Vidéos musicales - Notes éparses

Vendredi 15 septembre 2006

Quelques clips de Michel Gondry (dont on préférera oublier l'assez navrante Science des rêves) intègrent le principe d'un dédoublement sans fin :

- Come Into my World pour une Kylie Minogue - et tout ce qui l'entoure (gens, objets, etc.) - qui se dédouble à chaque nouveau couplet (voir le clip et son analyse ici)

- The Hardest Button to Button où c'est la batterie et les amplis des White Stripes qui se démultiplient au fur et à mesure de la progression rythmique de la chanson

 - Ride, réalisé avec Olivier Gondry pour The Vines (voir ci-dessous), où ce ne sont pas, comme chez les White Stripes, les instruments qui se démultiplient, mais ceux qui en jouent. A l'instar de Come Into my World, Ride commence tranquillement, de manière anodine (une pseudo-captation live de plus ?) jusqu'à l'explosion sonique du refrain qui se double par l'irruption à l'écran de nombreux avatars guitaristes, batteurs, bassistes, etc. Comme dans le clip de Kylie Minogue, le cadre s'emplit, devient trop étroit, menace d'exploser tandis qu'enflent les distorsions électriques provoquées par le groupe. Effet de sidération garanti.


Par Ska
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Vendredi 15 septembre 2006
 

Un deuxième exemple des moyens utilisés par Michel Gondry pour dynamiser, par le jeu du montage, une captation live.
 
"Comme les White Stripes déconstruisent la musique pour la reconstruire à leur manière, j'ai décidé de reconstruire leur performance. (...) Je venais de les voir sur scène et j'avais envie de faire quelque chose où on les voit jouer. Il y avait dans ce morceau une structure très géométrique. On a donc acheté trente-deux batteries identiques, on les a disposées dans le paysage en fonction de ce qu'on entendait. Après, il s'agissait de décliner toutes les formes géométriques possibles par rapport au rythme et aux éléments de la batterie utilisés". (Michel Gondry dans Bref n°60, printemps 2004)
 
Par Ska
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Dimanche 17 septembre 2006
Accentuant, d'une certaine manière, le parti-pris du clip de Gondry pour les White Stripes (ici), celui de The View From the Afternoon des Arctic Monkeys, réalisé par Wiz, s'attache à la seule figure du batteur, allant même jusqu'à faire de lui l'incarnation du groupe en son entier. Les autres musiciens ne seront pas filmés, la progression de la chanson jusqu'à son terme reposant entre les seules mains ensanglantées d'un batteur au bord de l'épuisement.
A l'inverse du clip de Gondry, par contre, ce clip-ci opère plutôt par soustraction, vidant l'espace entourant le batteur là où Gondry l'emplissait de batteries et d'amplis démultipliés.
Et à l'espace clos et saturé que le même Gondry filmait pour The Vines (ici), succède dans ce clip un espace ouvert et dépeuplé où, une fois n'est pas coutume, le spectateur pourra se concenter sur celui qu'on ne voit généralement pas (le batteur) plutôt que sur un énième charismatique chanteur...
 
 

 
Par Ska
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Mardi 19 septembre 2006
A propos de quatre réalisateurs récemment compilés en dvd, reprise d'un texte publié l'an dernier dans Bref n°69

Après Michel Gondry, Spike Jonze et Chris Cunningham, la précieuse collection « The Work of Director » livrait en 2005 quatre nouveaux dvd, cette fois-ci consacrés aux clips de Mark Romanek, Anton Corbijn, Stéphane Sednaoui et Jonathan Glazer.
Moins enthousiasmants que les trois premiers volumes, où chacun possédait un univers des plus personnels, les réalisateurs choisis ici étaient avant tout d’habiles faiseurs. Leurs clips, s’ils ne permettaient pas de pointer l’existence d’un génie méconnu, donnaient l’occasion d’une immersion dans une forme travaillée par des questions passionnantes quant au rapport musique/image. Entre facilités irritantes et inspirations inespérées, petite revue d’un genre parfois passionnant à travers le travail de quatre réalisateurs-phare.

