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Vidéos musicales - Notes éparses

Vendredi 11 mars 2011 5 11 /03 /Mars /2011 16:52

Ça commence par la fin, par ce moment où l'on pose religieusement le disque sur la platine. Avant cela, ce disque, il a fallu l'enregister, puis le presser. Le nouveau clip des Arctic Monkeys met à l'honneur le vinyle à venir, album produit, comme le précédent Humbug, par Josh Homme. Surtout attaché à l'objet et à sa confection, on remarque que le groupe zappe à dessein l'étape peu glamour de la commercialisation et du déversement industriel dans les bacs des disquaires. Pas plus mal. En sautant cette étape, entend-il nous dire que - comme Radiohead ? - il aimerait se passer d'intermédiaire, s'adresser directement aux fans ? Accessoirement, il nous confirme la puissance d'évocation du vinyle, ce disque que l'on peut regarder tourner (que l'on peut filmer), que l'on peut déshabiller, et sur les livrets duquel on peut rêver en grand format. Un objet que ses défauts, surtout, rendent émouvant, attachant, autrement désirable que les galettes uniformisées au format CD... Hier, à la Fn*c, je découvrais que l'enseigne offrait 20% de ristourne aux moins de 20 ans sur les vinyles...  Surprenant, non ? Si la résistance à la dématérialisation passera, pour quelques esthètes (en gros, les gens qui continuent d'acheter des disques, soit une minorité de "consommateurs" de musique), par le "retour du vinyle" (un enjeu commercial comme un autre, après tout), avouons que ceci n'est pas une très bonne nouvelle pour nos déménagements à venir...

 

 

 

Par Ska - Publié dans : Vidéos musicales - Notes éparses - Communauté : Le Monde du Rock
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Jeudi 22 janvier 2009 4 22 /01 /Jan /2009 16:35
Un samedi soir, en 1982...

On l’a tous vu en même temps. À la télévision. Sur le service public. Dans la plus familiale des émissions de variétés. Avec le plus gentil des animateurs d’alors (et d’aujourd’hui). Moi, j’avais neuf ans. C’était, je pense, la première fois que je voyais un loup-garou et des morts vivants sur un écran. En vrai, ça serait un peu plus tard…
Michael et son cuir rouge. Ses yeux maléfiques, le regard caméra du dernier plan. L’aimable "teen movie" qui tourne mal. La mise en abyme maline bien avant Scream. Ça faisait un peu peur. Pas trop. Mon premier film d’horreur sans doute... Je ne connaissais rien de Vincent Price, encore moins de John Landis. Roger Corman, la Hammer, évidemment ça ne me parlait pas. Les films de zombies de Romero non plus. Quant à l’album, je ne sais plus trop si ma grande sœur s’était procuré la cassette avant ou après cette diffusion. En version petit format pour petit frère, le 45 tours, j’imagine que c’est bien plus tard que je suis allé l’acheter – tout seul je crois – au Prisunic de la rue du Poteau. (lire la première partie)
Ce clip, donc. Le premier de l’histoire du genre, affirme-t-on souvent depuis. Le premier ? Pas tout à fait, non, mais plus certainement le premier à lorgner si ouvertement vers le long métrage, le premier à excéder largement la durée du single, débauchant un réalisateur et un maquilleur encore tout auréolés du succès du Loup-garou de Londres et de son incroyable séquence de transformation à vue (ici). Le premier clip, oui, surtout pour nous, jeunes téléspectateurs scotchés devant les déhanchements déments de celui qui s’emploierait méthodiquement, la décennie suivante, à devenir un vrai monstre, son visage transformé en effet spécial permanent ainsi que le suggérait finement le critique Luc Lagier il y a quelques années.
À l’époque, ils n’étaient pas nombreux ceux qui possédaient un magnétoscope, ceux qui purent capturer ce moment unique. Ce samedi-là, je m’en souviendrais longtemps sans avoir à nouveau les images sous les yeux. Dailymotion, YouTube, séances de rattrapage permanentes, je n’imaginais même pas que ça puisse exister un jour. Tout au plus tomberais-je par la suite, de temps en temps, devant une version expurgée du clip, devant des extraits/madeleines le plus souvent. Dans son intégralité, Thriller, je n’ai dû en fait le revoir que grâce à Internet, il y a quelques années…
Il suffit de demander à ceux qui ont 35 ans aujourd’hui. Beaucoup se rappellent parfaitement de ce soir-là, de l’émission hebdomadaire dont ce souvenir précis, précieux, atténue la redoutable ringardise. Champs Élysées, donc. Et la première diffusion de ce vidéo-clip de Michael Jackson en France. Avec l’avertissement de Drucker. Et les parents qui, pourtant, nous laissent regarder. Ça sentait le soufre, la subversion s’introduisant dans les foyers. Et peut-être, pour quelques-uns, le goût qui naît soudain, devant ces images inhabituelles, pour un genre de cinéma qui n’avait alors pas droit de cité à la télévision. On s’en souvient bien, oui. Un peu comme de la découverte de L’étrange créature du lac noir de Jack Arnold, en relief, dans La Dernière séance (avec les lunettes 3D achetées en bas chez le marchand de journaux). Ou comme, quelques années plus tard, du premier passage – avec le carré blanc – de L’Exorciste sur FR3 (et nous qui baissions le son, de peur que les parents déjà couchés changent d’avis en entendant la possédée hurler les pires insanités). Des marqueurs. Repères d’un temps où la découverte d’œuvres ou de chansons se conjuguait au pluriel et impliquait simultanéité et communion d’une bonne part du pays. Parce que c’était la télé. Parce que c’était la radio. Parce que la consommation des images n’était pas si éclatée, si diversifiée qu’elle l’est aujourd’hui… On en parlait le lendemain dans la cour de l’école, du collège. On avait vécu ce truc en même temps. Et si nous avions alors eu des téléphones portables, sûr qu’on aurait directement échangé nos impressions par SMS…
Le premier passage de Thriller à la télé en 1982 fut donc une sorte d’événement fondateur pour pas mal d’enfants d’alors. Non seulement parce qu’on y apprenait que l’on pouvait danser comme ça (!), mais surtout parce que le "king of pop" entrouvrait, pour nous qui n’avions pas encore l’âge de nous y aventurer, la porte d’un territoire imaginaire insoupçonné… Ce genre de saisissement lié à la réception collective et simultanée d’une œuvre (oui car ce clip, fut une bizarrerie qui réussit à dépasser d’un coup le champ de la musique, du cinéma et de la danse !), est-ce que ça existe encore aujourd’hui ? Point de nostalgie dans cette question faussement naïve ; il faudra juste qu’on pense à le leur demander, dans 25 ans, aux mômes d’aujourd’hui…



