Jeudi 6 septembre 2007


Dans cette discothèque à Dublin, c’était la même impression qu’au pub quelques heures plus tôt. Une sensation physique pourtant familière se formalisait soudain avec des mots. Dans toutes les boites, dans les bars, les salles des fêtes, les concerts – sitôt que la danse voisinait avec le débit de boisson – revenait inlassablement ce constat. 

On maudit toujours ceux qui nous bousculent quand on tente de se frayer un chemin dans la foule, gobelets à la main, démarche titubante. On pense moins souvent à ce qu’il advient du contenu de ces verres renversés bien après qu’ils aient éclaboussé le sol. Passée une certaine heure, la pellicule poisseuse recouvrant le parterre provoque crissements de Converse et gargouillis de semelles pour nous rappeler les décilitres gaspillés. Si ça ne glisse pas, ça colle. Et les meilleurs morceaux ont beau vriller nos tympans, on ne pense plus qu’à ça. Nos pieds toujours s’engluent au sol détrempé de sueur et de liquides divers. 

« J’ai les pieds qui collent », lui dis-je donc tandis que, se dandinant en rythme, il réfléchissait surtout à la meilleure manière d’aborder celle qu’il dévorait des yeux depuis le début de la nuit.
Les pieds qui collent... Sticky Feet... Ce fut pour nous deux comme une illumination.
C’était parfait. Tout le monde comprendrait. Pas d’article surtout. Marre des groupes en « The » ! C’était le nom idéal pour celui que nous n’avions pas encore formé. Une évidence. Un peu comme trouver d’une seule voix tout au fond de la couette le nom d'un enfant même pas encore conçu…
C’était plutôt amusant de surcroît. Il y avait dans cette dénomination une allusion involontaire à un album des Rolling Stones. Pas le pire d’ailleurs. Mais se planquait aussi dans un recoin de la trouvaille le risque de la voir détournée en un « Stinky Feet » malveillant et bien puant. Pourtant, Sticky Feet, ça collait, ça fleurait bon le riff sauvage et les amplis à fracasser.
Tandis que le DJ balançait un incongru Dancing in the Dark, j’en conclus que même si la guitare ce n’était pas encore ça et que même si par malheur personne ne voulait jouer avec moi, j’avais au moins trouvé le nom de mon groupe. Plus qu’une consolation, c’était une promesse.

***

En rentrant à Paris quelques jours plus tard, me vint vite l’idée funeste de vérifier que le nom n’était pas déjà pris. Google goguenard me signifia alors qu’un combo alsacien m’avait piqué cette idée que je croyais toute neuve trois ans auparavant et qu’accessoirement la marque Sticky Feet désignait aussi, crus-je comprendre, une sorte de cire que de vagues surfeurs se foutaient sous les pieds en Australie. 

Ainsi le nom idéal m’était confisqué : je décidai alors, résolu, de ne jamais former de groupe de rock. 

Enfin, je me disais ça jusqu’à hier matin, quand le nom de la première petite amie de Bob Dylan tomba des pages que lui consacre François Bon dans son livre.
Echo Star, s’appelait-elle. Echo Star Halstrom plus précisément. « Echo parce que venue tard après une sœur plus âgée, et Star parce que la nuit de sa naissance le givre sur la fenêtre dessinait de belles constellations », m’apprit l’auteur de Daewoo à 9h45 dans le RER.

Cette fois-ci, je ne suis pas allé voir sur la toile si des rockers du bout du monde avaient fait d’elle leur muse ou si des musiciens chantant français avaient souillé son patronyme rêveur pour le prix d’un bon mot. Mais faute de groupe à baptiser, j’ai simplement surnommé l’électro-acoustique accueillie le jour même à la maison de son joli patronyme.

 

 

par Ska publié dans : Songbook communauté : tiré par les oreilles
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Dimanche 26 août 2007

Samedi, au Parc de Saint-Cloud, les deux meilleurs concerts furent bien celui de Jarvis Cocker, et surtout, celui à combustion lente de The Jesus & Mary Chain reformé après dix ans d'absence.
Une classe absolue pour l'ancien chanteur de Pulp
, performer idéal gratifiant les festivaliers de longues et hésitantes appartées en français et d'une reprise du Paranoid de Black Sabbath pour terminer son concert. Une froideur tranchante et hypnotique pour les seconds renvoyant dans les cordes leurs émules du Black Rebel Motorcycle Club ou de The Warlocks. Sincèrement surpris par l'enthousiasme du public, le visage fermé de Jim Reid s'est même illuminé par deux fois d'un sourire aussi précieux qu'inattendu.
Plus tôt dans la journée, si je me lassais assez vite - malgré quelques beaux morceaux - du chant affecté du leader de Cold War Kids, The Fratellis confirmèrent qu'ils offraient - dans un registre de pop bondissante un peu délaissée ces temps-ci - une alternative parfaitement viable en cas de split peu probable de Supergrass.
par Ska publié dans : Rock Album - Photos live, etc.
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Samedi 18 août 2007

Retourner à Saint-Malo trois ans après une édition où se cotoyaient le Blues Explosion, dEUS, Dionysos, les Troublemakers, Nouvelle Vague, Air, Phoenix et le Beta Band, c’était forcément s’exposer à la déception. Elle fut cuisante et le séjour permit surtout de mesurer à quel point le rock tel qu’il s’envisagea à Saint-Malo en 2007 concernait un périmètre fort restreint dans un genre générique pourtant riche en sous-catégories. A la Route du rock, peu de pop, pas de soul, pas de rap et et surtout nul rock en français. Longtemps réputé pour sa programmation, le festival malouin fut, cette année, étriqué et bien peu imaginatif.

 

Photos et impressions subjectives en descendant (presque) du train...


The Rain Song (Fort de Saint-Père, nuit du 15 au 16 août 2007)


 

Post Punk
Quand le revival post punk s’achèvera-t-il ? Difficile de supporter à haute dose les rythmiques binaires et les lignes de basse paresseuses et jouées au médiator par des groupes interchangeables tel Fujiya & Miyagi, 120 Days ou The National. Où l’on constate que Joy Division, Bernard Lenoir et les Inrocks n’ont pas fait que du bien au rock…

Les chansons
Durant trois jours, je me suis ainsi beaucoup demandé où étaient les chansons, les mélodies… Malgré Ladyflash, la chanson mille-feuilles de The Go ! Team, malgré Devastation de The Besnard Lakes.
Entre Herman Düne le premier soir et Albert Hammond Jr, le dernier, beaucoup de temps passa où l’absence d’un groupe sachant allier énergie scénique et savoir-faire mélodique se fit fort cruelle. Quand tout semblait perdu, le guitariste des Strokes intervint comme un sauveur avec ses chansons pop rock indéniablement taillées pour la scène. Trois guitares, un son impeccable et l’un des meilleurs concerts du festival. Le classicisme a du bon et l’on remercie vraiment Albert Hammond Jr de s’être souvenu que le rock existait avant les années 80.


Albert Hammond Jr (vendredi 17 août, 21h45)

 

Seniors
Bouillie sonore avec les Smashing Pumpkins, très pros, impersonnels et dont la présence représenta tout de même 40% du budget « artistes » du festival… Beaucoup de bruit pour rien tant ce groupe au glorieux passé a peu convaincu avec ses nouveaux titres. Tout l’inverse de Sonic Youth, décidément impeccable en toutes circonstances et revisitant implacablement l’album Daydream Nation pour le festival. En final serein, quelques titres plus pop du dernier disque rappelèrent à quel point les new-yorkais n’ont en fait aucunement besoin – contrairement au faux groupe de Billy Corgan – de se retourner sur leur passé…
 

Plage
Déception : le vendredi seulement, les traditionnels concerts de l’après-midi purent avoir lieu sur la plage de Saint-Malo. Le mercredi et le jeudi, Thee, Stranded Horse (projet solo de Yann Tambour de Encre) et Sébastien Schuller durent jouer dans le Palais du Grand Large, dans un espace clos peu adapté au folk intimiste du premier et aux mélodies atmosphériques du second. Deux beaux concerts au final, mais qui auraient évidemment mieux convaincu le festivalier les pieds dans le sable et les yeux rivés à l’horizon plutôt qu'entassé dans ce cadre ingrat et peu adapté.
 

Anonymat
Il est frappant de constater comme les festivals rock sont, en comparaison des festivals de cinéma, peu incarnés par leur(s) programmateur(s). A la Route du rock, pas un mot des organisateurs, personne pour accueillir les festivaliers et encore moins les artistes. C’était ainsi assez triste de voir Yann Tambour ou Sébastien Schuller s’installer sur la scène improvisée du Palais du Grand Large sans personne pour les présenter ou leur dire s’ils avaient le droit de faire un rappel…
 

Cover
D’Electrelane, allongé dans l’herbe, je n’ai entendu le concert que d’une oreille (enfin, étant donné le volume dément de leur prestation, c’est une façon de parler). Pourtant, après une petite heure de bruit assommant, une reprise incongrue me fit bondir sur mon séant. Oui, c’était bien ça : I’m on Fire de Springsteen. Votre version de cette chanson mineure fut certes nulle (comme le concert), mais c’était un bel effort, les filles…

Parité
C’est sans doute un hasard, mais les meilleurs groupes étaient mixtes. Du collectif dopé de The Go ! Team aux esthètes de The Besnard Lakes, il y a un monde, mais ce furent pourtant durant leurs concerts que l’ennui s’estompa un peu. Et puis n’oublions pas que les excellentes CSS comptent aussi un mec dans leur line-up…

 

The Go ! Team (jeudi 16 août 2007, 01h00)

The Besnard Lakes (jeudi 16 août, 21h50)

 
Frustration
Attendu, le live de Justice n’était pas si mal, à condition d’accepter qu’il n’y avait rien à y voir (deux mecs planqués derrrière leurs machines). Jouant beaucoup sur la frustration, retardant au maximum le déclenchement de We Are Your Friends ou de Dance, tubes avérés, on ne peut pas reprocher aux deux DJ d’avoir opté pour la facilité. Maintenant, il paraît que les murs d’amplis Marshall barrant la scène étaient factices et qu’une bonne part du set était pré-enregistrée. L’essentiel, c’est de réussir à faire danser la foule, non ?


Arrêté préfectoral

Stupéfiant : en route pour le Fort de Saint-Père, voici, le jeudi, la navette arrêtée et contrôlée par la police. Pourquoi donc ? Tout simplement parce que si tu es jeune et que tu aimes le rock, sans doute es-tu une saleté de drogué… Sermon moralisateur dans le car, menaces voilées envers qui ne se dénoncerait pas… On a finalement échappé à la fouille des sacs… Vive l’été 67 !
 

