Lundi 14 janvier 2008
21.jpgEvidemment, la sortie, aujourd’hui, de l’album The Dø (voir ici) a un peu éclipsé celle du nouveau Daniel Darc, quatre ans après le sublime Crèvecœur. Pourtant, rentrant chez moi, avec les deux dans mon sac, c’est bien le sombre Daniel que j’ai d’abord écouté. Comment dire ? Pour moi, Crèvecœur, c’est à peu près ce qui est arrivé de mieux à la chanson française depuis L’imprudence de Bashung. Or, ça tombe bien, Alain Bashung est invité sur un titre, bouclant la boucle et faisant, indirectement, ressurgir cette image du concert de l’Olympia, il y a trois ans, quand, Christophe, le chanteur funambule, vint sur scène filmer au rappel l’ancien leader de Taxi Girl.
Bashung, Christophe, Darc. Une sorte de Sainte-Trinité, dirons-nous, pour demeurer dans le registre religieux désormais cher à l’auteur de Chercher le garçon.

Pour Amours suprêmes, donc, Daniel Darc a de nouveau confié le soin de mettre ses beaux textes en musique à Frédéric Lo. C’est bien, avec The Dø, un deuxième album de duettistes que j’ai rapporté chez moi ce soir. Mais si Lo s’occupait de presque tous les instruments sur Crèvecœur,
Amours suprêmes accueille d’autres musiciens, à commencer par Philippe Almosnino, guitariste aperçu avec les Dogs il y a bien longtemps, avec les Wampas souvent, puis avec Tarmac plus récemment. Bref, un deuxième guitariste, signe évident d’une tonalité rock plus affirmée (on s’amusera d’ailleurs du détournement, dans le livret, du célèbre logo d’AC/DC en un AR/DC plus conforme au patronyme du chanteur).
Alors, qu’est-ce qu’il vaut le nouveau Daniel Darc ? Je ne sais pas. Je viens de le retirer de la platine. Je ne suis pas aussi bouleversé qu’à l’écoute de Crèvecœur. Tout ce que je sais, c’est que The Dø, qui tourne, là, paraît tout terne à côté. Bon, allez, j’ai quand même pris deux, trois notes, alors à défaut d’une chronique du disque, réactions d’un fan presque en direct, titre par titre, avec une seule écoute au compteur.


1)
Les remords Eh bien, pour une ouverture d’album, on va dire que ça tape presque aussi fort que L’invitation sur le dernier Daho. Jubilation d’entendre, après la calme mélancolie de l’entame, ainsi résonner les guitares au refrain. C’est dire si la barre est placée très haut pour les neuf titres qui suivent. Trop haut ?
2) J’irai au Paradis Ce titre enlevé ferait un bon single. D’ailleurs, c’était le morceau qu’un cd des Inrocks avait permis de découvrir en avant-première. Si vous ne connaissez pas Daniel Darc, disons qu’il s’y présente idéalement en quelques mots : "Et quand je mourrai / J’irai au Paradis / Parce que c’est en Enfer que / J’ai passé ma vie". Ouais, quand même…
3)
L.U.V. On a beaucoup comparé Daniel Darc à Serge Gainsbourg. On ne s’arrêtera pas de le faire avec ce morceau chanté en compagnie d’Alain Bashung. Où les deux se régalent d’anglicismes et d’expressions très référencées comme "Hell Fire", "Raw Power", "No Fun", "Wham Bam Thank You Mum". Pas du name-dropping, mais presque. Pas besoin de vous faire un dessin donc sur le registre musical de ce titre.
4)
Un an et un jour C’est sur le disque la chanson qui, par son atmosphère, sa production, fait le plus penser à l'opus précédent. Elle aurait pu, se dit-on, être enregistrée il y a quatre ans. Superbe donc.
5)
La seule fille sur Terre Il faut bien une fausse note chez un ancien punk. Sur ce titre dispensable mais pas désagréable, on sent que l’arrangeur Lo, préposé au Minimoog et au Mellotron, s’est bien amusé. C'est déjà ça.
6)
Ca ne sert à rien Oh que si, Daniel ! Tes chansons nous aident à vivre. Chanson sur la mort, les morts (eh oui, encore une…) et la survie surtout… avec le survivant Robert Wyatt.
7)
Amour suprême C’est quand il s’arrête de chanter pour parler, presque réciter (Gainsbourg toujours…) que Darc est le plus émouvant. La preuve ici, encore une fois.
8) La vie est mortelle La bizarrerie de l’album. C’est presque de la variété française, dans ce que l’expression peut – parfois – avoir de plus noble. Là encore, on se dit que ça ferait un excellent single. Ce son de basse très seventies, rappelant un peu les sonorités de l’instrument sur Melody Nelson. En écoutant ce morceau – paradoxalement le plus enthousismant de l’album – on se prend à rêver d’un remix par Mellow, voire, en deuxième choix, par Air ou Bertrand Burgalat.
9) Serais-je perdu
Pas vraiment, non, Daniel. Tes "mots froissés au matin" sont toujours si bouleversants. D’ailleurs, faut que je pense à prendre ma place pour ton deuxième Olympia.
10)
Environ 8,5 sur 10. Si je devais mettre une note. En tous cas, une bien belle chanson pour terminer l’album. "Environ je dispose de presque / Un peu moins que rien". Pour nous, Daniel, c’est déjà beaucoup.

