Vendredi 19 octobre 2007
PICT0009-copie-2.JPGUn beau cadeau à la sortie de L'Européen, le 29 octobre 2001...

La  première fois, c'était en 1999. Le 14 avril. L'album Remué venait de sortir. Et rien ne serait plus comme avant. C'était le plus sombre, le plus tourmenté, comme une claque donnée aux malentendus consécutifs au succès du Twenty Two Bar, ce morceau qui aurait pu être un tube (voir ici l'analyse du clip). Aujourd'hui, Remué, c'est encore l'album de Dominique A que je préfère. Cela ne doit pas être son cas tant ce disque suinte la colère, le malaise et la rage. Pourtant, s'il ne devait en rester qu'un...
Du balcon de la Cigale, il y a huit ans donc, je découvre Dominique A sur scène. Sec, intense (à l'image du disque), le concert est peu aimable, très rock. La gestuelle du chanteur m'impressionne, cette façon de bouger les bras devant lui, de marteler le rythme avec son corps, ses pieds, ses mains. Plus tard, dès lors qu'il s'affublera plus souvent d'une guitare, cela sera moins marquant. Dans mon souvenir, ce soir-là, il n'y eut pas de rappel. Je me rappelle aussi qu'il joua une version très punk du Courage des oiseaux et que beaucoup de fans furent déçus du tournant peu amène que prenait ce soir-là la musique du délicat auteur de La fossette
Depuis, je l'ai revu de nombreuses fois, chaque fois qu'il passe à Paris en fait. En solo, avec guitare et séquenceur, ou accompagné d'un groupe. De l'Européen aux Bouffes du Nord en passant par la Coopérative de Mai à Clermont-Ferrand ou la Cité de la Musique avec Katerine, chaque nouveau concert fut l'occasion pour le Nantais de revisiter un répertoire d'une qualité constante. 
Car Dominique A sur scène, ce n'est décidément pas la même chose qu'en studio. Il faut regarder son dvd En solo aux Bouffes du Nord, l'une des meilleures captations de concert que j'ai pu voir, pour mesurer à quel point Dominique A est l'un des meilleurs artistes français sur scène. Aujourd'hui, Sur nos forces motrices, bien beau premier album live, vient à son tour en témoigner. Avec un groupe aventureux qui rappelle un peu celui qui accompagnait Alain Bashung sur la "Tournée des grands espaces", Dominique A s'empare de ses chansons comme si leurs paroles venaient juste d'être couchées sur le papier. Les disques live sont souvent anecdotiques, dispensables, superfétatoires. Ce n'est pas le cas ici tant Sur nos forces motrices donne l'impression que les quinze chansons le composant n'ont jamais été entendues avant.
Il faut par exemple écouter ci-dessous la version studio de Pour la peau et sa transposition live. Ou encore, en vidéo, cette version impressionnante du Courage des oiseaux qui, sur la fin, ferait presque penser à du New Order...





par Ska publié dans : Bande son communauté : Le Monde du Rock
ajouter un commentaire commentaires (14)    recommander
Samedi 13 octobre 2007

up-radiohead.JPGDésolé, mais je n’ai pas envie de parler des nouveaux morceaux de Radiohead… Ce n’est pas que j’ai quelque chose contre la clique à Thom Yorke, bien au contraire. Mais à quoi bon commenter à mon tour, piste par piste, ce nouvel album puisque, depuis quelques jours, la blogosphère mondiale s’excite autour de cette nouvelle livraison, chacun pouvant, dans une belle simultanéité, jouer au critique rock en s’emparant d’un album que personne n’avait jusque-là pu entendre. Cet enthousiasme est normal : c’est Radiohead. Cette sortie est un événement artistique autant qu’industriel. Le disque est donc disponible depuis mardi, mais uniquement en mp3 pour l’instant. Radiohead nous fait entrer dans une ère d’immédiateté où l’écoute du disque est quasiment raccord avec le moment de l’enregistrement. C’est nouveau (pour un groupe comme celui-ci du moins). Il se joue là quelque chose d’important. En même temps, on est tellement pris de cours que l’on n’a pas vraiment eu le temps de le désirer, de le fantasmer, ce disque. C’est un sentiment bizarre et assez paradoxal.

In Rainbows est donc sorti quand on ne l’attendait pas. Très vite. Sans communication préalable. Radiohead n’a plus de maison de disque. C’est volontaire. Le groupe, totalement libéré des contraintes industrielles, fait ce qu’il veut maintenant. Rappelons tout de même que ce luxe n’est pas donné à la première formation venue. Si Radiohead se permet d’offrir
quasiment son nouveau disque aux fans, c'est que que le groupe jouit déjà d’une énorme notoriété mondiale. Tout cela, c’est très bien, c’est assez réjouissant. D’autant plus que l’album est à la hauteur d’une discographie exceptionnelle. Mais relativisons tout de même : Radiohead n’invente rien en faisant cela. Nombre d’artistes ou de groupes diffusent déjà leurs disques en téléchargement gratuit. Certains aussi, avant parution, nous donnent l’occasion d’écouter l’intégralité de l’album sur leur myspace (Fancy, dont j’ai déjà parlé longuement) ou sur leur site (Candie Payne, chanteuse rétro-pop prometteuse que nous fit découvrir un voisin de blog hier). Il y a comme un effet d’optique : on parle beaucoup de l’initiative de Radiohead parce que c’est la première fois qu’un groupe ou artiste de cette ampleur procède ainsi…
Ce qui est intéressant aussi avec cette parution hors normes, c’est qu’elle modifie en profondeur le rapport de l’artiste à la critique. Les internautes, du coup, sont flattés des égards du groupe d’Oxford à leur attention. Finis les privilèges du journaliste qui pouvait écouter le disque avant tout le monde. Pensez donc, l’album est disponible dans un premier temps uniquement en téléchargement avec, en plus, ce concept révolutionnaire qui a cours déjà pour certains spectacles (vous téléchargez le disque en mp3 et vous payez ce que vous voulez…). L’annonce de la fin du mixage a précédé de dix jours seulement la date officielle de sortie. Il y a là un certain panache. Au détour d’un message lapidaire sur leur site officiel, Johnny Greenwood annonçant que le disque était terminé et qu’on pourrait, nous, l’écouter dans dix jours, oui, ça avait de la gueule.
Ainsi, ce ne sont pas seulement les maisons de disque et les distributeurs qui sortent laminés du constat d’obsolescence qu’on leur adresse frontalement, c’est aussi la presse officielle qui n’a pu écouter le disque et qui perd un peu de ses prérogatives. In Rainbows, tout le monde l’a découvert au même moment et les Inrockuptibles, dans une brève miteuse, cette semaine, en sont réduits, impuissants, à faire du maigre publi-reportage, à copier/coller un communiqué de presse, à dire avec quelques jours de retard (parution hebdomadaire oblige) ce que l’Internet rock commente depuis le début du mois…
Ces parutions à deux vitesses (la presse doublée par les blogs mp3 et par les sites de partage), ce n’est pas complètement nouveau. Il est fréquent maintenant que l’on trouve, plusieurs semaines avant leur sortie, certains disques sur la toile. Ainsi, le Magic de Bruce Springsteen, j’ai pu l’écouter début septembre alors qu’un critique professionnel, fan notoire du Boss, le découvrait seulement quelques jours avant la parution officielle (le 2 octobre), dans les locaux de la maison de disques le distribuant (ici)
Radiohead, avec ce nouveau disque, vient simplement d’officialiser une pratique qui a cours depuis un certain temps. L’objet disque, de fait, n’est plus forcément celui vers lequel convergent nos attentes. Il paraîtrait même complètement démodé. La musique, nue, s’affranchit du support qui jusque-là servait à la véhiculer. De blog en blog, on lit souvent des chroniques de nouveaux albums que l’on ne peut trouver à la Fnac. C’est réjouissant, mais cela comporte aussi ses limites. Car il n’y a pas que des Fnac, il y a aussi des disquaires, des passionnés, des "passeurs". Si l’on fait un parallèle avec la manière que nous avons, depuis plus d’un siècle, de voir les films dans des lieux collectifs, c’est confirmer la mort, pressentie par certains, de la salle de cinéma. Ce qui n’est pas pour me réjouir. Une oeuvre, donc, peut-elle se passer du support (le disque) ou du lieu qui la diffuse, qui la met en valeur, l'accompagne (la salle de cinéma) ?
Dans le cas qui nous occupe, Radiohead nous fait un cadeau. Les cadeaux, c’est chouette, on aime bien ça, surtout quand c’est le groupe le plus passionnant du monde qui nous les offre. Pourtant, le risque n’est-il pas aussi que ce disque ne soit pas écouté comme ses prédécesseurs, qu’il soit d’emblée dévalué, considéré comme un album anecdotique ? Surtout, comment justifier la sortie du nouvel opus de ces orfèvres du son en compression mp3, 160 kbps ? Peut-être que cette parution dans un format tout juste acceptable est un piège tendu aux fans, une sorte de "teaser" luxueux, pour que les vrais amateurs aient quand même envie de commander, à partir de décembre, la boîte luxueuse où l’album sera livré en cd, en vinyle et agrémenté d’inédits (pour 60 euros quand même !) …

Cette sortie "immatérielle" pose donc, je trouve, des questions essentielles. Le disque est-il encore un objet incontournable ? Qu’est-ce donc qu’une "sortie" d’album aujourd’hui ? In Rainbows annonce-t-il que le disque en tant que support physique est voué à devenir un produit de luxe ? Tout le monde parle du nouveau Radiohead, d’accord, mais moi je ne l’ai pas vu ce disque, je ne l’ai pas touché, je n’ai pas rêvé devant sa pochette. Ce disque, je l’ai juste écouté. Et – comme je n’ai pas envie de profiter des nouvelles chansons, rivé à mon ordinateur ou raccordé à mon baladeur mp3 dans les transports en commun – je vais le graver et me confectionner un joli livret perso… Pas question, sur mes étagères, de laisser de la place pour la poussière…

 

par Ska publié dans : A suivre... communauté : Le Monde du Rock
ajouter un commentaire commentaires (20)    recommander
Jeudi 11 octobre 2007
9782226179364.jpg"Pour me comprendre, il faut aimer les puzzles" (Bob Dylan)

 

Dire de I’m not There, le nouveau film de Todd Haynes, que je l’attend impatiemment est un euphémisme. Parce que Todd Haynes est un cinéaste passionnant. Parce qu’il aime Douglas Sirk autant que le glam rock. Parce que, surtout, je viens de lire la biographie de Bob Dylan écrite par François Bon et que le film de Todd Haynes pourrait en constituer la fort pertinente coda.
Après le livre de Greil Marcus intégralement consacré à la chanson Like a Rolling Stone, après No Direction Home, le foisonnant documentaire de Scorsese sur Dylan, après la somptueuse réédition du Dont Look Back de Pennebaker en dvd, le livre de Bon vient clore (provisoirement) deux années ponctuées de parutions remarquables pour qui s’intéresse à Robert Zimmerman.
La deuxième incursion de François Bon en terres de rock’n’roll est peut-être plus convaincante encore que la somme qu’il publia sur les Rolling Stones il y a cinq ans. Bob Dylan est en effet un personnage de roman idéal, un être autour duquel le réel est fluctuant, indéfini. Si Rolling Stones, une biographie se nourrissait de faits avérés et d’une mythologie assez classique, la figure de Dylan intrigue et stimule beaucoup plus. Le livre de Bon est ainsi, en partie, une sorte d’enquête au cœur des innombrables écrits et témoignages que l’on a déjà pu lire ou entendre sur Dylan. Entreprise critique, donc, plutôt que bio officielle. Et c’est heureux.
D’habitude, je n’aime pas lire des biographies. Il y manque le frottement de la fiction, il y a là-dedans un côté scolaire et scrupuleux qui, souvent, étouffe la littérature. Avec Bon, c’est différent, car lorsqu’il évoque les Stones, Dylan ou Led Zeppelin (ce qu’il fit dans un feuilleton radiophonique de haute volée), il parle en creux tout autant de lui, de ce que cette musique, surtout, représenta pour les jeunes de sa génération en France ("C’est soi-même qu’on recherche").
Ce qui se dégage de la lecture, c’est surtout, donc, que Dylan est insaisissable, que les livres ne réussiront jamais à donner de lui une image univoque. Car Dylan est d’abord un mythe, une figure en laquelle s’agrège toute une histoire de l’Amérique et de la contre-culture. Un homme aussi qui ne se reconnut pas forcément dans le rôle que l’on voulut, un temps, lui faire jouer.

Je ne l’ai pas encore vu, mais le film de Todd Haynes semble bien partir lui aussi de ce postulat, de cette impossibilité de raconter Dylan en se contentant de suivre le simple fil biographique. D’où le recours – logique – à plusieurs comédiens pour interpréter autant de Dylan, ou plus précisément d’avatars dylaniens. La phrase d’accroche de la bande-annonce le déclare sans ambages : les biographies de Dylan, ses Chroniques même, sont truffées de mensonges, d’exagérations de toutes sortes. Tandis que défilent les premières images, on pense à cette phrase célèbre prononcée par James Stewart dans L’Homme qui tua Liberty Valance ("Si la légende est plus belle que la vérité, alors imprimons la légende").
Finalement, c’est d’abord Dylan qui a écrit son propre rôle, se construisant au fil du temps en personnage fictif (la généalogie qu’il s’invente à ses débuts, l’épisode de l’accident de moto de juillet 66 très largement exagéré…), jusqu’à être dépassé par celui-ci et par ce que les auditeurs investissaient en sa personne.
Dans Bob Dylan, une biographie, il y a ainsi ce passage où Bon s’attarde sur l’arrivée du jeune Dylan à New York, seul sous la neige, guitare sur le dos (« Telle est la légende : New York, le 24 janvier 1961, ses vingt ans dans quatre mois. Du vent sur la ville, de la neige. Une voiture s’arrête venue de Madison, et deux jeunes types en descendent, remercient le chauffeur. L’un a une guitare à la main. »). L’image est belle, si belle. Elle contribue, entre autres climax du livre, à l’édification de Dylan en archétype. Pourtant, la légende, Bon la tient à distance. Il la commente, la critique, la pousse dans ses retranchements. Et ce sont ces contradictions flagrantes qui finalement rendent encore plus passionnant le personnage de Dylan.
Il y eut plus tard Bowie et ses masques, tous les personnages qu’il joua au fil de ses albums. Le premier avatar, Ziggy Stardust, il le tua, signe qu’il contrôlait tout, et notamment le passage d’un personnage à un autre. Avec Dylan, rien de tout cela. Quand Bowie est pure fiction, Dylan est vacillement. Dépassé toujours par les incarnations qu’il s’invente… Sait-il lui-même qui il est ? "All I can do is be me. Whoever that is", dira un jour celui qui acteur dans Pat Garrett et Billy le kid, le chef-d'oeuvre crépusculaire de Sam Peckinpah, s'y faisait de manière très significative appeler Alias...
Qu'importe, au fond ? N’est-ce pas ainsi que l’on préfère rêver Dylan ?



Dossier Dylan à lire sur le blog de François Bon, ici
Ci-dessous, la bande annonce de I'm not There (sortie en France le 5 décembre 2007)



par Ska publié dans : A suivre... communauté : Le Monde du Rock
ajouter un commentaire commentaires (10)    recommander
Jeudi 4 octobre 2007


PICT0024-copie-1.JPGQuand on lui demandait le genre de musique qu’il aurait aimé jouer, les chansons qu’il aurait aimé écrire, il pensait invariablement à Yves Simon. Au chanteur des années 70, précisait-il toujours, celui qui rêvait Juliet dans les diabolos menthe, qui citait Polanski et Higelin dans une poignée de vers, celui qui posait en tee-shirt Jefferson Airplane sous sa vieille veste en jean. Celui, surtout, dont les mots, les silhouettes et les visages familiers arpentaient les rues de son propre quartier : de Barbès à la place de Clichy, de la rue Clignancourt à la place des Abbesses, de Rochechouart à la Goutte d’or. Dans ses chansons, il rêvait de New York et de Manhattan, mais il était de Paris. De Paris 75. Il chantait si bien cette ville : ses nuits, ses petits riens, ses passagers clandestins.
On lui avait dit aussi qu’il lui ressemblait. C’était surtout la pochette de Respirer, chanter... qui leur avait fait affirmer cela. La barbe sans doute.
On trouve de ces ressemblances parfois... Ceci dit, depuis qu’il avait coupé ses cheveux, c’était quand même beaucoup moins net. Dommage. La comparaison était plutôt flatteuse. Cette pochette d’un disque paru alors que lui ne marchait même pas encore, elle l’avait surtout conforté dans le sentiment que certaines de ces chansons lui parlaient directement, tout bas dans le creux de son oreille. Elles étaient à lui. Il aurait aimé y vivre. "Raconte toi", lui intimaient-elles doucement...
Puis il y eut les années 80, quand le chanteur changea de vie pour devenir écrivain, chantre du mitterrandisme et intellectuel de salon. Moins rock’n’roll a priori. D’ailleurs, il arrêta de se produire sur scène et chroniqua souvent à Libé.
Il lui conservait toutefois toute son affection. Et quand, bien des années plus tard, un certain Julien Baer sortit son premier album, il entendit dedans tout ce qui le fascinait tant dans ces vieux vinyles achetés à dix francs chez Boulinier. Même timbre de voix, mêmes arrangements seventies mais enrichis de sonorités soul que son héros de Barbès avait, lui, peu explorées. La relève était prête. Le public suivit peu.
Enfin, il y avait cette chanson. A une époque où Zelda évoquait bi
en plus un jeu vidéo que la femme tragique de Francis Scott Fitzgerald, il se serait bien vu baptiser sa fille de ce beau prénom. Las ! Avant que l’éventualité se présente, celle qui fumait des Gauloises bleues avait changé de peau dans sa nuit américaine.
Alors, il jouait certains morceaux à la guitare, il y revenait souvent. Il avait tout de même encore un peu de mal avec les arpèges de Raconte toi

Yves Simon, lui, avait finalement sorti un disque décevant à la fin des années 90. Un objet trop chic, trop clinquant, à la production déjà démodée. On avait dit ensuite qu’il devait tourner un long métrage avec une belle actrice à la voix rauque. Trente ans plus tôt, il chantait "la Dorléac". A l’orée du siècle, il devait filmer "la Mouglalis". Rien ne vint. Jusqu’à ces jours-ci… *




* Le nouveau disque d’Yves Simon s’intitule Rumeurs. Il est sorti le 1er octobre.


Bonus Tracks :

free music
par Ska publié dans : Songbook communauté : tiré par les oreilles
ajouter un commentaire commentaires (11)    recommander
Dimanche 30 septembre 2007


S'il y a un truc émouvant avec les vinyles et les cassettes audio, c’est leur vulnérabilité.
Ces sillons comme des rides en lesquels lire le passage du temps, les écoutes renouvelées.
Ces bandes magnétiques qui se déroulent, figurant très précisément la place où est inscrite la musique. On y voyait presque les notes, les harmonies, les larsens. Tout comme, lorsqu’on la déroule, une pellicule de film révèle, exposée à la lumière, les images qu’elle emprisonne. Un par un, l’un après l’autre, les photogrammes figés ne demandant qu’à s’animer.
La bande magnétique qui s’entortille, le disque qui craque, tressaute, tu en serais difficilement nostalgique. Mais reconnais que le CD est singulièrement dépourvu des petits défauts qui rendent si touchants ces supports qu’à l’ère de la musique dématérialisée on taxera poliment de "désuets".
Je ne parlerai pas ici de l’objet, du toucher, du rapport physique à la musique, des pochettes se déployant dans les grandes largeurs, encore moins des qualités sonores comparées des vinyles et des CD. Je laisserai ces considérations aux musicologues, aux esthètes et aux nostalgiques arpenteurs de brocantes. J’éviterai aussi d’épiloguer sur les dérives commerciales nous permettant aujourd’hui d’acquérir de vilains cadres spécialement conçus pour faire trôner nos 33 tours d’adolescents, émasculés dans nos salons de "bobos"…
Les disques sont faits pour être usés, pas pour être exposés.


Avant, donc, on se faisait des cassettes. Cela pouvait être un geste amoureux.
Tu te souviens d’un temps où réaliser une compilation prenait du temps, où tu devais surveiller la cassette, couper le morceau au bon moment, faire gaffe à l’amorce de la bande, tant de joyeusetés dont le numérique te permet – loué soit-il ! – de faire l’économie. Mais, du coup, le geste n’a plus rien à voir.
Moi, j’aime bien cette longue séquence du film Elisabethtown ponctuée par une floppée de chansons que Kirsten Dunst a agencées sur des CD en fonction du trajet en voiture que doit y faire Orlando Bloom. S’ouvre alors une brèche narrative, digression aussi gratuite qu’illogique, où le réalisateur Cameron Crowe – que tu sais grand amateur de rock – se permet de convier le spectateur à écouter quelques morceaux qu’il chérit. Comme si Elisabethtown n’existait que pour cette séquence de fan. Dans le film, c’est très théorique, c’est un peu lourd. Chaque chanson doit être écoutée en un lieu précis du périple. Mais c’est aussi très beau, comment, dans cette œuvre assez formatée, les chansons, soudain, viennent se substituer au scénario. Pourtant, je me dis que ce serait encore plus beau si Cameron Crowe – comme lorsqu’il écrit Presque célèbre ou qu’il place le Freebird
de Lynyrd Skynyrd au cœur d’une des plus jolies scènes d’Elisabethtown – acceptait de n’être pas de son temps (tous les morceaux de pop seventies nourrie d’americana qu’il choisit pour accompagner la séquence en attestent). Choisir le CD gravé contre la musicassette enregistrée atténue malheureusement la portée du geste sentimental de son héroïne. Surtout quand il s’agit de filmer une séquence fantasmatique de road movie à l’intérieur d’un film qui n’en est pas un. Car la cassette a définitivement à voir avec la route. Tandis qu’elle se déroule, le CD tourne sur lui-même, fait du sur-place. La nuance est d’importance, tu ne crois pas ?
Qu’est-ce donc alors aujourd’hui qu’offrir une compilation-maison quand une poignée de minutes et quelques glissés de souris suffisent à la création d’un CD ? La "mixtape" supposait du temps réel, limitait le droit à l’erreur, toutes choses paraissant obsolètes à l’heure du numérique et de la musique virtuelle. Le terme perdure mais ne désigne plus la même chose. Le geste, donc, a changé. Il a perdu de son caractère laborieux. Dans les années 80, au début des années 90, pour conquérir les filles, on avait le choix : leur jouer un morceau à la guitare (quand on avait une guitare) ou leur faire une cassette (c’était généralement plus simple). En ce temps-là, t’en rappelles-tu, point de dossiers et de répertoires gavés de mp3 bien classés. Parfois même, on devait enregistrer des titres, en direct, à la radio !
Ainsi, dans la compilation d’amoureux, il y avait la sélection que tu faisais en passant en revue tes disques, mais il en allait surtout de la sueur de l’assemblage, de ce moment de temps réel où la musique se déroulait sans tricherie pour que tu arrives, enfin, au bout de 60 ou de 90 minutes d’extrême concentration, à l’objet idéal : cette cassette qui peut-être allait ponctuer les étapes d’une histoire d’amour naissante et forcément prometteuse.


La cassette a cette valeur sentimentale que le CD ne lui a jamais ravie. Le Mini-Disc aurait pu, peut-être. Il renouait avec l’utilisation que tu avais jadis de la cassette, à un moment où tu ne gravais pas encore les CD comme tu le fais aujourd’hui. Mais le MD arrivait bel et bien dans l’ère numérique. Le temps de l’enregistrement – compressé – déjà, n’était plus le même. Celui de la lecture non plus. De fait, on zappe moins facilement un morceau sur une cassette : tous comptent…
Il y a ce bouquin de Charles Berbérian que j’aime bien. Playlist, il s’appelle. Le dessinateur y montre ses MD "customisés", leurs livrets ou leurs étiquettes illustrés par ses soins. La réappropriation du support y est salutaire, elle fait de chaque disque un objet unique. Un peu comme dans ce livre que tu as trouvé à Barcelone au printemps dernier, celui dans lequel étaient photographiées des centaines de cassettes enregistrées décorées par leurs utilisateurs. En feuilletant ces deux livres, on avait qu’une envie : faire de même avec nos CD, ressortir nos vieilles cassettes de la caisse où elle s'entassent et leur offrir, à coups de feutres, une cure de jouvence.
Las ! Comme le CD, le MD, même agrémenté des dessins de Berbérian, est un objet définitivement lisse. Encore plus même. Tu ne peux même pas y laisser de moches traces de doigts gras, c’est dire ! Le MD est froid, se tient à distance. Il ne te dit rien, se planque, galette sphérique tenue à l’abri de tout contact, emprisonnée qu’elle est dans sa coque carrée et plastifiée.
Le MD n’a pas de regard. Il ne nous fixe pas, comme le faisait la musicassette, avec ses deux trous béants dans lesquels s’embobinait le dérouleur du magnétophone ou du walkman. Le MD et le CD sont aveugles, la cassette nous regardait. Elle nous disait toujours où elle en était : rembobinée, à moitié déroulé, chiffonnée, elle ne pouvait rien nous cacher. Et puis lors des longs trajets en voiture, quand le walkman devenait notre meilleur ami, les mètres de bande se déroulant dans nos oreilles résonnaient en écho avec les kilomètres parcourus. Aujourd’hui, le baladeur numérique – qui fait de la musique une pure abstraction, qui navigue à son gré parmi des milliers de chansons – abolit la distance et le temps. Il est un peu à l’avion ce que la musicassette est à la voiture et au road movie.


Surtout, le CD ou le fichier numérique, on ne peut pas les filmer. Souviens-toi de cette image récurrente au cinéma du diamant se posant sur un vinyle. De Presque célèbre à Interstella 5555 en passant par Control, il y a tant de films que tu aimes où est magnifié ce geste pourtant quotidien de "mettre un disque". Ce geste-là, on le filme beaucoup moins depuis quelques années. Et puis, franchement, même s'il ne s'agit pas là de musique, Snake Plissken déroulant la bande magnétique de la cassette à la toute fin de New York 1997, ça a tout de même plus de gueule que de faire glisser un fichier informatique dans une corbeille virtuelle, non ?
Du coup, je me dis que le faisceau laser, clinique et scientifique, n'a vraiment pas les moyens de rivaliser avec le sex-appeal de la cassette et du vinyle. Quand le CD adepte du safe sex fraye à distance avec la musique, on n’oublie pas que le diamant du tourne-disque parcourait le microsillon par contact direct. Parcourus d'électricité statique, lequel des deux frissonnait le plus au moment où ils se touchaient ? Te souviens-tu aussi que, parfois, le trou situé au milieu du 33 tours était mal proportionné, qu’il fallait forcer un peu… De la compilation à la copulation, une voyelle et une consonne. Une face A et une face B. Prendre (le disque), (le) retourner.
L’analogique comme programme érotique, alors ?


par Ska publié dans : Songbook communauté : tiré par les oreilles
ajouter un commentaire commentaires (24)    recommander
Mardi 25 septembre 2007


Imaginez un mauvais film américain des années 80, mettons un Adrian Lyne ou un Tony Scott. Songez à ses éclairages filtrés, à son kitsch rutilant… Oui, je sais, c’est dur, mais parfois il faut faire des efforts…
Maintenant, essayez de vous remémorer les B.O. de ces films, les trucs du genre Survivor pour Rocky, Jean Beauvoir pour Cobra ou Irene Cara pour Flashdance…
Ca fait peur, hein ?
Songez maintenant à Europe, mais à Queen aussi. Aux parties de guitare aussi basiques que funky de Big Soul. Et puis à ces trucs typiquement eighties et mainstream comme Katrina and the Waves. Trempez les dans un bain de disco. Assaisonnez de métal et de glam, et ça peut vous donner une idée très lointaine de ce à quoi ressemble l’ovni Fancy...

PICT0005bbis-copie-copie-1.jpg
Surtout, il y a le look. Incroyable. Assumé. Loin du chic "eudelinien" dictant aux né
o-rockers comment s’habiller.
Les patronymes aussi : Jessie Chaton, Mom, Rae Mone.

Tout ce que The Darkness a raté il y a trois ans dans son opportuniste volonté de réhabiliter le hard rock des années 80 (pouah !), Fancy le réussit haut la main.

Parce qu’ils y croient, eux, c’est évident.
Parce qu’ils ne se contentent pas de se déguiser, parce qu’ils sont comme ça et qu’ils ont, innée, l’attitude imparable.
Parce qu’ils ont pris le temps enfin. En 2004, Seventeen apparaissait sur la compil "CQFD" des In
rockuptibles. La même année, le fabuleux King of the World enflammait le disque collectif Le nouveau rock’n’ roll français, juché fièrement en haut de l'estrade juste à côté de The Film ou d'AS Dragon. Les deux morceaux reviennent sur l’album qui sort aujourd’hui. Le trio a attendu trois ans pour le sortir ce disque. Sur un petit label québécois. Cela n’a rien d’un "coup". Cela témoigne plutôt d’une démarche mûrement réfléchie, tandis que le "buzz" montait autour du groupe pour tous ceux qui les avaient vus sur scène (à Rock en Seine pour ma part, c’était l’an dernier et je n’en suis toujours pas revenu).
Ils font du rock n’roll pour devenir des héros, disent-ils, c’est tout le mal qu’on leur souhaite.
PICT0010bbis-copie-2.jpgKings of the Worlds, ce n’est pas seulement le titre de l’album, c’est un programme. Devenir roi, certes, mais aussi réconcilier les différentes tribus, tous les mondes du rock.
Cet album est sorti hier, le même jour que le sobre White Chalk de PJ Harvey. Je vous en aurais bien parlé aussi de ce beau
disque, mais j’étais d’humeur frivole et Arbobo s’en est déjà chargé remarquablement par ici.
Fancy, donc. Loin du piano mélancolique de Polly Jean.
Pas un hasard si le troisième morceau partage son titre, Dressed to Kill, avec l’un des films les plus emblématique de Brian de Palma. Car Fancy, c’est du maniérisme pur jus, une façon de s’emparer des figures du genre, de les tordre, les travailler et les épuiser jusqu’au grotesque. Jusqu’à frôler, c’est selon, le génie ou le ridi
cule.
Cette voix haut perchée, enfantine parfois, ces riffs vulgos, ces chœurs fleurant bon le mauvais goût assum
é, cette énergie outrancière et débridée, on n’est pas obligé d’aimer. On peut même détester.
Fancy va sérieusement diviser, c’est certain. "Diviser pour mieux régner", dit l’adage…


Allez donc vo
us faire une idée sur leur MySpace, ils ont eu la bonne idée d’y mettre tous les titres en écoute.
http://www.myspace.com/welovefancy


Les recommandations de 7and7is

- si t’es punk : To Stir Someone Like You & We Stay Here
- si t’es disco : What’s Your Name Again ?
- si t’es glam : King
of the World
- si t’es Jennifer Beals dans Flashdance : Morning

 

 

 
par Ska publié dans : Bande son communauté : Le Monde du Rock
ajouter un commentaire commentaires (15)    recommander
Dimanche 23 septembre 2007
cover2.jpgPar ici, on aime bien les bootlegs. Vous commencez à le savoir.
Grâce aux précieux site Bootlegsfr.com, on apprend que le DJ anglais Mark Vidler rend accessible l'intégralité de sa production de mashups produits depuis 2002. Douze cd sont à ce jour téléchargeables gratuitement sur le site de Go Home Productions (ici), agrémentés de pochettes dignes de ce nom. Or les morceaux de Mark Vidler sont - avec quelques perles des 2 Many DJ's ou de DJ Zebra - de ceux qui comptent dans l'histoire toute neuve d'un genre bâtard où le pire côtoie le meilleur.
Des choses formidables et la plupart du temps très inventives se trouvent donc rassemblées dans ces disques fort recommandables, comme Work it out with a Foxy Lady mêlant Hendrix et Beyonce ou encore un mélange étonnant entre A Day in the Life des Beatles et le Karma Police de Radiohead.
Comme il y a beaucoup à écouter et que le téléchargement de tous les disques prendra longtemps, je vous recommande de débuter avec This Was Pop, album rétrospectif absolument imparable. Plage 16, s'il ne fallait retenir qu'un morceau, il y a ce chouette fantasme musical enfin réalisé où s'entrechoquent les riffs d'AC/DC, de Queen et de Led Zeppelin...
par Ska publié dans : Bande son communauté : tiré par les oreilles
ajouter un commentaire commentaires (6)    recommander
Jeudi 20 septembre 2007


- Tu ne monteras pas sur scène avec ce chapeau sur la tête. C’est hors de question.
- Je ne joue pas du rock pour m’exhiber en tee-shirt informe. Il faut être « bigger than life », mec ! Faut faire rêver les filles !
- Commence donc par les faire danser. Et puis, quoi, qu’est-ce qu’il a mon tee-shirt ?
- Eh ! bien, comment dire… Avec ce truc sur les épaules, t’es aussi mal fringué que Clapton dans les années 80. Il ne te manque que ses pantalons à pinces.
- Lui, au moins, il a écrit Layla. Toi, avec ton chapeau, t’as surtout l’air d’avoir été déterré d’un groupe de hard seventies complètement moisi.
- Et alors, c’est pas toi qui tient Child in Time pour la plus grande chanson jamais écrite ?
- Je n’ai jamais dit ça.
- Tu veux que je rase ma barbe aussi, tant que tu y es ?
- Puisque tu en parles…
- Va te faire foutre !
- En tous cas, on n’est pas au cirque, alors ta panoplie de Monsieur Loyal tu l’oublies !
- Tu préfères les tee-shirts Ramones de Julien ? Super original, ça. Tout juste imprimés pour les kids du 21e siècle avides de pseudo-vintage et de rock’n’roll attitude…
- Tu cites Johnny dans le texte maintenant ? De mieux en mieux… Julien, il fait ce qu’il veut. Derrière sa batterie, on ne le voit pas, il peut même jouer en slip… Toi, c’est différent…
- Ah ! Nous y voilà. Un bassiste ne devrait jamais piquer de sa lumière au chanteur, c’est ça ? Toi, tu n’as jamais pensé que tu pouvais un peu arranger ton look ? Si le rock n’est pas fait pour se saper et pour se la jouer, qu’est-ce qu’on fout là ?
- La neutralité de mon apparence est un programme politique.
- Un programme politique ? Rien que ça ! Qu’est-ce qu’il exprime ton tee-shirt XXL si ce n’est que t’as un goût de chiottes et que tu arranges les couleurs aussi bien que Stevie Wonder. Et puis tes pompes, elles sont politiquement correctes peut-être ?
- Ces chaussures, je n’ai pas attendu que les Strokes les remettent à la mode pour les porter, moi !
- Tu devrais faire un peu gaffe. Notre public n’attend pas que tu te pointes sur scène fagoté comme si tu sortais du lit. Le grunge est mort il y a quinze ans. Regarde les mômes au premier rang, ils ont plutôt l’air de minets que de bûcherons hirsutes. Savamment décoiffés, bien rasés, tout proprets, ils sentent la savonnette et le gel capillaire !
- T’as vu comment a fini Brian Jones ? C’était le meilleur guitariste des Stones et à force de se pomponner, de se détourner de l’essentiel, c’est Keith, le tâcheron, celui qui n’arrivait jamais à rentrer le moindre plan, qui l’a supplanté. Brian, ils l’ont viré, et tout de suite après, il est mort. On doit d’abord penser à nos compos.
- Je ne joue pas dans Sticky Feet pour ressembler à Monsieur Tout-le-monde.
- Moi, je m’en fous : si j’avais voulu faire des défilés, j’aurais fait top model !
- Top model ? Mais t’as vu ta tronche ?
- Tu ne comprendras donc jamais que ça n’a plus aucun sens de se fringuer comme Hendrix aujourd’hui ?
- Et Fancy ? L’autre soir, à l’aftershow, il m’a bien semblé que tu me disais que leur style était incroyable…
- C’est leur truc, pas le mien.
- Et Devendra, tu l’aimes bien pourtant…
- C’est sa musique que j’aime. Point.
- Tu mens. Tu rêverais de mettre du kohl, comme lui, mais tu n’oses pas.
- Je serais ridicule. Je laisse ça aux connards commerciaux qui passent à la radio. Tu veux jouer avec une guitare saupoudrée de strass comme Matthew Bellamy, toi ? Très peu pour moi. Nous, on n’est pas là pour faire mouiller les petites filles.
- On n’est pas non plus dans la rue, mec. On est sur scène. On vend des milliers de disques, on peut faire ce qu’on veut, porter tous les masques, tous les costumes qui nous font kiffer. Il faut en profiter.
- I’m not like everybody else, c’est ça ?
- C’est ça, sans doute…
- Bon, écoute, tu fais comme tu veux pour cette fois. De toutes façons, ce festival est pourri. Ils n'ont pas d'écran géant et la télé n’est même pas là. Mais à l’heure où on passe on va se retrouver en plein soleil, comme hier. Toi, tu vas crever de chaud sous ton chapeau…
- Oui peut-être, je ne sais pas… Au pire, je le balance aux premiers rangs après le premier morceau.
- Pour le racheter ensuite sur eBay, comme l'autre fois ?
- J'y tenais en fait, je m'en suis souvenu après. J'avais pas réfléchi. C'était un cadeau de...
- Ne me parle pas d'elle, merci !
- (...) Tu gardes ton cuir, toi ?
- Non, je crois que je vais jouer en pantacourt.
- Et on va te confondre avec l'autre crétin du groupe de ska qui est passé tout à l’heure ! Et merde, je n'en peux plus de cette tournée. Quand est-ce qu’on retourne en studio, déjà ?


par Ska publié dans : Songbook communauté : Le Monde du Rock
ajouter un commentaire commentaires (13)    recommander
Dimanche 16 septembre 2007

"T'es rock, coco"
(Léo Ferré)


Retourner à la Fête de l’Humanité en 2007, c’était en partie pour profiter d’une programmation musicale ayant réfréné les dérapages "variétés" de l’an dernier (Benabar, Raphaël, Cali, Diam’s) pour une orientation plus rock (peut-être parce que c’est à la mode ?). C’était aussi hautement thérapeutique, une manière de se retrouver dans une sorte de bulle ensoleillée où on pouvait se rassembler avec celles et ceux que l’on n’entend plus et dont on voudrait nous faire croire qu’ils se sont tus, accablés par les cotes de satisfaction invariablement positives dont les bombardent les médias hypnotisés.

C’était bien. Les nuages ne vinrent même pas assombrir un ciel dont nous n’oubliâmes pas que son bleu UMP venait nous narguer jusque sur nos terres de renégats. Pour réagir enfin, pour sortir la gauche de cette anesthésie qui a mal tourné, il s’y est même dit – de la bouche des leaders de quatre partis d’opposition – des choses plutôt intéressantes samedi après-midi. Reste à savoir si un mouvement unitaire en sortira. Pas sûr. Et pas forcément souhaitable. Mais le rendez-vous est donné dans la rue. C’est déjà ça de pris.


Et la musique dans tout ça ? Parce qu’il faut bien le reconnaître, les jeunes qui se rendent à La Courneuve pour la Fête de l’Huma viennent surtout pour les concerts… Et pour picoler aussi… Festivals de trognes, de tatouages, de piercings, de démarches titubantes et d’à peu près corporels, c’est aussi ça la Fête de l’Huma… Et puis des stands ou manger (et boire) des choses exquises... Des contradictions à la pelle également : cette année, on n’a pas eu droit à TF1 en sponsor, mais il y eut par exemple ce militant arborant un tee-shirt Johnny Hallyday, qui raviva le souvenir de Miossec chantant ici-même il y a quelques années La fille à qui je pense de l’ex-idole des jeunes. Quoi d’autre ? Le bonheur des navettes à récupérer le soir… L’internationale et Le chant des partisans braillés à tue-tête dans le bus bondé… Et puis surtout ce plaisir de voir des générations différentes élancées dans un même combat, cette sexagénaire se prenant, dans le car, à chanter Bella Ciao à pleine voix après avoir longuement hésité, regardant d’abord perplexe puis amusée ces jeunes gens entonnant des chants révolutionnaires dont ils ne mesuraient pas forcément la portée.
 
La fête de l’Huma fut donc rock, cette année, placée sous le signe de l’iguane, puisque Iggy Pop et ses sbires viendraient - c'était annoncé - enflammer le parc de La Courneuve le samedi soir à 22 heures. C’est un bondissant Philippe Manœuvre, excité comme une puce, qui vint présenter les Stooges. Nous étions 80 000 nous dirent les organisateurs. Presque autant à sauter en tous sens ? Combien, comme moi, se dirent que Funhouse était joué juste pour eux ? Combien songèrent, blasés, que si tous ces jeunots s’excitait sur I Wanna Be Your Dog, c’était parce qu’ils y reconnaissaient la musique d’une publicité maline pour un opérateur téléphonique ? Combien pensèrent à Ewan McGregor dans un beau film de Todd Haynes quand résonna le cri primal ouvrant TV Eye ? Mais il y eut aussi ceux qui sifflèrent bêtement l’absence de rappel. Et cette adolescente se la jouant revenue de tout qui s’indignait que les Stooges n’aient pas joué Search and Destroy. Ne savait-elle donc pas que Ron Asheton refuse dorénavant de gratifier le public du moindre titre de l’album Raw Power, celui où il fut relégué à la basse et où James Williamson lui piqua sa place de guitariste ? Nulle occurrence du troisième album donc et rien non plus de l’indigne The Weirdness paru en ce début d'année. Ouf !

Quelques heures plus tôt, je comprenais enfin pourquoi toutes les filles sont amoureuses de Johnny Borrell. Torse nu dans son pantalon moulant blanc, le chanteur à bouclettes de Razorlight évoquait  justement un mix plutôt réussi entre un Iggy Pop light et un Roger Daltrey sans alcool. Avec, en plus, ce petit côté "glam" qui fit du concert des gentils Razorlight un moment plutôt agréable.

PICT0137.JPG
La veille, c’était moins rock. Grand corps malade sur la grande scène et cette vilaine théorie qui me vint en découvrant ses textes : Et s’il plaisait tant parce que ses jeux de mots ne sont pas trop difficiles à comprendre, parce qu’il enfonce des portes ouvertes à grands coups de clichés (!!!) et parce que tout un chacun peut se dire qu’il est capable d'en faire autant (ce qui, toutefois, reste à démontrer). Après lui, le John Butler Trio fut encore une fois formidable, funky en diable, prouvant à quel point le trio australien s’impose aujourd’hui en groupe "mainstream" idéal.

PICT0017.JPG

 
A la Fête de l'Huma, le rock en français fut aussi dignement représenté avec Mademoiselle K, très bien sur scène. Son succès rassure quant au bon goût d’ados qui voient heureusement plus loin que Superbus. Puis il y eut Luke, groupe aimé par ici, je dois le dire. Pourtant, il y a un truc qui cloche avec la formation de Thomas Boulard. Peut-être est-ce cette difficulté à s’affranchir de certaines facilités (le récent Je suis Cuba), l’influence trop évidente (et si lourde à porter) de Noir Désir, une écriture estampillée "révoltée" rappelant parfois... Téléphone. En les entendant attaquer le concert par un Soledad rageur, comment ne pas penser à ce morceau des Fatals Picards joué la veille sur la scène Zebrock où le groupe de rigolos entonnait "oui, moi, je chante en espagnol" afin de brocarder les groupes "engagés" ? Malgré ces petits défauts, Luke, je le répète, c’est vraiment bien. Et La tête en arrière m’a efficacement accompagné cet été quand j’ai repeint mon entrée. Et puis à voir la ruée vers la fosse au moment où ils attaquèrent les premières notes de La sentinelle, on se dit que Luke est bien parti pour marquer durablement le paysage musical français et on ne s’en plaindra pas. Un regret : l’absence, hier, de morceaux de leur premier album, celui dont les textes me paraissent paradoxalement être les plus matures.

PICT0049-bis.jpgPICT0094.JPG


Reste que, moi, pour y revenir, si j’avais fait partie des Fatals Picards, eh bien, je n’aurais pas chanté Mon père était tellement de gauche vendredi soir. Trop triste en ce contexte. Déplacé même. Alors que tout à l’heure, quand Renaud, au rappel, a balancé Hexagone, ça m’a filé des frissons. Ben oui, je suis allé voir Renaud. Je sais, c’est mal. Mais bon, j’ai l’âge d’avoir porté des bandanas et des badges "Touche pas à mon pôte" dans les années 80. La nostalgie, camarade… Et puis il a chanté plein de vieux trucs chouettes que la foule reprenait en cœur. Dont une chanson de marin avec des "Tatata" dedans qu’il est toujours revigorant d’entendre. Certes, pour en arriver là, il fallut supporter des nouvelles chansons merdiques, un tube post-11 septembre absolument horripilant et des arrangements assez pourris. Surtout, ça m’a permis de constater que des morceaux aimés il y a quinze ou vingt ans ne passent plus trop. Je vieillis donc moi aussi… A cause de Renaud, je n’ai même pas été voir Fancy qui jouait à la même heure sur une autre scène. Fancy, ce fut pourtant le choc de Rock en Seine l’an dernier. Tant pis pour cette fois, j’irai les revoir à la Boule noire en octobre.


 
par Ska publié dans : Instantanés communauté : Le Monde du Rock
ajouter un commentaire commentaires (11)    recommander
Mardi 11 septembre 2007
Il y a six ans jour pour jour, je me rendais, au sortir du travail, dans un magasin dit "de produits culturels" pour acquérir le nouvel album d’un groupe français depuis tristement silencieux.
Une poignée d’heures plus tôt – de la bouche d’un collègue puis de celles, proliférantes et affolées, d’Internet, de la radio, de la télé – j’apprenais qu’à New York deux avions venaient de… Enfin, vous connaissez l’histoire…

Ce soir-là, on avait plutôt envie de vite rentrer chez soi, de ne pas braver trop longtemps la gueule fumante de transports en commun soudain redevenus menaçants, encore moins de s’attarder dans un lieu public pourvoyeur de déflagrations soniques et de musiques amplifiées.

Oui mais voilà, Des visages des figures arrivait juste dans les bacs tandis que Manhattan se réveillait défigurée. La planète pouvait s’arrêter de tourner, les plus noirs desseins se réaliser, l’album tant désiré était à portée de main. Je me souviens de ce soir-là, des dix minutes de marche, cotonneuses, étrangement irréelles, jusqu’à la gare Saint-Lazare, de l'entrée craintive dans le magasin, du passage express en caisse, de la découverte, un peu plus tard, dans les journaux télévisés, d’images d’effondrement diffusées en boucle, de l’horreur de ces corps tombant, bravant la pesanteur. Je me souviens avoir pleuré. Je me souviens moins bien, forcément, de la découverte du disque. Mais je sais l’avoir écouté le soir-même.
On se rappelle bien entendu que l’album avait été en partie enregistré à New York par Nick Sansano et surtout que le deuxième morceau portait un titre prémonitoire. S’y déployait un champ sémantique où s'entrechoquaient des mots aussi opportuns en cette funeste soirée que "feu", "incendie", "sirènes", "pompier" ou "explosion". Pour moi, d’emblée – et indépendamment de ce qui se passait en Amérique – ces accords basiques et heurtés, ce chant presque parlé, haranguant l'auditeur, rappelaient furieusement ceux du Paris New York, New York Paris d’Higelin. En deux chansons, un raccourci textuel autant que spatial.

Yves Simon rêvait New York. Soudain, on le cauchemardait. On a ensuite beaucoup glosé sur ce titre – pas le meilleur du groupe d’ailleurs – sur ces paroles qu’une paresse lexicale m’inciterait à qualifier d’ "incendiaires".

C’était il y a six ans. C'était un mardi.

Soyons désinvoltes, n’ayons l’air de rien.
 
 
 
 
par Ska publié dans : Songbook communauté : tiré par les oreilles
ajouter un commentaire commentaires (12)    recommander

Commentaires

Movie Remix

Sommaire

Pour obtenir l'affichage de toutes les pages, aller dans la rubrique "Archives"

Avec le temps...

Juillet 2008
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Communiqué

21 juin ... BOUM !

Pas de fête sans musique
Pas de musique sans culture !
Pas de culture sans nous !

R E N D E Z - V O U S

••••••••••••••••••••••••

11h00 à la Pyramide du Louvre et départ de la Caravane

autour d’un concert de TETES RAIDES

12h00 au Cinéma Le Méliès de Montreuil Projections :

« Charlot fait sa cure » de Charlie Chaplin 17’, « Courts Sauvons la culture »… débat autour du cinéma , prise de paroles d’acteurs et des surprises ...