Live, sidération et pyrotechnie

La principale question que pose le clip tient à la position de l’artiste dans la vidéo. Le filmera-t-on ? Chantera-t-il ? Devra-t-il jouer la comédie ? Si Glazer est, des quatre réalisateurs, celui qui s’affranchit le plus de la nécessité de filmer les interprètes, Romanek est sans doute celui qui leur est le plus fidèle. Tous ses clips filment la performance. Avec lui, quoique dans des conditions particulièrement difficiles (il a une réputation de tyran perfectionniste), les artistes font leur travail. Si, exceptionnellement, il demande un jour à un chanteur de jouer la comédie, ce sera, comme par hasard, à un familier des plateaux de cinéma tel David Bowie pour le clip de Jump They Say.
Logiquement, Romanek est donc devenu maître dans l’art de filmer le live. Il dit lui-même privilégier l’énergie se dégageant des images. Are you Gonna Go my Way pour Lenny Kravitz en témoigne, mettant en valeur, comme rarement dans un clip, l’authenticité d’une performance et l’énergie d’un morceau au riff imparable. La captation a aussi cela d’intéressant chez Romanek qu’elle peut tendre vers l’abstraction ou vers la pure sidération visuelle. Dans son clip pour Linkin’Park, il choisit de filmer le groupe de dos, à contre-jour, depuis le fond de la scène, pour mettre en valeur la foule qui écoute. Les silhouettes, les ombres des musiciens s’apparentent alors à des pulsations visuelles scandées par un jeu d’éclairages impressionnant. Dans un registre proche, la prestation d’Audioslave, juché sur un échafaudage branlant, juste sous les explosions d’un feu d’artifice démesuré, a donné lieu récemment au clip le plus enthousiasmant de Romanek, celui où son goût pour le vertige visuel et les jeux de lumière s’est exprimé le plus nettement (ici). S’aventurant dans ce domaine de pur plaisir formel, jamais loin de l’esbroufe, Stéphane Sednaoui signa, en 1997, l’un des meilleurs clips de U2 en imaginant le groupe de Bono livrant sa prestation à l’intérieur d’une gigantesque boule à facettes. Effet saisissant : la télé couleur semble avoir été inventée pour diffuser le clip kaléidoscopique de Discotheque.
 
Paradoxe du playback
Qui dit performance live dans un clip dit paradoxalement recours au playback. Si les artistes chantent, ils ne le font plus forcément devant un micro et les guitares ne sont pas forcément branchées. Le clip est le terrain de l’illusion, de la simulation. On y fait semblant, à l’image de Nick Cave dans ce clip d’Anton Corbijn où, pourtant sur une scène de théâtre, il évite ostensiblement de chanter dans le micro se dressant devant lui (voir ici). Plus fréquemment, aussi, on chante, mais partout sauf dans un studio d’enregistrement ou dans une salle de concert. On se rapproche alors un peu d’une logique de comédie musicale où le fait de chanter n’est même plus motivé par le lieu ou le contexte (exemple : Alanis Morissette dans sa voiture pour Ironic, réalisé par Sednaoui). On ne compte plus les clips où un interprète déambule dans la rue en chantant pour la caméra. Ces déambulations s’accompagnent le plus souvent de pénibles travellings arrière (ceux de Romanek pour Jay-Z ou Mick Jagger) et d’un montage faisant se succéder des lieux uniquement choisis pour leur photogénie. Ce procédé paresseux s’oppose au live en abolissant la notion d’espace à occuper, de scène. Le montage se charge de tout. Comme si le plus important était de trouver le bon décor. Quitte à sombrer dans le n’importe quoi quand on demande au leader des Rolling Stones de chanter dans une chambre froide.
 
Les fantômes du 7e art
Néanmoins, trouver le bon décor fait parfois le bon clip. Nous parlions de Discotheque de U2, on peut aussi penser à deux clips réalisés par Glazer pour Massive Attack et Blur. Le premier, hommage à quelques films perturbants, se déroule dans un hôtel influencé par celui de Shining. Dans le second, Blur joue sur une scène plantée dans un lieu rappelant Orange mécanique, tandis que son chanteur, Damon Albarn, n’en finit pas de singer les mimiques de Malcolm Mc Dowell dans le film de Kubrick. Si Glazer, auteur, depuis, du troublant long métrage Birth, est le moins prolifique des quatre réalisateurs, c’est aussi celui qui, d’emblée, lorgnait le plus vers le septième art. Rabbit in your Headlights pour Unkle en témoigne en ne montrant jamais le chanteur et en convoquant l’acteur Denis Lavant pour une mini-fiction tendant clairement vers le court métrage. Il faudrait aussi mentionner les clips réalisés par Romanek pour Nine Inch Nails, sorte de digest expérimental mêlant le gothique le plus sombre aux visions horrifiques des frères Quay ou de Eraserhead. Et si, bien souvent, des longs métrages se dissimulent, tels des fantômes, sous un clip ou derrière certaines de ses images (Jump They Say de Romanek/Bowie et ses hommages appuyés à Alphaville et La jetée), ça nous rappelle que le clip se nourrit de tout, à commencer de ce grand frère vers lequel les regard des réalisateurs se tournent, de leur propre aveu, avec envie.
 
