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5 juillet 2013 5 05 /07 /juillet /2013 00:00

Presque un an après son précédent passage à Paris (les 4 et 5 juillet 2012 à Bercy), le E Street Band revenait par ici samedi dernier, au Stade de France cette fois. Le Stade de France, j’y avais été en mai 2003, il y a dix ans, pour lui, pour la fin de la tournée "The Rising". C’était d’ailleurs jusqu’à ce week end le seul concert que j’avais vu là-bas. Sans doute n’était-ce pas un grand concert, mais j’en garde un souvenir précis et ému pour les conditions dans lesquelles il s’était déroulé. Sous une pluie intermittente d'abord. Et soudés dans l’émotion du moment avec un ami cher qui m'accompagnera trois autres fois voir Springsteen ensuite (en 2005, en 2006 et en 2008) mais qui est parti vivre de l'autre côté de l'Atlantique depuis cinq ans. Souvenir du concert qui débute sous la pluie, de Bruce qui entonne (comme il le fait assez régulièrement, depuis, les jours de pluie) Who’ll Stop the Rain de Creedence Clearwater Revival (morceau parlant, on le sait, d’une toute autre "pluie" d’ailleurs) et l’averse qui s’arrête aussitôt. Puis qui reprendra sporadiquement pendant le concert jusqu’à un Dancing in the Dark rendu magique, plus de deux heures et demi après, par le déluge qui tombe sur la foule dans la fosse, cette foule compacte, entraînée par la musique et qui fait bloc, contre mauvaise fortune bon cœur. Un grand souvenir.

Le concert de samedi dernier ne comptera pas parmi les plus mémorables de la petite dizaine de shows de Springsteen auxquels j’ai assistés depuis vingt ans. La faute au Stade de France sans doute un peu. La faute à une setlist honorable mais peu surprenante plus sûrement. Il est vrai qu’il était difficile de rivaliser avec le second concert parisien de 2012, ses 3h38, sa setlist en montagnes russes, et l’émotion particulière, toute personnelle, qui fit de ce show le plus beau de tous pour moi (lire ici). À ce sujet, et juste pour l’anecdote, Lou, mon fils (qui est, rappelons-le, né le 5 juillet 2012, quelques heures avant ce fameux concert de Bercy), fit ses premiers pas trébuchants (The Rising !) ce samedi 29 juin 2013, quelques heures, justement, avant que je parte pour le Stade de France. C'est trop beau pour être vrai ? Pourtant, je n’invente rien !

 

On arrivait donc, avec mon "E Street Buddy" Christophe, deux heures avant le début du concert. On se plaçait pas trop mal sur l’immense pelouse. Restait à attendre. Fébriles. Excités. Jubilant déjà. Un rendez-vous avec Bruce Springsteen, ça avait toujours quelque chose d’exceptionnel, on savait qu’on passerait un moment magique. Forcément. Vers 17h40, alors que gradins et tribunes sont quasiment vides et que la pelouse se garnit doucement, une surprise. Bruce, en tee-shirt blanc débraillé et lunettes de soleil sur le nez se pointe sur scène, guitare acoustique en bandoulière. On avait vu la vidéo de l’ouverture des portes au même endroit en 2003, on ne fut donc presque pas surpris. Un petit quart d’heure. Trois titres pour les premiers arrivés. This Hard Land, Burning Love et Growing Up puis un « See you later ! » amical, simple comme bonjour, qui nous renverse. Là, dans ces quelques minutes, toute la générosité de Springsteen, tout son respect, si souvent vanté, pour son public.