Voir le clip ici



Par Ska - Publié dans : Vidéos musicales - Notes éparses
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Lundi 24 novembre 2008 1 24 /11 /Nov /2008 16:40





De Cyann & Ben à Sonic Youth, une maison, un appartement, investis par un groupe. Le terrain de la fiction, celui que le clip a depuis 25 ans artificiellement opposé aux musiciens, se trouvant dans ces deux clips réinvesti par ceux-ci...
Ce n'est pas le disque que l'on passe, ce n'est plus une bande-son, c'est le groupe qui joue. Bel et bien. Là, chez toi. Pour toi. Sans que tu les aies invités, comme si de rien n'était.
Words et 100%, où comment en finir avec la principale plaie du clip, cette facilité usante consistant à parasiter une vidéo par des plans toujours très artificiels du groupe ou de l'artiste, désynchronisés, toujours pièces rapportées d'une fiction qui rêve de se la jouer cinéma...
En finir donc avec cet arbitraire montage parallèle entre trame fictionnée et contractuelle captation de la performance live, lot ingrat de bien des vidéos musicales.
Mais alors, de Words à 100%, doit-on envisager l'image du groupe comme une simple bande-son ici mise en situation ? Ou sont-ce au contraire ce couple et ces teenagers, que le dispositif renvoie à leur statut de pantins audiovisuels dont la présence n'est manifeste, contextualisée quelques minutes durant, que pour illustrer deux chansons ?
Deux clips, où comment, en quelques minutes, par la confrontation paradoxale de deux univers (celui des musiciens/celui des acteurs) réaffirmer la place primordiale de l'artiste/du groupe et renvoyer à son triste  sort le "personnage" de clip...

Par Ska - Publié dans : Vidéos musicales - Notes éparses - Communauté : Le Monde du Rock
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Mardi 6 mai 2008 2 06 /05 /Mai /2008 19:26
Est-ce que ça vaut vraiment le coup de parler ici du nouveau clip de Justice ? En parler, c'est alimenter la polémique, celle-là même, recherchée, pour laquelle il a été balancé il y a quelques jours sur Internet.
Pourtant, oui, ça vaut le coup. Parce qu'on est le 6 mai 2008. Parce que l'irresponsabilité et l'immaturité politique, ça va bien ! Parce que les fictions qui viennent légitimer les discours les plus vils me foutent en rogne. Et parce que le morceau - excellent - ne méritait pas pareil traitement.


Ce clip, donc, est signé Romain Gavras, pillier du collectif Kourtrajmé. Pour aller vite, on pourrait dire que c'est un peu le refoulé de La Haine (d'ailleurs, rappelons que Mathieu Kassovitz et Vincent Cassel comptent parmi les parrains de ce collectif féru de cinéma tape-à-l'oeil et de culture hip hop). Il met en scène une bande de jeunes venant semer la zone dans Paris. Des jeunes de quartiers "sensibles" forcément, des noirs et des arabes bien sûr (!). Mais tu vois, il y a de la distanciation, les jeunes, là, ils viennent dans des cuirs griffés Justice. On donne à voir au spectateur ce qu'il a envie de voir, on le confronte aux représentations qu'il se fait du monde, de la banlieue. Et puis surtout, tu vois, il y a le message trop rebelle à la fin, quand la bande, jusqu'alors filmée en caméra subjective, se retourne contre le journaliste, le roue de coup et l'invective pour dénoncer la propension des médias à filmer la violence. Trop forte, la dénonciation, les mecs ! Belle hypocrisie, surtout. C'est bien, finalement, de l'avouer par inadvertance dans votre clip, cette fascination pour les images de chaos que vous partagez avec votre double de fiction planqué derrière la caméra. Comme une prise de conscience soudaine, une belle manière de se tirer une balle dans le pied... Le prétexte éculé de la critique des médias (qui fleure bon la démagogie rance du "tous pourris") servait déjà à Ruggero Deodato pour justifier, il y a près de trente ans, les atrocités filmées dans son impressionnant Cannibal Holocaust (plus récemment, on pensera aussi à la posture du complaisant donneur de leçons Michael Haneke dans Funny Games).
Cette posture qui, au final, sert à se dédouaner à peu de frais rend encore plus antipathique ce clip, même pas fichu d'assumer jusqu'au bout ses penchants punks et nihilistes, même pas foutu, surtout, de suivre jusqu'au bout ses personnages... Ouais, tu vois, nous, en fait, on cautionne pas, hein ! On met en garde. C'est notre rôle d'artistes, tu vois... Très bien, mais, vous savez, c'est pas super fin votre discours, les gars... Certains pourraient mal l'interpréter... Et puis, en même temps, on se souvient tout d'un coup que les deux musiciens de Justice viennent de Versailles (en banlieue, non ?), qu'on les écoute sans doute bien peu dans ce qu'ils imaginent être "la banlieue" et qu'ils sont un peu en manque de "street credibility". Faut les comprendre, les pauvres... D.A.N.C.E., le tube bubblegum tout gentil, tout rose, leur colle tellement aux semelles qu'ils lui font même un sort (à 4' 53) dans ce nouveau clip révélant enfin leur côté sombre...

