Vendredi 30 novembre 2007

Frimeurs, poseurs, flamboyants, viscéralement rock’n’roll, tels furent The Hives mardi soir au Bataclan. The Hives – sorte de chaînon manquant entre les mods (pour l’élégance), le rock garage, les Sex Pistols et AC/DC – ont le truc primaire, le secret du riff tellement évident qu’il fait basculer tête la première dans le moindre de leurs morceaux.
Avec The Hives, un programme : se la jouer. Le rock, pour eux, c’est quelque chose de très simple. Des rythmiques incendiaires et des refrains-slogans hurlés à tue-tête. Quand on fait partie de The Hives, on est là pour en faire des tonnes, pour se pointer sur scène en costumes noirs et chaussures vernies blanches (ou l'inverse). Le règlement est clair. En uniformes pour en découdre. C’est malheureusement de saison de l’autre côté du périph’. Mardi, les rockers vikings se contentèrent juste, sans attendre, de foutre le feu au Bataclan…
Quand les poses rock sont à la mode, quand les guitares électriques et les jeans slim sont devenues les accessoires fétiches de tel ou tel simili-Slimane, le quintette suédois est venu rappeler en quelques riffs mortels ce qu’était la quintessence du rock’n’roll. Camouflet salutaire à tous les imposteurs. En effet, il y a les poseurs qui nous ennuient parce qu’ils voudraient tellement nous faire croire qu’ils sont ce qu’ils ne sont pas qu’ils en deviennent dérisoires et pathétiques. Et puis il y a les frimeurs qui nous plaisent car ils assument totalement d’en faire trop. The Hives, comme Electric 6 ou les Eagles of Death Metal, font partie de la deuxième catégorie. Et c’est particulièrement jubilatoire de les voir prendre à bras le corps tout ce que la rock’n’roll attitude implique de morgue, d’énergie et de prétention.
The Hives, il faut le savoir, est un groupe en représentation perpétuelle. Un groupe "bigger than life" comme on dit dans le cinéma hollywoodien. À ceux qui seraient épris de sincérité et de modestie, on conseillera de passer leur chemin, d’éteindre l’ampli, de débrancher la pédale d'effets et d’acheter New Moon, le plus beau disque de l’année. Mais pour qui aimerait le maniérisme au cinéma, l’outrance, la flambe et les fêtes foraines, on ne saurait trop recommander de mesurer la valeur de The Hives sur scène. Il faut voir le guitariste-hurleur, Nicholaus Arson, mimer l’épuisement, se traîner par terre, souffler sur ses doigts engourdis avant d’entamer un solo. Il faut voir Pelle Almqvist, le chanteur, accumuler les déhanchements à la Jagger, haranguer le public en français et se permettre même de l’engueuler dès que la pression retombe. Une classe folle. Bref, depuis trois jours, je réécoute The Hives en boucle et j’attends déjà de pied ferme leur prochaine date parisienne.

Une vidéo de l'Elysée Montmartre, quelques années plus tôt, pour se faire une idée...

par Ska publié dans : Instantanés communauté : Le Monde du Rock
ajouter un commentaire commentaires (10)    recommander
Jeudi 29 novembre 2007
Motards.jpgLes motards de la Mort dans Orphée de Jean Cocteau (1950)


PICT0035.JPGBlack Rebel Motorcycle Club, 20 novembre 2007, Elysée Montmartre


"Whatever Happened to my Rock'n'Roll ?" chantaient-ils. Ce soir-là, le trio sonique paraissait déjà dans un ailleurs fantomatique. Absents, fatigués sans doute, emportés loin de nous dans les volutes vertigineuses que dessinaient leurs guitares lancinantes... Capuche sur la tête, cuir sur le dos, Robert Levon Been paraissait déjà ailleurs. Fantômes flous. Fosse orpheline. Réminiscences altérées d'un concert flamboyant ayant eu lieu deux ans plus tôt au même endroit. Dommage. Puissent-ils revenir un jour de notre côté du miroir...
par Ska publié dans : Instantanés communauté : Le Monde du Rock
ajouter un commentaire commentaires (9)    recommander
Dimanche 25 novembre 2007
Au début, c'est Guic' the Old qui a demandé à quelques-un(e)s d'entre nous de réfléchir à une sorte de compilation idéale de 80 minutes, la durée d'un cd gravé. Histoire de conjurer l'immatériel, de redonner un sens à la notion de "compil" à l'heure où nos baladeurs mp3 dégueulent leurs giga-octets de musique numérisée dans nos oreilles repues. C'était ici. Casse-tête impossible à résoudre. Exercice vain et forcément frustrant, je pensais d'abord ne pas participer. Puis sans réfléchir trop longtemps, je lui ai envoyé une liste de morceaux qui pourrait constituer, pour moi, cette playlist idéale. Des morceaux qui m'accompagnent, qui comptent, qui m'ont touché, qui me font sauter partout, quelques repères pas forcément surprenants pour qui est familier de 7and7is. Il y a quelques jours, lorsque cette liste fut publié sur le site de Guic' the Old (ici), elle a généré, en mon absence, quelques discussions sur les notions de rock et de "variété française", la présence de pas mal de titres français et de gens comme Brassens, Yves Simon ou Renaud dans ma liste ayant sans doute surpris qui s'attendait à une approche rock pure et dure. C'était mal me connaître. En revoyant ma liste quelques semaines après l'avoir envoyée, je l'ai trouvée pas si mal et me suis dit que ça valait bien un petit lecteur Deezer en son honneur. 
Pas mal de blogs amis se sont prêtés au jeu. Et c'est chouette. D'Arbobo à G.T. en passant par Systool, Alex La Baronne, Klak, Alf, Ama-L, Mxmm et bien d'autres, les listes (et les morceaux en écoute, souvent) sont .

