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5 juin 2008 4 05 /06 /juin /2008 23:04


Face A (Angry Side)

Ça commence avec ce mec devant moi qui raconte qu’il est tombé sur Ghosts of Mars à la télé, sur une chaîne de la TNT. Il a trouvé ça pourri. Le rouquin au tee-shirt Che et la petite gothique qui l’accompagnent surenchérissent. "J’hallucinais en lisant le programme télé, ils écrivaient que c’était vachement bien. N’importe quoi !", dit-elle. "De toutes façons, les effets spéciaux, ils sont toujours nases chez Carpenter", ajoute l'apprenti guerillero aux longs cheveux gras plaqués qui, lui, connaît au moins l’illustre cinéaste. C’est déjà ça. Sauf que cette assertion saugrenue qui vient de franchir ses lèvres prouve qu’il n’a jamais vu The Thing ou Prince des ténèbres. Je pourrais lui rappeler tout ça. Mais j’ai juste envie de m’éloigner d’eux, de ne pas subir ces propos ineptes de spectateurs pour qui tout se vaut, qui ne trouvent rien d’autre à reprocher au film que ses effets spéciaux ratés et ses personnages archétypaux (La belle affaire ! Il faudrait leur expliquer ce qu’est la série B).
Mais on piétine. Non, je ne peux pas m’éloigner. À côté, des ados s’inquiètent de savoir qui a acheté les alcools forts pour l’after. Et se mettent à engueuler celui qui va les accueillir chez lui après le concert car il n’a acheté que des bières. "Nan, mais j’avais pas compris… C’est bon, y’a un rebeu en bas de chez moi". Un épicier, veut-il dire sans doute…
On est serrés. Il est 18 heures passées. On va rentrer dans le Palais Omnisports de Paris Bercy. On n’a pas eu de place en fosse. Les places assises sont non-numérotées. Et personne n’a envie d’être expédié dans les lointains gradins qui font face à la scène…
C’est marrant, ici ce n’est pas le même genre de spectateurs que ceux que l'on croise d’habitude aux concerts parisiens. Leurs tee-shirts disent un peu qui ils sont, ce qu’ils écoutent… Guns & Roses, Queens Of The Stone Age… Entre autres… Pas mal de métalleux… Le revival rock et sa panoplie fashion ne sont pas passés par leur garde-robe. Tout simplement parce que pour eux, sans doute, le rock n’est pas une mode, n’est jamais mort, n’a jamais eu à renaître de ses hypothétiques cendres. Dreadlocks, pantalons treillis, bermudas, grosses baskets, crânes rasés,
piercings et tatouages ethniques sur corps musculeux. Pas le faux-pli d’un jean slim à l’horizon.
Je suis l’un des plus vieux. La plupart ici ont 25/30 ans. Les plus jeunes, qui sont là eux aussi, n’étaient pas nés quand résonnèrent pour la première fois sur les radios – avant les interdictions post 11/09 – les bombes fusion du quatuor Angeleno. À l’instar de Nirvana (excusé), pas besoin de nouveaux albums, nulle actualité – sinon celle de cette reformation tant espérée – pour que le groupe renouvelle son public. Ou alors c’est qu’il faut remercier les grands frères et les grandes sœurs, je ne sais pas. Ce qui est sûr, c’est que pour un groupe prônant la révolution et entrant en scène quelques heures plus tard au son de L’Internationale il y a beaucoup trop de tee-shirts impersonnels siglés Rage Against the Machine. On se croirait à un concert de Muse tant la proportion de moutons est impressionnante. Oui, vraiment, on devrait, de manière générale, interdire le port des vêtements à l’effigie des groupes à l'affiche, barrer par exemple l’entrée d’un concert de RATM à quiconque porte un de leurs tee-shirts... Tu y étais en 1992 ? T’as fait la tournée Evil Empire ? On s’en fout. Si t'es là, on s'en doute que tu les aimes bien. On n’est pas là pour mesurer qui est le plus gros fan, qui a "headbangué" le premier et qui c’est qu’a la plus grosse. Et puis surtout évite un peu de porter le tee-shirt de la tournée 2008, que tu viens d'acheter à l'instant, parce que, là, tu passes juste pour un opportuniste...
Oui, je suis de mauvaise humeur. Mes amis sont loin derrière, arrivés tard. Pas sûr qu’on se retrouve une fois à l’intérieur.
Une grosse heure plus tard, violence. Violence des sifflets à l’encontre de Saul Williams, préposé à la première partie, sacrifié, envoyé au feu en victime expiatoire. Moi aussi je me suis ennuyé, ces rythmiques indus’ étaient parfois pénibles et aucune mélodie ne parvenaient à s’y accrocher. Mais tout de même Saul Williams, ce n’est pas rien, ce n’est pas le premier venu. Sans doute agace-t-il avec sa sa coiffe indienne (évoquant George Clinton ?), sa morgue et son funk bruitiste et robotique desservi par une sonorisation plus que limite. C’est fou comme l’obscurité et la foule semblent tout autoriser. Derrière moi, le gentil garçon venu avec maman se lâche à grand renfort de "Rentre chez toi !" et de "Ta gueule !". Pauvre type. Si au moins tu avais trouvé des tournures un peu plus piquantes. Si jeune et déjà si intolérant.
Je suis d’humeur à passer en mode vieux con. À un moment, je me retourne, le fixe droit dans les yeux. Ça marche : je ne l’entendrai plus. Le problème, c’est qu’ils sont quelques milliers supplémentaires à huer l’ex-slammeur qui ne sait plus trop aujourd'hui s’il est Prince, TV on the Radio ou Nine Inch Nails. Ils sont chauffés à bloc, ils sont là depuis trop longtemps, pressés dans la fosse les uns contre les autres, attendant d’en découdre et ne se rendant pas compte que ce sont bien leurs idoles qui l'ont invité (ils lui dédieront d'ailleurs Sleep Now in the Fire une fois sur scène). Évidemment, avec ma voisine d’un soir, on applaudit encore plus fort entre les morceaux, atterrés par la haine qui sourd d’une bonne partie du public. À ce moment-là, je me demande vraiment si j’aime RATM pour les mêmes raisons que ces gens-là...

 

Face B (Happy Side)

Voir RATM donc... C’est le lot de beaucoup d’entre nous – comme pour les Stooges ou les Pixies – que de découvrir certains groupes tant chéris au gré de reformations plus ou moins motivées par la sincérité. Pourtant, RATM sur scène, c’est "énorme", comme on dit aujourd’hui. Voir tout Bercy se lever comme un seul homme dès que les lumières s’éteignent ; nous voir, toutes et tous, lever le poing, comme à la Fête de l’Huma – au son de L’Internationale donc – c’est plutôt pas mal pour commencer. Ça ferait presque chaud au cœur (si l’on n’avait pas encore en tête les stridentes réminiscences de ces sifflets voulant congédier Saul Williams). En même temps, L’Internationale, c’est un peu facile, non ? Tellement évident. Ce chant résonne comme un signe, comme un logo, tel cette étoile rouge en fond de scène, tel ce fameux portrait de Che Guevara sur l’ampli de Tom Morello. Passons… Oui, arrête de pinailler, Ska : hier soir – toi le premier – nous avions tous envie d’y croire…
Ok. Dont acte. Même que la photo, je vais la photoshopé en rouge, histoire de bien être dans le ton.

Je ne sais pas ce qui a poussé RATM à se reformer, mais force est de constater que l’énergie est intacte, quasi-décuplée. Tout Bercy "jumpe" à l’unisson, de la fosse aux balcons, de la scène aux gradins. Les chansons-slogans, les harangues de Zack de la Rocha s’enchaînent ne laissant que peu de répit à nos jambes (mention passable à Renegades of Funk, ventre mou d’un set presque parfait livré par un quatuor qui jamais ne débandera).
Parfois, je quitte des yeux la scène pour observer la fosse. Durant Guerilla Radio, sur Know Your Ennemy, il n’y a pas un mètre carré qui ne se soit transformé en un terrain mouvant, instable, bondissant, exultant… Pour une fois, je ne suis pas mécontent d’être au-dessus de la mêlée. Sur scène, en tout cas, les années qui sont passées depuis le split ne se voient pas : Tom Morello part en vrille, se débranche involontairement à deux reprises, monte sur les retours, virevolte sur lui-même, tout aussi électrique que cet instrument qu’il malmène avec délectation, dont il sort les sonorités les plus improbables, scratchant ses six cordes comme personne, jouant sans relâche avec ses micros, ses pédales d’effets. Lui que l’on avait quitté avec un beau disque solo, acoustique et engagé
(The Nightwatchman), payant son dû au folk et à Springsteen, on le retrouve dans son rôle de dynamiteur officiel et ça fait plus que plaisir.
Quand Tom Morello et Tim Commerford, yeux dans les yeux, guitare et basse à l’unisson, entament l’intro de Bombtrack, je pense à notre répétition de la veille aux studios Basement, à Mr J perdu dans un recoin de la salle et que je ne retrouverai qu’à la sortie… Quand résonnent les derniers accords de Killing in the Name et que s’étouffe dans un ultime cri rageur la colère de Zack, je me souviens que la dernière fois que j’ai entendu ce morceau, c’était au Bataclan
il y a quelques semaines, lors d’une "Sabotage Rock Party" mémorable, et que je m’étais pris pendant le pogo une mandale pas méchante et évidemment involontaire. Hier soir, la baffe fut virtuelle mais autrement cinglante.
Au bout d’une heure vingt seulement, les quatre torpilleurs soniques quittent la scène pour la deuxième et dernière fois. Un regret tout de même : qu’aucune reprise n’ait été jouée ce soir. Pas de Kick Out the Jams, pas de Ghost of Tom Joad, pas de Maggie’s Farm ni de Street Fighting Man, fleurons d’un ultime album (de reprises) paru juste après cette séparation qui n'est plus qu'un mauvais souvenir. Certains de ces morceaux, on n’aura jamais eu la chance de les entendre sur scène. À moins qu’à Saint-Cloud, le 20 août…

 

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Published by Ska - dans Instantanés
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commentaires

Christophe 16/04/2011 11:41



Ce billet de Disso sur les connards de concert m'a remémoré ce billet et d'autres, relu avec plaisir et énervement.



rififi 21/08/2008 22:15

tu avais fini par me convaincre et j'avais même presque acheté une place sur eb**, mais le vendeur s'est défilé et j'ai succombé à la fatigue.Alors, c'était bien à rock en seine ?

Yohann 09/08/2008 01:45

biensur qu'il y a eu une reprise! RENEGADES OF FUNK!(je recherche les bootlegs audio/videos de leur concerts francais, si quelqu'un en possede ou connait quelqu'un qui en a, merci de me contacter, on pourra faire un ptit échange.....)

D&D 23/06/2008 19:32

Ce n'est pas le coeur de l'article, par ailleurs passionnant même pour un inculte en rock comme moi, mais... Vive John Carpenter !Et vive Ghosts of Mars !...Non mais ;-)

Ska 18/06/2008 22:04

G.T., je n'ai pas écouté les disques de Saul Williams. Je le connais surtout de réputation et par rapport au film Slam... Alors, cette définition que j'en donnais, c'étais juste par rapport à ce que j'avais pu percevoir de la bouillie sonore de Bercy. Tant mieux si je suis tombé juste...

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