Par ailleurs, plus que La Haine (qu'on l'aime ou pas, le film était novateur et porteur d'un discours respectable), le clip de Romain Gavras me paraît viser un diptyque essentiel du cinéma américain des années 70 : Assaut de John Carpenter et Les Guerriers de la nuit de Walter Hill. Certains morceaux de Justice évoquait d'ailleurs déjà les compositions minimalistes de John Carpenter pour ses films. The Warriors et Assault on Precinct 13, donc, se répondaient : l'un statique (prototype du film de siège), l'autre en mouvement constant (et préfigurant les jeux de plateaux). Quand l'un proposait une variation, sur le mode Rio Bravo, du film fondateur de l'horreur contemporaine (La nuit des morts-vivants de George A. Romero), l'autre inventait le jeu vidéo transposé au cinéma alors que les consoles et les ordinateurs personnels n'en étaient pour le grand public qu'à leurs balbutiements. Dans ces deux films, la stylisation extrême mettait à distance le réalisme et la fascination des réalisateurs pour les phénomènes de bandes urbaines. Juste retour de choses, Carpenter se souviendra d'ailleurs très bien du film de Walter Hill et de sa déambulation d'un quartier à l'autre, des affontements contre différents adversaires (une nouvelle bande correspondant à chaque nouvel espace), quand il tournera peu de temps après New York 1997...




Cette distance, cette stylisation, ce sens de la mise en scène venant sublimer de pauvres arguments de série B, c'est bien ce qui manque au nouveau clip de Justice. Cette vidéo, on n'a vraiment pas envie de  la regarder avec n'importe qui tant elle vient - au corps défendant de ses auteurs, j'en suis sûr - alimenter tous ces discours abjects que l'on nous sert depuis trop longtemps sur l'insécurité.

Problème presque similaire, finalement, pour un autre clip récent signé Romain Gavras, misant déjà tout - et trop - sur le spectaculaire, l'effet pour l'effet...


Signatune
, pour DJ Medhi, avait, c'est certain, de l'allure (comme le clip de Stress). Il était même assez drôle. Mais il y avait déjà là-dedans un truc embarrassant, ce regard condescendant de celui qui vient filmer les trognes, les tronches des non-professionnels (ici des adeptes du tuning), pour que le téléspectateur se marre à peu de frais. On imagine les séances de castings de Signatune et de Stress et on a juste envie de vomir face à tant de cynisme. Une sorte de syndrome Strip-Tease (cette série de documentaires belges souvent peu respectueux de ceux qu'ils filment) appliqué au clip musical...

Par Ska - Publié dans : Vidéos musicales - Notes éparses
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Mercredi 20 juin 2007 3 20 /06 /Juin /2007 22:24
 
Bêtement, j’en avais un peu marre de tous ces articles sur Justice, du buzz que les Inrockuptibles et d’autres avaient fait monter au fil de leurs numéros printaniers (logiquement, le duo électro tête à claques est en couverture dudit hebdomadaire cette semaine).

C’était avant d’écouter l’album. Entre les Daft Punk (sans les fautes de goûts eighties), les Chemical Brothers (l’incroyable dyptique Stress/Waters of Nazareth), les bandes originales de John Carpenter (Phantom et One Minute to Midnight) et quelques relents disco presque hors-sujet (D.A.N.C.E, Dvno), la rumeur était finalement plus que justifiée. Justice est un juke-box fou, une enthousiasmante machine à faire danser. Tout au plus pourra-t-on tiquer sur le manque d’originalité de l’ensemble. Pas grave : depuis le début de la soirée, le disque tourne en boucle. J’en oublierais presque le pourtant formidable Era Vulgaris des Queens of the Stone Age et Icky Thump des White Stripes. Un comble pour un projet « french touch » que j’étais parti pour ne pas aimer…

La vidéo du single D.A.N.C.E. – tube de l’été annoncé – permet de reparler un peu de clip ici, ce que je n’avais pas fait depuis longtemps.
Bon, le morceau n’est pas vraiment représentatif d’un disque finalement assez sombre. Et il ne vaut pas les délires pop de The Go! Team (ici) ou les samples déglingués de The Avalanches (), mais indéniablement cet hommage barré aux Jackson 5 fonctionne.
Avec le clip de D.A.N.C.E., le duo parisien avance à visage découvert. Il s’agit de look. De rien d’autre. On l’avait bien compris, d’ailleurs, depuis que les Inrocks avaient consacré, il y a quelques semaines, leur très dispensable page « Style » au décryptage du look des deux garçons.
Ici, semble-t-il, il s’agit surtout de vendre des tee-shirts, le clip retrouvant son rôle initial de film publicitaire, ce statut que quelques chef-d’œuvres avaient permis de mettre en sourdine (le clip trouvant au tournant du XXe siècle, grâce à Gondry, Jonze et consorts, la porte d'entrée vers les lieux et les écrits de cinéma).
Les vidéos musicales, il y a quelques années, servaient à vendre des singles. Mais aujourd’hui que la musique se télécharge « illégalement » ou dans le meilleur des cas virtuellement, que reste-t-il à vendre ? Ça n’a pas loupé. À une époque où les jeunes – qu’ils soient fans des Klaxons ou des Naast – se sont jetés dans la course aux looks, avec un exponentiel budget jean slim & gel capillaire, certains tee-shirts créés pour le clip existent désormais dans le monde réel et sont en vente notamment chez Colette (oui, chez Colette, car Justice, c’est chic et bobo… et puis parce que Pedro Winter, leur manager, est marié à la responsable de la communication de la boutique…).

Allons, Justice, ce n’est pas que du marketing, me dira-t-on, il y a là une démarche artistique cohérente puisque les deux musiciens sont d’anciens graphistes. Admettons.
Paradoxalement, on nous a saoulé avec le look des deux justiciables mais on ne voit pas les visages de Xavier de Rosnay et Gaspard Augé dans le clip. Pourtant, ils sont bien là – en creux – en prescripteurs de tendances.
Justice : groupe à la mode ou groupe de défilé ?
Ce qui est certain, c'est que l'on peut dire du directeur artistique du label Ed Banger, So_Me - qui a dessiné les tee-shirts - qu’il est l’auteur du clip autant que Jonas et François, les deux réalisateurs crédités.

D.A.N.C.E., donc, est un clip formidable dont on aurait vraiment aimé trouver le concept. Mais c’est surtout une page de publicité de trois minutes. Il faut le savoir avant de le visionner. 

