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13 mars 2008 4 13 /03 /mars /2008 19:44

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Ça commence à Manhattan. Non, plutôt par une présentation. Inhabituelle. Comme si les spectateurs aux tempes majoritairement grisonnantes ne savaient pas à qui ils vont avoir affaire. Peu probable. Cette brève introduction, c’est Yves Bigot qui s’en charge. Une présentation, c’est rare. C’est un peu désuet. C’est dire si l’événement est exceptionnel. Il y a trente ans, dit-il, il était déjà là pour le dernier Olympia d’Yves Simon. Moi non, j’avais cinq ans. J’étais excusé.
Ça commence à Manhattan donc. Juste après une longue standing-ovation rien que pour l’accueillir. Juste après qu’il ait, enhardi, d’emblée présenté ses musiciens. C’est inespéré, cette chanson fétiche (Manhattan) en entame. La setlist sera d’ailleurs d’un très bon niveau, oubliant Zelda et Le film de Polanski certes, mais variant harmonieusement les plaisirs : des nouvelles chansons bien sûr, mais surtout ces morceaux des années 70, ceux qui me faisaient écrire, il y a quelques mois, à quel point certains de ses albums m’étaient chers (ici). 2 heures 20, 23 chansons et de longs apartés plus tard, je serai rassuré de constater que cette durable émotion discographique n’a pas été trahie.
Mais revenons au concert. Juste après Manhattan, donc, arrive déjà ce beau moment où Yves Simon, dans un long monologue "springsteenien", évoque quatre influences parmi tant d’autres, agrémentant le récit de son apprentissage musical de quelques couplets empruntés à Brassens, à La chanson de Prévert, à Love Me Do, à Mister Tambourine Man. Brassens, Gainsbourg, les Beatles, Dylan, le chanteur reste, en 2008, fidèle à ces influences-là, solides balises d’un homme de goût ne se perdant pas – comme un certain Michel P. en 2007 – dans des arrangements grandiloquents et déjà démodés. La formule choisie est basique, entre rock amplifié et délicat folk acoustique.

À ce moment-là, donc, Yves Simon et ses quatre musiciens sont sur scène depuis près d’un quart d’heure et il n’a chanté qu’une seule de ses chansons. Le public s’impatiente. C’est dommage. Moi, j’aurais aimé que cette promenade musicale balisée de souvenirs intimes, tel un "Rockollection" du pauvre, dure plus longtemps encore. Yves Simon était disert hier. Il est vrai qu’il aime parler de lui, raconter des anecdotes, dire surtout d’où il vient, ce qui l’a accompagné, ce qui l’a construit (c’est la matière de deux de ses livres récents : La manufacture des rêves et Épreuve d’artiste). Entre les chansons, il narre des anecdotes, convoque Serge Gainsbourg, Yves Montand, Françoise Hardy, Alain Bashung. C’est parfois émouvant, irritant souvent. Mais on n’oublie pas qu’il était déjà dans ces chansons un adepte du name-dropping. Peu importe, après tout : quand il cite finement Proust ou se ravise, d’une boutade, sentant qu’il va un peu trop loin
sur le fil du narcissisme, on est prêt à lui pardonner.
Bien sûr, soyons honnêtes, il y aura aussi eu hier soir un tube peu recommandable – et presque annoncé comme tel (Amazoniaque, seule incursion dans le répertoire des années 80) – une récente "souchonnerie" (Les filles ont des sentiments), quelques hésitations et deux ou trois nouveaux morceaux plus faibles. Du coup, on aurait bien aimé discuter du concert – de ses hauts et ses bas – avec le chanteur Florent Marchet** et le romancier Arnaud Cathrine, présents dans la salle quelques rangs plus loin. Les voir là – sans doute aussi pour applaudir en première partie Valérie Leulliot – consolidait les passerelles déjà mentalement dressées entre les disques de Marchet et ceux de Simon. Le flirt poussé avec la littérature, le goût du talk-over, cela qu’ils partagent à trente ans d’intervalle, Yves Simon ne le laissera pas de côté, interprétant avec aplomb les textes poignants de Regarde-moi et Raconte-toi, morceaux-phares déjà présents sur le live japonais enregistré en 1977. Quoi d’autre ? L’essentiel : Les bords de la Moselle, Le joueur d’accordéon, Les héros de Barbès, Diabolo menthe, Les fontaines du casino, et bien sûr J’ai rêvé New York pour boucler géographiquement ce tour de chant entamé dans les brumes de Manhattan d’une voix alors pas tout à fait en place.
Puis vint ce rappel où Yves Simon enchaîna, seul à la guitare, trois chansons de cet album paru, je n’y peux rien, l’année de ma naissance : Les Gauloises bleues, Rue de la Huchette et Au pays des merveilles de Juliet. Sur cet ultime morceau, malgré les chœurs et les handclaps de 2 000 autres privilégiés, nous n’étions plus que deux alors. Lui et moi…

 

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Published by Ska - dans Instantanés
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commentaires

Nicole RICHARD 11/04/2010 12:07



Bonjour,


 


le 7 Novembre 2009 je suis allée au PALAIS DES CONGRES de PARIS applaudir Cliff RICHARD et LES SHADOWS dans leur dernière Tournée pour fêter leur 50e Anniversaire de carrière ! à 2 ou 3 rangs
devant moi j'ai cru econnaître Yves SIMON comme spectateur (accompagné d'une femme) dans les hauteurs de la Salle. Si Yves SIMON pouvait me confirmer que c'était bien lui, car je n'ai pas osé
aller l'aborder, de peur de le déranger ! Merci et Bonne journée !



céline 19/03/2008 17:30

Merci pour avoir si bien retranscrit l'ambiance de ce concert.Je suis née moi aussi l'année de sortie d'Aux pays de Merveilles de Juliet ... et j'ai aussi ressenti un sentiment spécial à la fin du concert...Comme d'autres, j'ai fait des kilomètres pour ce concert tant attendu ... 

Ska 19/03/2008 12:08

Merci, Lola, pour ce témoignage. Effectivement, le compte-rendu du Monde était un peu à côté de la plaque...

lola 18/03/2008 12:06

Bonjour ! Je rêvais depuis mon adolescence de voir un concert d'Yves Simon , qui à mes yeux reste un chanteur totalement inégalé. C'est le seul chanteur, (allez, avec Higelin) pour qui je me déplacerais (de Marseille en l'occurence) Et je n'ai pas été déçue . J'ai aimé moi aussi sa longue ballade aux souvenirs musicaux enchantés, ses anecdotes et citations, de sa voix douce et simple . Je ne l'ai pas trouvé immodeste du tour ( voir article du Monde), c'est juste un homme cultivé et sincère.Quand on voit des gens comme Polnareff, Mae, ou d'autres , même si je n'ai rien contre eux, remplir tant de Zéniths, on se demande pourquoi le public français n'a pas fait exploser l'Olympia ce 12 mars ? N'aime -t-il pas la qualité ? Préférer la soupe quand un tel événement musical se produit, une rencontre si rare avec un artiste complet, ,même si Yves Simon est plus discret que médiatique, je ne comprends pas ."Regarde-moi" fut un grand moment, de pure beauté.Et "Les Gauloises bleues", dans cette lumière bleue , fut également splendide. Quant à l'homme, il est inchangé, sans artifice, d'une beauté et d'une sensibilité éternelles.Voilà mes impressions après ce concert ! Bonjour à ceux qui aiment Yves Simon, ce sont forcément des gens bien !

Ska 17/03/2008 23:35

Bah, je verrai le dvd (maigre consolation...)N'empêche que j'ai peut-être pas vu Cure... mais, moi, je sais où a eu lieu l'after... Et toc !   :-)

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