Il est des disques dont l'importance manifeste nous donne envie de rompre avec nos mornes habitudes de consommation discophile,
habitudes balançant entre achats hebdomadaires et téléchargements aléatoires.
Il est des disques dont le relief, soudain, voue les autres à l'anecdotique. Des disques, surtout, que l'on a envie d'écouter autrement.
Il fallait marquer le coup, rompre avec les habitudes, avec ses petites virées d'après boulot à la Fn*c qui se soldent souvent par l'achat d'un (ou plusieurs) cd.
Bien sûr, le troisième album de Portishead, je n'ai pas attendu aujourd'hui pour l'écouter. Nous sommes nombreux à l'avoir fait bien avant sa sortie. Grâce ou à cause d'Internet, on l'écoute
depuis un mois et on est subjugué. Mais ces fichiers mp3 atterris sur un cd lambda désincarnaient l'album le plus organique et le plus entêtant de ce début d'année. Du coup, Third, je ne
l'ai pas tant écouté que ça. Suffisamment, toutefois, pour commencer à mesurer l'ampleur et la richesse de l'objet. Mais j'attendais sa sortie pour le laisser m'ensorceler.
Soyons honnête, j'achète très rarement un album que j'ai récupéré avant sa mise en vente. C'est le drame ordinaire qui fait que je n'ai qu'une pâle copie du dernier Black Keys, de Pocket
Revolution de dEUS ou de White Chalk de PJ Harvey. Tant de disques attendus avec ferveur, signés par des artistes invariablement chéris, mais que le hasard ou une bonne âme ont mis
entre mes mains avant leur parution, brisant ainsi la poussée de désir liée à une date de sortie affichée en point de mire mental (notion aujourd'hui vouée à l'obsolescence tant pour les disques
que pour certains films). Bref, une fois gravé, il m'est difficile, face à la tripotée de disques me faisant de l'oeil, de céder pour un objet que j'ai déjà, certes dans une version affadie, chez
moi...
Mais pour Third, il ne pouvait en aller qu'autrement. Sentiment évident - conforté tandis que résonne The Rip dans les enceintes - que ce disque venait interrompre quelque
chose, arrêter le temps, remettre quelques compteurs à zéro, casser le flux de mes enthousiasmes, de mes déceptions et de mes passades d'un jour ou d'une semaine. Ce disque était ailleurs. Ce
disque était d'ailleurs. Third aurait pu n'être qu'un cd de plus. D'ailleurs, j'aime bien Portishead, mais mes vraies affections se sont toujours portées sur d'autres groupes, sur d'autres disques. Le troisième
album de Portishead ? Mouais, faut voir... Eh bien, désormais, c'est tout vu. Third, donc, devait d'emblée trouver sa place ailleurs. Pas sur ces étagères, pas dans ces tiroirs, pas dans ces tours. L'écouter se mériterait. Il faudrait se lever pour profiter du
disque. Changer de face. Changer de disque. Comme avant. Cet album ne souffrirait pas d'être écouté par inadvertance. Il décrasserait mes oreilles, rejoindrait quelques autres merveilles
analogiques dont le poids fera pester quiconque participera à mes futurs déménagements.
C'est pourquoi quand j'ai vu le 33 tours de Third, le récupérer sous cette forme s'imposa d'emblée comme une évidence. L'objet même, au-delà de la musique enregistrée, porterait cette
singularité puisque je me refuse d'habitude à acheter des nouveautés en vinyl. Qu'importait ce soir le scandale m'amenant à payer près du double du prix initial pour avoir Third dans sa
version cartonnée et grand format. Le choisir, c'était tout à l'heure comme acquérir mon tout premier disque. L'émotion ressentie, souvent, en achetant le nouvel album d'un artiste aimé est
différente. Ici - allons-y pour les superlatifs ! - je savais déjà que le disque était l'un des plus grands jamais enregistrés. Je n'ai pas fini de regretter la phrase précédente, mais peu
importe : un blog se conjugue au présent.
Poser Third sur la platine, frissonner en entendant bruit de l'électricité statique au contact du saphir, c'était, pour le moins, lui donner dès ce soir sa vraie place : celle d'un
authentique chef-d'oeuvre.
Je viens de commencer à écouter Third. Il est plus intéressant que leurs deux précédents, même en mp3.
commentaire n° : 3
posté par :
joe
(site web)
le: 29/04/2008 03:57:15
Je n'ai écouté que 37 fois Third en un mois (according to iTunes qui compte mes écoutes comme un bon petit clerc de notaire). J'aurais du fric, l'achèterai-je en vinyle ? Assurément oui, parce que si je ne sais pas dire les choses aussi subtilement que Ska, je crois que j'aurais peut-être ressenti cela. Mais ce qui est intéressant, c'est que parmi certains de mes plus grands albums de tous les temps et que j'ai écouté des dizaines de fois (13 de Blur, Abbey Road, St Anger de Metallica, OK Computer, tous les QOTSA par exemples, et Third, donc), je ne les ai jamais achetés par la suite, après les avoir découvert en les copiant aux potes qui les ont achetés le jour de la sortie, voire trouvés par le plus grand des hasards bien avant leur sortie officielle.
Alors, un vinyle pour se racheter ? Hm... Trop difficile pour moi : quand j'adore un album, même si je travaille avec une platine disque sur le même plan que mon bureau (je n'ai qu'à très légèrement faire pivoter mon fauteuil pour écouter des milliers de galettes), la continuité de ces albums (ne serait-ce que cette coupure désormais artificielle entre les deux faces) m'est indispensable.
Donc, même si ces disques se méritent, il est hors de question que je me fasse souffrir comme Ska. Dussé-je me priver d'un bel objet.
En plus, mes Portishead, Björk et autres Massive en vinyle, je ne les écoute jamais, les ayant aussi en versions numérisées (achetées ou non).
J'achéte peu de CD (mais beaucoup de DVD ca compense?) mais Portishead ayant sorti pour moi (et moi uniquement donc je ne dirais pas lequel) l'un de morceaux qui me touche le plus, je me suis pécipiter sur l'ecoute tout d'abord et l'achat ensuite. C'est un CD qui mérite lpusieurs écoutes mais pas à la suite, par touche...
jusqu'ici j'avais toujours considéré Portishead comme un excellent groupe, pas un "grand".
curieusement celui-ci est à la fois moins original (les 80s y sont un peu partout) et bien plus profond et important. Peut-être bien un chef-d'oeuvre, oui, en tout cas un disque que je me vois bien comme toi acheter en vinyl après l'avoir écouté en avant-première un bon paquet de fois.
je m'aperçois que depuis que depuis que je télécharge plus de mp3 (y compris en achetant, veux-je dire), j'a&chète plus volontiers des nouveautés en vinyl, alaors qu'avant je réservais cela au funk 70s.
du coup, c'est encore plus infernal qu'avant de poser le pied par terre chez moi sans rien écraser :-/
tu me fais envie, parce qu'effectivement il est un peu à part ce disque, on se laisse envouter. Alors je crois bien que je vais aussi me laisser tenter par le 33T, et pour les jours ou la flemme sera trop forte, il reste l'échantillonné :-)
ce vinyle a un gros défaut: la pochette panneau de parking. j'en achète très peu car il faut que et l'artiste et la pochette me plaise. et jamais de nouveauté, des classiques ou des eps ramenés de concerts ...
Je suis rassuré de lire que je ne suis pas le seul à avoir du mal à acheter un album précédemment téléchargé, voire gravé... L'argument de celui qui télécharge et qui dit "Oh mais de toutes façons, moi, si j'aime l'album, je vais l'acheter, hein !" ne m'a jamais convaincu. Ce qui ne veut pas dire, bien sûr, que certains ne le fasse pas...
Et puis, pour être honnête, il est probable que j'écouterai parfois mon cd gravé de Third. Et puis, les mp3 sont bien pratiques pour mon baladeur.
J'ai été déçu, ceci dit, en achetant le vinyle de ne pas trouver un lien ou quelque chose d'"officiel" permettant de le télécharger, histoire d'avoir les deux supports (il m'avait semblé lire que ça se faisait pour certains 33 tours en nouveauté...). Finalement, à moins d'avoir une platine permettant de numériser ses vinyles, voilà qui incite celui qui a payé le double 33 tours 30 euros à aller télécharger illégalement les morceaux (pour son baladeur, pour son auto-radio, etc.).
Quant à la pochette, eh bien, moi, je trouve ce bleu vert (mal rendu sur la photo) très joli. Et ce "P" je l'associe plus à "précieux" qu'à "parking". :-)
commentaire n° : 9
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Ska
(site web)
le: 30/04/2008 12:04:22
30 euros !!!??? B'en mon salaud, y s'mouchent pas avec le dos de la cuillère ceux là ! Pour le coup, ce sera sans moi pour le vinyle.
C'est dire à quel point mon geste était exceptionnel !
commentaire n° : 11
posté par :
Ska
(site web)
le: 30/04/2008 13:00:22
les mp3 avec le vinyl ça se pratique en effet, mais suivant des accords assez complexes (par exemple le dernier cat power n'a pas pu bénéficier de ce traitement, alors que les précédents oui).
pour 30 euros t'as quoi de plus? qui soit à même de légitimer ce prix, je veux dire.
Rien de plus en effet. J'avais déjà constaté que les nouveautés en vinyle coûtaient plus chers que les cd (l'une des raisons pour lesquelles, malgré mon attachement à l'objet 33 tours, je n'en achetais pas), mais, là, c'est vrai qu'une telle différence de prix est assez incompréhensible et absolument pas justifiée. C'est miser sur le désir irrationnel des fétichistes, des collectionneurs, dont heureusement je ne suis pas... C'est continuer de prendre les consommateurs/auditeurs pour des cons...
commentaire n° : 13
posté par :
Ska
(site web)
le: 30/04/2008 14:38:58
En vinyl, CD ou mp3, je n'ai toujours pas écouté "Third"... je laisse un peu la hype se décanter...
Ska> c'est la politique de certaines grandes enseignes de faire de la marge sur le support 33T, car le prix d'achat pour les magasins est simplement de 2 ou 3 euros plus cher que le support CD. 30€ le 33T, c'est vraiment n'importe quoi ! Faut venir en banlieue sud, chez nous le prix de vente est de 19.99€ ! Moi j'ai joué le kéké de base, j'ai acheté le coffret sur le site et j'ai attendu bien sagement de le recevoir dans ma boite avant de l'écouter et je suis vraiment heureux de cet achat. ;-) Pour info: l'album des Tindersticks, qui est sorti le même jour, propose avec la version 33T un code qui permet de télécharger la version MP3.
Merci Mus pour cette explication. On ne m'y reprendra pas de sitôt à acheter un 33 tours dans cette enseigne... Cela donne de furieuses envies de boycott (déjà que les cd y sont globalement plus chers qu'ailleurs). Il est vrai aussi que je me suis un peu précipité sur le disque et que je n'ai pas pris le temps de voir combien les autres (même dans Paris) le vendaient... Tant pis pour moi...
commentaire n° : 16
posté par :
Ska
le: 01/05/2008 13:29:21
Je n'avais appris que très tardivement la sortie de cet album. Et le hasard avait voulu que j'étais en train de réécouter Dummy... Cet article est magnifique, je trouve. Third sera donc mon prochain cadeau. C'est résolu. Je repasserai sur ce billet après écoute...
à la fabrication le CD coute moins cher que le vinyl (dans les années 80, le CD était parfois 20 à 30% plus cher néanmoins, pour faire du beurre sur l'explosion de ce format), mais l'écart justifie à peine 2€ d'écart comme le relève Mus (en incluant une marge).
pour ce qui est du code pour télécharger les mp3, ça dépend de bcp de chose, c'est de plus en plus fréquent mais tout dépend du contrat signé pour la distribution, en particiulier pour la vente en ligne (itunes surtout). Du coup, alors qu'on a les mp3 en achetant les précédents albums de Cat Power en vinyl, Matador n'a pas pu le faire pour Jukebox. Même artiste, même label, mais nouveau contrat je suppose avec les distributeurs.
Après audition (http://blog.bruitquipense.fr/post/2008/05/02/6-raisons-decouter-Third) je vais sans doute faire comme toi (mais pas forcément au même endroit ;-) ). Ce genre de disque réclame une écoute plus organique que d'autres, je crois.
ta réflexion rejoint celel d'un lecteur de R&F à propos du dernier Radiohead, qu'il avait acheté après l'avoir téléchargé... Plus le même plaisir, la même excitation que quand il avait eu en mains l'objet "ok computer" (dique et booklet dans un cello impossible à ouvrir) sans l'avoir entendu avant. on est bien d'accord
Ben moi... j'ai réussi à tenir bon, malgré le désir de le découvrir au plus vite, après ces 10 ans d'interminable attente du 3° album d'un de mes groupes favoris... Pourtant, j'ai failli craquer, je l'ai même téléchargé... mais j'ai vraiment attendu d'avoir enfin "l'objet" pour l'écouter. Bon, en CD, c'est pas la même chose qu'un 33 tours, mais c'est déjà mieux que les mp3...
Donc, je l'ai depuis peu, pas encore vraiment "digéré" (terme vraiment pas terrible) l'album, il a tout de même une vraie profondeur de champ qui demande du temps, mais je suis assez fasciné pour l'instant...
Je n'ai pas encore fini d'écouter Third, il me faut du temps pour celui-là. Mais ton expérience fait envie...