 

 
 

PS : Pour être honnête, des tee-shirts de groupes, j’en ai pas mal… et le « Internet killed the video stars », vous pouvez me l’offrir, je le porterai…


http://www.myspace.com/etjusticepourtous
 

 

 
 
Par Ska - Publié dans : Vidéos musicales - Notes éparses - Communauté : tiré par les oreilles
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Samedi 20 janvier 2007 6 20 /01 /Jan /2007 18:42

« Le vidéo-clip peut aussi être une finalité »

(cet entretien avec Michel Gondry fut initialement publié dans Bref, le magazine du court métrage en janvier 2004)

 

On parle souvent du vidéo-clip de manière dépréciative, comme d’un travail de commande dont la finalité serait de faire vendre des disques et d’alimenter les chaînes musicales. De nombreux exemples prouvent que les choses ne sont pas si simples. Comment composez-vous avec cette dimension intrinsèquement commerciale de votre travail ?

Il y a dans toute forme d’expression des personnes qui font du travail de recherche et des gens qui cherchent à se faire valoir. Pour ma part, j’essaye de faire de la recherche, mais il est vrai que le clip demeure lié à l’industrie. Cela dit, je ne tourne pas forcément des clips coûtant très chers…

Comment choisissez-vous de travailler avec tel ou tel artiste ?

Souvent, j’écoute ce qu’on m’envoie. La chanson me plait et correspond à l’envie de faire quelque chose à cette période-là. Ensuite, la rencontre est déterminante. En espérant que la maison de disque ne mette pas trop d’obstacles. C’est le problème dans le hip hop : ils ont des artistes fantastiques comme Missy Elliott, mais ils sont très difficiles à approcher, il y a tout un entourage…

Pour la conception du clip, y a-t-il une réelle collaboration avec les musiciens ?

Ça dépend. Beck, par exemple, n’avait aucune idée. Björk, elle, en avait plein. Le clip pour les Foo Fighters, c’était vraiment mon idée, mais elle s’est paradoxalement trouvée enrichie par diverses contraintes liées au fait que Dave Grohl ne voulait pas que je le filme au lit avec une autre fille que sa copine… Généralement, plus le contact est bon avec l’artiste, plus on pourra aller loin dans le clip. Avec des gens comme Dave Grohl, Beck ou Björk, on s’est vu, on s’est parlé et l’on s’est découvert pas mal de points communs. J’ai tourné un clip avec Lenny Kravitz que je regrette parce que je n’aime pas du tout sa musique et parce qu’avec lui tout partait de l’image projetée pour impressionner les gens. Quand je rencontre quelqu’un, j’essaye au contraire de me dire que c’est mon cousin, mon frère, qu’on a les mêmes problèmes. Je tente de voir ce qu’il a à l’intérieur, de trouver ce qui correspond à ce que moi je porte.  Et, sur cette base, je peux créer un univers qui me reflète et qui le reflète. C’est aussi pour cela que j’ai des problèmes avec la publicité. Dans la pub, si on va tourner au Japon c’est pour pointer à quel point ce pays est différent de la France. On va donc mettre en avant tous les stéréotypes. Quand je tourne une publicité au Japon, je veux plutôt montrer ce qu’il y a en commun entre les gens qui habitent là-bas et ceux qui vivent en France. Et ça, ça ne marche pas trop avec la publicité où l’on aime bien catégoriser, mettre des étiquettes…

Avez-vous une méfiance par rapport à des artistes qui, d’emblée, véhiculent une image très forte ? Comment, par exemple, avez-vous envisagé le clip pour les Rolling Stones ?

En tant que réalisateur, on ne peut pas dire non à un clip des Stones ! Il y a aussi le fait d’approcher quelqu’un qui a inventé le médium qu’il utilise. J’ai vu, il y a peu, un concert de James Brown. C’était incroyable ! Je voyais la personne ayant inventé cette musique... Lenny Kravitz, lui, n’a pas inventé sa musique, il reproduit…

Pourtant, vous avez réalisé trois clips pour les White Stripes ? On peut aussi dire qu’ils n’ont pas inventé le type de musique qu’ils jouent…

Je ne suis pas complètement d’accord car ils déstructurent cette musique. Et du fait qu’ils jouent juste avec deux instruments et qu’ils s’y tiennent, il y a une réelle réinvention. Les Strokes m’intéressent moins, il y a chez eux plus d’attitude que d’invention…

La question de savoir si vous allez filmer l’interprète en train de chanter, en train de faire son boulot en quelque sorte, se pose-t-elle ? Voyez-vous cela comme une sorte de lieu commun nécessaire du vidéo-clip ?

Oui, c’est une contrainte, mais j’ai toujours essayé de l’éviter. Je déteste les clips où l’on voit l’artiste faisant sa performance sur fond noir et où l’on enchaîne sur une histoire qui n’a aucun rapport. L’archétype de ça, ce sont ceux d’Aerosmith avec Alicia Siverstone ou Liv Tyler… Pour moi, le groupe doit être le centre du clip. Sinon, on ne le voit pas, on triche. Dans le clip des Stones, j’ai aussi flirté avec ça, mais ils sont quand même présents dans cette fête décadente dont les images montrent bien qui ils sont. Récemment, Mick Jagger m’a sollicité pour un autre clip. C’était une histoire d’amour, une histoire d’adolescents, et il a plus de 50 ans ! Je n’avais pas envie de faire un clip dans lequel il chante et où l’on voit ensuite un autre couple. Je ne supporte pas qu’on prenne l’artiste comme faire-valoir pour d’autres idées. Si on se dit qu’on fait un clip pour untel il faut l’assumer. Par rapport à la performance, la question se pose dès qu’on se demande si le chanteur va regarder la caméra. Dans les comédies musicales, les gens ne regardent pas l’objectif. Ils sont dans un film, ils parlent entre eux. Dans le clip, c’est une décision qu’il faut toujours prendre en début de tournage parce qu’on ne peut pas vraiment faire les deux.

Dans The Hardest Button to Button, vous filmez la performance musicale sans pour autant renier vos recherches formelles…

Comme les White Stripes déconstruisent la musique pour la reconstruire à leur manière, j’ai décidé de reconstruire leur performance. Dead Leaves and the Dirty Ground, le clip que j’avais réalisé pour eux juste avant, était narratif. Il leur a plu, mais je le trouvais un peu mou. Je venais de les voir sur scène et j’avais envie de faire quelque chose où on les voit jouer. Il y avait dans ce morceau une structure très géométrique. On a donc acheté 32 batteries identiques, on les a disposées dans le paysage en fonction de ce qu’on entendait. Après, il s’agissait de décliner toutes les formes géométriques possibles par rapport au rythme et aux éléments de la batterie utilisés. Il y avait aussi cette pochette des Pink Floyd où ils ont étalé tout leur matériel qui m’était restée en tête…

Avez-vous ressenti une évolution avec l’arrivée de la musique électronique ? Le fait de s’affranchir de la présence du chanteur permet-il une plus grande liberté ?

Oui, complètement. On peut avoir un projet purement filmique dans le sens où l’on peut vraiment aller vers l’abstraction. Les clips que j’ai réalisés sur ces musiques étaient encore plus basés sur le rythme, comme des illustrations. Ce qui est amusant, c’est qu’après Around the World pour Daft Punk, Björk voulait que je lui fasse un clip avec une chorégraphie. Mais je n’ai pas réussi à trouver le bon angle parce qu’elle était au centre du clip : elle chantait et je ne pouvais pas m’affranchir de ça. Je n’avais pas cette structure mathématique très rigoureuse qu’on trouve dans Around the World et qui m’a servi de support. Il y a tellement d’éléments répétitifs dans la musique électronique que les musiciens sont obligés de trouver un équilibre. Sans cet équilibre, il n’y a plus rien. Les compositions sont très rigoureuses, ce qui me sert énormément pour construire la vidéo.

Quel est votre rapport à la chorégraphie ? Est-ce une contrainte, un autre lieu commun que vous allez détourner pour jouer avec ?

J’ai toujours beaucoup aimé les chorégraphies. Mais la danse dans les clips c’est un mensonge. Une chorégraphie se voit comme un opéra, en un plan large. On ne regarde pas une chorégraphie pour voir le visage du danseur, ses expressions. Je pense que notre perception a été déformée avec Bob Fosse qui était un chorégraphe sublime mais qui est parti dans le côté sexuel, viscéral, alors que pour moi la danse au cinéma c’était plutôt Busby Berkeley… Le travail de chorégraphes contemporains est passionnant : c’est de l’architecture en mouvement, on construit des formes avec des corps humains, on les fait évoluer… Je n’aime pas les choses où l’on sort ses tripes. Je n’ai pas envie d’être exposé à tout un flot d’émotions. Je préfère que l’émotion vienne de moi, quand je suis devant quelque chose qui est complètement unique et dont je suis le témoin. Donc, les clips à la Janet Jackson ou à la Paula Abdul ne m’intéressent pas, il y a trop de gros plans et un montage trop rapide. Pour ma part, je souhaitais ouvrir le cadre et filmer des chorégraphies qui, comme celle pour Daft Punk, fonctionnaient en un seul plan. J’ai travaillé avec Blanca Li et ça m’a passionné. J’ai vraiment envie de filmer d’autres chorégraphies.

Le clip de Let Forever be des Chemical Brothers donne pourtant l’impression d’être très découpé…

C’était encore différent. La chorégraphie était là pour illustrer un effet un peu « années 80 » de multiplication visuelle. Ma motivation était vraiment de faire des effets vidéo en chorégraphie. Il y a même des détails qu’on ne voit pas. Par exemple, en vidéo, quand on fait une incrustation sur des fonds bleus, cela produit souvent un petit liseré. Alors, dans la partie dansée, on a repris ce liseré avec des guirlandes qu’on mettait autour des danseurs…

Des clips comme Everlong, Knives Out ou Let Forever Be jouent de manière explicite sur le rapport entre rêve et réalité…

Cela m’intéresse beaucoup de savoir comment on construit des successions d’images, pourquoi on sélectionne une image de la réalité plutôt qu’une autre pour la replacer dans le rêve… L’étude des rêves est, selon moi, beaucoup plus intéressante à travers la neurobiologie qu’à travers les symboles. Cela dit, il y a des choses vraiment drôles dans les rêves. Si, en regardant telle image, je fais une association avec un autre souvenir, ça va reconnecter d’anciennes connexions qui vont s’activer dans le rêve. Ça ne donne pas toutes les réponses, mais ça me passionne. C’est du domaine de l’écriture automatique, du collage et de ce que j’aime dans le surréalisme.

Bien qu’étant passé au long métrage avec Human Nature, vous continuez de réaliser des clips. On a le sentiment que c’est une activité que vous abordez par goût, qu’il n’y a pas dans votre travail de séparation tranchée entre la réalisation de clips et celle de longs métrages. Contrairement à ce qui se passe souvent en France après les courts métrages, le passage au long ne semble pas être pour vous une finalité.

Je suis d’accord. Les clips et les courts métrages sont effectivement des moyens d’apprendre, mais le vidéo-clip peut aussi être une finalité. L’idéal pour moi ce serait de tourner un long de la même manière que mes clips. On dit souvent « Un long métrage, ce n’est pas un clip de deux heures, il faut raconter une histoire ». Mais je raconte une histoire dans tous mes clips ! On y trouve toujours un début, un développement, une fin, même s’il est vrai qu’on n’obtient pas le même résultat avec trois minutes ou avec une heure et demie. Il existe une sorte d’inertie dans le cinéma qui fait qu’on n’a pas le droit de faire les choses d’une manière différente. Soit on fait un film intellectuel, psychologique, et ça ne doit pas être visuel. Soit il s’agit d’un film visuel et commercial qui doit répondre à toutes les normes, avec des personnages qui évoluent, qui apprennent et qui sont transformés à la fin du film. Je pense qu’il y a autre chose que ces deux possibilités, et c’est ce que je vais essayer de faire pour mon prochain film.

Propos recueillis le 27 novembre 2003

http://www.brefmagazine.com/

Michel Gondry, sur 7and7is, c'est également ici,  et là-bas...

