« Coqui’ette, la mauviette ! Coqui’ette, la mauviette ! », réclame-t-elle à nouveau en désignant l’étagère hors de
sa portée, celle où sont posés les CD aux dimensions hors normes, les coffrets Nuggets, les boitiers Deluxe, les éditions Collector, ce genre de choses…
Au départ, je savais bien que je le lui ferais écouter, mais je la pensais pour l’instant trop petite. Et puis j’avoue, oui, je l’avais surtout acheté pour moi (pour elle et pour son frère plus tard aussi bien sûr) ce livre-disque signé Florent Marchet et Arnaud Cathrine. J’aimais tant les disques de l’un et les livres de l’autre que ce deuxième projet signé à deux – après Frère animal (sombre récit de crise décliné sous forme de disque, de livre et de spectacle) et quelques chansons somptueuses sur l'album Rio Baril – je l’attendais avec impatience ; depuis qu’il avait été annoncé sur la page Facebook du chanteur il y a quelques mois déjà.
Etre par deux fois père y était sûrement pour beaucoup aussi, avec, sans doute, le contentement anticipé de pouvoir partager bientôt avec mon aînée le goût qui était le mien pour les mélodies et les arrangements de Florent Marchet, un peu moins sans doute – ou alors bien, bien plus tard, souhaitons-le – pour l’acidité de ses textes…
La première fois, c’était un samedi, il y a deux semaines. Il a suffi de l’écouter une fois ensemble, elle assise sur mes genoux, moi doublant doucement la voix de la narratrice, pour qu’à deux ans et des poussières Lola fasse de Malo, ce garçon au dos duquel pousse une mystérieuse coquille, un de ses nouveaux héros. Au début, ce furent surtout les illustrations d’Aurélie Guillerey (dont il faut souligner comme elles sont la charpente de l’œuvre pour l’œil d’un enfant) qu’elle commenta avec allégresse, qui provoquèrent des réactions ponctuelles, pas toujours reliées à l’intrigue générale d’ailleurs. Et les chansons qui s’intercalaient dans la narration prise en charge par Julie Depardieu, elles avaient même, au début, provoqué quelques récriminations. « Non, pas ça ! ». Pourtant, sitôt le court disque terminé, il fallut le remettre, le réécouter, et au fil des passages, de jour en jour, les chansons aussi s’installèrent.
« Coqui’ette, la mauviette ! Coqui’ette, la mauviette ! », réclame-t-elle à nouveau en sautillant sur place.
Désormais, même, elle peut esquisser quelques déhanchements quand les chansons se déclenchent. Elles ne la dérangèrent finalement qu’à la toute première écoute, peu habituée qu’elle était à ce que, sa mère ou moi, on se mette à chanter au beau milieu d’une lecture. Moi, à l’inverse, à chaque fois désormais, je les attends, avec presque – oui, c’est injuste – l’envie de zapper l’histoire. Car, chantées par Jeanne Cherhal, par Mathieu Boogaerts, par Valérie Leulliot ou par les deux auteurs, elles s’inscrivent musicalement dans la lignée parfaite de trois albums studio ô combien précieux.
Alors, oui, c’est agréable de penser que Lola écoute aussi Florent Marchet. Et on ne peut que se réjouir du fait que la manne actuelle des disques pour enfants produise parfois de bien belles réussites pop. Loin de Steve Waring ou de Henri Dès, chanteurs d’enfances à qui on conserve toutefois toute notre affection de déjà-presque-plus-trentenaire…







"Quand je pense à Queen, toute ma vie me revient…"
Décrire le rock. Écrire le rock. La geste de ses héros. François Bon, infatigable, y retourne. Après les Rolling Stones (une somme), un an seulement après Bob Dylan (le récit-puzzle
forcément déceptif d’une entreprise impossible), c’est donc, cette fois-ci, "un portrait de Led Zeppelin", titré tout simplement Rock’n roll. Le meilleur des trois peut-être… Celui dont
le titre – limpide – s’affranchit, mine de rien, de la posture du biographe pour enfin se confronter au genre musical vénéré. Directement. Avec gourmandise. "Un portrait", donc, plutôt qu’"une
biographie" : la nuance est d’importance.
Si François Bon, lorsqu’il cite Page, Plant, Jones ou Bonham prend soin de conserver les mots en anglais et de les traduire brillamment dans la foulée (ah ! les aphorismes de
Bonham), c’est bien que la musicalité de la langue ne saurait être trahie, partie prenante de son projet littéraire.
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