02h30
C’est l’heure qu’il me fallut attendre la toute dernière nuit du festival pour enfin exulter. Avec LCD Soundsystem et un James Murphy très en voix, le festival se termina finalement fort bien. La veille, c’est à la même heure que les Brésiliennes de CSS, avec leur show tonique et drôle, me mirent du baume au cœur. Il était temps.

 

LCD Soundsystem (samedi 18 août 2007, 02h30)

 
par Ska publié dans : Instantanés communauté : tiré par les oreilles
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Mercredi 1 août 2007

Une nouvelle sélection de neuf chansons pour alimenter la radio de ce blog...

(Lecteur audio dans la colonne de droite...)

 


Ces dernières années, les émissions télévisées type Star Academy et A la recherche de la nouvelle star ont remis à la mode le phénomène des reprises, traduisant le peu de confiance accordé à la nouveauté, le besoin de donner à écouter des choses ayant comme principal intérêt que les différentes générations de téléspectateurs puissent s'y reconnaître. A tel point que l'on s'est beaucoup enthousiasmé ces derniers mois pour un Julien Doré reprenant de manière décalée (et parfois inspirée) des chansons improbables. Les blogs et Internet ne se sont toujours pas remis des débats liés à l'apparition de ce garçon...
Entre la reprise ironique, l'hommage sincère et l'interprétation scolaire, il y a de quoi faire et en concert les artistes n'ont jamais cessé de reprendre des chansons des autres. Des sites comme coversproject.com ou The Hype Machine permettent de découvrir des choses incroyables comme, ces derniers jours, ces quelques morceaux et jams où Ben Harper et le batteur de The Roots reprenaient des morceaux de Led Zeppelin accompagnés par l'ancien bassiste du groupe, le rare John-Paul Jones (ici).
Justement, il y a quelques jours, je suis tombé par hasard sur le nouvel album de Vanilla Fudge, entièrement composé de reprises de Led Zeppelin. Et pas forcément les morceaux les plus connus, ce qui d'emblée est un gage de bon goût. Or Vanilla Fudge, apparu à la fin des années 60, s'est surtout fait connaître par ses versions psychédéliques et habitées de tubes préexistants comme Ticket to Ride, Eleanor Rigby ou You Keep me Hangin' on (une prestation live hallucinante à savourer ici). Logique de les voir aujourd'hui consacrer tout un album à un groupe qui fut leur contemporain et dont l'influence sur leur musique fut manifeste. Même si ces éternels seconds couteaux du rock n'ont plus aujourd'hui la flamme d'il y a 35 ans, les morceaux de Led Zeppelin y sont revisités de façon plutôt stimulante, le clavier (instrument de prédilection de Vanilla Fudge) étant mis au premier plan, ce qui n'était quasiment jamais le cas chez Led Zep.

Voilà donc qui fournissait l'occasion idéale pour une playlist estivale à base de reprises. Où Beck prouve par A + B que l'inspiration de son album Sea Change vient bien de Nick Drake, où Tom Jones poursuit sur la lancée de Loaded et où The Stranglers - après Isaac Hayes - revisitent formidablement un standard de Burt Bacharach...
A suivre le mois prochain...

 

1) Beck - Parasite (Nick Drake)

2) Divine Comedy - Life on Mars (David Bowie)

3) The Stranglers - Walk on By (Dionne Warwick)

4) Vanilla Fudge - Trampled Underfoot (Led Zeppelin)

5) Tom Jones - Bet you Look Good on the Dancefloor (Arctic Monkeys)

6) Johnny Cash et Joe Strummer - Redemption Song (Bob Marley)

7) Embrace - 3 is the Magic Number

8) 16 Horsepower (et Bertrand Cantat) - The Partisan (Leonard Cohen)

9) Noir Désir - Le roi des cons (George Brassens)


 

Pour une meilleure lisibilité des morceaux,
cliquer, dans le lecteur audio, sur la loupe qui permet
d'ouvrir une fenêtre uniquement consacrée à cette sélection

par Ska publié dans : 9 Songs (une radio)
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Lundi 23 juillet 2007
Et voilà une chouette bande-son pour l'été grâce à DJ Gaston qui nous offre de télécharger librement un album entier de bootlegs où cuivres funky et basses généreuses viennent habiller des morceaux que l'on connaissait autrement arrangés... AC/DC, Beck, Madonna, les Rolling Stones, les B52's, Prodigy, les Beastie Boys et même le pénible Genesis des années 80, tous possédés ici par l'esprit de James Brown pour une épatante cure de jouvence... L'objet - précieux - se trouve juste ...

http://www.djgaston.net/


par Ska publié dans : Bande son
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Vendredi 20 juillet 2007


Il était ridicule. Il le savait. Elle ne le lui disait pas mais il le lisait dans ses yeux. Il avait bien noté la moue qui avait barré son visage la première fois qu’il avait mentionné la cape. Pourtant, il allait le faire avant de disparaître à nouveau. Elle ne pouvait pas comprendre : c’était sa revanche. Ils avaient voulu son retour. Ils en auraient pour leur argent. Depuis quatre mois, le mythe paradoxal – celui que l’absence avait érigé et entretenu – était mort. Il avait rejoint le troupeau des has been. Il se savait pathétique, au fond, alors autant massacrer ce retour avec panache. Puisqu’il ne pouvait plus se planquer derrière son image, il allait s’y vautrer dans cette vulgarité de saison.
Il n’était plus l’heure de tergiverser. Le Président souhaitait se hisser dans l’intimité des stars. C’était lui-même un people, plus à sa place sous la lumière des projecteurs que dans l’ombre des tractations diplomatiques. Il en était lui aussi à signer des autographes, alors autant le contenter, lui montrer surtout qui, des deux, était la vraie star. Quitte à casser cette image de type apolitique qu’il se trimballait depuis si longtemps.
Il jouait avec le feu, il s’en doutait. L'autre avait même voulu donner son avis sur la setlist du concert. Ce type ne manquait pas d’air. Il n’avait jamais vu ça. Mais il était demeuré si longtemps dans l’ombre, il avait été si souvent donné pour mort qu’il n’avait rien dit. L’occasion était trop belle. Il ne devait pas la gâcher. On avait même obtenu que le concert soit retransmis en direct sur une chaîne hertzienne, sans la moindre coupure publicitaire. Ils voulaient des tubes, ces cons, il allait leur en donner. Des « gold » à la pelle, rien que ça. Ça valait bien un feu d’artifice.
Ajustant sa cape devant le miroir, il vit, l’espace d’un instant dans le reflet, le frêle jeune homme qui grattait quarante ans plus tôt sa guitare sur les marches de Montmartre. Il tressaillit, remit ses lunettes, arrangea ses cheveux, ça allait mieux. Ses fans lui pardonneraient, ils lui pardonnaient tout. Il suffisait de lire les encouragements sur son site. Il n’avait même plus besoin de bidonner les commentaires dans le forum, l’hypnose collective était totale. Ceux qui pensaient qu’il n’avait jamais été aussi bon qu’avant 1973 n’avaient jamais rien compris. D’ailleurs, sans doute n’étaient-ils même pas nés alors…
Un 14 juillet. Le symbole était trop beau. Il l’avait tellement dit qu’il voulait faire de son retour un événement, qu’il voulait jouer là où personne n’avait jamais chanté. Les rumeurs les plus folles avaient circulé. Et le jour J, au début du mois de mars, personne n’avait relevé à quel point revenir dans cette immense salle polyvalente du douzième arrondissement jurait avec l’image qu’il s’était ingénié à bâtir depuis tant d’années.
Cette fois-ci, c’était encore un peu raté, il ne serait pas le premier à chanter là, mais quand même, ça avait de la gueule. C’était autre chose que ces interchangeables Zéniths de province où se mélangeaient les souvenirs depuis de si longues semaines. Revenir là, face à la Tour Eiffel, pour effacer trente années d’exil, pour vaincre cette peur tenace qui lui avait bouffé tant d’années de créativité, il aurait dû jubiler. Revenir en conquérant, entrer en scène sur les trois accords merdiques qui l’avaient rendu outrageusement célèbre, c’était sa piteuse revanche. Quand il montrait son cul sur une affiche ou une érection magnifique planquée sous un chapeau au début des années 70, il faisait scandale. Mais ce jour-là, en passant sur ses épaules la cape aux couleurs de son pays, il savait bien que le geste était dérisoire, qu’il avait rejoint les rangs de la normalité et que le beatnik qu’il chantait jadis lui aurait désormais craché à la gueule.
Il le lui rendait bien d’ailleurs.
Cette cape, elle avait quand même un avantage : elle dissimulait l’embonpoint qu’il ne réussissait plus à dompter. Il se demanda s’il la garderait pendant tout le show. Impossible : au piano, elle le gênerait, elle risquerait d’entraver ses mouvements.
Il sentait qu’il abdiquait, que quelque chose, avec son retour, s’était définitivement brisé. Peut-être aurait-il dû annuler au dernier moment, afin de raviver le mystère, afin d’être à nouveau raccord avec l’image et les rumeurs véhiculées depuis si longtemps. Tant d’esprits chagrins avaient prédit qu’il ne viendrait pas. Il ne pouvait pas leur donner raison. Cette fois, il aurait tout perdu. Elle y compris.
Donc il était venu. Et désormais, il enquillait les dates. Contre toute attente, la tournée marchait tellement bien que les directeurs artistiques de la maison de disques se contrefoutaient désormais de ses nouveaux morceaux. C’était même devenu un sujet embarrassant. Avec les journalistes aussi. Il sentait bien que tous avaient plutôt envie de l’enfermer dans une tournée sans fin où, tel un forçat de la variété française, il ne cesserait de chanter les mêmes chansons, ses « plus grands succès ». Ad libitum. Jusqu’à la nausée.
Le freluquet à la guitare sèche avait envie de vomir. Le sexagénaire musculeux rajusta ses lunettes. Au moins, ça lui évitait de se regarder dans le blanc des yeux.
En posant sur la table sa carte toute neuve de ce nouveau parti politique, il eut l’idée d’un bon mot. Il n’allait pas lui souhaiter bonne chance, il allait lui dire « merde » au Président. Ça, c’était fort. Subversif, juste comme il faut…


Deux heures plus tard, lorsque le chanteur souhaita au président nouvellement élu d’emmener les Français au Paradis « de leur vivant », l’ex fan des sixties saisit la télécommande et éteignit rageusement le téléviseur. Il resta quelques instant immobile, suspendu entre colère et stupéfaction. Puis il se leva lentement de son fauteuil et s’approcha de l’étagère garnie de plusieurs centaines de 33 tours. Ils étaient tous là. Vestiges d’une jeunesse vécue dans l’adoration de la pop anglaise et de dimanches récents gâchés aux Puces, dans les conventions de disques et dans tant de brocantes. Son regard glissa jusqu’aux albums rangés à la lettre P, juste avant la série des Procol Harum. Il effleura l’enregistrement de 73, celui où le chanteur posait au verso assis dans une rue de New York. Pour la première fois, rien au monde ne l’aurait décidé à placer ce disque-là sur la platine. Par la fenêtre, il voyait les éclats du feu d’artifice se découper dans le ciel. Décidément, il était temps de passer à autre chose.

 

par Ska publié dans : Songbook communauté : tiré par les oreilles
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Samedi 14 juillet 2007
Joe Strummer : The Future is Unwritten
de Julien Temple

Cette année, on fête les 30 ans du punk. Alors, logiquement, Julien Temple revient dans l’actualité cinématographique. D’abord avec un documentaire consacré à Joe Strummer, puis la semaine prochaine avec un long métrage retraçant l’histoire du mythique festival de Glastonbury.

Archiviste du rock, compagnon de route du mouvement punk, on connaît surtout de Julien Temple ses documentaires sur les Sex Pistols : La grande escroquerie du rock n’roll et L’obscénite et la fureur, deux films mémorables qui n’atteignent pourtant pas le point d’incandescence du D.O.A. de Lech Kowalski consacré en 1981 aux mêmes Pistols et à leur tournée américaine de 1978…

Aujourd’hui, donc, Temple se fait gardien du temple en consacrant un (très long) film au plus respecté des punk-rockers. Problème : Strummer est mort et le film ne s’en remet pas.

En effet, il ne suffit pas d’exhumer des images d’une icône rock, de balancer des titres d’Elvis, des Ramones ou du MC5 en ponctuations opportunistes pour signer un film rock. Au contraire, Joe Strummer : The Future is Unwritten s’abreuve au pire académisme : c’est un film mortifère et impuissant sur un artiste dont la musique, elle, demeure toujours incroyablement vivante…

Bêtement linéaire, platement illustratif, le film de Temple voudrait faire "cinéma" alors qu’il sait bien qu’il n’en est pas et qu’il fait surtout penser à un bonus dvd de luxe. Le début, pourtant, fait illusion, avec ce gros plan de Strummer entonnant White Riot en studio, casque sur les oreilles. Il n’y a d’abord que sa voix, puis, au bout d’une minute, les instruments de ses comparses qui se superposent à cette image du chanteur seul dans le plan lors de l’enregistrement d'un titre mythique. C’est donc parti pour deux heures de gentille pédagogie avec le professeur Temple, de la naissance à la mort du leader des Clash.

Problème principal du film : les entretiens obtenus, nombreux, sont évacués, tronçonnés par un montage speedé et peu inspiré où des plans d’archives de toutes provenances viennent trop systématiquement illustrer ce qui est dit. Degré zéro du cinéma. Afféteries inutiles. Jamais l’image ne vient contredire la bande-son, produire une collision stimulante, elle n’est là que pour surligner la parole. L’irruption d’images d’actualités cinématographiques antérieures à la naissance de Strummer, de super 8 familiaux, d’extraits de longs métrages questionnant la société anglaise (La ferme des animaux, If), d’un épisode de Southpark ou de petites animations sommaires paraîtra de la plus grande audace à ceux qui n’ont jamais vu le moindre film expérimental. Mais ce jeu sur l’assemblage d’objets hétéroclites, plein de cinéastes s’y livrent depuis des années et voir Temple s’y appliquer si scolairement – pour relever un peu la sauce télé de son documentaire – fait un peu pitié.

Le pire, c’est cette façon de convoquer la parole de personnalités de la musique ou du cinéma pour légitimer la place et le rôle de Strummer dans l’histoire du rock. On n’avait pas besoin d’eux pour cela, d’autant plus que ces intervenants n’apparaissent parfois que trente secondes et ne disent rien de plus intéressant que les anonymes ou les compagnons de route des premières heures. Alors, c’est sûr, de Flea des Red Hot Chilli Peppers à Bono en passant par Johnny Depp, Jim Jarmusch, Steve Jones, Martin Scorsese, John Cusack, Steve Buscemi ou Bobby Gillespie de Primal Scream, Temple a un bien beau carnet d’adresses. Mais à quoi bon ? Les interventions de tout ce beau monde dans des plans fixes tristement télévisuels – et dont la seule originalité est d’avoir troqué les décors de studios interchangeables dévolus aux interviews pour dvd contre les abords d’un feu de camp boy scout – n’apportent rien, si ce n’est une vague légitimité artistique à laquelle se raccroche assez pathétiquement Temple.

À cette dérive people du documentaire, on préfère évidemment les interventions du guitariste Mick Jones ou du batteur Topper Headon (seul moment vraiment émouvant du film, quand ce dernier raconte comment il a dû quitter les Clash à cause de son addiction à la drogue). Étrangement, Paul Simonon, le bassiste du groupe, immortalisé fracassant son instrument sur la pochette de London Calling, est le seul absent du film. Occupé à faire – réellement – de la musique avec The Good, The Bad and The Queen, peut-être avait-il envie de jouer ses rythmiques au présent plutôt que s’appesantir sur son passé glorieux.

De l’alchimie naissant entre des musiciens, de la création des chansons, Temple ne parle pas. The Clash est génial, Strummer est un type formidable. Tout cela, ce sont des présupposés que le film ne questionne presque jamais. C’est assez frustrant.

Alors, bien sûr, on apprend quelques trucs, on sauve tout de même du film une poignée de témoignages qui ne sont pas toujours tendres avec Strummer (son rôle plus qu’ambigu lors des évictions de Headon et Jones, ses errements artistiques dans les années 80)… mais tout cela n’est rien en comparaison de l’un des plus grands films rock qui soient : Rude Boy, ce brûlot mêlant images documentaires et trame fictionnée que Jack Hazan consacra à un fan des Clash devenu roadie du groupe en 1980. L’âme du punk, l’énergie, les contradictions et la hargne de l’époque, elles étaient là, certainement pas dans ce bien consensuel produit de saison… De là à en conclure que les meilleurs films rock sont – comme D.O.A. de Kowalski, One Plus One de Godard ou Don’t Look Back de Pennebaker – forcément contemporains des épopées qu’ils racontent, il n’y a qu’un accord de guitare…

par Ska publié dans : 24 images/seconde
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Dimanche 8 juillet 2007

Tenacious D in The Pick of Destiny

de Liam Lynch


L’acteur Jack Black enseignait le rock à des enfants dans le lisse Rock Academy de Richard Linklater. C’était moyennement convaincant à force de bons sentiments et de visées familiales évidentes. Le film à la gloire de son groupe métal Tenacious D, dont la première (?) aventure vient de bénéficier d’une sortie technique en France, ramène Jack Black en des territoires beaucoup moins fédérateurs. Back to Black, donc. Et en dessous de la ceinture cloutée de préférence.
De professeur, voici Black qui passe au statut d’élève, du moins dans la première partie du film où il incarne un nigaud cherchant à percer les mystères du riff ultime. Il faut redire ici à quel point Jack Black s’est imposé, en quelques films, en corps burlesque paradoxal, son embonpoint étant sans cesse contredit par la souplesse de ses mouvements et la nervosité de son jeu. Le film de Liam Lynch est à sa démesure, parfaitement raccord avec la personnalité d’un acteur qui, parfois, agaçait par son cabotinage déplacé (dans le King Kong de Peter Jackson par exemple).
Pour aller vite, Tenacious D in The Pick of Destiny, ce serait un peu le chaînon manquant entre Spinal Tap et Wayne’s World, un jubilatoire délire fétichiste avant tout réservé aux fans de Black Sabbath, de Deep Purple ou de AC/DC. Dès le prologue, qui convoque tout aussi bien des réminiscences cinématographiques du Tommy de Ken Russell que le souvenir de pages (peu ?) glorieuses de l’histoire du rock avec l’apparition fantomatique de Ronnie James Dio, le film promet beaucoup. Et l’on se dit que l’on tient là le film culte qui sera au métal ce que Dodge Ball fut à la balle au prisonnier ! C’est dire, non ?
Comédie musicale assez réussie, Tenacious D in The Pick of Destiny s’appuie surtout sur l’imagerie satanique liée au hard rock puisque la quête de Jack Black et de son acolyte Kyle Gass, c’est de retrouver un médiator aux pouvoirs démoniaques ayant la particularité d’avoir été sculpté au Moyen-Age à partir d'une dent du Diable. Ce médiator, ensuite passé entre les mains de tous les maîtres du riff, de Pete Townshend à Eddie Van Halen jusqu'à Angus Young, devrait leur permettre de composer le plus grand morceau de l’histoire du rock. Rien que ça. Cette histoire-là, c’est un personnage incarné par Ben Stiller (également producteur exécutif) qui la raconte, et cette apparition est l’une bonnes surprises du film, avec celle, géniale, de Tim Robbins qui
avec un rôle où il ressemble étonnamment à Michael Palin – ramène dans le film une influence pop plus inattendue, celle des Monty Pythons.
Le hard rock seventies et le métal ne sont pas à la mode aujourd’hui. L’éphémère succès du très bon disque de Wolfmother l’an dernier demande à être confirmé. Hier soir, très logiquement, la salle était quasiment vide. Je ne pense pas que nous ayons été nombreux, en rentrant, à avoir eu envie de ressortir nos vieux 33 tours de Rainbow…

 

A voir, pour vous faire une idée, de nombreux extrait du film sur YouTube :

- Le prologue, featuring le "Mini-Me" de Jack Black et surtout Ronnie James Dio, le chanteur de Rainbow puis de Black Sabbath.
- Master Exploder par Tenacious D
- Le duel final avec un Belzebuth inteprété par Dave Grohl, pote de Jack Black, mais surtout ancien batteur de Nirvana et actuel leader des Foo Fighters.

 

par Ska publié dans : 24 images/seconde
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Lundi 2 juillet 2007
Une sorte de dimanche après-midi idéal, à Cergy-Pontoise (au "Furia Sound Festival"), avec des potes, Sonic Youth et les Queens of the Stone Age...


par Ska publié dans : Rock Album - Photos live, etc. communauté : tiré par les oreilles
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Mercredi 20 juin 2007
 
Bêtement, j’en avais un peu marre de tous ces articles sur Justice, du buzz que les Inrockuptibles et d’autres avaient fait monter au fil de leurs numéros printaniers (logiquement, le duo électro tête à claques est en couverture dudit hebdomadaire cette semaine).

C’était avant d’écouter l’album. Entre les Daft Punk (sans les fautes de goûts eighties), les Chemical Brothers (l’incroyable dyptique Stress/Waters of Nazareth), les bandes originales de John Carpenter (Phantom et One Minute to Midnight) et quelques relents disco presque hors-sujet (D.A.N.C.E, Dvno), la rumeur était finalement plus que justifiée. Justice est un juke-box fou, une enthousiasmante machine à faire danser. Tout au plus pourra-t-on tiquer sur le manque d’originalité de l’ensemble. Pas grave : depuis le début de la soirée, le disque tourne en boucle. J’en oublierais presque le pourtant formidable Era Vulgaris des Queens of the Stone Age et Icky Thump des White Stripes. Un comble pour un projet « french touch » que j’étais parti pour ne pas aimer…

La vidéo du single D.A.N.C.E. – tube de l’été annoncé – permet de reparler un peu de clip ici, ce que je n’avais pas fait depuis longtemps.
Bon, le morceau n’est pas vraiment représentatif d’un disque finalement assez sombre. Et il ne vaut pas les délires pop de The Go! Team (ici) ou les samples déglingués de The Avalanches (), mais indéniablement cet hommage barré aux Jackson 5 fonctionne.
Avec le clip de D.A.N.C.E., le duo parisien avance à visage découvert. Il s’agit de look. De rien d’autre. On l’avait bien compris, d’ailleurs, depuis que les Inrocks avaient consacré, il y a quelques semaines, leur très dispensable page « Style » au décryptage du look des deux garçons.
Ici, semble-t-il, il s’agit surtout de vendre des tee-shirts, le clip retrouvant son rôle initial de film publicitaire, ce statut que quelques chef-d’œuvres avaient permis de mettre en sourdine (le clip trouvant au tournant du XXe siècle, grâce à Gondry, Jonze et consorts, la porte d'entrée vers les lieux et les écrits de cinéma).
Les vidéos musicales, il y a quelques années, servaient à vendre des singles. Mais aujourd’hui que la musique se télécharge « illégalement » ou dans le meilleur des cas virtuellement, que reste-t-il à vendre ? Ça n’a pas loupé. À une époque où les jeunes – qu’ils soient fans des Klaxons ou des Naast – se sont jetés dans la course aux looks, avec un exponentiel budget jean slim & gel capillaire, certains tee-shirts créés pour le clip existent désormais dans le monde réel et sont en vente notamment chez Colette (oui, chez Colette, car Justice, c’est chic et bobo… et puis parce que Pedro Winter, leur manager, est marié à la responsable de la communication de la boutique…).

Allons, Justice, ce n’est pas que du marketing, me dira-t-on, il y a là une démarche artistique cohérente puisque les deux musiciens sont d’anciens graphistes. Admettons.
Paradoxalement, on nous a saoulé avec le look des deux justiciables mais on ne voit pas les visages de Xavier de Rosnay et Gaspard Augé dans le clip. Pourtant, ils sont bien là – en creux – en prescripteurs de tendances.
Justice : groupe à la mode ou groupe de défilé ?
Ce qui est certain, c'est que l'on peut dire du directeur artistique du label Ed Banger, So_Me - qui a dessiné les tee-shirts - qu’il est l’auteur du clip autant que Jonas et François, les deux réalisateurs crédités.

D.A.N.C.E., donc, est un clip formidable dont on aurait vraiment aimé trouver le concept. Mais c’est surtout une page de publicité de trois minutes. Il faut le savoir avant de le visionner. 

 

 
 

PS : Pour être honnête, des tee-shirts de groupes, j’en ai pas mal… et le « Internet killed the video stars », vous pouvez me l’offrir, je le porterai…


http://www.myspace.com/etjusticepourtous
 

 

 
 
par Ska publié dans : Vidéos musicales - Notes éparses communauté : tiré par les oreilles
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Movie Remix

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Communiqué

21 juin ... BOUM !

Pas de fête sans musique
Pas de musique sans culture !
Pas de culture sans nous !

R E N D E Z - V O U S

••••••••••••••••••••••••

11h00 à la Pyramide du Louvre et départ de la Caravane

autour d’un concert de TETES RAIDES

12h00 au Cinéma Le Méliès de Montreuil Projections :

« Charlot fait sa cure » de Charlie Chaplin 17’, « Courts Sauvons la culture »… débat autour du cinéma , prise de paroles d’acteurs et des surprises ...

15h00 au Théâtre du Rond Point

avec la présence de Bertrand Tavernier, Josiane Balasko , Guy Bedos ...

18h00 au Centre Commercial GALAXIE Place d’Italie 2

KARINE SAPORTA (danseuse chorégraphe) va investir une partie du lieu avec ses danseurs dans le cadre original du centre commercial ...

Final en fanfare !!!!!

De la musique, des lectures, des projections, de la danse, des performances…

Face au désengagement sans précédent de l’Etat, des artistes du monde de l’art et de la culture, tous domaines confondus, se rassemblent pour faire la fête et affirmer le caractère essentiel de la création, le droit inaliénable pour tout être humain d’accéder à l’imaginaire et à la pensée, à l’éveil sensible et à l’esprit critique, la nécessité d’une politique culturelle ambitieuse, intelligente et généreuse, à la hauteur de l’enjeu démocratique.

Le 21 juin, suivez la caravane

La culture, c’est des centaines de métiers, des millions de spectateurs, un patrimoine à entretenir, à transmettre et à construire !

La culture, c’est l’histoire de chacun, l’apprentissage de la différence et de la diversité, la construction de la liberté individuelle au travers d’expériences multiples et polymorphes, individuelles et collectives

La culture fait reculer la peur, l’ignorance et l’exclusion

La culture est préalable à la récolte, elle nécessite de l’attention et de l’opiniâtreté, de la quotidienneté, de l’investissement, du professionnalisme.

Quand l’Etat fixe des critères économiques de résultat à la culture, il renie sa mission d’intérêt général et de service public pour lequel il est élu.

Nous, professionnels de la culture, affirmons que nous ne laisserons pas démanteler notre histoire, notre passion, notre avenir, et que, comme la santé et l’éducation, c’est l’affaire et l’intérêt de tous.

La culture, c’est le relais indéfectible des idées, des luttes et des combats, elle transmet notre imaginaire individuel et collectif, interroge notre société, aide à sa transformation.

La culture nous lie et nous tient.

Ne laissons pas les chacals brouter nos idéals !

Les Têtes Raides

Le Collectif National de l’action culturelle cinématographique et audiovisuelle

Rejoignez la pétition en ligne : www.sauvonslaculture.fr !


 


 


 

Sauvons la culture !
Appel à une mobilisation citoyenne pour l'art et la culture

Face au désengagement sans précédent de l'Etat, des artistes et des acteur(e)s du monde de l'art et de la culture, tous domaines confondus, se sont réunis pour affirmer le caractère essentiel de la création, le droit inaliénable pour tout être humain d'accéder à l'imaginaire et à la pensée, à l'éveil sensible et à l'esprit critique.

Tous les champs et toutes les disciplines de l'art et de la culture appellent à une mobilisation pour une politique culturelle ambitieuse, intelligente et généreuse, à la hauteur de l'enjeu démocratique.

Emparez-vous de ce texte, signez-le et faites-le signer ici.

Et rendez-vous le mercredi 7 mai pour une grande journée de mobilisation nationale autour du texte, dans tous les lieux d'art et de culture (théâtres, lieux de spectacles et de danse, cinémas publics et privés, lieux d'expositions, lieux d'arts contemporains, lieux de culture multimédia, lieux de musiques, opéras, centres culturels, MJC, foyers ruraux, conservatoires, bibliothèques, médiathèques, universités, écoles, collèges, lycées, musées, écoles d'arts...).



mardi 22 avril 2008


La remise en cause brutale de nombreux financements liés au soutien à la création indépendante, à la démocratisation de l’accès à la culture, à la politique de la ville, à l’éducation, l’enseignement supérieur et la formation professionnelle artistiques ou encore aux actions internationales, suscite inquiétude, indignation et colère chez tous ceux qui œuvrent au quotidien pour l’art et la culture.

Cinquante ans de politiques culturelles innovantes et audacieuses ont permis la création d’un maillage culturel territorial quasiment unique au monde. Des salles de cinéma, des théâtres, des bibliothèques, des lieux de spectacles et d’expositions, des orchestres, des artistes de toutes formes d’expression artistique (théâtre, danse, musique, cinéma, arts visuels, arts du cirque et de la rue…) qui se déplacent sur tout le territoire, des associations, des festivals et manifestations liés à tous les arts, permettent partout en France, à un vaste public de rencontrer des œuvres, leurs auteurs et interprètes.

Aujourd’hui, cette richesse collective est mise en péril.

« Le budget d’austérité » proposé par notre ministre de la Culture et de la Communication et par le Premier ministre, ainsi que les arbitrages annoncés pour l’année 2008, les perspectives sombres des futurs budgets bientôt triennaux nous alarment à juste titre. La part de la Culture représente déjà moins de 1 % du budget de l’État. Comment accepter que ce chiffre soit encore révisé à la baisse ?

Des dizaines de milliers d’emplois sont concernés. L’existence même de nombreuses actions et structures est menacée. Mais, par-delà l’aspect financier, c’est le renouvellement des talents, l’unité et la solidarité entre générations, le droit à accéder aux langages de l’art, à l’expression et à la création qui sont en danger.

Les collectivités locales, depuis des années, interviennent massivement en faveur de l’art et de la culture. Si elles sont amenées à jouer un rôle plus important, l’État a un rôle à jouer pour garantir l’égalité entre les territoires et assurer la cohérence, la complémentarité et la diversité des politiques publiques pour la création artistique et son appropriation citoyenne.

Nous soutenons que l’État doit affirmer le caractère essentiel de la création, le droit inaliénable pour tout être humain d’accéder à l’imaginaire et à la pensée, à l’éveil sensible et à l’esprit critique par l’art et la culture.

Pour cela, il doit :

- garantir la diversité des créations, tant dans leurs moyens de production que de diffusion, et non les réduire à des produits de consommation culturelle en les livrant à la seule loi du marché ;

- assurer à tout citoyen la rencontre avec des œuvres en accompagnant de manière volontariste l’action et la diffusion culturelles, et en épaulant les artistes et les relais institutionnels et associatifs ;

- maintenir et promouvoir l’éducation artistique dans les programmes de l’Éducation nationale en lien avec le ministère de la Culture et de la Communication. Réconcilier les enfants, à l’école comme à la télévision, avec toutes les formes d’intelligence ; les aider dans les établissements scolaires comme à l’extérieur, à distinguer une œuvre d’un produit ; leur donner le choix des arts dans leurs diversités, en faire une chance et une arme contre les déterminismes et les divisions.

L’État doit contribuer réellement au financement de cette ambition qui fait de la France une exception et lui confère son rayonnement et son attractivité internationale. Nous devons résister à ces bien maigres économies qui causeront de bien grands dégâts (Victor Hugo).

À quelques semaines de la présidence française de l’Union européenne, nous nous devons de relancer le débat national pour le porter ensuite au niveau communautaire.

Rassemblant toutes les disciplines artistiques, nous exigeons que cette question cruciale soit replacée au cœur des préoccupations de notre société.

Aussi appelons-nous à la mobilisation pour une politique culturelle ambitieuse, intelligente et généreuse, à la hauteur de l’enjeu démocratique.



http://sauvonslaculture.fr/