Par Ska - Publié dans : Vidéos musicales - Notes éparses
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Vendredi 19 janvier 2007 5 19 /01 /Jan /2007 00:59

(ce texte fut initialement publié dans Bref, le magazine du court métrage en janvier 2004)

De la musique au cinéma :

les mises en abyme de Michel Gondry

 

Peut-on parler d’une œuvre à propos d’un réalisateur de vidéo-clips ? Tourner un clip, après tout, n’est-ce pas mettre ses compétences techniques au service de l’artiste qui a enregistré la musique que l’on va filmer ? Du coup, sans doute faut-il être patient pour mesurer l’importance d’une œuvre se construisant au fil de commandes et de rencontres, tant il est vrai que le vidéo-clip demeure une forme volontiers anonyme. Très vite, pourtant, le travail de Michel Gondry a été repéré, commenté et disséqué. L’étudiant en graphisme qui avait débuté comme batteur au sein du groupe Oui Oui, pour rapidement en privilégier l’univers visuel, est devenu dans les années 90 l’un des réalisateurs de clips les plus courtisés de la planète. Après quelques vidéos inventives pour Oui Oui, c’est le vidéo-clip de La ville qui va attirer l’attention de la chanteuse islandaise, Björk. C’est le début, avec Human Behaviour, d’une collaboration qui se poursuivra autour de cinq autres chansons.

 

Naïveté formelle

Dès Human Behaviour, dont Gondry reconnaît qu’il a été influencé à la fois par Le hérisson dans le brouillard de Iouri Norstein et par un documentaire sur les taupes, son univers se dessine. Dans ce clip impressionnant, le réalisateur crée un monde onirique empruntant aux contes, à l’enfance, et privilégie l’enchantement généré par des images naïves et bricolées à l’emploi d’effets spéciaux de pointe. Cette naïveté formelle qui, loin d’être exclusive, se combinera plus tard avec la technologie, demeurera pourtant une constante. On la retrouvera dans le goût de Gondry pour les miniatures, les masques et les déguisements, mais aussi dans la récurrence de trucages un rien désuets : les surimpressions évoquant le cinéma muet ou les films de Guy Maddin dans Isobel ou Hyperballad ; le film défilant à l’envers dans Sugar Water, Deadweight ou le bien nommé A l’envers, l’endroit. On pourra aussi, dans le même ordre d’idées, songer à cette constante recherche de la performance (le plan séquence comme obsession ?) qui laisse de côté l’artillerie numérique des sociétés d’effets spéciaux pour lui préférer l’enchantement de la prouesse réalisée devant la caméra. Chez Gondry, l’image sera donc physique, organique, on pourra la triturer, l’inverser, l’étirer (Like a Rollling Stone). Si elle n’est plus simplement cette surface plane, pourquoi, alors, se priver de jouer avec ?

 

Du merveilleux

On demande souvent aux amateurs de rock s’ils sont « Beatles ou Stones ». En matière de cinéma, cette question idiote pourrait se formuler ainsi : « Méliès ou Lumière ? ». Grand amateur des tours de magie de Gérard Majax dans son enfance, Gondry semble évidemment privilégier l’approche du réalisateur du Voyage dans la Lune. De Human Behaviour à Let Forever Be en passant par Everlong, la plupart de ses clips s’aventurent sur les chemins du rêve et du surréalisme. Rares sont ceux s’inscrivant, comme À l’envers à l’endroit, dans un environnement réaliste. Ou alors, comme c’est le cas dans celui, inépuisable, qu’il a réalisé pour Kylie Minogue, il s’agira d’un cadre anodin (ici, une rue parisienne) gagné par la folie, la ritournelle mécanique de la chanteuse trouvant un écho dans des images qui se répètent en boucle : à chaque nouveau couplet, les habitants se dédoublent, deviennent triples puis quadruples. Le résultat, c’est l’un des plus beaux films burlesques de ces dernières années et c’est surtout pour le (télé)spectateur la possibilité de revoir ce film incroyablement ludique plusieurs fois, en trouvant toujours dans les recoins du cadre des surprises étonnantes.

Le cinéma mis en abîme

Un réalisateur de vidéo-clips fait-il du cinéma ? Oui, si l’on prend en compte le format de tournage (du 35 mm, souvent). Non, si l’on s’attache au support de diffusion. Devant ce paradoxe, Gondry aura tenté de trouver une réponse en sortant du petit cadre télévisuel du clip avec La lettre en 1998 puis avec Human Nature, son premier long métrage, en 2001. S’agit-il pour autant de ces films les plus cinématographiques ?

Rappelons que le cinéma est, depuis le début, omniprésent dans les clips de Gondry. En tant qu’influence, bien sûr, mais aussi en tant que forme. Outre cette figure du défilement de la pellicule que l’on peut deviner dans les trains de Bachelorette, Knives Out ou Star Guitar – ce qui nous ramène finalement aux frères Lumière ! – on remarque vite que de nombreux motifs liés au septième art réapparaissent au gré de clips pourtant très différents. Ce sont, par exemple, les surcadrages fréquents (écrans, fenêtres, etc.) qui ne cessent de nous renvoyer notre regard de spectateur. C’est aussi le choix de montrer l’envers du décor, le tournage d’un film dans Lucas with the Lid off, ce clip pouvant d’ailleurs être vu comme la matrice de tous ceux dont la mise en scène reposera sur l’exécution parfaite d’un  plan séquence (Protection, Sugar Water, Knives Out). Plus simplement, on retrouvera le cinéma comme technique avec la projection argentique servant, dans Dead Leaves and the Dirty Ground, à marquer dans un même lieu deux temporalités différentes (Jack White rentre dans son appartement dévasté, sa copine est partie, l’explication de ce qui s’est passé durant son absence se trouvant littéralement projetée sur les murs).

De la même manière, on peut très bien imaginer que la place attribuée au rêve et à ses déclinaisons renvoie à la projection, à cet état de demi-sommeil dans lequel nous plonge le visionnage d’un film. C’est évident quand, à la fin de Deadweight, Beck se retrouve dans une salle de cinéma pour assister au spectacle que nous venons de voir (un peu comme dans L’antre de la folie de Carpenter), mais le meilleur exemple de ce rapport entre le rêve, le cinéma et la réalité se trouve sans doute dans le clip de Let Forever be. Ici, le glissement imperceptible d’images tournées en vidéo à celles filmées en argentique signifie le basculement du réel au rêve. Le rêve, dans ce clip pour les Chemical Brothers, c’est le film, c’est la comédie musicale : une sorte d’univers coloré à la Broadway dont l’envers se trouve symbolisé, sur le plateau où évoluent les danseuses, par une mire de barres renvoyant justement au réel et à la vidéo.

Filmer la musique (1997 – 2003)

Il faut se souvenir, enfin, que Michel Gondry est à la base un musicien. Ancien batteur, les questions de tempo lui sont familières. Certains de ses clips s’appuient sur cette connaissance très précise de la musique qu’il doit filmer. Le plus connu, Around the World pour Daft Punk, proposait ainsi une chorégraphie délirante où chaque groupe de danseurs (certains déguisés en robots, d’autres en squelettes, etc.) symbolisaient les instruments utilisés au moment précis où ceux-ci se manifestaient. Le principe consistant à filmer littéralement ce qu’on entend sera repris pour Star Guitar où ce ne sont plus les danseurs mais des paysages entrevus à travers la fenêtre d’un train qui représentent les boucles entendues dans le morceau des Chemical Brothers. Le paysage se lit alors comme une partition, la subtilité du traitement visuel étant telle qu’il faut s’y reprendre à plusieurs fois pour comprendre la logique mathématique présidant à cette succession de paysages.

Dans son clip pour les White Stripes, The Hardest Button to Button, Gondry a choisi la même approche purement rythmique tout en réussissant à replacer au centre de l’image les musiciens. Une hypothèse nous vient alors à l’esprit : du règne de la musique électronique au pseudo retour du rock à guitares, Gondry serait aussi, au fil de ses clips, un observateur lucide des évolutions de la scène musicale actuelle. Avec The Hardest Button to Button, la boucle infernale lancée par les danseurs automates d’Around the World paraît bouclée : devant l’objectif de Gondry, les rockers ont remplacé les machines déshumanisées et ont su (pour un temps ?) regagner leur place au cœur du plan…

Au même moment, il est intéressant de noter que les Daft Punk ont à leur tour tenté l’aventure cinématographique. Dans Interstella 5555, Thomas Bangalter et Guy-Manuel De Homem-Christo, les deux musiciens invisibles de Daft Punk, sont partis chercher leurs doubles humanoïdes dans un rêve de celluloïd et dans les personnages dessinés par Leiji Matsumoto. Du vidéo-clip au cinéma (les premiers chapitres d’Interstella 5555 furent, rappelons-le, utilisés pour illustrer les singles de l’album Discovery), et au moment-même où Gondry entamait une collaboration fleuve avec les White Stripes, deux orfèvres de la musique synthétique se retrouvaient incarnés par les membres d’un groupe de rock fantasmatique jouant leurs morceaux dans Interstella 5555. Hasard des calendriers et du cheminement artistique des Daft Punk, cette humanisation de la musique électronique via la « japanimation », ce retour des musiciens et de leurs instruments sur le devant de la scène (et devant l’objectif) offrait soudain un pendant passionnant aux propositions avancées par Gondry pour filmer la musique. Comme si, six ans après Around the World et alors que des groupes comme les White Stripes écrivent de nouvelles pages de l’histoire du rock électrique, la musique électronique n’avait à son tour plus d’autre choix que d’en passer par l’incarnation.

S.K. (décembre 2003)

Par Ska - Publié dans : Vidéos musicales - Notes éparses
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Mardi 9 janvier 2007 2 09 /01 /Jan /2007 21:45

Scream, interprété par Michael et Janet Jackson, est réputée pour être la vidéo au budget le plus important de l'histoire de la musique pop. Réalisé par le roi de l'esbrouffe Mark Romanek, celle-ci a en effet coûté, en 1995, la bagatelle de 7 millions de dollars. On peut éventuellement la voir ici. Mais aujourd'hui, pour ne pas encourager l'industrie du disque dans ces dépenses ridicules, on va plutôt regarder le clip le moins coûteux du monde. Et se rendre compte qu'un clip réussi n'est pas affaire d'argent (mais ça, on le savait déjà).

Réalisé par Jérôme Lefdup, le clip présenté ci-dessous interroge, mine de rien, le regard que l'on porte sur la musique filmée, les habitudes de téléspectateur que nous avons prises depuis les années 80 à force d'en visionner. Et c'est assez effrayant sur ce que ça révèle de notre conditionnement car il suffit de quelques mots sur des cartons s'enchaînant en rythme pour que les images évoquées s'incrustent dans nos têtes, tout comme la ritournelle entraînante qu'elles n'illustrent pas... L'idée de ce clip est extrêmement simple et on n'en revient pas que personne n'y ait pensé avant. Aussi malin que le clip ironique d'Alain Chamfort pour Les beaux yeux de Laure (à voir ici).

En convoquant, par les mots seulement, quelques stéréotypes de la forme clip, le réalisateur s'amuse et nous amuse, remettant même par défaut la mise en scène et la grammaire filmique la plus primitive (montage symbolique, découpage sommaire, etc.) au centre des (d)ébats. Et encore, ce dont je vous parle, ce n'est que la première minute du clip. Après, ça dérape et on se croirait dans un détournement de MTV orchestré par des Monty Pythons qui auraient trop regardé de cinéma des origines.

Et puis cette chanson - que je n'aurais pas écoutée en entier sans son pendant visuel - devient, après une ou deux écoutes complètement indissociable de la vidéo. Laquelle aime-t-on le plus des deux ? Impossible à déterminer.

Bon, évidemment, ce clip ne va pas révolutionner l'histoire du genre mais il n'est pas si anodin et si potache qu'il en a l'air. Finalement, un tel procédé ne peut marcher qu'une fois mais il s'accorde bien à la légèreté grivoise de la chanson de Fanny Lefdup.

Pour finir, la mise en ligne toute récente de ce clip a été signalée par Christophe sur quelques blogs musicaux fort intéressants que vous trouverez dans les liens ci-contre (Arbobo, Du bruit qui pense...). Erudit et drôle, le blog dudit Christophe, Pop Hits, le hit-parade chanté (http://pophits.over-blog.com/), vaut le détour pour qui veut en savoir un peu plus sur les grands succès de la variété française des années 70/80.

Trève de discours, place au tube hédoniste de l'été 2007...

 


Par Ska - Publié dans : Vidéos musicales - Notes éparses
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Dimanche 31 décembre 2006 7 31 /12 /Déc /2006 00:58

Alors voilà, Michel Polnareff a sorti un nouveau single. Et c’est une catastrophe qui ferait presque regretter son précédent délit, le sirupeux Je rêve d’un monde en 1998. Tant d’années d’attente et les rumeurs sur son perfectionnisme l’empêchant de livrer un nouvel album pour en arriver à cette chanson atroce…

Déjà que la Star Academy avait, ces derniers mois, dénaturé ses chansons les plus belles et ressorti ses pires daubes. Heureusement que les places pour Bercy étaient toutes vendues avant le démarrage de la nouvelle saison de l’émission : ça évitera les malentendus. Encore que… TF1 sponsorisant les concerts, on n’est pas à l’abri de l’irruption sur scène d’un(e) recalé(e) de la télé-réalité…

Mais revenons à cette nouveauté au titre hideux : Ophélie Flagrant Des Lits. Globalement, la discographie post-eighties de Polnareff ne vaut pas grand chose, mais à l’écoute de ce morceau-là on est tenté de réévaluer ses pires chansons (même LNA HO, c'est dire !). Avant Bercy, en mars, le chanteur à bouclettes voudrait doucher l’enthousiasme de ses fans qu’il ne s’y prendrait pas autrement. Il ne manquerait plus qu’il sorte réellement un nouvel album – comme je l’ai lu récemment – en février… Ben, non, finalement, Michel, t’es pas obligé. Ou alors, promets-nous d’oublier Pro-Tools, de lâcher ton home-studio et de réembaucher Pierre Grosz pour les textes…

Bon, il y a quand même pour ladite chanson un clip visible sur le site officiel du chanteur (www.polnaweb.com). Il est au moins aussi affligeant que le texte qu’il illustre. Mais il est aussi extrêmement révélateur. Polnareff y cultive cette absence, cette distance qui sont devenues sa marque de fabrique : à sa voix noyée, transformée sous des couches d’effets répond toujours cette volonté de ne pas apparaître, de ne plus se montrer, de jouer la carte du mystère (seule entorse à cette règle, son duplex il y a quelques mois dans le journal télévisé de TF1 pour annoncer son retour en France). Du coup, ce titre apparaît encore plus clairement pour ce qu'il est, comme une parodie involontaire de ce que le chanteur composa de pire. Avatar actualisé d’une star d’antan, Polnareff semble cultiver aujourd’hui une image qui n’a plus grand rapport avec ce qu’il est devenu. Il n’est physiquement nulle part, inaccessible, et sa musique semble, elle, bel et bien perdue dans les années 80 (voix retraitée au vocoder, rythmiques synthétiques, on se croirait revenu aux oubliables albums Bulles ou Incognito…). Les affiches de Bercy présentent d’ailleurs un visage stylisé, flou, aux contours fluos renvoyant à son look d’alors. Intemporel, certes, mais aussi cruellement à côté de la plaque aujourd’hui…

Parlons enfin du plus intéressant dans ce clip, avec l’apparition de Jean-Paul Rouve pour jouer durant quelques secondes le rôle de Polnareff. Oui, l’ex-Robin des Bois, celui-là même qui interprétait un sosie du chanteur dans l’infâme Podium de Yann Moix. Cette image altérée du chanteur, elle est d’abord fugace, diffusée par un écran d’ordinateur planqué dans un coin du cadre. Cela rappelle bien évidemment les apparitions déjà fantomatiques de Polnareff dans les écrans du clip de Goodbye Marylou, sa dernière chanson à peu près digne. Pourtant, le problème, c’est que de ce jeu sur le sosie, le clip ne fait rien. C’est juste un clin d’œil débile, sans intérêt, une façon de raccorder l’esthétique année 80 avec le cynisme du XXIe siècle. Dans un clip d’Emilie Chedid pour –M– Vincent Lindon jouait, sur un principe proche, le rôle du chanteur à la coupe étrange durant les trois quarts d’une excellente vidéo (à voir ici). Le développement du récit justifiait l’utilisation de cet avatar, quand le faux Polnareff d’Ophélie n’est qu’un rappel malin et opportuniste à destination des jeunots qui ne connaissent de lui que son sosie de cinéma.

A Bercy, Polnareff ne pourra plus se planquer derrière les images et les masques. La légende – bien entamée ces jours-ci – risque d’en prendre un coup. Réponse le 2 mars…

Par Ska - Publié dans : Vidéos musicales - Notes éparses
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Samedi 18 novembre 2006 6 18 /11 /Nov /2006 16:05

A l'heure où sort le formidable premier album solo de Jarvis Cocker, pourquoi ne pas redécouvrir le clip du non moins formidable This is Hardcore de Pulp, réalisé par Doug Nichol en 1998 ?

Si les professionnels du clip ont du mal, généralement, à dissimuler leurs complexes par rapport au septième art, la fascination pour le cinéma hollywodien de l'âge d'or est ici totalement assumée. Mais quand Jarvis se fait son cinéma, ça n'est jamais très classique...

On se souvient du mauvais clip qu'avait réalisé David Lynch pour Chris Isaak (Wicked Game). Or, c'est plutôt derrière celui-ci qu'on l'aurait bien imaginé... Hollywood et Mullholland Drive bien sûr... La fascination avérée pour le mélodrame et le film noir... Puis au détour d'un plan, ne jurerait-on pas voir, dans le Jarvis Cocker titubant au milieu des danseuses, David Bowie apparaissant, tel un fantôme, dans Twin Peaks, Fire Walk With me ?

Twin Peaks, Fire Walk With Me & Mullholland Drive de David Lynch
Par Ska - Publié dans : Vidéos musicales - Notes éparses
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