Quant à ma playlist idéale, ces "80 minutes pour une éternité", les voici donc... Sauf que je m'aperçois que j'ai allègrement dépassé les 80 minutes en calculant initialement les durées à la louche. Tant pis. Parce que choisir entre Fun House et Jungleland, c'est trop demander à un seul homme...


free music

Michel Polnareff - Voyages (2'50)

Audrey Hepburn - Moon River (2'00)

Elliott Smith - Needle in the Hay (4'13)

Beta Band - B + A (6'32)

Led Zeppelin - Good Times Bad Times (2'44)

AC/DC - Back in Black (4'12)

FFF - Silver Groover (6'30)

Dominique A - Comment certains vivent (4'21)

Miossec - Regarde un peu la France (2'38)

Georges Brassens - La ballade des gens qui sont nés quelque part (3'20)

Renaud - Hexagone (4'55)

Rage Against the Machine - The Ghost of Tom Joad (5'35)

Jacques Higelin - Est-ce que ma guitare est un fusil ? (5'05)

Noir Désir - Tostaky  (5'29)

Beastie Boys - Sure Shot (3'16)

Beck - Devil’s Haircut (3'10)

The Stooges - Funhouse  (7'38)

David Bowie - Hearts Filthy Lessons (4'52)

PJ Harvey - Rid of Me (3'38)

Yves Simon - Le film de Polanski (2'58)

Simon & Garfunkel - America (3'28)

Bruce Springsteen - Jungleland (9'25)


par Ska publié dans : Bande son communauté : Le Monde du Rock
ajouter un commentaire commentaires (14)    recommander
Samedi 17 novembre 2007
 


Hier soir, donc, l'immense P.J. Harvey joua au Grand Rex à Paris, seule en scène. Des morceaux de White Chalk bien sûr, mais aussi - et surtout - des titres soigneusement sélectionnés dans son incomparable discographie. S'accompagnant principalement à la guitare électrique (ouf ! on ne nous l'avait pas tant changée que ça), mais aussi au piano, à l'auto-harp, utilisant métronome ou sommaire boite à rythme pour s'accompager, Polly-Jean, dans sa belle robe noire, revisita, très détendue, quelques-uns de ses plus beaux titres. De ce Bring You My Love incandescent en ouverture jusqu'à Send His Love to Me, Angelene, Down By the Water ou Man-Size, le concert fut exceptionnel. Mais aurait-il pu en être autrement ?


A lire, le compte-rendu très sensible d'Arbobo, ici
par Ska publié dans : Playlist Vidéo - Raretés, curiosités, etc. communauté : Le Monde du Rock
ajouter un commentaire commentaires (14)    recommander
Dimanche 11 novembre 2007

cronenberg.jpg59696603320070902182117.jpgAutour des Promesses de l'ombre de David Cronenberg