 


11) Le morceau caché
Taxi Girl, c’était aussi des textes rageurs. Piquouze de rappel ci-dessous.

 
 

 

 
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Mercredi 9 janvier 2008

Et si les chansons, en filigrane, racontaient parfois une autre histoire...
Et si tout était affaire de montage, tel ce fameux "effet Koulechov" qui, au cinéma, fait dire à un plan identique des choses fort contrastées en fonction de celui qui lui succède (ou le précède)...

Ainsi, Minuit Orly de Serge Rezvani, précédemment interprétée par Jeanne Moreau et récemment revisitée par Héléna Noguerra, est d'abord une bien jolie chanson d'amour, le récit d'adieux provisoires, songe mélancolique d'une voyageuse que l'avion arrache à un amour prometteur.
Pourtant, écouter juste à sa suite La Rua Madureira, l'une des plus belles chansons de Nino Ferrer, jette rétrospectivement un voile bien noir sur la douce rêverie de cette voyageuse amoureuse...
Avant / Après
Elle / Lui
Un départ / Des regrets
En deux chansons, un dialogue inédit...

Héléna Noguerra - Minuit Orly (2007)
Nino Ferrer - La Rua Madureira (1966)


par Ska publié dans : Playlist imaginaire
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Dimanche 6 janvier 2008
voxpop2.jpg

undefinedAlors, mine, de rien, une excellente revue sur le rock a vu le jour fin 2007. VoxPop, c’est son joli nom, est un bimestriel (ce qui est une bonne chose) et le deuxième numéro est paru ces jours-ci.
On n’y parle presque pas de Pete Doherty ni d’Amy Winehouse (enfin, un peu quand même, mais surtout pour se foutre d’eux) et on y trouve une volonté de se dégager de la course à l’info et au buzz, ce qui est assez reposant pour quelqu’un comme moi qui n’arrive plus à lire les chroniques disques des Inrocks tant elles se ressemblent toutes d’une semaine sur l’autre. Justement, les rédacteurs de VoxPop ne chroniquent les disques que sur leur site et n’encombrent pas la revue papier du feuillet critique réglementaire, tarte à la crème de n’importe quelle parution cinéma ou musique. A l’heure où les blogs, eux-mêmes, démultiplient les points de vue sur un disque, VoxPop affirme, quitte à se couper d’une partie de son lectorat potentiel, que l’essentiel n’est pas là. On s’y concentre au contraire sur les reportages, les portraits, les entretiens fouillés ou les enquêtes insolites. Et cela redonne d’emblée ses lettres de noblesse à la fonction – aujourd’hui un rien galvaudée – de "rock critic". Ce qui n’est pas rien.

Outre une maquette d’une élégance folle et des photos originales souvent très belles, c’est justement dans cet aspect strictement journalistique que VoxPop s’impose en parution incontournable. Dans le premier numéro, je ne sais ce que je préfère entre le reportage sur les Tiny Masters of Today (24 ans à eux deux) égarés dans un festival de snowboard au Portugal, l’article sur la scène pop de Liverpool à travers les âges, ou la visite du quartier de Williamsburg à New York en compagnie d’un membre de TV on the Radio. Sans compter des idées éditoriales décalées mais passionnantes, comme cette enquête improbable sur la guitare à double-manche (n°2), l’entretien avec Dick Rivers au sujet de la jeune scène rock française (n°1) ou le portrait circonspect d’Alizée au moment d’un pseudo virage rock dans le dernier numéro.

Autre point fort, les entretiens. Sûr qu’avec The Liars ou The Coral, les journalistes ont toutes les chances de recueillir des propos intelligents. La tendance se confirme dans le nouveau numéro avec une énième interview – passionnante – de NTM, et surtout, surtout, une longue discussion avec Daniel Darc dont le nouvel album sort le 14 janvier.
En attendant, on l’espère, de les voir aborder – à leur manière – les autres médias rock que peuvent être le cinéma ou la littérature, on se dit que le principal écueil qui guette VoxPop serait de s’enfermer dans un registre chic et parisien, de systématiser plus que de raison les ouvertures vers la mode et l’art contemporain (tendance lourde d’un deuxième numéro un rien décevant) et de devenir la revue rock préférée des bobos lassés des Inrocks.

http://www.voxpopmag.com/webapp/

 


par Ska publié dans : A suivre... communauté : Le Monde du Rock
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Mardi 1 janvier 2008

01


Passé minuit, l’année commence avec les Sex Pistols, je crois. Pas mal. Quel morceau, je ne sais plus trop. Anarchy in the UK ou God Save the Queen. Forcément. D’une oreille distraite, on blindteste mollement tandis que le PC dans un recoin de la pièce déroule les mp3, tout aussi aléatoire dans ses enchaînements que nos conversations décousues. Notre hôte a bon goût. Pas trop de risque de mal tomber. Je me souviens qu’à un moment, pour rire, on a écouté un album de bootlegs (IPunx, un must !) et mis par-dessus des vidéos de tecktonik youtubesques. Eh bien, Grappa ou pas, ça avait de la gueule. Ouais.

Au petit matin, entre Marx Dormoy et La Chapelle, slalomant entre flaques de gerbe et grappes de fêtards sapés classe et court pour l’occasion, une fête qui s’éternise : des gens se trémoussent au premier étage, fenêtre ouverte, sur Loser de Beck. J’aurais bien aimé être invité là aussi. Pour danser, quoi !

Au retour, inutile de parler de ces visages hagards dans le RER de sept heures du matin. De cette jeune femme piquant une crise de larmes (ou d’angoisse) dans le couloir, à Nation. De ce type à capuche disant avec commisération à son pote qui vomit dans le caniveau, "Putain, faut qu’t’arrêtes de boire, mec"


Plus tard dans la journée, après quelques maigres heures de sommeil, des sms de circonstance. Comment faisait-on avant au fait ? C’est parfait les sms, ça laisse du répit, on y répond comme on veut, quand on veut. Je crois même avoir répondu à l’un d’entre eux : "2008 : Keep on Rockin’ in the Free World". Hmm... Neil, si tu savais…

Je continue le rangement des vhs entamé la veille. Les cassettes, ce n’est que le début. Ou la suite. Je ne sais plus trop. Sûr que mon mon appart’ débute 2008 tout neuf. Lui au moins, il doit se sentir bien. Ranger tout ça, c’est long, c’est fastidieux. Les vhs... C’est pas comme les musicassettes. Aucune affection, aucune nostalgie pour ce support. Celles que je ne jette pas vont droit dans des cartons, planquées dans le placard. Qu’elles ne m’emmerdent plus celles-là ! De toutes façons, je ne les regardais plus, elles ne me manqueront pas.

Ceci dit, rien de tel que ranger chez soi pour écouter des disques. C’est aussi idéal comme contexte que faire la vaisselle. On y est dans un état de disponibilité total.

Alors, c’était quoi les premiers disques de l’année ? Des vinyles. Rien que du vieux. D’abord Rattle and Hum de U2. Ce disque a vingt ans. Je l’ai vaguement entendu cet été au bord de la mer chez des amis et je m’étais dit alors qu’il faudrait que je le réécoute attentivement. Ce double album, je l’ai donc acheté en 1988. Et je le redécouvre avec plaisir – penser à aller voir les tablatures de Helter Skelter – Etrangement, j’avais totalement oublié l’existence d’un morceau intitulé God Part 2, et, là, les doigts pleins de poussière, La Porte du paradis version intégrale entre les mains, je réalise à quel point j’ai dû l’écouter à l’époque. God Part 2, putain ! Les quatre faces achevées, c’est le Say it Ain’t So de Murray Head que j’ai envie de poser sur la platine. Parce que j’en parlais il y a peu avec Arbobo, mon voisin de blog. Parce que John Steed, un ami, me loue souvent les qualités de ce disque. Et c’est vrai que – bien qu’inégal – il recèle quelques perles aux mélodies fort délectables.

La matinée s’achève – vers 15h – en douceur avec un disque de Georges Moustaki rarement écouté. Il n’a pas de titre, il date de 1979 et commence par l’immarcescible Et pourtant dans le monde. Avec ce mec-là qui chante et qui gratte sa guitare, je me sens bien. Ouais.

J’avais bien pensé sortir, faire un tour dans ce bois à côté de chez moi. Mais la nuit tombait déjà.

Cette journée n’est rien, elle n’existe pas. Juste un sas emprunté nonchalamment avant le vrai premier jour de l’année. Demain.

 

par Ska publié dans : Songbook communauté : Le Monde du Rock
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Dimanche 30 décembre 2007

Pour le dernier billet de l’année, le plus futile de tous, petit coup de rétro très subjectif sur 2007.
Si les classements ne servent pas à grand-chose, reconnaissons qu’ils permettent au moins de mettre un peu d’ordre dans ce qu’on a vu, dans ce qu’on a écouté. Cette année qui s’achève, ce fut donc encore une fois des disques, des films, des concerts. En voici quelques uns parmi d’autres.


Des disques...

1)      Daft Punk – Alive

2)      Queens of the Stone Age – Era Vulgaris

3)      Florent Marchet – Rio Baril

4)      Elliott Smith – New Moon

5)      Etienne Daho – L’invitation

6)      John Butler Trio – Grand National

7)      The Hives – The Black and White Album

8)      Iron & Wine – The Shepherd’s Dog

9)      The Coral – Roots and Echoes

10)  Helena Noguerra – Fraise vanille

 

Des films…

1)      Inland Empire de David Lynch

2)      Substitute de Fred Poulet et Vikash Dhorasoo

3)      L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford de Andrew Dominik

4)      Les promesses de l’ombre de David Cronenberg

5)      SurperGrave de Greg Mottola

6)      La forêt de Mogari de Naomi Kawase

7)      Planète terrreur de Robert Rodriguez

8)      Paranoid Park de Gus Van Sant

9)      28 semaines plus tard de Juan Carlos Fresnadillo

10)  La nuit nous appartient de James Gray

 

Une séquence…

La crise de larmes de Alice Houri, femme trompée dans La graine et le mulet de Abdelatif Kechiche

 

Des concerts…

1)      PJ Harvey au Grand Rex

2)      Eagles of Death Metal au Bataclan

3)      Lambchop à la Fondation Cartier

4)      The Hives au Bataclan

5)      I’m From Barcelona à la Cigale

6)      LCD Soudsystem à Saint-Malo

 

par Ska publié dans : A suivre...
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Dimanche 23 décembre 2007
Cédant à la mode, et ouvertement influencé par Sufjan Stevens, Sticky Feet, groupe dont je vous narre les aventures depuis plusieurs mois, souhaitait enregistrer à son tour un disque de Noël. Malheureusement, leur maison de disque a fermement refusé de céder à ce caprice.
A force d'abnégation, nous avons toutefois pu retrouver un projet d'artwork pour ledit album. Même si les membres du groupe démentent l'information, plusieurs titres auraient été enregistrés sur un quatre-pistes à la fin de l'été. On murmure aussi que certains fans seraient déterminés à mettre en ligne une pétition pour que ce disque sorte malgré tout pour Noël 2008. A suivre donc...


sticky-feet-copie.jpg

Un grand merci à David D. pour nous avoir dévoilé cette image exclusive.
par Ska publié dans : A suivre...
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Jeudi 20 décembre 2007

undefinedDaft Punk, ce ne sont pas les disques qui m’y ramènent régulièrement. C’est avant tout le cinéma : un clip historique (Da Funk de Spike Jonze), un long métrage d’animation mélancolique (Interstella 5555 de Leiji Matsumoto) et un film expérimental fascinant (Electroma, réalisé par Thomas Bangalter et Guy Manuel de Homem-Christo). Les trois albums du duo, je les aime bien, mais ils n’ont jamais fait que quelques tours sur ma platine. Si certains morceaux, dans leurs atours numériques, ont quand même trouvé leur place bien au chaud dans mon baladeur, les disques de Daft Punk prennent chez moi un peu la poussière. Pour être franc, Discovery, album vulgaire quoique séduisant, n’a trouvé son sens véritable pour moi qu’une fois Interstella 5555 distribué en salles. Parce que les images du créateur d'Albator remettaient totalement en perspective les parti pris musicaux d’un album aussi clinquant que risqué. Quant à Around the World, c’est, à mes yeux, surtout un clip de Michel Gondry. Et quand j’ai entendu Robot Rock pour la première fois, ce qui m’a le plus intéressé, ce n’était pas le morceau, mais, là aussi, la vidéo l’accompagnant, véritable éloge du simulacre et de l’artifice.

Les choses changent du tout au tout avec le live que Daft Punk vient de publier. Depuis que je l’ai acheté, je l’ai beaucoup plus écouté que toute la discographie du duo en dix ans. Enregistrement du concert donné à Bercy en juin, Alive est un formidable mix où se téléscopent une vingtaine de morceaux issus des trois disques studio de Daft Punk. Surtout, Alive est véritablement un nouvel album, pas une compilation. Qui voudrait l’offrir à Noël pour remettre dans le droit chemin un petit cousin épris de Tecktonic et lui donner l’occasion de découvrir ce qu’est vraiment la musique "électro" ferait fausse route. Les morceaux les plus connus n’y sont souvent que des citations assez brèves et la plupart des pistes mélangent deux ou trois titres en une entreprise d’auto-mashup incroyablement stimulante. Du coup, les collisions entre des compositions éloignées de plusieurs années s’imposent comme des évidences, mettant de l’ordre et de la cohérence dans une discographie ici revisitée dans un passionnant jeu d’échos, de citations et de reprises.
Alive est donc un album, un vrai album, dont la construction n’a pas souffert la moindre approximation. Il s’écoute de bout en bout, de la première à la dernière minute. La tension y monte crescendo, les morceaux s’y enchaînent si bien que l’on n’a aucune envie de zapper, d’accélérer. Physiquement, c’est d’ailleurs quasiment impossible tant on se retrouve en l’écoutant comme les bêtes automates du clip de Gondry. Subjugués.
Numériser le disque pour son baladeur, l’écouter ensuite au casque en mode aléatoire est une expérience cruelle. Ce disque ne souffre pas le morcellement. Il nous attrape dès son entame avec ces voix déshumanisées annonçant Robot Rock ("Human… Robot… Human… Robot") pour ne plus jamais nous lâcher ensuite. Pour bien faire, même, ce disque aurait idéalement dû être réduit à une seule et unique piste. Comme le Lovesexy de Prince... Mais ce qui n’était pour Prince qu’un moyen d’obliger l’auditeur à écouter l'album dans l’ordre où il l’avait conçu (moi, je l’ai en 33 tours, donc je m’en fous), devient ici simple affaire de bon sens. On ne peut pas écouter ce disque dans le désordre. On ne peut pas le télécharger par petits bouts. Le faire, ce serait passer complètement à côté...
Le disque est en public. C’est un vrai live. Il est important de le souligner. Que font véritablement les Daft en direct ? Je ne sais pas. Peut-être que, comme chez leurs copains de Justice, presque tout est préenregistré. Peu importe, le résultat est là. Au son parfois trop lisse du duo en studio succède ici une approche beaucoup plus rugueuse. Comme s'ils lâchaient un peu la bride pour laisser la rumeur des humains s’infiltrer dans les interstices de leurs compositions. Enfin, la musique de Daft Punk vibre et respire. Et les morceaux les plus démagos (Robot Rock encore) se révèlent soudain bien plus tortueux qu'avant. Les expériences cinématographiques de Daft Punk m'avaient convaincu qu’un cœur battait dans la machine. La musique, à son tour, lève un coin du voile. La belle mécanique assume enfin de possibles défauts, d’éventuelles imperfections. "Human after all"… Dans la logique d’Electroma (leur premier film en tant que réalisateurs) les deux musiciens semblent ici se foutre à poil et livrer leurs titres dans leur nudité la plus crue. Les barrières opaques se dressant depuis des années entre eux (ou leurs avatars) et les fans paraissent enfin commencer à s’effriter.
Il faut entendre les spectateurs exulter quand démarre le riff de Robot Rock (2 mn 20 sec… et déjà l’extase), il faut les entendre crier leur joie aux premiers accords de Da Funk. Mais le public n’est pas là pour ponctuer, comme c’est le cas d’habitude dans un disque live, le début et la fin des morceaux (d’ailleurs, comme je le disais plus haut, il n’y a pas véritablement de début et de fin à ces pistes s’empilant harmonieusement) : sa clameur est intégrée au mix comme un instrument supplémentaire (les "Ouh !" ponctuant le break de Da Funk notamment).
A l’unissson des basses et de la rythmique, les cris des spectateurs sont même parfois utilisés pour faire monter la sauce d’un morceau, avant que les décibels des refrains ne déferlent sur le POPB.

Pour qui n’était pas à Bercy ce soir-là (ce qui est mon cas malheureusement), la force d’évocation de ce disque est prodigieuse. Elle en fait tout simplement le meilleur enregistrement en public que j’ai pu écouter depuis des lustres. Alors disque de l’année ? Avant Elliott Smith, avant les Queens of the Stone Age et Florent Marchet ? Eh bien, peut-être, oui…

 

par Ska publié dans : Bande son communauté : Le Monde du Rock
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Samedi 15 décembre 2007

Ça recommence. Un lundi. Aux alentours de midi. Dans cette librairie où l’on vend surtout des disques, quelques hommes entre deux âges, entre bacs à vinyles et rangées de cd. Les boîtiers en plastique s’entrechoquent violemment. Rythmique supersonique pour curieux compulsifs. Le son sec et répétitif couvre le disque qui passe. Tu le connais, mais tu ne l’identifies pas. Les boîtiers claquent. Tu te demandes s’ils lisent les titres, s’ils identifient chaque cd. Le bruit est assourdissant. Inquiétant. 120 bpm. Au bas mot. Comme si le temps leur était compté. Regardent-ils vraiment ces cd ou se rassurent-ils dans le simulacre de l’exploration minutieuse du moindre bac ?
Des vieux disques sous pochettes cartonnées ou de leurs manteaux, tu ne sais trop ce qui sent le plus le renfermé. Ils naviguent entre les rayons. Méthodiquement. Ils ne font pas attention à toi. Ou plutôt si : une fraction de seconde, du coin de l’œil, ils t’ont jaugé, se sont demandés qui tu étais. Tu as vingt ans de moins qu’eux. Ils ne t’ont jamais vu par ici. Tu es venu chercher des 33 tours. Sans but précis, tu déambules. Déambuler, quelle drôle d’idée. Ici, il faut être efficace et pragmatique, ne rien laisser passer, trouver la perle avant le concurrent.
Ce jour-là, tu n’es pas allé travailler. Cette boutique, tu la connaissais le week end. Il y a bien longtemps. C’est là que tu avais acheté Made in Japan. Mais tu ne te souviens pas l’avoir fréquentée en début de semaine, comme là, juste avant l’heure du déjeuner. