A suivre...

Jeudi 7 décembre 2006

Après les Rolling Stones en 2002 et Led Zeppelin en 2004, François Bon, précieux écrivain contemporain, prépare un nouveau feuilleton radiophonique. Consacrés cette fois-ci à Bob Dylan, les 15 épisodes le composant seront diffusés en janvier 2007 sur France Culture.

D'ici-là, avant-première en performance à la Maison de la Poésie à Paris le 21 décembre à 20h30 (ici).

Voir et écouter François Bon lire ses textes, c'est déjà un concert rock. Voix, intonnation, postures, rythme, ce n'est pas rien. Je ne me suis d'ailleurs toujours pas remis de sa performance sur Led Zep, accompagné par le violoncelliste Vincent Segal, en mars dernier au Blanc-Mesnil...

A lire pour se faire une idée - mais il faut surtout entendre la voix de Bon ! - cinq épisodes sur Dylan sont déjà en ligne : http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article539

 

Et puis surtout, en flânant sur le Tiers livre, le site de François Bon, on peut écouter certains épisodes du feuilleton consacré aux Rolling Stones (http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article322), et, surtout, sur un site voisin, l'intégralité de ceux sur Led Zeppelin (http://pierrou.free.fr/downloads.htm). Ca demande du temps, certes (15 fois 20 minutes), mais c'est toujours mieux que de regarder la télé...

Par Ska
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Jeudi 21 décembre 2006
Sur ce blog, j'utilise abondamment les ressources fournies par YouTube ou Dailymotion. La possiblité d'intégrer des vidéos fut même l'un des déclics qui mena à la création de 7and7is car elle me permettait à la fois de composer une sorte de playlist idéale et de montrer les clips sur lesquels j'écrivais par ailleurs depuis quelque temps.
Pourtant YouTube me fait peur. Proliférant, YouTube est le symptôme le plus récent de ce qu'est l'Internet depuis plusieurs années : un puits sans fond où tout se vaut, où tout est mis sur le même plan et où les hiérarchies ne se font plus aussi naturellement qu'avant.
Avec YouTube, ce que l'on appelait le Cinéma est attaqué dans son intégrité. La notion s'étiole. Sur YouTube, on découpe les longs métrages en plusieurs parties, on voit des publicités cotoyer des clips et des clips cotoyer des courts métrages. Tout se mêle. Bientôt, Cosmos 1999 sera plus connu grâce aux détournements de Mozinor que grâce à ses diffusions télévisées.
Finalement, à quoi bon aujourd'hui, pour les professionnels, produire des films quand tant d'images sont là à portée de main ? À quoi bon, pour l'industrie du disque, réaliser des clips quand le moindre internaute peut faire son propre montage à partir de sa chanson favorite ?
Grâce à YouTube aussi, n'importe qui peut devenir une star éphémère. La prophétie Warholienne devient triste banalité et un imitateur amateur se retrouve souvent plus vu que la personne qu'il imite. Ainsi, il y a quelques jours, sur la page d'accueil de YouTube, ce qui était mis en avant c'était un type qui imitait Borat, le faux journaliste au succès tout récent. Il n'y a pas vraiment de quoi se réjouir. Dans le même ordre d'idées, tapez Led Zeppelin sur le moteur de recherche de YouTube et vous vous retrouverez avec des dizaines de guitaristes du dimanche se filmant en train d'essayer de reproduire les solos de Jimmy Page... Passionnant...
Mais YouTube est aussi une source inépuisable de surprises, l'occasion de découvrir des choses que l'on n'avait jamais vues. Comme les blogs mp3, comme le téléchargement, YouTube est précieux pour les amateurs de musique et de rock. Plus que l'outil permettant à chacun de se mettre en scène, YouTube est passionnant dans les possibilités d'archivage qu'il offre.
On ne remerciera jamais assez les internautes qui numérisent telle ou telle émission, tel ou tel passage permettant par exemple de voir PJ Harvey et Bjork reprendre ensemble Satisfaction. Et, à côté de ces moments précieux, que penser des dérives pénibles comme ces innombrables captations tremblotantes enregistrées pendant un concert à l'aide d'un pauvre téléphone portable ?


NB : À propos de YouTube, le magazine Court-Circuit d'Arte a diffusé un chouette sujet il y a quelques semaines (voir ci-dessous). Mise en abyme vertigineuse, on peut, grâce à un anonyme internaute, visionner ce sujet concernant YouTube, sur son ordinateur...



NB 2 : De Court-Circuit (le magazine), on rappellera aussi que c'était la seule vraie émission de cinéma sur les chaînes hertziennes. Une émission qui refusait la promo (passage obligé d'autres émissions prétendant parler de cinéma) pour privilégier l'analyse et la critique. Un espace ouvert et passionnant où le Cinéma était abordé sous toutes ses formes, où un cinéaste expérimental pouvait cotoyer De Palma et où le cinéma de Laurent Achard était traité avec le même intérêt que les clips de Michael Jackson.
Durant six ans, on y vit des sujets et des analyses passionnantes grâce à un rédacteur en chef curieux qui aujourd'hui s'en va contraint, Arte préférant orienter l'émission vers un magazine multimédia qui sera la vitrine d'un site internet en développement. S'il y aura toujours des films courts sur Arte, l'oeil de Luc Lagier manque déjà. Son dernier numéro en tant que rédacteur en chef sera diffusé mercredi prochain aux alentours de minuit, avec un sujet sur la série Mission : Impossible.
Par Ska
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Mardi 26 décembre 2006

Produire des émissions sur le rock pour la télé, quel sens ça a aujourd'hui ? Déplorer qu'il n'y a plus de rock à la télé, à quoi bon ? Tout cela se joue ailleurs désormais. On peut le regretter, mais c'est ainsi.

Internet est là pour nous consoler de cette absence du rock sur nos petits écrans. Notre manière de consommer les images se redéfinit totalement (voir YouTube et les découvertes qu'il permet). Et, dans cette redistribution des cartes (dont les blogs mp3 sont le plus bel exemple) le discours sur le rock peut y trouver un second souffle...

C'est ce constat que semble avoir fait Philippe Manoeuvre. Plus besoin de chaîne de télé finalement, une émission peut être directement produite pour Internet. C'est ce qui se passe avec le Punk Press Club, reprise du Rock Press Club câblé d'il y a quelques années.

Sur Dailymotion, donc, on pourra voir cette nouvelle émission régulièrement. Le Punk Press Club est une sorte de Masque et la plume consacré au rock, avec en invités probablement récurrents les inévitables Eudeline, Burgalat et Manoeuvre...

La première émission est loin d'être parfaite. On peut regretter l'habillage immature et le fait que ce ne soit, pour l'instant, qu'un talk show de plus ne prenant pas en compte la spécificité du média qui le diffuse. La distribution des rôles est prévisible et l'émission gagnera sans doute à s'éloigner de l'actualité des sorties disques, à s'ouvrir à d'autres intervenants et à confronter des points de vue plus dissonnants. Pourtant, on prend rendez-vous pour la suite car il y a aussi dans ces 45 minutes de conversation quelques trucs plutôt bien vus...

http://www.dailymotion.com/punkpressclub

Par Ska
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Samedi 17 mars 2007

Les Who seront à Bercy le 6 juin. Les Who… Enfin ce qu’il en reste, c’est-à-dire Pete Townshend, guitariste et âme du groupe, et Roger Daltrey, son chanteur. Même si l’album décevant paru en novembre dernier (le premier depuis près de 25 ans) n’a fait que deux ou trois petits tours sur ma platine, la perspective de voir enfin le duo entonner quelques hymnes légendaires m’excitait suffisamment pour que je daigne retourner dans une salle que je n’aime guère...

Las ! Ce sera finalement sans moi car voulant prendre un billet pour la fosse, j’ai appris avec stupéfaction qu’il n’y aurait pour ce concert que des places assises. Oui, des places assises pour les Who ! Pas d’alternative. Et Bercy est définitivement trop grand pour se contenter de sièges bon marché (tout est relatif…) au sommet des gradins. Puis entendre les Who chanter Won’t Get Fooled Again sans avoir la liberté de faire des bonds de bonheur, ce serait comme tenter d’organiser un pogo pendant un concert de Vincent Delerm…

Ils chanteront My Generation, c’est sûr. Et on ne reprochera pas à Townshend de ne pas avoir tenu la promesse des paroles écrites il y a quarante ans (« I hope I die before I get old »). Ce serait un procès d’intention particulièrement idiot quand on songe au triste sort des regrettés Keith Moon et John Entwistle, la meilleure section rythmique que le rock ait jamais engendrée. Mais on imagine quel grand écart mental sera le leur lorsque Pete et Roger chanteront ce morceau face à un parterre de sexagénaires confortablement lovés dans les fauteuils en plastique rouge du P.O.P.B…

Their generation…

Par Ska
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Lundi 7 mai 2007
Now Tom said "Mom, wherever there's a cop beatin' a guy
Wherever a hungry newborn baby cries
Where there's a fight 'gainst the blood and hatred in the air
Look for me Mom I'll be there
Wherever there's somebody fightin' for a place to stand
Or decent job or a helpin' hand
Wherever somebody's strugglin' to be free
Look in their eyes Mom you'll see me."

(Bruce Springsteen, extrait de The Ghost of Tom Joad, d'après Les raisins de la colère)


Pourquoi ça fait du bien de revoir ce passage du film de John Ford, Les raisins de la colère, aujourd'hui... un jour après une funeste élection ?
Pourquoi ça fait du bien d'écouter la chanson sublime qu'en a tiré Bruce Springsteen ainsi que la reprise qu'en fit Rage Against the Machine quelques années plus tard ?
Parce qu'on a encore, peut-être, quelques idéaux...


 
 
Par Ska
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Jeudi 11 octobre 2007
9782226179364.jpg "Pour me comprendre, il faut aimer les puzzles" (Bob Dylan)

 

Dire de I’m not There, le nouveau film de Todd Haynes, que je l’attend impatiemment est un euphémisme. Parce que Todd Haynes est un cinéaste passionnant. Parce qu’il aime Douglas Sirk autant que le glam rock. Parce que, surtout, je viens de lire la biographie de Bob Dylan écrite par François Bon et que le film de Todd Haynes pourrait en constituer la fort pertinente coda.
Après le livre de Greil Marcus intégralement consacré à la chanson Like a Rolling Stone, après No Direction Home, le foisonnant documentaire de Scorsese sur Dylan, après la somptueuse réédition du Dont Look Back de Pennebaker en dvd, le livre de Bon vient clore (provisoirement) deux années ponctuées de parutions remarquables pour qui s’intéresse à Robert Zimmerman.
La deuxième incursion de François Bon en terres de rock’n’roll est peut-être plus convaincante encore que la somme qu’il publia sur les Rolling Stones il y a cinq ans. Bob Dylan est en effet un personnage de roman idéal, un être autour duquel le réel est fluctuant, indéfini. Si Rolling Stones, une biographie se nourrissait de faits avérés et d’une mythologie assez classique, la figure de Dylan intrigue et stimule beaucoup plus. Le livre de Bon est ainsi, en partie, une sorte d’enquête au cœur des innombrables écrits et témoignages que l’on a déjà pu lire ou entendre sur Dylan. Entreprise critique, donc, plutôt que bio officielle. Et c’est heureux.
D’habitude, je n’aime pas lire des biographies. Il y manque le frottement de la fiction, il y a là-dedans un côté scolaire et scrupuleux qui, souvent, étouffe la littérature. Avec Bon, c’est différent, car lorsqu’il évoque les Stones, Dylan ou Led Zeppelin (ce qu’il fit dans un feuilleton radiophonique de haute volée), il parle en creux tout autant de lui, de ce que cette musique, surtout, représenta pour les jeunes de sa génération en France ("C’est soi-même qu’on recherche").
Ce qui se dégage de la lecture, c’est surtout, donc, que Dylan est insaisissable, que les livres ne réussiront jamais à donner de lui une image univoque. Car Dylan est d’abord un mythe, une figure en laquelle s’agrège toute une histoire de l’Amérique et de la contre-culture. Un homme aussi qui ne se reconnut pas forcément dans le rôle que l’on voulut, un temps, lui faire jouer.

Je ne l’ai pas encore vu, mais le film de Todd Haynes semble bien partir lui aussi de ce postulat, de cette impossibilité de raconter Dylan en se contentant de suivre le simple fil biographique. D’où le recours – logique – à plusieurs comédiens pour interpréter autant de Dylan, ou plus précisément d’avatars dylaniens. La phrase d’accroche de la bande-annonce le déclare sans ambages : les biographies de Dylan, ses Chroniques même, sont truffées de mensonges, d’exagérations de toutes sortes. Tandis que défilent les premières images, on pense à cette phrase célèbre prononcée par James Stewart dans L’Homme qui tua Liberty Valance ("Si la légende est plus belle que la vérité, alors imprimons la légende").
Finalement, c’est d’abord Dylan qui a écrit son propre rôle, se construisant au fil du temps en personnage fictif (la généalogie qu’il s’invente à ses débuts, l’épisode de l’accident de moto de juillet 66 très largement exagéré…), jusqu’à être dépassé par celui-ci et par ce que les auditeurs investissaient en sa personne.
Dans Bob Dylan, une biographie, il y a ainsi ce passage où Bon s’attarde sur l’arrivée du jeune Dylan à New York, seul sous la neige, guitare sur le dos (« Telle est la légende : New York, le 24 janvier 1961, ses vingt ans dans quatre mois. Du vent sur la ville, de la neige. Une voiture s’arrête venue de Madison, et deux jeunes types en descendent, remercient le chauffeur. L’un a une guitare à la main. »). L’image est belle, si belle. Elle contribue, entre autres climax du livre, à l’édification de Dylan en archétype. Pourtant, la légende, Bon la tient à distance. Il la commente, la critique, la pousse dans ses retranchements. Et ce sont ces contradictions flagrantes qui finalement rendent encore plus passionnant le personnage de Dylan.
Il y eut plus tard Bowie et ses masques, tous les personnages qu’il joua au fil de ses albums. Le premier avatar, Ziggy Stardust, il le tua, signe qu’il contrôlait tout, et notamment le passage d’un personnage à un autre. Avec Dylan, rien de tout cela. Quand Bowie est pure fiction, Dylan est vacillement. Dépassé toujours par les incarnations qu’il s’invente… Sait-il lui-même qui il est ? "All I can do is be me. Whoever that is", dira un jour celui qui acteur dans Pat Garrett et Billy le kid, le chef-d'oeuvre crépusculaire de Sam Peckinpah, s'y faisait de manière très significative appeler Alias...
Qu'importe, au fond ? N’est-ce pas ainsi que l’on préfère rêver Dylan ?



Dossier Dylan à lire sur le blog de François Bon, ici
Ci-dessous, la bande annonce de I'm not There (sortie en France le 5 décembre 2007)



Par Ska
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Samedi 13 octobre 2007

up-radiohead.JPG Désolé, mais je n’ai pas envie de parler des nouveaux morceaux de Radiohead… Ce n’est pas que j’ai quelque chose contre la clique à Thom Yorke, bien au contraire. Mais à quoi bon commenter à mon tour, piste par piste, ce nouvel album puisque, depuis quelques jours, la blogosphère mondiale s’excite autour de cette nouvelle livraison, chacun pouvant, dans une belle simultanéité, jouer au critique rock en s’emparant d’un album que personne n’avait jusque-là pu entendre. Cet enthousiasme est normal : c’est Radiohead. Cette sortie est un événement artistique autant qu’industriel. Le disque est donc disponible depuis mardi, mais uniquement en mp3 pour l’instant. Radiohead nous fait entrer dans une ère d’immédiateté où l’écoute du disque est quasiment raccord avec le moment de l’enregistrement. C’est nouveau (pour un groupe comme celui-ci du moins). Il se joue là quelque chose d’important. En même temps, on est tellement pris de cours que l’on n’a pas vraiment eu le temps de le désirer, de le fantasmer, ce disque. C’est un sentiment bizarre et assez paradoxal.

In Rainbows est donc sorti quand on ne l’attendait pas. Très vite. Sans communication préalable. Radiohead n’a plus de maison de disque. C’est volontaire. Le groupe, totalement libéré des contraintes industrielles, fait ce qu’il veut maintenant. Rappelons tout de même que ce luxe n’est pas donné à la première formation venue. Si Radiohead se permet d’offrir
quasiment son nouveau disque aux fans, c'est que que le groupe jouit déjà d’une énorme notoriété mondiale. Tout cela, c’est très bien, c’est assez réjouissant. D’autant plus que l’album est à la hauteur d’une discographie exceptionnelle. Mais relativisons tout de même : Radiohead n’invente rien en faisant cela. Nombre d’artistes ou de groupes diffusent déjà leurs disques en téléchargement gratuit. Certains aussi, avant parution, nous donnent l’occasion d’écouter l’intégralité de l’album sur leur myspace (Fancy, dont j’ai déjà parlé longuement) ou sur leur site (Candie Payne, chanteuse rétro-pop prometteuse que nous fit découvrir un voisin de blog hier). Il y a comme un effet d’optique : on parle beaucoup de l’initiative de Radiohead parce que c’est la première fois qu’un groupe ou artiste de cette ampleur procède ainsi…
Ce qui est intéressant aussi avec cette parution hors normes, c’est qu’elle modifie en profondeur le rapport de l’artiste à la critique. Les internautes, du coup, sont flattés des égards du groupe d’Oxford à leur attention. Finis les privilèges du journaliste qui pouvait écouter le disque avant tout le monde. Pensez donc, l’album est disponible dans un premier temps uniquement en téléchargement avec, en plus, ce concept révolutionnaire qui a cours déjà pour certains spectacles (vous téléchargez le disque en mp3 et vous payez ce que vous voulez…). L’annonce de la fin du mixage a précédé de dix jours seulement la date officielle de sortie. Il y a là un certain panache. Au détour d’un message lapidaire sur leur site officiel, Johnny Greenwood annonçant que le disque était terminé et qu’on pourrait, nous, l’écouter dans dix jours, oui, ça avait de la gueule.
Ainsi, ce ne sont pas seulement les maisons de disque et les distributeurs qui sortent laminés du constat d’obsolescence qu’on leur adresse frontalement, c’est aussi la presse officielle qui n’a pu écouter le disque et qui perd un peu de ses prérogatives. In Rainbows, tout le monde l’a découvert au même moment et les Inrockuptibles, dans une brève miteuse, cette semaine, en sont réduits, impuissants, à faire du maigre publi-reportage, à copier/coller un communiqué de presse, à dire avec quelques jours de retard (parution hebdomadaire oblige) ce que l’Internet rock commente depuis le début du mois…
Ces parutions à deux vitesses (la presse doublée par les blogs mp3 et par les sites de partage), ce n’est pas complètement nouveau. Il est fréquent maintenant que l’on trouve, plusieurs semaines avant leur sortie, certains disques sur la toile. Ainsi, le Magic de Bruce Springsteen, j’ai pu l’écouter début septembre alors qu’un critique professionnel, fan notoire du Boss, le découvrait seulement quelques jours avant la parution officielle (le 2 octobre), dans les locaux de la maison de disques le distribuant (ici)
Radiohead, avec ce nouveau disque, vient simplement d’officialiser une pratique qui a cours depuis un certain temps. L’objet disque, de fait, n’est plus forcément celui vers lequel convergent nos attentes. Il paraîtrait même complètement démodé. La musique, nue, s’affranchit du support qui jusque-là servait à la véhiculer. De blog en blog, on lit souvent des chroniques de nouveaux albums que l’on ne peut trouver à la Fnac. C’est réjouissant, mais cela comporte aussi ses limites. Car il n’y a pas que des Fnac, il y a aussi des disquaires, des passionnés, des "passeurs". Si l’on fait un parallèle avec la manière que nous avons, depuis plus d’un siècle, de voir les films dans des lieux collectifs, c’est confirmer la mort, pressentie par certains, de la salle de cinéma. Ce qui n’est pas pour me réjouir. Une oeuvre, donc, peut-elle se passer du support (le disque) ou du lieu qui la diffuse, qui la met en valeur, l'accompagne (la salle de cinéma) ?
Dans le cas qui nous occupe, Radiohead nous fait un cadeau. Les cadeaux, c’est chouette, on aime bien ça, surtout quand c’est le groupe le plus passionnant du monde qui nous les offre. Pourtant, le risque n’est-il pas aussi que ce disque ne soit pas écouté comme ses prédécesseurs, qu’il soit d’emblée dévalué, considéré comme un album anecdotique ? Surtout, comment justifier la sortie du nouvel opus de ces orfèvres du son en compression mp3, 160 kbps ? Peut-être que cette parution dans un format tout juste acceptable est un piège tendu aux fans, une sorte de "teaser" luxueux, pour que les vrais amateurs aient quand même envie de commander, à partir de décembre, la boîte luxueuse où l’album sera livré en cd, en vinyle et agrémenté d’inédits (pour 60 euros quand même !) …

Cette sortie "immatérielle" pose donc, je trouve, des questions essentielles. Le disque est-il encore un objet incontournable ? Qu’est-ce donc qu’une "sortie" d’album aujourd’hui ? In Rainbows annonce-t-il que le disque en tant que support physique est voué à devenir un produit de luxe ? Tout le monde parle du nouveau Radiohead, d’accord, mais moi je ne l’ai pas vu ce disque, je ne l’ai pas touché, je n’ai pas rêvé devant sa pochette. Ce disque, je l’ai juste écouté. Et – comme je n’ai pas envie de profiter des nouvelles chansons, rivé à mon ordinateur ou raccordé à mon baladeur mp3 dans les transports en commun – je vais le graver et me confectionner un joli livret perso… Pas question, sur mes étagères, de laisser de la place pour la poussière…

 

Par Ska
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Dimanche 23 décembre 2007
Cédant à la mode, et ouvertement influencé par Sufjan Stevens, Sticky Feet, groupe dont je vous narre les aventures depuis plusieurs mois, souhaitait enregistrer à son tour un disque de Noël. Malheureusement, leur maison de disque a fermement refusé de céder à ce caprice.
A force d'abnégation, nous avons toutefois pu retrouver un projet d'artwork pour ledit album. Même si les membres du groupe démentent l'information, plusieurs titres auraient été enregistrés sur un quatre-pistes à la fin de l'été. On murmure aussi que certains fans seraient déterminés à mettre en ligne une pétition pour que ce disque sorte malgré tout pour Noël 2008. A suivre donc...


sticky-feet-copie.jpg

Un grand merci à David D. pour nous avoir dévoilé cette image exclusive.
Par Ska
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Dimanche 30 décembre 2007

Pour le dernier billet de l’année, le plus futile de tous, petit coup de rétro très subjectif sur 2007.
Si les classements ne servent pas à grand-chose, reconnaissons qu’ils permettent au moins de mettre un peu d’ordre dans ce qu’on a vu, dans ce qu’on a écouté. Cette année qui s’achève, ce fut donc encore une fois des disques, des films, des concerts. En voici quelques uns parmi d’autres.


Des disques...

1)      Daft Punk – Alive

2)      Queens of the Stone Age – Era Vulgaris

3)      Florent Marchet – Rio Baril

4)      Elliott Smith – New Moon

5)      Etienne Daho – L’invitation

6)      John Butler Trio – Grand National

7)      The Hives – The Black and White Album

8)      Iron & Wine – The Shepherd’s Dog

9)      The Coral – Roots and Echoes

10)  Helena Noguerra – Fraise vanille

 

Des films…

1)      Inland Empire de David Lynch

2)      Substitute de Fred Poulet et Vikash Dhorasoo

3)      L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford de Andrew Dominik

4)      Les promesses de l’ombre de David Cronenberg

5)      SurperGrave de Greg Mottola

6)      La forêt de Mogari de Naomi Kawase

7)      Planète terrreur de Robert Rodriguez

8)      Paranoid Park de Gus Van Sant

9)      28 semaines plus tard de Juan Carlos Fresnadillo

10)  La nuit nous appartient de James Gray

 

Une séquence…

La crise de larmes de Alice Houri, femme trompée dans La graine et le mulet de Abdelatif Kechiche

 

Des concerts…

1)      PJ Harvey au Grand Rex

2)      Eagles of Death Metal au Bataclan

3)      Lambchop à la Fondation Cartier

4)      The Hives au Bataclan

5)      I’m From Barcelona à la Cigale

6)      LCD Soudsystem à Saint-Malo

 

Par Ska
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Dimanche 6 janvier 2008
voxpop2.jpg

undefined Alors, mine, de rien, une excellente revue sur le rock a vu le jour fin 2007. VoxPop, c’est son joli nom, est un bimestriel (ce qui est une bonne chose) et le deuxième numéro est paru ces jours-ci.
On n’y parle presque pas de Pete Doherty ni d’Amy Winehouse (enfin, un peu quand même, mais surtout pour se foutre d’eux) et on y trouve une volonté de se dégager de la course à l’info et au buzz, ce qui est assez reposant pour quelqu’un comme moi qui n’arrive plus à lire les chroniques disques des Inrocks tant elles se ressemblent toutes d’une semaine sur l’autre. Justement, les rédacteurs de VoxPop ne chroniquent les disques que sur leur site et n’encombrent pas la revue papier du feuillet critique réglementaire, tarte à la crème de n’importe quelle parution cinéma ou musique. A l’heure où les blogs, eux-mêmes, démultiplient les points de vue sur un disque, VoxPop affirme, quitte à se couper d’une partie de son lectorat potentiel, que l’essentiel n’est pas là. On s’y concentre au contraire sur les reportages, les portraits, les entretiens fouillés ou les enquêtes insolites. Et cela redonne d’emblée ses lettres de noblesse à la fonction – aujourd’hui un rien galvaudée – de "rock critic". Ce qui n’est pas rien.

Outre une maquette d’une élégance folle et des photos originales souvent très belles, c’est justement dans cet aspect strictement journalistique que VoxPop s’impose en parution incontournable. Dans le premier numéro, je ne sais ce que je préfère entre le reportage sur les Tiny Masters of Today (24 ans à eux deux) égarés dans un festival de snowboard au Portugal, l’article sur la scène pop de Liverpool à travers les âges, ou la visite du quartier de Williamsburg à New York en compagnie d’un membre de TV on the Radio. Sans compter des idées éditoriales décalées mais passionnantes, comme cette enquête improbable sur la guitare à double-manche (n°2), l’entretien avec Dick Rivers au sujet de la jeune scène rock française (n°1) ou le portrait circonspect d’Alizée au moment d’un pseudo virage rock dans le dernier numéro.

Autre point fort, les entretiens. Sûr qu’avec The Liars ou The Coral, les journalistes ont toutes les chances de recueillir des propos intelligents. La tendance se confirme dans le nouveau numéro avec une énième interview – passionnante – de NTM, et surtout, surtout, une longue discussion avec Daniel Darc dont le nouvel album sort le 14 janvier.
En attendant, on l’espère, de les voir aborder – à leur manière – les autres médias rock que peuvent être le cinéma ou la littérature, on se dit que le principal écueil qui guette VoxPop serait de s’enfermer dans un registre chic et parisien, de systématiser plus que de raison les ouvertures vers la mode et l’art contemporain (tendance lourde d’un deuxième numéro un rien décevant) et de devenir la revue rock préférée des bobos lassés des Inrocks.

http://www.voxpopmag.com/webapp/

 


Par Ska
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