En matière de cinéma, comme pour les disques, il y a des repères. Des repères affectifs souvent. Des films pour lesquels je me souviens précisément où, dans quelle salle et avec qui je les ai vus, j'en collectionne des dizaines.
Janvier 1987 demeurera pour moi le moment où sont sortis La mouche de David Cronenberg et Blue Velvet de David Lynch. Chose impensable aujourd’hui, les deux films furent distribués en France le même jour, le 21 janvier 1987. Tous deux étaient présentés alors au Festival du film fantastique d’Avoriaz. Blue Velvet y obtint d’ailleurs le Grand prix tandis que La mouche remportait le Prix du jury. On ne pouvait rêver plus beau palmarès. A l’époque, le festival d’Avoriaz signifiait beaucoup pour quelqu’un qui avait tout juste le droit d’aller voir en salles des films "interdits aux moins de treize ans".  A l’époque, le cinéma de genre, le cinéma d’horreur particulièrement, était encore à défendre, pas tout à fait récupéré par la critique institutionnelle, malgré quelques tentatives isolées d'Olivier Assayas ou de Charles Tesson dans Les Cahiers du cinéma. Lynch et Cronenberg n’avaient pas encore eu les honneurs du Festival de Cannes et une revue comme Starfix aidait une nouvelle cinéphilie, teintée de rock et de fantastique, à s’épanouir. Vingt ans plus tard, le Festival d’Avoriaz n’existe plus depuis longtemps, il a été remplacé par celui de Gérardmer qui s’avère chaque année de moins en moins décisif, de plus en plus inutile. Quant à Starfix, ce n’est plus qu’un lointain souvenir : certains de ses rédacteurs, tel Christophe Gans ou Nicolas Boukhrief, sont devenus des réalisateurs à l’inégale filmographie (Le convoyeur et Silent Hill pour le meilleur, Le pacte des loups pour le pire), d’autres se complaisent dans une prose post-adolescente souvent rance et réactionnaire (voir les critiques de Christophe Lemaire dans Rock&Folk).

Pour ma part, je me souviens parfaitement du choc que fut la découverte de La mouche dans une salle de cinéma près de l’Opéra, à Paris, un soir de janvier 1987. Ainsi, un film d'horreur pouvait se muer en mélodrame et faire pleurer. Ce fut le premier film de Cronenberg que je vis en salles. Plus tard, je découvrirai ses œuvres antérieures (de Frissons à Vidéodrome en passant Dead Zone) et serai régulièrement bouleversé par ses nouveaux films (particulièrement Le festin nu, M Butterfly et Crash). Mais les temps commençaient à changer et ceux qui étaient jusqu'alors à la marge intégrèrent bientôt l’internationale du cinéma d’auteur. Accueillis désormais à Cannes, Lynch et Cronenberg s’y aventuraient toutefois avec des films extrêmes et passionnants (Twin Peaks, Fire Walk With Me pour le premier, Crash pour le second).

Pourtant, après son adaptation magistrale du roman de J.G. Ballard célébrant les noces de la machine et de la chair, Cronenberg ne cessa de me décevoir. A la fin des années 90, tandis que Lynch s’envolait vers de passionnantes expérimentations narratives (Lost Highway), Cronenberg se mit à hoqueter. Je ne voyais en eXistenZ et en Spider que les nouveaux films d’un auteur par trop soucieux de cette nouvelle considération qu’on lui accordait soudain. Ces deux films-là étaient bien trop conscients d’eux-mêmes et de leurs effets, bien trop raccords avec ce que l’on pouvait attendre du cinéaste canadien. Puis vint le cas de History of Violence, la première collaboration du cinéaste avec Viggo Mortensen. Le film découvert à Cannes m’impressionna d’abord avant, très vite, de révéler sa vacuité. Le détour par le film de commande venait certes bousculer la mécanique ronronnante qu’était devenue le cinéma de Cronenberg, mais, enfin, ce film-là, avouons-le, n’était qu’une mauvaise série B transcendée par une mise en scène à l’épure sèche et fascinante.

Du coup, je ne m’attendais guère au choc que constitua tout à l'heure le visionnage des Promesses de l’ombre, le nouveau film de David Cronenberg. J'y allais sans grand espoir, peu attiré par le sujet, convaincu qu'une fois de plus ce nouvel opus ne saurait égaler le moins bon des grands films du cinéaste (Dead Zone par exemple). J'avais tout faux. De facture assez classique, cette immersion dans le monde des malfrats russes renoue paradoxalement avec le lyrisme que le cinéaste laissait se déployer dans La mouche et dans M Butterfly. L'émotion ne s'était plus frayé son chemin dans un film de Cronenberg depuis bien longtemps.
Il faut à cet égard relever à quel point la musique composée par le fidèle Howard Shore vient à nouveau servir le propos du cinéaste. Au tranchant glacé des guitares déshumanisant le monde sans émotions de Crash succède ici une bande originale au lyrisme bouleversant. L'écart entre ce nouveau film et History of Violence n'en est que plus flagrant. Là où History of Violence était malin, narquois et maîtrisé, Les promesses de l'ombre nous présente un cinéaste bien décidé à nouveau à prendre des risques. A nouveau, Cronenberg excelle à déjouer les attentes, à cueillir l'émotion là où on ne l'aurait jamais attendue (voir le personnage joué par Vincent Cassel). Sous les codes du film noir, Les promesses de l’ombre s’impose ainsi en sombre mélodrame, un peu comme le nouveau film de James Gray, La nuit nous appartient, à l’affiche fin novembre. Il est d'ailleurs étonnant de constater que la mafia russe – basée à New York cette fois-ci – est également au cœur du somptueux film tragique de Gray. Histoires d'infiltrations, de trahisons, de fratries, les deux films n'ont pas fini de résonner l'un avec l'autre. Après les détours de David Lynch dans la Pologne de Inland Empire, l’Est s’impose clairement comme le nouveau pôle de fascination des cinéastes nord-américains.
1987 : La Mouche et Blue Velvet. 2007 : Inland Empire et Les promesses de l’ombre. Que nous réserve donc 2027 ?



NB : Les promesses de l'ombre, je l'ai vu tout à l'heure au cinéma Georges Méliès de Montreuil dans une salle comble. Ce cinéma municipal à la programmation art et essai revendiquée et de qualité a un projet d'extension et est du coup attaqué par UGC et mk2 pour "concurrence déloyale". C'est le monde à l'envers. C'est surtout le signal - auquel il va malheureusement falloir s'habituer - d'une attaque frontale contre la notion de service public de la culture, contre les salles art et essai et les aides publiques dont elles bénéficient. Précisions et pétition de soutien au Méliès ici : http://rencartaumelies.fr/petition.php

 
par Ska publié dans : 24 images/seconde
ajouter un commentaire commentaires (12)    recommander
Jeudi 8 novembre 2007
presse-french-cowboys.jpgamber-cover.jpgsuperbad-copie-1.jpgjsbx-copie-1.jpgdaho.jpgsirk-copie-1.jpg
p
as trop le temps d'écrire de toutes façons je n'aime pas les chroniques de disques d'autres s'en chargent très bien sur un blog faut faire autre chose mais il y a tellement de trucs à écouter tellement de sorties à signaler à commencer par the french cowboy le plaisir de retrouver les little rabbits sous une nouvelle peau dans une nouvelle formation menée par federico pelegrini après la virée magnifique de trois d'entre eux sur scène avec katerine on y retrouve quelques chansons déjà sussurées en version intimiste avec héléna noguerra dans bang le disque de baby face nelson et dillinger girl réarrangées ici mais aussi plein de nouveaux morceaux foutraques et dingos dans lesquels on reconnait bien la patte des lapins western encore avec blanche groupe américain précieux et rare évoquant lee hazlewood et nancy sinatra avec son duo vocal mixte western toujours puisqu'il faut dire que l'assassinat de jesse james par le lâche robert ford est un grand film confirmant que casey affleck est un acteur fabuleux dire aussi qu'avant de voir supergrave titre pourri en français je n'avais pas autant ri au cinéma depuis bien longtemps si seulement la comédie française avait cette qualité d'écriture et d'incarnation cette empathie avec les personnages de freaks si attachants et puis il y a francis coppola qui sort un nouveau film la semaine prochaine ce qui fera patienter jusqu'au i'm not there de todd haynes film autour de dylan dont la bande originale constituée de reprise du zim s'insinue doucement dans mes oreilles en ce moment même jon spencer quant à lui fait son faux retour avec un disque regroupant plein de faces b et de morceaux rares alors que le blues explosion est en sommeil prolongé on est content de ces quelques cadeaux qui globalement difficile d'accès plairont surtout aux fans hardcore du groupe à signaler tout de même au moins une perle son of sam un morceau avec un saxo fou évoquant un peu le funhouse des stooges sinon je suis triste de constater que dionysos tant aimé jadis ne m'intéresse plus et que le nouvel album du groupe ne me fait pas très envie avec son casting publicitaire et peu risqué mais forcément beaucoup de choses paraissent fades quand on a rapporté chez soi le coffret douglas sirk sorti hier par carlotta quatre mélodrames sublimes une des plus belles pages du cinéma hollywoodien des beautés tragiques introuvables en france jusqu'alors ça avec le triple dvd anthologique d'acdc une tuerie et le lecteur dvd va chauffer et puis il y a les concerts nombreux en novembre gogol bordello pj harvey black rebel motorcycle club the hives dominique a j'y reviendrai sans doute par ici et je ne vous ai pas parlé du nouveau daho qui quoique écouté une seule fois s'affirme déjà comme une splendeur digne du brasier tout ça c'est bien beau mais j'ai plein de martine en rab et n'oubliez pas de signer les deux pétitions de sos racisme contre les lois adn et de surveiller ce que ce gouvernement trame contre la culture festivals de cinéma en tête en faisant des coupes scandaleuses dans les crédits des drac ça aussi il faudra en reparler mais lorsque la ponctuation sera revenue par ici quoi ce billet est baclé je suis bien d'accord avec vous
par Ska publié dans : Instantanés communauté : Le Monde du Rock
ajouter un commentaire commentaires (9)    recommander
Dimanche 4 novembre 2007


Elle dodeline. Lentement. Les battements de son cœur s’accordent à la pulsation du morceau. Soudain, ça va mieux. Dans la stéréo, la plainte d’un chanteur plus si jeune. Helpless. Le réconfort de cette chanson cocon. Celle sur laquelle il lui avait appris à jouer de la guitare. Trois accords. Plus jamais d’accord. Elle devrait pleurer, mais l’écouter, finalement, lui fait du bien. Dehors, il fait froid. La voix la réchauffe. Ses disques : et si c’était tout ce qui lui restait. Les siens bien sûr, mais ceux qu’il lui avait offerts, surtout… Ce concert à Massey Hall. Elle n’était même pas née. Et tout était déjà si triste.
Ses disques. Quand rien ne va plus, quand elle tourne en rond, eux demeurent de vaillants petits soldats faisant bloc sous le ciel maussade. Malgré les ruptures, les morts, les trahisons qu’ils recensent et collectionnent. Trente-trois tours sur eux même, la magie opère. Les cœurs y sont éraflés, déchirés, on n’y dénombre plus les balafres, et pourtant, pourtant, les écouter, c’est déjà apprivoiser la peine.
La journée s’achève. Un jour de plus sans avoir réussi à rien faire. Pas un mot à coucher sur le papier. Elle toujours couchée sur le plancher. A se complaire dans son mélo. Comme elle déteste ces dimanches dans l’abîme desquels résonne si cruellement l’écho de son absence. Une bien mauvaise chanson triste que la sienne. Pourquoi n’arrive-t-elle donc pas à en faire jaillir autre chose que cette boule de feu et d’amertume. Quel connard ! Elle aurait dû sortir, l’oublier, appeler, répondre enfin aux regards des passants anonymes. Elle ne voyait pas grand monde ces temps-ci. Qui aurait daigné l’écouter ? Elle préférait aux vivants la compagnie de sa sèche. Sèche en dedans, elle savait bien qu’il lui fallait se secouer, gratter la mélancolie jusqu’à ce qu’une nouvelle peau affleure de son cadavre de pleurs. Mais elle restait couchée là, lasse, tout cela pourrait bien attendre demain.
Le lundi, la vie reprendrait son rythme métronome. Jusqu’au dimanche suivant.


par Ska publié dans : Songbook
ajouter un commentaire commentaires (7)    recommander
Mardi 30 octobre 2007
Depuis plusieurs semaines, vous le savez, Martine, l'héroïne de Gilbert Delahaye et Marcel Marlier née en 1954 (un peu comme le rock'n'roll...) est redevenue super "hype". Libé, notamment, en a parlé : les détournements de couvertures de livres mettant en scène la jeune héroïne rétro prolifèrent sur Internet... Eh bien, pour une fois, ici, on va suivre la mode puisque l'indispensable Mario Cavallero Jr (oui, celui de Pop-Hits !) a décidé d'ouvrir à son tour un espace dédié à la jeune Martine (ici). Pourquoi le signaler ? Parce que ses trouvailles sont généralement plus drôles que celles de votre collègue de bureau et, surtout, parce qu'il est, avec Ama-L, à l'initiative d'une réjouissante révélation : Martine est rock, foncièrement rock. Il n'en fallait pas moins pour qu'Ama-L lance sur son blog, Du bruit qui pense, un grand jeu concours interactif : le "Martine Wakenwo Star".
Règles du jeu par , générateur de couvertures ici et premières contributions de votre serviteur ci-dessous.



Où l'on se dit que si Martine ne passait pas son temps à écouter Love et Radiohead dans sa chambre, le soir, elle aurait quand même de bien meilleures notes en classe de mathématiques...
ska-martineDBQP-7and7.jpgska-martineDBQP-radiohead-calcul.jpg


Où il se confirme que Martine, que l'on savait fan des Clash et de Sonic Youth, est une activiste avec laquelle il faudra désormais compter...
ska-martineDBQP-magnificent-seven.jpgska-martineDBQP-sonic-youth.JPG


Où l'on se rend compte que même si elle ne rate jamais une occasion d'écouter AC/DC à donf, Martine est quand même une petite fille très sensible, surtout depuis le décès de George Harrison...
ska-martineDBQP-hell-acdc.jpgska-martineDBQP-harrisson-darkness.jpg

Concours à suivre au jour le jour sur Martine est très pop.
par Ska publié dans : Images éparses
ajouter un commentaire commentaires (21)    recommander
Jeudi 25 octobre 2007

"Vous cherchez quelque chose ?". Le jeune homme en veste kaki leva les yeux du bac dans lequel il fouillait depuis de longues minutes. "Non, je regarde juste", répondit-il avec un sourire poli.
Il avait l’air de s’ennuyer ferme, le vendeur.
Dans le froid de l’automne, piégé dans cette brocante en plein air tout juste fréquentée par les volutes venteuses et quelques promeneurs égarés, il maudissait sa crédulité. Encore une journée d’foutue. On lui avait promis du monde, du beau temps, des collectionneurs de 33 tours et des fans de Johnny. Tu parles ! Ce n’était pas un client comme le binoclard en face de lui qui allait l’aider à rentabiliser son déplacement. Tout juste pourrait-il éventuellement le distraire de cet ennui dans lequel il s’enfonçait depuis une ouverture bien trop matinale. Il se demandait s’il avait eu autant de mal que lui à trouver l’emplacement. Venir de si loin pour ça… Sûr que cette fois-ci, il n’avait pas eu de problème pour se garer. Et personne pour râler pendant qu’il déchargeait ses cartons de vinyles. C’était déjà ça.
- Vous avez de quoi les lire ?, demanda-t-il dans l’espoir d’engager cette fois une véritable conversation.
- Pardon ?
- Les 33 tours, vous pouvez les écouter ?
- Bien sûr, encore heureux !
- Je demande, vous savez, parce qu’il y a plein de jeunes qui m’achètent des disques  mais qui n’ont même pas de platine pour les lire…
- Je ne suis plus si jeune que ça.
- Plus que moi en tout cas… 
Le plus si jeune homme acquiesça d’un air entendu. Mais, peu disert, il referma de lui-même la parenthèse.

Mais il croyait quoi, celui-là ? Qu’il n’avait jamais connu que le cd ? Apparemment, le vendeur ne se doutait pas que les disques qu’il achetait adolescent avaient longtemps été des vinyles. Sa première platine laser, celle que lui avait donné son père, il avait dû l’avoir à l’orée des années 90, pas avant. Se doutait-il seulement de cette coquetterie langagière que lui reprochaient ses amis, sa propension maladive à parler de ses microsillons plutôt que de ses 33 tours ?
Occupé à défaire le cellophane entourant son jambon/beurre, le disquaire ne le vit pas attaquer pour la énième fois la rangée de bacs pop/rock. Tandis qu’il en avalait la dernière bouchée, l’acheteur hésitant se disait qu’il fallait vraiment qu’il se décide entre tous ces disques qu’il venait de repérer. Il devait rentrer maintenant. Il lui avait promis que cette fois-ci il n’y passerait pas la journée. D’autant plus qu’il devait, le soir même, aller filmer Sticky Feet en studio. Il l’avait promis à Julien. Maintenant que le groupe était signé, il n’allait pas arrêter l’enregistrement de leur épopée balbutiante sous prétexte qu’il devait se comporter en adulte responsable. Il savait bien qu’elle allait en faire un drame, lui reprocher encore une fois de lui laisser le bébé sur les bras. Tant pis. Il tendit Ram, Ummagumma et le troisième Zep au vendeur solitaire. Il aurait tant aimé rester là encore un peu, faire le tri complet de ce bac funk qu’il n’avait fait que survoler tout à l’heure.
Il était déjà trop tard pour réagir quand les doigts graisseux du disquaire se posèrent sur la pochette du McCartney. Le vendeur dût remarquer son regard rivé au disque souillé car il saisit aussitôt une serviette en papier sur le rebord de son stand pour s’essuyer grossièrement les mains. Le petit mec qui désormais le flinguait du regard avait bon goût. Rien de décisif, certes, pas très aventureux, mais rien à redire sur ses choix. Il était juste un peu surpris qu’il écoute à son âge de si vieux trucs. De si vieux trucs ? La boule d’angoisse remonta soudain quand il se rendit compte que lui n’avait écouté aucun de ces trois disques depuis plus de vingt ans. Il glissa les reliques dans un sachet en plastique.
Le vent redoublait d'ardeur, lui sembla-t-il. Alors que le garçon signait son chèque, un éclair, au loin, zébra le ciel fondu au noir. Ouais, l’après-midi s’annonçait vraiment merdique.

 

par Ska publié dans : Songbook communauté : Le Monde du Rock
ajouter un commentaire commentaires (9)    recommander
Dimanche 21 octobre 2007
Pour faire suite à une première sélection de reprises cet été (c'était ), voici neuf nouveaux morceaux souvent connus revisités chacun avec le parti-pris assez franc de s'éloigner de la version d'origine (les Beatles et les Wings revisités à la sauce grunge, l'adorable Claudine Longet préfigurant dès les années 70 le projet Nouvelle Vague et autres compilations lounge à la Paris Dernière, Cat Power réussissant à rendre émouvant un tube d'Oasis, Prince et Keziah Jones insufflant un peu de funkytude à Led Zep et Dylan, Mark Ronson et Ol'Dirty Bastard égalant presque un tube planétaire de Britney Spears, Gogol Bordello traînant sa mauvaise vie de Barcelone à New York...). De quoi, je l'espère, commencer agréablement la semaine...

1) Soudgarden - Come Together (The Beatles)
2) Foo Fighters - Band on the Run (Paul McCartney & the Wings)

3) Gogol Bordello - Mala Vida (Mano Negra)

4) Claudine Longet - Let's Spend the Night Together (The Rolling Stones)

5) Prince - Whole Lotta Love (Led Zeppelin)

6) Keziah Jones - All Along the Watchtower (Bob Dylan)

7) Mark Ronson & Ol'Dirty Bastard - Toxic (Britney Spears)

8) Cat Power - Wonderwall (Oasis)

9) Robert Plant -
Hey Joe (Jimi Hendrix)

 

 

 


 

 

 
par Ska publié dans : 9 Songs (une radio) communauté : Le Monde du Rock
ajouter un commentaire commentaires (8)    recommander

Commentaires

Movie Remix

Sommaire

Pour obtenir l'affichage de toutes les pages, aller dans la rubrique "Archives"

Avec le temps...

Juillet 2008
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Communiqué

21 juin ... BOUM !

Pas de fête sans musique
Pas de musique sans culture !
Pas de culture sans nous !

R E N D E Z - V O U S

••••••••••••••••••••••••

11h00 à la Pyramide du Louvre et départ de la Caravane

autour d’un concert de TETES RAIDES

12h00 au Cinéma Le Méliès de Montreuil Projections :

« Charlot fait sa cure » de Charlie Chaplin 17’, « Courts Sauvons la culture »… débat autour du cinéma , prise de paroles d’acteurs et des surprises ...

15h00 au Théâtre du Rond Point

avec la présence de Bertrand Tavernier, Josiane Balasko , Guy Bedos ...

18h00 au Centre Commercial GALAXIE Place d’Italie 2

KARINE SAPORTA (danseuse chorégraphe) va investir une partie du lieu avec ses danseurs dans le cadre original du centre commercial ...

Final en fanfare !!!!!

De la musique, des lectures, des projections, de la danse, des performances…

Face au désengagement sans précédent de l’Etat, des artistes du monde de l’art et de la culture, tous domaines confondus, se rassemblent pour faire la fête et affirmer le caractère essentiel de la création, le droit inaliénable pour tout être humain d’accéder à l’imaginaire et à la pensée, à l’éveil sensible et à l’esprit critique, la nécessité d’une politique culturelle ambitieuse, intelligente et généreuse, à la hauteur de l’enjeu démocratique.

Le 21 juin, suivez la caravane

La culture, c’est des centaines de métiers, des millions de spectateurs, un patrimoine à entretenir, à transmettre et à construire !

La culture, c’est l’histoire de chacun, l’apprentissage de la différence et de la diversité, la construction de la liberté individuelle au travers d’expériences multiples et polymorphes, individuelles et collectives

La culture fait reculer la peur, l’ignorance et l’exclusion

La culture est préalable à la récolte, elle nécessite de l’attention et de l’opiniâtreté, de la quotidienneté, de l’investissement, du professionnalisme.

Quand l’Etat fixe des critères économiques de résultat à la culture, il renie sa mission d’intérêt général et de service public pour lequel il est élu.

Nous, professionnels de la culture, affirmons que nous ne laisserons pas démanteler notre histoire, notre passion, notre avenir, et que, comme la santé et l’éducation, c’est l’affaire et l’intérêt de tous.

La culture, c’est le relais indéfectible des idées, des luttes et des combats, elle transmet notre imaginaire individuel et collectif, interroge notre société, aide à sa transformation.

La culture nous lie et nous tient.

Ne laissons pas les chacals brouter nos idéals !

Les Têtes Raides

Le Collectif National de l’action culturelle cinématographique et audiovisuelle

Rejoignez la pétition en ligne : www.sauvonslaculture.fr !


 


 


 

Sauvons la culture !
Appel à une mobilisation citoyenne pour l'art et la culture

Face au désengagement sans précédent de l'Etat, des artistes et des acteur(e)s du monde de l'art et de la culture, tous domaines confondus, se sont réunis pour affirmer le caractère essentiel de la création, le droit inaliénable pour tout être humain d'accéder à l'imaginaire et à la pensée, à l'éveil sensible et à l'esprit critique.

Tous les champs et toutes les disciplines de l'art et de la culture appellent à une mobilisation pour une politique culturelle ambitieuse, intelligente et généreuse, à la hauteur de l'enjeu démocratique.

Emparez-vous de ce texte, signez-le et faites-le signer ici.

Et rendez-vous le mercredi 7 mai pour une grande journée de mobilisation nationale autour du texte, dans tous les lieux d'art et de culture (théâtres, lieux de spectacles et de danse, cinémas publics et privés, lieux d'expositions, lieux d'arts contemporains, lieux de culture multimédia, lieux de musiques, opéras, centres culturels, MJC, foyers ruraux, conservatoires, bibliothèques, médiathèques, universités, écoles, collèges, lycées, musées, écoles d'arts...).



mardi 22 avril 2008


La remise en cause brutale de nombreux financements liés au soutien à la création indépendante, à la démocratisation de l’accès à la culture, à la politique de la ville, à l’éducation, l’enseignement supérieur et la formation professionnelle artistiques ou encore aux actions internationales, suscite inquiétude, indignation et colère chez tous ceux qui œuvrent au quotidien pour l’art et la culture.

Cinquante ans de politiques culturelles innovantes et audacieuses ont permis la création d’un maillage culturel territorial quasiment unique au monde. Des salles de cinéma, des théâtres, des bibliothèques, des lieux de spectacles et d’expositions, des orchestres, des artistes de toutes formes d’expression artistique (théâtre, danse, musique, cinéma, arts visuels, arts du cirque et de la rue…) qui se déplacent sur tout le territoire, des associations, des festivals et manifestations liés à tous les arts, permettent partout en France, à un vaste public de rencontrer des œuvres, leurs auteurs et interprètes.

Aujourd’hui, cette richesse collective est mise en péril.

« Le budget d’austérité » proposé par notre ministre de la Culture et de la Communication et par le Premier ministre, ainsi que les arbitrages annoncés pour l’année 2008, les perspectives sombres des futurs budgets bientôt triennaux nous alarment à juste titre. La part de la Culture représente déjà moins de 1 % du budget de l’État. Comment accepter que ce chiffre soit encore révisé à la baisse ?

Des dizaines de milliers d’emplois sont concernés. L’existence même de nombreuses actions et structures est menacée. Mais, par-delà l’aspect financier, c’est le renouvellement des talents, l’unité et la solidarité entre générations, le droit à accéder aux langages de l’art, à l’expression et à la création qui sont en danger.

Les collectivités locales, depuis des années, interviennent massivement en faveur de l’art et de la culture. Si elles sont amenées à jouer un rôle plus important, l’État a un rôle à jouer pour garantir l’égalité entre les territoires et assurer la cohérence, la complémentarité et la diversité des politiques publiques pour la création artistique et son appropriation citoyenne.

Nous soutenons que l’État doit affirmer le caractère essentiel de la création, le droit inaliénable pour tout être humain d’accéder à l’imaginaire et à la pensée, à l’éveil sensible et à l’esprit critique par l’art et la culture.

Pour cela, il doit :

- garantir la diversité des créations, tant dans leurs moyens de production que de diffusion, et non les réduire à des produits de consommation culturelle en les livrant à la seule loi du marché ;

- assurer à tout citoyen la rencontre avec des œuvres en accompagnant de manière volontariste l’action et la diffusion culturelles, et en épaulant les artistes et les relais institutionnels et associatifs ;

- maintenir et promouvoir l’éducation artistique dans les programmes de l’Éducation nationale en lien avec le ministère de la Culture et de la Communication. Réconcilier les enfants, à l’école comme à la télévision, avec toutes les formes d’intelligence ; les aider dans les établissements scolaires comme à l’extérieur, à distinguer une œuvre d’un produit ; leur donner le choix des arts dans leurs diversités, en faire une chance et une arme contre les déterminismes et les divisions.

L’État doit contribuer réellement au financement de cette ambition qui fait de la France une exception et lui confère son rayonnement et son attractivité internationale. Nous devons résister à ces bien maigres économies qui causeront de bien grands dégâts (Victor Hugo).

À quelques semaines de la présidence française de l’Union européenne, nous nous devons de relancer le débat national pour le porter ensuite au niveau communautaire.

Rassemblant toutes les disciplines artistiques, nous exigeons que cette question cruciale soit replacée au cœur des préoccupations de notre société.

Aussi appelons-nous à la mobilisation pour une politique culturelle ambitieuse, intelligente et généreuse, à la hauteur de l’enjeu démocratique.



http://sauvonslaculture.fr/

Liens

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog

Abonnement

  • Feed RSS 2.0
  • Feed ATOM 1.0
  • Feed RSS 2.0
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus