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22 juin 2009 1 22 /06 /juin /2009 10:30
Ça y est. Les disques sont rangés, classés. Les siens, les miens, mélangés, accouplés. Pas de larsens, tout se passe bien. L’ordre alphabétique doit avoir des vertus pacificatrices.
Pourtant, quand on mélange amoureusement nos CD (voir épisode précédent ici), on tombe forcément sur des disques que l’on a en double.
Dans les 33 tours, ces doublons se comptent sur les doigts d’une seule main (Grease, Saturday Night Fever, le premier A-Ha, un Eurythmics, Thriller de Michael Jackson), trahissant insolemment que nous avons grandi dans les années 80, au rythme hebdomadaire du Top 50 de Marc Toesca…
Mais pour les CD, c’est autre chose. Et nombreux sont ceux qui, délogés par leur double maléfique (plus beau, pas délavé par le soleil, le digipack intact, le cristal pas rayé, l'original plutôt que la copie), n’ont plus le droit de trôner sur les rayonnages rouges, condamnés au purgatoire ou sommés de se trouver de nouveaux propriétaires parmi nos amis (voire parmi nos ennemis ?)…
Bien sûr, pour certains, on aura gardé les doublons, parce qu'il s'agit d'éditions différentes (Le Live au Roxy de Polnareff), parce que le boîtier ou le livret n'est pas le même (Sea Change de Beck, Faites vibrer la chair de Zone libre), parce que l’une des deux versions est agrémentée d’inédits ou de titres bonus (OK Computer de Radiohead, You All Look the Same to Me d’Archive).
Mais, déjà, avec tous ceux-là, on se dit que "disquairement parlant", on avait deux, trois choses en commun, non ?


PJ Harvey, Uh Huh Her Mercury Rev, Deserter’s Song Mercury Rev, All is Dream – Mercury Rev, The Secret Migration John Butler Trio, Grand National – Noir désir, Des visages, des figures – Noir désir, Veuillez rendre l’âme (à qui elle appartient) – Garbage, Beautiful Garbage – Sonic Youth, Dirty – Sonic Youth, The Destroyed Room – The Cure, Kiss Me, Kiss Me – The Cure, The Cure – Nick Cave & The Bad Seeds, Nocturama Nick Cave & The Bad Seeds, The Boatman’s Call – The Clash, London Calling – Coldplay, A Rush of Blood to the Head – Coldplay, Parachutes – Eagle Eye Cherry, Desireless – Smashing Pumpkins, Gish – Smashing Pumpkins, Siamese Dream – Tindersticks, Tindersticks – Tindersticks, Simple Pleasure – Laurent Voulzy, Avril – The White Stripes, Get Behind Me Satan – Neil Young, Unplugged – Nirvana, In Utero – Portishead, Dummy – Radiohead, Hail to the Thief – Radiohead, Kid A – Red Hot Chili Peppers, Blood Sugar Sex Magic – Sigur Ros,( ) – The Silver Mount Zion, Born Into Trouble as the Sparks Fly Upwards – Archive, Disc – Air, Pocket Symphony – Abd Al Malik, Gibraltar – Louise Attaque, Comme on a dit – Louise Attaque, À plus tard crocodile – Louise Attaque, Louise Attaque – Luke, La tête en arrière – Massive Attack, 100th Window – Moby, Play – Daniel Darc, Crèvecœur – Depeche Mode, Violator – Depeche Mode, Playing the Angel – Dominique A, Auguri – Eels, Beautiful Freak – Eels, Daisies of the Galaxy – Charlotte Gainsbourg, 5.55 – Gorillaz, Gorillaz – Herman Dune, Giant – Alain Bashung, Fantaisie militaire

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5 juin 2009 5 05 /06 /juin /2009 11:21


Un lundi soir. Mes VHS abandonnées dans la rue. Du côté de Vincennes et de Montreuil, comme chaque semaine ce soir-là, c’est la veille du ramassage des encombrants, et les glaneurs sont de sortie. Jusque tard dans la nuit. J’ai laissé les trois cartons ouverts exprès. Je ne peux pas juste les jeter. Je discute avec un curieux en descendant le dernier carton. Plus tard, du balcon, j’observe, c’est émouvant. Des gens passent, ne les regarde pas. D’autres se retournent, reviennent sur leurs pas. Les cassettes leur font de l’œil. Les jaquettes Télé K7 font le trottoir, aguicheuses, donnent l’illusion de boîtiers du commerce, d’originaux. Des centaines de films. Et, si je puis me permettre, vraiment pas de la merde. Que des copies pourtant. Avec de la pub au milieu, souvent. Mais, couchées sur bandes, des milliers d’heures de plaisir, de découvertes s’égrainant sur une petite douzaine d’années. Elles ont survécu au premier déménagement. Il y a neuf ans. Je n’avais pas encore, alors, de lecteur DVD. Là, ce n’est plus possible. Il faut faire de la place dans l’appart’ tout autant que dans ses souvenirs. Les originales, j’en ai gardé quelques-unes, d’autres, je les ai données. J’en avais de toute façon acheté assez peu. L’objet était moins tentant. Pas comme les DVD. Oui, avant on ne téléchargeait pas, on enregistrait à la télé, on se faisait des copies entre potes, on dupliquait les films qu’on louait au vidéo-club ou qu’on empruntait à la médiathèque… Je ne connais même pas l’état des bandes, je n’en avais pas regardé depuis des lustres. Mais je sais, pour chacune, où je l’ai enregistrée, quand je l’ai enregistrée. Elles moisissaient dans des cartons et, pour les plus chanceuses, sur des étagères depuis quelques années. Même la première d’entre toutes, cette 240 minutes enregistrée en période de fêtes sans doute au début des années 90 et rassemblant Errol Flynn en collants verts et le Monolithe kubrickien.

Mes cassettes, comme un itinéraire. De beaux souvenirs d’apprentissage.
Si d’autres peuvent s’en emparer avant le passage des poubelles, tant mieux… Avec elles, c’est un peu de ma cinéphilie qui s’en va… C’est pas grave…


Il y avait tant d’heures de musique, aussi, copiées sur bandes magnétiques...


"Et nos CD, alors, on les mélange ?"


Les sept étagères sont là, montées depuis trop longtemps. Les cartons scotchés depuis tout autant. Elle est bien trop longue, cette transition. Les cartons attendent chez moi. Les étagères patientent chez elle. Dans dix jours, on mélange. Dans dix jours, on déballe !


"De toutes façons, moi, le classement des CD, je ne m’en occupe pas". Eh bien, encore heureux ! En attendant, nos étagères rouges prennent bien la poussière sur leurs deux mètres de hauteur. Il est temps de les garnir, de mots, de notes et de musiques.


Mes potes, j’y tiens. Ils apprécieront qu’on ait déjà transporté, petit à petit, dans mon nouveau chez moi presque tous mes vinyles. Sauf qu’en vrai, ce n’est pas pour les ménager, c’est juste que je n’avais pas trouvé de cartons à la bonne taille… Eh oui…


À deux, nous avons quand même trois fois la B.O. de Saturday Night Fever en 33 tours. Ça fait six disques et douze faces… Mais comment on a fait ça, nous qui étions trop jeunes pour nous trémousser sous boules discos quand sortit le film de John Badham ?!


"Mais tu veux vraiment la garder ta lava-lamp ?"


Sea Change de Beck, Uh Uh Her de PJ Harvey, Dirty et The Destroyed Room de Sonic Youth, OK Computer et Kid A de Radiohead, Des visages, des figures de Noir désir, Faites vibrer la chair de Zone libre. Quelques doublons qui feront le bonheur des amis. Bizarrement, ce ne sont pas les pires horreurs de nos discothèques respectives que nous avons en double. Et Dieu sait si nous en avons des horreurs ! Enfin, moi, surtout…


Mais à quoi ça sert d’habiter désormais à côté de la Cigale, du Divan du Monde et de l’Elysée Montmartre si, depuis un an, presque tous les concerts que je vais voir se déroulent bizarrement au Bataclan ?!


D’ailleurs, il y a quelques heures, c’était Jarvis Cocker…


Le joueur d’accordéon, je l’aime bien quand c’est Yves Simon qui le chante. Par contre, l’entendre tous les soirs exécuter les mêmes airs pour les clients du café d’en bas, ça donne une furieuse envie de pousser le Marshall à onze… Mes nouveaux voisins m’adorent déjà…


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18 mai 2009 1 18 /05 /mai /2009 11:38
Je n’aurais jamais cru écrire cela, mais hier Polly Jean m’a saoulé. Si son précédent passage à Paris, seule, au Grand Rex, avait enchanté, le premier concert du Bataclan, dimanche soir, fut une puissante déception.
Étonnement d’abord de la voir débouler pieds nus, en petite robe, délestée de son habituelle guitare. Au Grand Rex, nous promettant un concert solo dans la lignée de l'album White Chalk, elle déboulait guitare rugissante et calmait d’emblée toute l’assemblé avec un To Bring You My Love d’une tranchante intensité. Hier, pas de telle surprise : le concert commença avec l’efficace Black Hearted Love, exécuté tout aussi efficacement par un groupe il faut bien le dire parfait et bénéficiant d’une balance pour une fois idéale. Programme annoncé : en entamant le set avec le premier morceau du dernier né, il était clair que tout l’album y passerait et que peu de place serait laissée au reste.
Alors PJ hier ? Chanteuse beaucoup. Rock Star beaucoup moins. Et c’est bien son problème depuis quelque temps, qui apparut très clairement à la sortie de A Woman a Man Walked By, confirmant en cela le virage amorcé par ce fade White Chalk que tant d’autres tiennent pour un chef-d’œuvre. Désormais, pour PJ, on dirait que chaque chanson s’envisage presque comme une performance, comme une manière de tester une voix poussée dans ses retranchements, malmenée, travaillée jusqu'à l'épuisement. Pourquoi pas, mais il est assez désagréable d’assister à la "Björkisation" de notre égérie indé, de sentir que l’affectation a remplacé ce qui subsistait d’émotion… Chaque morceau comme un exercice de style. Comme si l’urgence, la nécessité, s’étaient émoussées…
Ce fut un très court concert (1h20) dont on retient quelques très beaux moments (Sixteen, Fifteen, Fourteen et son banjo, les jappements de Pig Will Not), des fulgurances soniques et un talk over fébrile rappelant The Ex, un rappel mettant à l’honneur John Parish, mais aussi, malheureusement, d’agaçantes minauderies vocales sur Leaving California ou April, triste morceau de conclusion où PJ ne trouva rien de mieux à faire que de singer, aux couplets, les parfois agaçantes Cocorosie…
La bizarrerie de tout cela, c’est que j’écris ces quelques lignes en réécoutant l’album et que les morceaux passent, gravés sur CD, plutôt mieux qu’hier soir… Alors, pourquoi m’a-t-elle tant déçu ? Parce qu’elle laissa la guitare à d’autres (dont John Parish bien sûr) ? Parce que le fan de Dry ou de Is This Desire n’eut pas son compte de classiques ? Parce qu’apparurent sur scène les effets et les artifices que l’incohérence d’un album presque expérimental dissimula un temps ? Parce que je suis juste passé complètement à côté d'un excellent concert ?
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16 mars 2009 1 16 /03 /mars /2009 20:19

On ne se connaissait pas.

Pourtant, je vais te tutoyer.

Pourtant, je te pleure.

Et puis après…

Arrêtons là.

Rien ne change…

Pas plus qu’après Vilnius…

Il y a tes disques, tes chansons qui, elles, ne meurent pas, volutes incandescentes pas près de partir en fumées. Nos vies, tu les as suivies, tu les as racontées, tu les as précédées, compagnon de route essentiel autant que discret. Tu n’étais pas le seul. Non, vraiment pas. Des fois, même, j’oubliais à quel point tu étais important. Puis deux disques le rappelèrent sans sommation. Evidents. Sublimes. En 1998 puis en 2002. Fantaisie militaire puis L’imprudence.

Samedi après-midi, d’ailleurs, je t’écoutais. Rétrospectivement, c’est troublant. Forcément. C’était le deuxième CD de Confessions publiques. Hasard total. Du "live" pour conjurer la mort. J’avais aussi ressorti le 33 tours de Roulette russe (une envie, comme ça, de le réécouter depuis la lecture toute fraîche du Gaby de Marc Besse) mais je n’avais pas eu le temps de le poser sur la platine. Le temps me pressait moi aussi, mais pour des raisons bien plus anecdotiques que celles qui te firent emprunter ton dernier express.

On parlait beaucoup de toi depuis deux semaines.

Je ne t’avais pas vu ce fameux soir de fin février pour ta dernière apparition devant des caméras. Un triomphe paradoxal, une ultime boutade à la Faucheuse, dirent-il… Ton enterrement public peut-être, déjà… Tous ces commentaires tenant à distance la musique pour apprivoiser l’idée d’un départ m’indifféraient. Non, m’agaçaient, plutôt. Tout autant que cette dernière tournée à laquelle je ne voulais pas trinquer, sans doute pour de mauvaises raisons. Pas envie que tu deviennes un Monument. Pas envie d’aller te voir une dernière fois en me disant "Vite, vite, tant qu’il est encore temps". Les "J’y étais", plutôt envie de les laisser aux autres…Tiens, par exemple, à cette connaissance trop heureuse de me lâcher tout à l'heure au téléphone qu'elle aurait dû aller te voir après-demain au Grand Rex...

Ce soir, toujours sur la ligne blanche, je ne suis pas malheureux. Remettre tes disques, entendre ta voix, c’est bien. "S’en fout la mort", disait Claire Denis qui te shoota pour un clip. Ta musique, donc, elle, est bien là, qui résonne dans les grands espaces. Elle n’est pas près de s’arrêter. Pas de fading pour elle, toi qui nous habituais, toujours chantant – debout, volontaire, imprudent – à l’idée du pire depuis un an… Sur cette route où ta voix partagea (et continuera de partager) avec tant d’autres la bande-son de nos vies, rien ne change fondamentalement. Juste qu’il n’y aura plus, aux prochains virages, tes mots, tes notes, pour habiller nos nouveaux paysages.

 

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6 mars 2009 5 06 /03 /mars /2009 12:31
Il y a ce tabouret. Comme à la Flèche d’or l’an dernier pour la sortie de l’album.
Il s’y assied, guitare électro-acoustique en bandoulière, entamant calmement le set avec quelques morceaux de son merveilleux groupe d’avant. Meow Meow, d’abord. Puis une superbe et méconnaissable version de La chambre, clavier, voix, guitare. Toujours sur le tabouret. Comme à la Flèche d’or l’an dernier pour la sortie de l’album. Un pied à terre, les deux parfois, pivotant doucement vers ses deux musiciens, derrière… Il ne se lève pas. Pas encore. Ses jambes battent en rythme, le corps se déplie peu à peu. On lui apporte sa guitare électrique. Échange. Le son se durcit. Son buste s’agite plus franchement, basculant presque de ce siège de bar auquel il reste pourtant appuyé. Les mouvements se font plus brusques, ses bras s’élèvent parfois bizarrement dans les airs entre deux accords, entre deux notes. On le sent plusieurs fois tout près de se dresser vraiment, le corps tendu vers son bassiste et son batteur, tandis que son cul reste rivé au tabouret. Il est trop tôt, mais l’envie de s’arracher à son siège est manifeste. L’énergie contrainte parcourt son corps de géant. La combustion est lente, mais l’explosion imminente. Tout un Bataclan se laisse gagner par l’électricité flottant alentour. Billy The Kid est dans les parages, en embuscade, il déboulera plus tard, on le sait déjà.
Puis, enfin, Rodolphe Burger se lève. Avant ou après cette puissante version de Cheval/Mouvement, je ne sais plus. Le roadie emporte le tabouret. L’ancien Kat Onoma s’empare de la scène. À droite, à gauche. Le concert est commencé depuis plus d’une demi-heure. Les trop longues digressions soniques et les samples orchestrés par le chanteur lasseront un peu. Mais les reprises de Love Will Tear us Apart de Joy Division ou du Passenger d’Iggy Pop (avec David Thomas de Père Ubu) enchanteront. Et la rage de l’assemblée explosera bel et bien lors du virulent Ensemble, diatribe jouissive contre le locataire élyséen. Généreux, donc, hier soir, mais un peu trop éparpillé, parfois longuet (le Radioactivity de Kraftwerk au premier rappel). Pas tout à fait, donc, comme à la Flèche d’or l’an dernier pour la sortie de l’album.


Voir le clip de Ensemble ici.

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6 janvier 2009 2 06 /01 /janvier /2009 18:08
"We are the fucking Stooges !", gueulait Iggy à chaque entrée en scène...

Non... Plus maintenant...

They were the fucking Stooges...

Reformés en 2003, vus deux fois au Zénith depuis (deux claques !), puis en septembre 2007, encore, à La Fête de l'Huma...
Les reformations ont parfois du bon. Elle permettent de compenser comme on peut le fait d'être né en 1973, l'année de Raw Power, l'album dont il failli être évincé et où il (ne) joua finalement (que) de la basse...
Retrouvé mort à 60 ans, un peu plus d'un an après la très dispensable publication de The Weirdness,
Ron Asheton, le guitariste des deux premiers disques des Stooges (et bassiste lésé du troisième, donc), n'enregistrera pas de cinquième album avec Iggy Pop.

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2 janvier 2009 5 02 /01 /janvier /2009 11:51

"Mais je te parlerai plus tard de ce que ça fait d'écouter
The Ghost of Tom Joad dans le bus, avec le soleil qui se lève sur New York City..."
(Mister K - exilé à Montréal depuis novembre 2008, fan de Bruce Springsteen et E Street Buddy depuis toujours - à propos de son 25 décembre 2008...)



Premier épisode à lire ici...

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23 décembre 2008 2 23 /12 /décembre /2008 16:00
Le Divan du Monde, un samedi soir. Je connaissais les soirées Sabotage du Bataclan. Je m’y étais toujours senti bien, d’excellents souvenirs, avec cette impression que le DJ piochait régulièrement dans mes piles de CD. Mais ce soir, pour la première fois, après un repas vite avalé dans une morne pizzeria au serveur aviné, on teste la Pigalle Rock Party. Rue des Martyrs. 18e. Il est minuit. L’hiver vient de débuter.
Ça commence par un flashback. Le DJ invité pour le warm up nous vient des années 80. Ah bon ? Il y avait du rock dans les années 80 ? Je plaisante. Oui, il y avait du rock dans les années 80. Mais celui qu’il nous balance, là, c’est Billy Idol, Nena, Kim Wilde, ce genre de choses. Admettons. Et puis, là, c’est amusant, ça dégourdit les jambes. Ça permet aussi de redécouvrir Why ? de Bronski Beat. Et de constater que, décidément, certains tubes d’une époque honnie par le rocker de bon goût (pas moi, donc) demeurent de véritables bombes de dancefloor. Arrivent ensuite tranquillement quelques valeurs sûres, comme aux soirées Sabotage (eh oui, forcément, la rythmique syncopée en ouverture de Sunday Bloody Sunday ne tarde pas à retentir), mais pas un gramme de funk, d’électro ou de hip hop. C’est du rock, quoi ! ™. On attend encore Prince, Kool and the Gang, les Beastie Boys et les Chemical Brothers, mais on a droit à l’un des moins bons titres des Clash (Should I Stay or Should I Go), au tube le moins dansants d’Iggy Pop (The Passenger), au soporifique Can’t Stop des Red Hot Chili Peppers et les compteurs en sont déjà à trois morceaux de U2 alors qu’on est là depuis un peu plus d’une heure seulement… Et AC/DC, alors ? Et Beck ? Et Blur ? Et les White Stripes ?
L’un dans l’autre, ce n’est pas si mal, ça nous change du Bataclan. Trois soirées là-bas depuis avril, on aurait pu commencer à se lasser. Sauf que non ! Vraiment, ça ne va pas. Trop de nouveautés fades, pas assez de classiques pour m’électriser vraiment. Et puis je vais aux chiottes, je me lave les mains et j’entends le mec qui prend ma suite jubiler d’entendre les Sex Pistols alors que résonnent les accords de Blitzkrieg Bop. Je le corrige, en mode gentil-trentenaire-qui-va-t’apprendre-la-vie-p’tit-gars, mais il s’obstine, le bougre. "Mais si, c’est les Sex Pistols !". Manquerait plus qu’il me traite de vieux con. Il a du pot. Il ne porte pas ce tee-shirt Ramones qui, l’été venu, fleurit sur les épaules des teenagers et de Philippe Manœuvre. Je le laisse aller pisser. Je me faufile dans la foule bigarrée. Hey-Ho, Let’s Go !
Au crédit du DJ résident, on reconnaîtra sa capacité à nous surprendre, à préférer Bulls on Parade à l’inévitable Killing in the Name. Par contre, on a vraiment du mal avec ses classiques à lui. Parce qu’enchaîner Green Day, Offspring, No Doubt et Chumbawamba, putain !, c’est quand même pousser un peu loin le bouchon sur l’échelle du riff démago et de la vulgarité sonique. Du moment que ça braille et que les danseurs peuvent reprendre en chœur un refrain de stade ça a l’air de lui convenir (pas, pourtant, de Seven Nation Army à l’horizon). À ce moment-là, il ne nous manque plus que Joan Jett pour décrocher la palme de la programmation la plus putassière de l’année. À la place, le pire arrive. Oui, encore pire que Joan Jett et son I love Rock’n’Roll. Le pire, donc, c’est se rendre compte que le rock actuel c’est aussi, pour beaucoup de gens ici, les BB Brunes. Aïe ! La vache ! J’avais jamais entendu ça. C’est juste atroce. Inepte. Ça cause de "gars du gang", je crois. Ça donne envie de démonter leurs têtes de minets, de fracasser leurs amplis à coups de Les Paul. Vite, vite, balance un U2, mec, fais quelque chose ! Oui, même U2 ! Je m’égare au bar à l’étage quand la guitare de Sergio, prenant la suite d’un fade morceau de Deportivo, convoque L’homme pressé à la rescousse du danseur dépité. Descendre, en profiter. Un peu. Avant que rappliquent les jeunes pousses du Mouv et de Ouï FM, tous ces groupes que je ne connais pas, qui diluent leur embryon de petite personnalité dans des suites d’accords éculés, des plans faciles d’accès. Ces Kooks, ces Panic at the Disco que je ne reconnais pas et dont mes copines de dancefloor me soufflent le nom. Ce soir-là, je me fais laminer au blind-test. Cette nuit-là, j’apprends l’humilité. Mes amies, au moins, s’éclatent, se lancent dans des chorégraphies improbables sur du System of a Down. Tant mieux. Moi, ce soir, je suis intermittent du spectacle, intermittent de la débâcle. Pour les groupes que j’aime, comme The Arctic Monkeys, le pousse-disque se borne à choisir des morceaux mollassons. Du coup, une chanson aussi galvaudée que Machistador de –M– m’emplit de joie. Les vrais éclairs de génie (Walk Idiot Walk de The Hives, Get Free de The Vines), eux, se font rares. À ce moment-là, lassé, fatigué, même Smells Like Teen Spirit me paraît bien trop long. Impression tenace tout au long de la soirée, d’ailleurs, que cette tendance des morceaux à durer une minute de trop…
Il est 4 heures. J’ai envie de dormir. Playlist de l’attente au vestiaire : Le brio de Big Soul (merde, qu'est-ce que je fous dans la file d'attente, là ?), New York avec toi de Téléphone (une petite pensée pour Mister K*), L’aventurier d’Indochine (un de mes premiers 45 tours !), Dans la salle du bar-tabac de la rue des Martyrs de Pigalle (forcément !). J’ai ma veste, mon sac, presque envie de rester. On ne sait jamais… Et là, paf !, Vertigo de U2. Toujours eu un petit faible pour ce morceau, moi… Je pose mes affaires dans un coin, esquisse quelques pas, quelques dignes déhanchements. "Ben, t’es pas parti finalement ?". Je ne sais plus trop si j’enlève mon pull, si je le remets. Elles se marrent. "C’est quoi ce morceau ?". Bon, je le remets. Il faut partir avant que le hasard de la programmation me fasse à nouveau changer d’avis. "Salut, bonnes fêtes, tout ça"… Elles resteront une heure et demie de plus. Moi, la nuit m’attend…

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16 décembre 2008 2 16 /12 /décembre /2008 16:38
Toutes proportions gardées et très subjectivement - car on est loin d'avoir tout écouté, d'avoir tout vu - 2008, c'était quoi sur le front des disques et des films ?
Un chef-d'œuvre pour les années à venir (Third). L'un des plus beaux concerts parisiens du plus généreux des performers (Bruce Springsteen au Parc des Princes). Une série qui, se renouvelant de fond en comble, me stimula jusqu'au vertige, bouleversant comme jamais les règles de la narration (Lost, saison 4). Et puis un horizon un peu terne - sans choc, sans coup de cœur véritable (pour moi, en tout cas) - dans les salles obscures... 2008, donc... Entre autres choses...

Des disques... Portishead – Third / Beck – Modern Guilt / The Raconteurs – Consolers of the Lonely / Bloc Party – Intimacy  / MGMT – Oracular Spectacular / Rodolphe Burger – No Sport / Arman Méliès – Casino / Black Mountain – In the Future / TV on the Radio – Dear Science / Nick Cave and the Bad Seeds – Dig Lazarus Dig / Eagles of Death Metal – Heart on / Oasis – Dig Out Your Soul / The Last Shadow Puppets – The Age of the Understatement
Des films... Lost, saiso
n 4 / La belle personne de Christophe Honoré / About a Son de AJ Schnack / The Darjeeling Ltd de Wes Anderson / Les filles de feu de Jean-Sébastien Chauvin / Versailles de Pierre Schoeller / Entre les murs de Laurent Cantet / Shotgun Stories de Jeff Nichols / Sans Sarah, rien ne va de Nick Stoller / La fabrique des sentiments de Jean-Marc Moutout
Des concerts... Bruce Springsteen & the E Street Band au Parc des Princes / Iron & Wine au Divan du Monde / Tricky à Rock en Seine / Revolver aux Bouffes du Nord (1ere partie de Patrick Watson) / TV on the Radio au Bataclan
Un morceau... Chemtrails (Beck)
Une reprise... Amoureux solitaires (Arman Méliès)


Ah oui, et puis il y eut le pire aussi : Beck à l'Olympia, Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal de Steven Spielberg et The Cosmos Rocks de Queen et Paul Rodgers... Eh oui, quand même...

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7 novembre 2008 5 07 /11 /novembre /2008 11:16
Il faut commencer par revenir seize ans en arrière. En 1992. Three Sides to Every Story. Un disque concept. En trois parties. Avec ces cordes mémorables sur les trois derniers morceaux, pièce rock symphonique de vingt bonnes minutes enregistrée à Abbey Road. Du hard fusion mélodique, parfois pompier, mais impressionnant. Impressionnant en tout cas pour qui s’était laissé bluffer, adolescent, par le diptyque A Night at the Opera/A Day at the Races. À l’époque, les exégètes parlaient de hard-funk. Rest in Peace passait régulièrement sur Ouï FM. Ce groupe aurait pu devenir énorme.
Pourtant, ils arrivaient trop tard. Il y avait déjà eu les Guns & Roses à la fin des années 80. Mais le groupe d’Axl Rose, croulant sous les ballades et la pluie de novembre, s’éteignait déjà à petit feu. Chez les aînés, Freddie Mercury, inspiration avérée, venait de mourir. Ils lui rendraient d’ailleurs un bien bel hommage lors du concert "all stars" de Wembley. Le sommet de leur carrière assurément. À tel point que l’on murmura même, quelque temps après, alors que bruissaient les rumeurs de reformation, que Gary Cherone irait chanter avec les rescapés de Queen. Las ! Il fit un petit tour de piste avec Van Halen pour un album atroce et le vétéran Paul Rodgers décrocha le job des années plus tard. Pour le triste résultat que l’on sait…

Mais revenons à Extreme. Puisque c’est d’Extreme qu’il s’agit. Les rock stars quadragénaires jouaient mardi soir à Paris, à l’Elysée Montmartre. Démodés déjà quand sortaient leurs deux meilleurs albums (Three Sides to Every Story et Waiting for the Punchline), tandis que, rayon guitares, la tornade grunge et les assauts de Rage Against the Machine ne leur laissaient que peu d’espace. Déjà has been. Trop grandiloquents, trop prétentieux. Délavés sur les posters d’adolescentes abusées par un tube MTV qui ferait date, mais qui entacherait pour toujours la suite de leur carrière. Cette ballade acoustique, jolie certes mais tout de même très niaise, portée comme un fardeau dont on se déleste aujourd’hui comme on peut (l’autre soir, par exemple, Nuno l’entamant, goguenard, par les arpèges célestes de Stairway to Heaven).
Le beau Nuno Bettencourt, donc, branleur de manche inspiré, passait bien sur les posters. Trop bien. Belle petite gueule. Le drame d’Extreme, peut-être, cette belle petite gueule. Et la réduction hâtive du groupe énervé à la douceur écœurante du fadasse More Than Words, leur Love of My Life à eux. Quand Extreme choisit finalement de vraiment durcir le ton (Waiting for the Punchline, bien plus âpre, essayant de chasser sur les terres arides du One Hot Minute des Red Hot Chili Peppers), il était déjà trop tard. Ceux qui ne les avaient pas vraiment écoutés avaient vite fait de les ranger à jamais dans l’Enfer du hard FM.
Treize ans après cette relégation, passés les errements artistiques de Nuno et les piteuses déclarations politiques de Gary, Extreme a osé sortir un nouveau disque. Bien dans l’esprit de ce qu’ils enregistraient au début des années 90, un album assez digne finalement, totalement hors mode, armé de quelques morceaux jouissifs qui prirent tout leur relief mardi soir sur scène.
Les nouvelles chansons, justement, et notamment Star et ses criantes citations de Tie Your Mother Down de Queen ou l’imparable Comfortably Dumb en entame d’un puissant show de deux heures à peine gâché par l’ennuyeux Ghost (avec Nuno au piano) ou par les démonstrations virtuoses et vaines du guitar-hero rendant fou, à mes côtés, les hardos du dimanche qui mouillaient leur culotte au moindre de ses plans tapping. Et puis le plus étrange… Cette bouffée de nostalgie – attendue – qui me gagna très vite tandis que résonnaient les riffs déterrés de Pornograffitti, leur disque le plus connu.
Au bout de quelques minutes de concert, c’est Decadence Dance qui me ramène, plus vite qu’en De Lorean, à une époque où je vivais encore chez mes parents, où j’écoutais mes disques en boucle. J’en avais moins qu’aujourd’hui bien entendu. Je ne téléchargeais pas. Je les appréciais différemment. À jamais gravés, après tant d’écoutes, dans mon disque dur intime. Et moi (émoi) donc de me rendre compte que Decadence Dance, It’s a Monster ou Get the Funk Out, je les connais toujours par cœur : chaque break, les paroles, les riffs, les solos même… Je ne les écoute plus aujourd’hui, ces morceaux tout ridés. Très difficile d’ailleurs de réécouter sans rire Pornograffitti tant la production en a pris un coup. Mais ces morceaux-là – aussi vulgaires et putassiers paraissent-ils désormais – ce fut, je dois l’avouer, un vrai délice que de les voir joués l’autre soir devant moi. Alors, oui, c’est sûr, j’aurais pu – sur ce blog un rien refroidi ces derniers temps – vous parler du sublime concert de Lambchop au Café de la danse, du prodigieux bassiste du groupe de Kurt Wagner. Mais non, il fallait que je vous reparle de cet amour de jeunesse croisé hier soir entre Anvers et Pigalle.
Extreme a un public fidèle. Des trentenaires qui ont attendu treize ans que le groupe revienne jouer en France, qui ont répondu présents, qui leur donnent sans doute une bonne raison de continuer. Car ils doutaient un peu, confiaient-ils au moment de la reformation. Pour moi, les voir enfin, c’était un peu me confronter au souvenir d’albums jadis adorés et jamais vraiment reniés. Me confronter à un petit mythe intime, à des héros de seconde division que l’histoire a déjà oublié… Avec mes trois potes à l’Élysée Montmartre, un groupe à nous… Qu’on écoutait alors. Qu’on a retrouvé là, intact... Et si on rentrait en 2008 maintenant…
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Published by Ska - dans Instantanés
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