Deux heures plus tard, vers 19h40, entrée en scène "officielle" de l’idole et du E Street Band renforcé d’une section de cuivres et de choristes, comme l’an dernier (normal, c'est la même tournée). Ça commence, sans réelle surprise, par Badlands et Out in the Street qu'on a déjà apprécié live en d'autres occasions. Tout va bien. Les jeunes espagnol-e-s à côté de moi ont vingt ans, guère plus, pourtant ils connaissent tout par cœur. C'est étonnant. Suit Lucille de Little Richard, joué pour la première fois et suggéré, comme c’est devenu la tradition, par les pancartes que les fans des premiers rangs tendent au Boss, pancartes cartonnées aux doléances aléatoires parmi lesquelles il négocie les virages de sa setlist. Puis des extraits de Wrecking Ball (très beau dernier album), un immense Spirit in the Night à l’entame chamanique, et vient la surprise réservée à son public français. Ça fait un moment que Springsteen aime à jouer ses albums dans leur intégralité (cela fit même l’objet il y a trois ans d’une mini-tournée américaine), il a refait le coup avec Born to Run ou Darkness on the Edge of Town quelques jours auparavant... Il annonce donc, cette fois-ci, qu’il va jouer l'album Born in the USA du début jusqu’à la fin. Bon, ok. C’est une bonne et une mauvaise nouvelle. Une bonne parce que cela nous promet des morceaux gigantesques (Downbound Train, I’m Going Down, No Surrender, Dancing in the Dark). Une mauvaise parce qu'il en a déjà joué pas mal l'an dernier et parce qu’on rentre sur l’autoroute, parce qu’on sait que pendant une heure le paysage ne changera pas. Et qu’on ne sera pas surpris.

En cela, le concept de l’album joué intégralement est en contradiction avec le plaisir que dispense généralement un concert du E Street Band. À savoir, naviguer dans quatre décennies de musique, jouer un tube incontournable et juste après une rareté, renouveler pour un tiers (à peu près) la setlist chaque soir. Bref, si on a douze titres de Born in the USA, ça veut dire qu’on en aura bien moins des albums des années 70 qu’on aime évidemment beaucoup plus que celui-là. Et qu'on n'aura sûrement pas non plus la surprise de voir débouler un titre du sous-estimé Tunnel of Love qui lui succéda. Pas grave. Springsteen demeure immense en concert, son groupe quoique vieillissant est à l’avenant. Le plaisir est là. Sur scène et dans la foule. Les gimmicks s’enchaînent dans la bonne humeur (la fille qui monte danser sur Dancing in the Dark, la fillette qui vient chanter sur Waiting on a Sunny Day, Bruce et Steve Van Zandt qui font leur numéro de duettistes burlesques sur Glory Days ou Ramrod, l'hommage à Clarence Clemons sur Tenth Avenue Freeze Out). La setlist est peut-être moins surprenante que celle du Parc des Princes il y a cinq ans, la version carnavalesque de Pay Me my Money Down a beau nous faire penser à une émission de Patrick Sébastien bien plus qu’à Pete Seeger, la magie opère toujours. Et après un American Land où Springsteen chante plus que jamais comme Joe Strummer en leader éphémère des Pogues, il revient seul en scène, en acoustique, pour nous achever avec Thunder Road, le classique des classiques. À ce moment-là, des sentiments mêlés. Submergé par l’émotion, on se dit qu’on a quand même envie de revoir Springsteen seul en scène. Comme en 1996. Comme en 2005. Et on sait aussi que la formule n’est pas très adaptée à des lieux comme celui-ci ou même comme Bercy. Et on sait aussi que la compagnie du E Street Band lui donne des ailes. On a vu ce soir-là la pancarte d'un rêveur demandant à Springsteen de jouer l’album Nebraska en entier. Évidemment, personne n’en espérait tant. Mais on sait aussi qu'avec lui tout est possible. Le lendemain à Londres, il chantera Johnny 99, Reason to Believe et Atlantic City (de quoi combler les amateurs de Nebraska donc). Mais aussi l'album Born in the USA dans son intégralité, un deuxième soir consécutif. Ce disque, c'est du rock de stade certes, mais c’est aussi une cassette que j’ai écoutée en boucle, le disque par lequel j’ai découvert ce chanteur et ce groupe. Ce n’est pas rien.

Conclusion : petite setlist, grande émotion.

Ah oui, sinon, le concert a duré 3h10. C’était donc une prestation plutôt courte...

 

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Published by Ska - dans Instantanés
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