15h00 au Théâtre du Rond Point

avec la présence de Bertrand Tavernier, Josiane Balasko , Guy Bedos ...

18h00 au Centre Commercial GALAXIE Place d’Italie 2

KARINE SAPORTA (danseuse chorégraphe) va investir une partie du lieu avec ses danseurs dans le cadre original du centre commercial ...

Final en fanfare !!!!!

De la musique, des lectures, des projections, de la danse, des performances…

Face au désengagement sans précédent de l’Etat, des artistes du monde de l’art et de la culture, tous domaines confondus, se rassemblent pour faire la fête et affirmer le caractère essentiel de la création, le droit inaliénable pour tout être humain d’accéder à l’imaginaire et à la pensée, à l’éveil sensible et à l’esprit critique, la nécessité d’une politique culturelle ambitieuse, intelligente et généreuse, à la hauteur de l’enjeu démocratique.

Le 21 juin, suivez la caravane

La culture, c’est des centaines de métiers, des millions de spectateurs, un patrimoine à entretenir, à transmettre et à construire !

La culture, c’est l’histoire de chacun, l’apprentissage de la différence et de la diversité, la construction de la liberté individuelle au travers d’expériences multiples et polymorphes, individuelles et collectives

La culture fait reculer la peur, l’ignorance et l’exclusion

La culture est préalable à la récolte, elle nécessite de l’attention et de l’opiniâtreté, de la quotidienneté, de l’investissement, du professionnalisme.

Quand l’Etat fixe des critères économiques de résultat à la culture, il renie sa mission d’intérêt général et de service public pour lequel il est élu.

Nous, professionnels de la culture, affirmons que nous ne laisserons pas démanteler notre histoire, notre passion, notre avenir, et que, comme la santé et l’éducation, c’est l’affaire et l’intérêt de tous.

La culture, c’est le relais indéfectible des idées, des luttes et des combats, elle transmet notre imaginaire individuel et collectif, interroge notre société, aide à sa transformation.

La culture nous lie et nous tient.

Ne laissons pas les chacals brouter nos idéals !

Les Têtes Raides

Le Collectif National de l’action culturelle cinématographique et audiovisuelle

Rejoignez la pétition en ligne : www.sauvonslaculture.fr !


 


 


 

Sauvons la culture !
Appel à une mobilisation citoyenne pour l'art et la culture

Face au désengagement sans précédent de l'Etat, des artistes et des acteur(e)s du monde de l'art et de la culture, tous domaines confondus, se sont réunis pour affirmer le caractère essentiel de la création, le droit inaliénable pour tout être humain d'accéder à l'imaginaire et à la pensée, à l'éveil sensible et à l'esprit critique.

Tous les champs et toutes les disciplines de l'art et de la culture appellent à une mobilisation pour une politique culturelle ambitieuse, intelligente et généreuse, à la hauteur de l'enjeu démocratique.

Emparez-vous de ce texte, signez-le et faites-le signer ici.

Et rendez-vous le mercredi 7 mai pour une grande journée de mobilisation nationale autour du texte, dans tous les lieux d'art et de culture (théâtres, lieux de spectacles et de danse, cinémas publics et privés, lieux d'expositions, lieux d'arts contemporains, lieux de culture multimédia, lieux de musiques, opéras, centres culturels, MJC, foyers ruraux, conservatoires, bibliothèques, médiathèques, universités, écoles, collèges, lycées, musées, écoles d'arts...).



mardi 22 avril 2008


La remise en cause brutale de nombreux financements liés au soutien à la création indépendante, à la démocratisation de l’accès à la culture, à la politique de la ville, à l’éducation, l’enseignement supérieur et la formation professionnelle artistiques ou encore aux actions internationales, suscite inquiétude, indignation et colère chez tous ceux qui œuvrent au quotidien pour l’art et la culture.

Cinquante ans de politiques culturelles innovantes et audacieuses ont permis la création d’un maillage culturel territorial quasiment unique au monde. Des salles de cinéma, des théâtres, des bibliothèques, des lieux de spectacles et d’expositions, des orchestres, des artistes de toutes formes d’expression artistique (théâtre, danse, musique, cinéma, arts visuels, arts du cirque et de la rue…) qui se déplacent sur tout le territoire, des associations, des festivals et manifestations liés à tous les arts, permettent partout en France, à un vaste public de rencontrer des œuvres, leurs auteurs et interprètes.

Aujourd’hui, cette richesse collective est mise en péril.

« Le budget d’austérité » proposé par notre ministre de la Culture et de la Communication et par le Premier ministre, ainsi que les arbitrages annoncés pour l’année 2008, les perspectives sombres des futurs budgets bientôt triennaux nous alarment à juste titre. La part de la Culture représente déjà moins de 1 % du budget de l’État. Comment accepter que ce chiffre soit encore révisé à la baisse ?

Des dizaines de milliers d’emplois sont concernés. L’existence même de nombreuses actions et structures est menacée. Mais, par-delà l’aspect financier, c’est le renouvellement des talents, l’unité et la solidarité entre générations, le droit à accéder aux langages de l’art, à l’expression et à la création qui sont en danger.

Les collectivités locales, depuis des années, interviennent massivement en faveur de l’art et de la culture. Si elles sont amenées à jouer un rôle plus important, l’État a un rôle à jouer pour garantir l’égalité entre les territoires et assurer la cohérence, la complémentarité et la diversité des politiques publiques pour la création artistique et son appropriation citoyenne.

Nous soutenons que l’État doit affirmer le caractère essentiel de la création, le droit inaliénable pour tout être humain d’accéder à l’imaginaire et à la pensée, à l’éveil sensible et à l’esprit critique par l’art et la culture.

Pour cela, il doit :

- garantir la diversité des créations, tant dans leurs moyens de production que de diffusion, et non les réduire à des produits de consommation culturelle en les livrant à la seule loi du marché ;

- assurer à tout citoyen la rencontre avec des œuvres en accompagnant de manière volontariste l’action et la diffusion culturelles, et en épaulant les artistes et les relais institutionnels et associatifs ;

- maintenir et promouvoir l’éducation artistique dans les programmes de l’Éducation nationale en lien avec le ministère de la Culture et de la Communication. Réconcilier les enfants, à l’école comme à la télévision, avec toutes les formes d’intelligence ; les aider dans les établissements scolaires comme à l’extérieur, à distinguer une œuvre d’un produit ; leur donner le choix des arts dans leurs diversités, en faire une chance et une arme contre les déterminismes et les divisions.

L’État doit contribuer réellement au financement de cette ambition qui fait de la France une exception et lui confère son rayonnement et son attractivité internationale. Nous devons résister à ces bien maigres économies qui causeront de bien grands dégâts (Victor Hugo).

À quelques semaines de la présidence française de l’Union européenne, nous nous devons de relancer le débat national pour le porter ensuite au niveau communautaire.

Rassemblant toutes les disciplines artistiques, nous exigeons que cette question cruciale soit replacée au cœur des préoccupations de notre société.

Aussi appelons-nous à la mobilisation pour une politique culturelle ambitieuse, intelligente et généreuse, à la hauteur de l’enjeu démocratique.



http://sauvonslaculture.fr/