu’on se retrouve une fois à l’intérieur.
Une grosse heure plus tard, violence. Violence des sifflets à l’encontre de Saul Williams, préposé à la première partie, sacrifié, envoyé au feu en victime expiatoire. Moi aussi je me suis ennuyé, ces rythmiques indus’ étaient parfois pénibles et aucune mélodie ne parvenaient à s’y accrocher. Mais tout de même Saul Williams, ce n’est pas rien, ce n’est pas le premier venu. Sans doute agace-t-il avec sa sa coiffe indienne (évoquant George Clinton ?), sa morgue et son funk bruitiste et robotique desservi par une sonorisation plus que limite. C’est fou comme l’obscurité et la foule semblent tout autoriser. Derrière moi, le gentil garçon venu avec maman se lâche à grand renfort de "Rentre chez toi !" et de "Ta gueule !". Pauvre type. Si au moins tu avais trouvé des tournures un peu plus piquantes. Si jeune et déjà si intolérant.
Je suis d’humeur à passer en mode vieux con. À un moment, je me retourne, le fixe droit dans les yeux. Ça marche : je ne l’entendrai plus. Le problème, c’est qu’ils sont quelques milliers supplémentaires à huer l’ex-slammeur qui ne sait plus trop aujourd'hui s’il est Prince, TV on the Radio ou Nine Inch Nails. Ils sont chauffés à bloc, ils sont là depuis trop longtemps, pressés dans la fosse les uns contre les autres, attendant d’en découdre et ne se rendant pas compte que ce sont bien leurs idoles qui l'ont invité (ils lui dédieront d'ailleurs Sleep Now in the Fire une fois sur scène). Évidemment, avec ma voisine d’un soir, on applaudit encore plus fort entre les morceaux, atterrés par la haine qui sourd d’une bonne partie du public. À ce moment-là, je me demande vraiment si j’aime RATM pour les mêmes raisons que ces gens-là...

 

Face B (Happy Side)

Voir RATM donc... C’est le lot de beaucoup d’entre nous – comme pour les Stooges ou les Pixies – que de découvrir certains groupes tant chéris au gré de reformations plus ou moins motivées par la sincérité. Pourtant, RATM sur scène, c’est "énorme", comme on dit aujourd’hui. Voir tout Bercy se lever comme un seul homme dès que les lumières s’éteignent ; nous voir, toutes et tous, lever le poing, comme à la Fête de l’Huma – au son de L’Internationale donc – c’est plutôt pas mal pour commencer. Ça ferait presque chaud au cœur (si l’on n’avait pas encore en tête les stridentes réminiscences de ces sifflets voulant congédier Saul Williams). En même temps, L’Internationale, c’est un peu facile, non ? Tellement évident. Ce chant résonne comme un signe, comme un logo, tel cette étoile rouge en fond de scène, tel ce fameux portrait de Che Guevara sur l’ampli de Tom Morello. Passons… Oui, arrête de pinailler, Ska : hier soir – toi le premier – nous avions tous envie d’y croire…
Ok. Dont acte. Même que la photo, je vais la photoshopé en rouge, histoire de bien être dans le ton.

Je ne sais pas ce qui a poussé RATM à se reformer, mais force est de constater que l’énergie est intacte, quasi-décuplée. Tout Bercy "jumpe" à l’unisson, de la fosse aux balcons, de la scène aux gradins. Les chansons-slogans, les harangues de Zack de la Rocha s’enchaînent ne laissant que peu de répit à nos jambes (mention passable à Renegades of Funk, ventre mou d’un set presque parfait livré par un quatuor qui jamais ne débandera).
Parfois, je quitte des yeux la scène pour observer la fosse. Durant Guerilla Radio, sur Know Your Ennemy, il n’y a pas un mètre carré qui ne se soit transformé en un terrain mouvant, instable, bondissant, exultant… Pour une fois, je ne suis pas mécontent d’être au-dessus de la mêlée. Sur scène, en tout cas, les années qui sont passées depuis le split ne se voient pas : Tom Morello part en vrille, se débranche involontairement à deux reprises, monte sur les retours, virevolte sur lui-même, tout aussi électrique que cet instrument qu’il malmène avec délectation, dont il sort les sonorités les plus improbables, scratchant ses six cordes comme personne, jouant sans relâche avec ses micros, ses pédales d’effets. Lui que l’on avait quitté avec un beau disque solo, acoustique et engagé
(The Nightwatchman), payant son dû au folk et à Springsteen, on le retrouve dans son rôle de dynamiteur officiel et ça fait plus que plaisir.
Quand Tom Morello et Tim Commerford, yeux dans les yeux, guitare et basse à l’unisson, entament l’intro de Bombtrack, je pense à notre répétition de la veille aux studios Basement, à Mr J perdu dans un recoin de la salle et que je ne retrouverai qu’à la sortie… Quand résonnent les derniers accords de Killing in the Name et que s’étouffe dans un ultime cri rageur la colère de Zack, je me souviens que la dernière fois que j’ai entendu ce morceau, c’était au Bataclan
il y a quelques semaines, lors d’une "Sabotage Rock Party" mémorable, et que je m’étais pris pendant le pogo une mandale pas méchante et évidemment involontaire. Hier soir, la baffe fut virtuelle mais autrement cinglante.
Au bout d’une heure vingt seulement, les quatre torpilleurs soniques quittent la scène pour la deuxième et dernière fois. Un regret tout de même : qu’aucune reprise n’ait été jouée ce soir. Pas de Kick Out the Jams, pas de Ghost of Tom Joad, pas de Maggie’s Farm ni de Street Fighting Man, fleurons d’un ultime album (de reprises) paru juste après cette séparation qui n'est plus qu'un mauvais souvenir. Certains de ces morceaux, on n’aura jamais eu la chance de les entendre sur scène. À moins qu’à Saint-Cloud, le 20 août…

 

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30 mai 2008 5 30 /05 /mai /2008 18:02
Ben oui, c'est ce que Jem a écrit sur le LP acheté à la sortie du Bataclan (voir ci-contre).
Jem, c'est le bassiste de The Ettes, le seul garçon du trio qui jouait avant The Black Keys mardi soir au Bataclan. Et des premières parties comme ça, eh bien, ça fait plaisir. Déboulant sur scène après le français Don Cavalli et son très digne blues rock, il fallait bien l'énergie punk de ces trois-là pour que j'oublie la nuit pas reposante passée, la veille, dans le train me ramenant de Cannes...
The Ettes, donc. Un groupe balançant des petites bombes rock jouées pied au plancher et dépassant rarement les deux minutes. Une énergie rappelant Gossip (sans la soul) mais aussi The Yeah Yeah Yeahs, un autre excellent souvenir de première partie, quand j'avais découvert, estomaqué, le groupe de Karen O en première partie du Jon Spencer Blues Explosion... The Ettes... Sa très énergique batteuse à la coupe afro, sa basse saturée doublant la guitare de la chanteuse Coco. Je ne suis pas sûr que The Ettes deviennent "the next big thing" (peu probable même), mais, là, c'était pile ce qu'il me fallait. Le LP, posé sur la platine chaque matin depuis mercredi, confirme la bonne impression.




Et The Black Keys, alors ? Fantastiques à nouveau, d'une puissance phénoménale, ouvrant avec Thickfreakness, glissant quelques nouveaux morceaux dans une setlist constituée de classiques déjà imparables (10 AM Automatic, Your Touch, Girl is on My Mind). À quelques mètres en contrebas de Patrick Carney, j'ai surtout appris, mardi, tout le vocabulaire de la batterie. Je l'ai plaint aussi tant il avait l'air d'en baver avec ses problèmes de ventilateur, sa pénurie temporaire de bouteilles d'eau. Il n'avait pas l'air en forme, un rien grognon. Pourtant, il trouvait à l'entame de chaque nouveau morceau les ressources physiques que l'on croyait définitivement épuisées. J'ai vu surtout qu'il ne faisait pas semblant, quittant la scène exténué sans demander son reste. Sans doute n'était-ce pas pour lui un bon soir... Mais surfant sur les riffs de Dan Auerbach, nous n'y avons vu quasiment que du feu...


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28 avril 2008 1 28 /04 /avril /2008 22:57

Il est des disques dont l'importance manifeste nous donne envie de rompre avec nos mornes habitudes de consommation discophile, habitudes balançant entre achats hebdomadaires et téléchargements aléatoires.
Il est des disques dont le relief, soudain, voue les autres à l'anecdotique. Des disques, surtout, que l'on a envie d'écouter autrement.
Il fallait marquer le coup, rompre avec les habitudes, avec ses petites virées d'après boulot à la Fn*c qui se soldent souvent par l'achat d'un (ou plusieurs) cd.
Bien sûr, le troisième album de Portishead, je n'ai pas attendu aujourd'hui pour l'écouter. Nous sommes nombreux à l'avoir fait bien avant sa sortie. Grâce ou à cause d'Internet, on l'écoute depuis un mois et on est subjugué. Mais ces fichiers mp3 atterris sur un cd lambda désincarnaient l'album le plus organique et le plus entêtant de ce début d'année. Du coup, Third, je ne l'ai pas tant écouté que ça. Suffisamment, toutefois, pour commencer à mesurer l'ampleur et la richesse de l'objet. Mais j'attendais sa sortie pour le laisser m'ensorceler.
Soyons honnête, j'achète très rarement un album que j'ai récupéré avant sa mise en vente. C'est le drame ordinaire qui fait que je n'ai qu'une pâle copie du dernier Black Keys, de Pocket Revolution de dEUS ou de White Chalk de PJ Harvey. Tant de disques attendus avec ferveur, signés par des artistes invariablement chéris, mais que le hasard ou une bonne âme ont mis entre mes mains avant leur parution, brisant ainsi la poussée de désir liée à une date de sortie affichée en point de mire mental (notion aujourd'hui vouée à l'obsolescence tant pour les disques que pour certains films). Bref, une fois gravé, il m'est difficile, face à la tripotée de disques me faisant de l'oeil, de céder pour un objet que j'ai déjà, certes dans une version affadie, chez moi...
Mais pour Third, il ne pouvait en aller qu'autrement. Sentiment évident - conforté tandis que résonne The Rip dans les enceintes - que ce disque venait interrompre quelque chose, arrêter le temps, remettre quelques compteurs à zéro, casser le flux de mes enthousiasmes, de mes déceptions et de mes passades d'un jour ou d'une semaine. Ce disque était ailleurs. Ce disque était d'ailleurs.
Third aurait pu n'être qu'un cd de plus. D'ailleurs, j'aime bien Portishead, mais mes vraies affections se sont toujours portées sur d'autres groupes, sur d'autres disques. Le troisième album de Portishead ? Mouais, faut voir... Eh bien, désormais, c'est tout vu.
Third, donc, devait d'emblée trouver sa place ailleurs. Pas sur ces étagères, pas dans ces tiroirs, pas dans ces tours. L'écouter se mériterait. Il faudrait se lever pour profiter du disque. Changer de face. Changer de disque. Comme avant. Cet album ne souffrirait pas d'être écouté par inadvertance. Il décrasserait mes oreilles, rejoindrait quelques autres merveilles analogiques dont le poids fera pester quiconque participera à mes futurs déménagements.
C'est pourquoi quand j'ai vu le 33 tours de Third, le récupérer sous cette forme s'imposa d'emblée comme une évidence. L'objet même, au-delà de la musique enregistrée, porterait cette singularité puisque je me refuse d'habitude à acheter des nouveautés en vinyl. Qu'importait ce soir le scandale m'amenant à payer près du double du prix initial pour avoir Third dans sa version cartonnée et grand format. Le choisir, c'était tout à l'heure comme acquérir mon tout premier disque. L'émotion ressentie, souvent, en achetant le nouvel album d'un artiste aimé est différente. Ici - allons-y pour les superlatifs ! - je savais déjà que le disque était l'un des plus grands jamais enregistrés. Je n'ai pas fini de regretter la phrase précédente, mais peu importe : un blog se conjugue au présent.
Poser Third sur la platine, frissonner en entendant bruit de l'électricité statique au contact du saphir, c'était, pour le moins, lui donner dès ce soir sa vraie place : celle d'un authentique chef-d'oeuvre.

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26 avril 2008 6 26 /04 /avril /2008 12:50

Bourré à craquer le Trabendo pour le retour de dEUS à Paris. La polémique qui vient de Belgique quant à l’absurde embargo imposé aux journalistes par Universal, on s’en tape. L’un des meilleurs groupes du monde joue ce soir à Paris. Et les morceaux de Vantage Point, découverts depuis lundi, bourdonnent déjà dans mes oreilles, en rotation lourde. Evidents, savants, terriblement accrocheurs, ils prendront un relief prodigieux à l’épreuve de la scène : du tubesque The Architect jusqu’à l’ultime morceau de l’album, Popular Culture, joué en dernier pour le second rappel et rappelant enfin, après les explosions soniques et les arrangements tortueux, la douceur et la science mélodique de Little Arithmetics. Dans cette salle à la configuration si étrange, cerné par le public, Tom Barman semble s’amuser, se lâcher. C’est un bon soir. Le leader de dEUS est d’humeur dansante. Et Dieu sait si on l’a connu plus crispé.
Il apparaît assez évident que ce groupe enfin stabilisé, après de nombreux changements de personnel, n’a qu’un défaut tout relatif : celui de venir de Belgique. Si dEUS était un groupe anglais ou américain, gageons que ce ne serait pas au Trabendo qu’ils joueraient ce soir-là, mais juste à côté au Zénith… Ce n’est pas le cas. Tant mieux. A côté des nouveaux morceaux tous remarquables, le groupe aligne ses classiques avec autant de fougue que de classe : Fell off the Floor, Man, Instant Street et son irrésistible crescendo, Theme From Turnpike, For the Roses, Suds and Soda
Et les souvenirs de ce groupe-compagnon affluent en vrac. Douze ans dans mon rétroviseur intime. La découverte du groupe via un cd des Inrocks où explosait Fell off the Floor, Man (ce morceau, je crois que je ne m’en remettrai jamais) ; un show-case acoustique à la Fn*c Bastille ; les concerts de la fin des années 90 à la Cigale ou au Festival de Saint-Nolff, quand le beau Stef Kamil Carlens, parti depuis fonder Zita Swoon, faisait encore partie du line-up originel ; l’enchantement pop de The Ideal Crash ; le retour raté mais émouvant de la Route du rock 2004 ; la projection du long métrage d’un Tom Barman revenu au quasi-anonymat sous ses frusques de cinéaste au mk2 Beaubourg ; le concert de l’Olympia, Arno dans la salle, pour la sortie de Pocket Revolution ; celui de Paris-Plage il y a bientôt deux ans, où, divine surprise, SKC vint rejoindre Tom Barman pour enfin, frères ennemis réconciliés, rechanter avec lui Suds and Soda.
A voir le groupe jeudi soir, je me dis que la liste de ces bons souvenirs n'a pas fini de s’allonger.



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21 avril 2008 1 21 /04 /avril /2008 22:47

Hier soir, pendant tout le concert de Gogol Bordello, assurant la première partie de The Hives au Zénith, on pouvait lire ceci en lettres rouges défilant sur deux panneaux lumineux : "stage diving / slam interdit sous peine d’exclusion"
Ce n'est pas que votre serviteur soit un adepte de la chose, mais tout de même... Si le Zénith ne voulait pas qu'Iggy Pop ou Mathias Malzieu de Dionysos remettent les pieds sur sa scène, il ne fallait pas s'y prendre autrement. Et puis si on interdit désormais de slammer aux concerts de rock, on ouvre la voie à quoi ?


- Accès à la fosse interdit aux plus de trente ans
- Interdiction de se frayer un chemin dans la foule une fois le concert commencé
- Interdiction de déborder, en dansant, le périmètre autorisé à chaque spectateur
- Interdiction de décoller ses deux pieds du sol de manière simultanée

- Interdiction de chanter faux
- Interdiction de frapper dans les mains à contretemps
- Interdiction de siffler la première partie
- Interdiction de discuter au bar pendant les concerts
- Interdiction de photographier sous peine de confiscation de l’appareil
- Interdiction de renverser son gobelet de bière par terre
- Interdiction d’assister au concert sans bouchons d’oreilles
- Interdiction de pogoter
- Interdiction de porter un tee-shirt à l’effigie d’un autre groupe que celui à l'affiche
- Interdiction de se lever pour quiconque aurait une place assise (une tolérance sera éventuellement accordée pour le rappel)
- Interdiction de réclamer un second rappel
- Interdiction de stationner dans la salle plus de cinq minutes après la fin du concert

 

Comment ? Certaines propositions ci-dessus ont déjà été validées ? Ah bon ?

 

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3 avril 2008 4 03 /04 /avril /2008 22:19
C’était comme des retrouvailles.
Ça faisait longtemps que l’on ne s’était vus. Entre nous. Pour vous. Malgré ces beaux moments vécus ensemble par le passé, malgré les livres des Chats Pelés, malgré cette affiche du Bout du toit trônant depuis toujours dans mon salon.
On se croisait dorénavant dans des festivals, des fêtes de l’Huma boueuses, des manifs, des rassemblements citoyens.
La dernière fois, c’était bien déjà : dans un Bercy quasiment déserté, passé minuit, vous clôturiez une soirée de concerts organisés et programmés par Louise Attaque…
Mais ça faisait un petit moment que je n’étais pas allé vous voir jouer à domicile. Juste vous…
Banco, nouveau disque, valait bien cela. Car il me toucha comme Le bout du toit il y a déjà douze ans. Retour à la chanson après les embardées rock parfois brouillonnes de Fragile, ce disque en rouge et noir gâché par quelques morceaux trop ironiques mais sauvé in extremis par les hollandais de The Ex (sur De Kracht). Oui, je dois vous l’avouer, vous aviez fini par m’ennuyer un petit peu. Ce – il n’y a pas de hasard – depuis l’inégal Qu’est-ce qu’on s'fait chier ! Alors Banco me ravit par surprise. "Not Dead But Bien Raides", comme vous disiez aux grandes heures du rock alternatif et du premier album, celui dont les échos ne cessent de résonner encore aujourd’hui, quand Christian troque son piano à bretelles contre sa Fender à six coups.
Oui, parce qu’il faudrait casser, une bonne fois pour toutes, cette image des Têtes Raides en groupe de chanson réaliste. Voire passéiste. Ce n’est pas parce qu’un accordéon est souvent de la partie, parce que Christian se vêt tout de noir toujours, parce qu’il cite Robert Desnos ou Boris Vian que l’on nage dans ce folklore rance qui nous pue au nez. Vos imitateurs, nombreux et parfois pénibles, ont un peu galvaudé votre image. Vous n’y pouvez rien. C’est bien simple : sur les blogs consacrés au rock, vous n’existez pas. Il y a comme un malentendu. Mais vous avez toujours été rock dans le fond. Éminemment contemporains, aussi, des injustices agitant la société française. Pourtant, le rock, il en est qui croient encore que ça ne se chante qu’en anglais et que ça ne se conjugue qu’au son des guitares électriques. Après tout, pourquoi pas. Laissons leur ces certitudes. Ici, on n’aime pas trop les étiquettes. Et puis pourquoi, finalement, devrait-on ranger votre musique (vos musiques) dans une case dûment répertoriée ?

***

 

Ce qui m’étonna le plus hier soir, ce fut de constater votre capacité à renouveler votre public (encore que vous ne fassiez rien de particulier pour cela, j’en suis sûr). Quand paraissait Les oiseaux, la grappe de collégiens et collégiennes si fébriles devant moi ne devaient même pas être nés. Pourtant, là, dans leurs gestes malhabiles, dans leurs pogos maladroits, dans leur manière de faire bloc, soudés les uns aux autres, cherchant sans cesse dans le regard de l’autre le miroir de leur audace autarcique, ils étaient touchants. Vraiment. Premier concert peut-être. Une sortie en groupe encore inhabituelle ? Les parents les attendaient peut-être dehors. Qui sait... Flirt timide, baisers mouillés quand ralentissait la cadence. Alors, les Têtes Raides, groupe de lycée ? Eh bien, oui, sans doute un peu… Comme Trust ou Téléphone en leur temps… Comme Renaud – dont vous repreniez le cinglant Hexagone lors de votre tournée précédente – dans les années 80. Rassurant, ça, finalement : les teenagers ne jurent donc pas que par Pete Doherty. Ils aiment aussi les groupes citoyens, la littérature, les cuivres, les cordes et la poésie. Surtout, ils deviennent fous – eux aussi – quand claquent, au rappel, les premiers accords de L’iditenté, hymne anti-cons jadis chanté avec Bertrand Cantat. Rassurant, oui, comme ce stand Act-Up que vous avez hébergé toute cette semaine au Bataclan, comme cette femme tractant pour la manif de samedi contre la "xénophobie d’état".
Bon, il est vrai aussi – je dois vous le dire quand même – que le plus beau moment du concert fut paradoxalement celui où l’attention générale se relâcha d’un cran : cette parenthèse lettrée de vingt minutes, où les mains devant moi se baladèrent mutines, où les corps se rapprochèrent électriques, où l’impatience immature vint se nicher dans les creux de ces motifs rythmiques hypnotiques que vous, sur scène, vous dessiniez patiemment… Oui, pas faciles, quand on a quinze ans, les vingt minutes de lecture de Notre besoin de consolation est impossible à rassasier de Stig Dagerman. On les sentait s’agacer (mais d’autres plus âgés aussi). Ils en profitaient pour souffler, s’adosser contre les murs du Bataclan, se frôler, se tester, et, pour les plus audacieux, s’embrasser encore. Du moment qu’ils ne piaillaient pas, qu’ils me laissaient, moi, boire ces mots lumineux sur le fil du désespoir.
Hier, donc, certains vous découvraient sans doute.
Hier, donc, je vous retrouvais.
Et c’était bien.

 

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