Dualité du clip
Cette ambiguïté, d’ailleurs, n’est que rarement résolue, et trop nombreux sont ceux qui ne choisissent pas ce qu’ils veulent filmer. Tiraillée entre la volonté de fiction et l’enregistrement de la performance, cette hésitation produit les clips les plus répandus. On y voit alterner ad libitum les plans convenus sur les interprètes avec une fiction hors de propos ou, pire encore, avec des images esthétisantes (des portraits de miséreux, souvent…) présentes pour faire joli ou pour renforcer artificiellement une prestation faiblarde. Cette plaie du montage parallèle, on la retrouve trop souvent chez Romanek (voir – ou ne pas voir – ses clips pour REM, KD Lang ou Janet Jackson) tandis que d’autres réussissent à la contourner intelligemment. Si l’histoire que filme Sednaoui pour les Black Crowes n’a rien à voir avec la performance du charismatique chanteur qu’il veut aussi montrer, il s’en sort en faisant de lui une sorte d’ange observant de haut les malheurs de la prostituée interprétée par une toute jeune Sofia Coppola. Le plus ingénieux, à ce petit jeu, fut pourtant Corbijn avec Hero of the Day. Les membres du groupe Metallica y apparaissent bel et bien, mais toujours dans les images d’un téléviseur, au gré du zapping de son héros, tels les acteurs des différents programmes qu’il regarde (western, émission de jeu, etc.).
 
J'aurais pu parler aussi de l’emploi du noir et blanc, évoquer ces chanteurs gesticulant face à des objectifs grand angle, rappeler l’importance des costumes et des accessoires (pour tout cela, voir le dispendieux Scream interprété par Michael et Janet Jackson et filmé par Romanek), mais la place manque tant le clip, genre pluriel et paradoxal, ne cesse de se répéter tout en se renouvelant. Les quelque 80 clips que proposent les volumes 4, 5, 6 et 7 des dvd édités par Labels offrent un bon résumé de ce que le genre propose. Du pire au meilleur. L’excellence, elle, se niche toujours dans le volume 3, consacré à un certain Michel Gondry.
 
Par Ska
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Vendredi 29 septembre 2006


Walkie Talkie Man
de Michel Gondry

 
Il y a quelque temps - avant de se perdre dans son imaginaire et dans ses marottes regressives (décidément, je ne peux m'empêcher de préciser à nouveau à quel point je n'aime pas La science des rêves) - Michel Gondry enthousiasmait en proposant à chaque nouveau clip un nouveau concept. Chose encore vérifiable il y a deux ans avec cette vidéo réalisée pour un obscur groupe néo-zélandais dont le principal fait d'armes fut d'avoir son morceau popularisé par une publicité pour I-Tunes.
Si l’on pense un peu en voyant ces images aux musiciens de Supergrass transformés en poupées de chiffons pour le jubilatoire Pumping on Your Stereo réalisé par Garth Jennings, ce clip se double à mes yeux d’une critique implicite de l’industrie musicale. Dans ces trois minutes de fureur tricotées par Gondry, les jeunes rockers de Steriogram – surlookés, sur-produits, vaguement crétins – s’apparentent bel et bien à des pantins, à des marionnettes dont les fils seraient tirés par d’autres : par des producteurs malins postés derrière leur console et, plus encore, par le réalisateur lui-même. Car dans Walkie Talkie Man – entre un clin d’œil à King Kong et un autre à Bolide (l’un de ses premiers clips) – Gondry apparaît pour la première fois dans son propre rôle.
Tandis que les musiciens grattent leurs molles guitares dans un studio d’enregistrement tenant lieu de décor au tournage de la vidéo, il y a derrière cette apparition quelque chose qui nous parle de la construction d’un groupe par l'image. Deux ans plus tard, on ne sait d'ailleurs plus qui est Steriogram mais on se souvient assurément de ce clip.
Un temps boudé par l’industrie musicale, le clip retrouvait là sa fonction toute-puissante de modelage avec un Gondry prenant l’ascendant sur des musiciens ne se rendant sans doute pas compte du mauvais tour qu’on leur jouait (à l'inverse, si l’on parle encore de Fell in Love with a Girl comme du clip en Légo du réalisateur, ce n’est jamais au détriment des White Stripes qui avaient, eux, l’avantage d’être connus bien avant qu’il les filme). Steriogram fut donc le groupe d’un seul single. Et cette entrée en matière impressionnante servit finalement plus la cause du clip et du cinéma que celle d’un groupe d'emblée pressenti médiocre.
Filmant à sa manière la naissance d’un tube dans une vidéo dont le ludisme auto-célébratif consacrait rien moins que l’étendue de son talent, Gondry apparaissait bel et bien là tel le premier réalisateur-star de l’histoire du clip.

NB : Dans cette façon de "signer" un clip et d'affirmer la place souveraine du réalisateur, on peut penser aussi à la démarche d'un Roman Coppola lorsqu'il réalisa Funky Squaredance pour Phoenix (voir ici).

Par Ska
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Lundi 9 octobre 2006
Les idées les plus simples donnent parfois des clips mémorables.
Celui-ci, réalisé par Émilie Chédid pour le premier single de Mathieu Boogaerts en 1995, faisait de la durée de la chanson le temps nécessaire à la transformation de Mathieu en Boogaerts. Plus proche de la performance que de la captation traditionnelle, ce clip pointait peut-être aussi, en filigrane, la nécessité de présenter un look "acceptable" pour passer à la télé à une heure de grande écoute. Le clip pour faire partie du flux ? Pour gommer les différences ?





Par Ska
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Jeudi 12 octobre 2006


NY Excuse de Soulwax a en commun avec They Live (Invasion Los Angeles) de John Carpenter un aspect brut, ouvertement politique, qui donne à ce clip une coloration engagée le rapprochant d'un certain cinéma expérimental ou, plus précisément, du "film-tract". Une même cible désignée : la société de consommation. Mais peu de points communs, pourtant, entre le recours au "found footage" des belges de Soulwax et l'approche classique (proche de la série B fifties) d'un Carpenter. Pourtant, les injonctions qui barrent l'écran pour pousser protagonistes ou téléspectateurs à consommer ou à obéir aux règles dressent bel et bien, l'espace de quelques secondes, un pont inattendu entre eux... De là à ce que les membres de Soulwax (ou les 2 Many DJ's, leur projet parallèle) samplent l'une des formidables B.O. composées par Carpenter, il n'y a qu'un pas...

They Live de John Carpenter (1988)
Par Ska
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Vendredi 20 octobre 2006

 

 

On sait à quel point, souvent, le clip repose sur des effets de sidération, sur un pur plaisir de la forme, de la stimulation visuelle, qui laisse le sens et la signification loin derrière l'expérience sensorielle. Le jeu sur les couleurs, sur la luminosité, le recours à la pyrotechnie peuvent dès lors devenir des éléments déterminants quand il s'agit de traduire visuellement la pulsation produite par la musique (pensons simplement au déferlement lumineux du Discotheque de U2 ou aux feux d'artifice du Cochise d'Audioslave).

Paradoxalement, ce clip de Kojak s'appuie sur un effet de sidération traditionnel - l'explosion : figure banale du cinéma d'action hollywoodien - qu'il vide de sa substance spectaculaire en le ralentissant jusqu'à l'abstraction plastique. Le décalage entre la "house" rapide et rythmée et ce plan séquence ralenti provoque un effet d'étrangeté saisissant. On regrettera juste que le principe ne soit pas tenu jusqu'au bout, certains éléments (retouchés numériquement, imagine-t-on) venant s'écraser à vitesse réelle devant la caméra...

Par Ska
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Samedi 18 novembre 2006

A l'heure où sort le formidable premier album solo de Jarvis Cocker, pourquoi ne pas redécouvrir le clip du non moins formidable This is Hardcore de Pulp, réalisé par Doug Nichol en 1998 ?

Si les professionnels du clip ont du mal, généralement, à dissimuler leurs complexes par rapport au septième art, la fascination pour le cinéma hollywodien de l'âge d'or est ici totalement assumée. Mais quand Jarvis se fait son cinéma, ça n'est jamais très classique...

On se souvient du mauvais clip qu'avait réalisé David Lynch pour Chris Isaak (Wicked Game). Or, c'est plutôt derrière celui-ci qu'on l'aurait bien imaginé... Hollywood et Mullholland Drive bien sûr... La fascination avérée pour le mélodrame et le film noir... Puis au détour d'un plan, ne jurerait-on pas voir, dans le Jarvis Cocker titubant au milieu des danseuses, David Bowie apparaissant, tel un fantôme, dans Twin Peaks, Fire Walk With me ?

Twin Peaks, Fire Walk With Me & Mullholland Drive de David Lynch
Par Ska
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Dimanche 31 décembre 2006

Alors voilà, Michel Polnareff a sorti un nouveau single. Et c’est une catastrophe qui ferait presque regretter son précédent délit, le sirupeux Je rêve d’un monde en 1998. Tant d’années d’attente et les rumeurs sur son perfectionnisme l’empêchant de livrer un nouvel album pour en arriver à cette chanson atroce…

Déjà que la Star Academy avait, ces derniers mois, dénaturé ses chansons les plus belles et ressorti ses pires daubes. Heureusement que les places pour Bercy étaient toutes vendues avant le démarrage de la nouvelle saison de l’émission : ça évitera les malentendus. Encore que… TF1 sponsorisant les concerts, on n’est pas à l’abri de l’irruption sur scène d’un(e) recalé(e) de la télé-réalité…

Mais revenons à cette nouveauté au titre hideux : Ophélie Flagrant Des Lits. Globalement, la discographie post-eighties de Polnareff ne vaut pas grand chose, mais à l’écoute de ce morceau-là on est tenté de réévaluer ses pires chansons (même LNA HO, c'est dire !). Avant Bercy, en mars, le chanteur à bouclettes voudrait doucher l’enthousiasme de ses fans qu’il ne s’y prendrait pas autrement. Il ne manquerait plus qu’il sorte réellement un nouvel album – comme je l’ai lu récemment – en février… Ben, non, finalement, Michel, t’es pas obligé. Ou alors, promets-nous d’oublier Pro-Tools, de lâcher ton home-studio et de réembaucher Pierre Grosz pour les textes…

Bon, il y a quand même pour ladite chanson un clip visible sur le site officiel du chanteur (www.polnaweb.com). Il est au moins aussi affligeant que le texte qu’il illustre. Mais il est aussi extrêmement révélateur. Polnareff y cultive cette absence, cette distance qui sont devenues sa marque de fabrique : à sa voix noyée, transformée sous des couches d’effets répond toujours cette volonté de ne pas apparaître, de ne plus se montrer, de jouer la carte du mystère (seule entorse à cette règle, son duplex il y a quelques mois dans le journal télévisé de TF1 pour annoncer son retour en France). Du coup, ce titre apparaît encore plus clairement pour ce qu'il est, comme une parodie involontaire de ce que le chanteur composa de pire. Avatar actualisé d’une star d’antan, Polnareff semble cultiver aujourd’hui une image qui n’a plus grand rapport avec ce qu’il est devenu. Il n’est physiquement nulle part, inaccessible, et sa musique semble, elle, bel et bien perdue dans les années 80 (voix retraitée au vocoder, rythmiques synthétiques, on se croirait revenu aux oubliables albums Bulles ou Incognito…). Les affiches de Bercy présentent d’ailleurs un visage stylisé, flou, aux contours fluos renvoyant à son look d’alors. Intemporel, certes, mais aussi cruellement à côté de la plaque aujourd’hui…

Parlons enfin du plus intéressant dans ce clip, avec l’apparition de Jean-Paul Rouve pour jouer durant quelques secondes le rôle de Polnareff. Oui, l’ex-Robin des Bois, celui-là même qui interprétait un sosie du chanteur dans l’infâme Podium de Yann Moix. Cette image altérée du chanteur, elle est d’abord fugace, diffusée par un écran d’ordinateur planqué dans un coin du cadre. Cela rappelle bien évidemment les apparitions déjà fantomatiques de Polnareff dans les écrans du clip de Goodbye Marylou, sa dernière chanson à peu près digne. Pourtant, le problème, c’est que de ce jeu sur le sosie, le clip ne fait rien. C’est juste un clin d’œil débile, sans intérêt, une façon de raccorder l’esthétique année 80 avec le cynisme du XXIe siècle. Dans un clip d’Emilie Chedid pour –M– Vincent Lindon jouait, sur un principe proche, le rôle du chanteur à la coupe étrange durant les trois quarts d’une excellente vidéo (à voir ici). Le développement du récit justifiait l’utilisation de cet avatar, quand le faux Polnareff d’Ophélie n’est qu’un rappel malin et opportuniste à destination des jeunots qui ne connaissent de lui que son sosie de cinéma.

A Bercy, Polnareff ne pourra plus se planquer derrière les images et les masques. La légende – bien entamée ces jours-ci – risque d’en prendre un coup. Réponse le 2 mars…

Par Ska
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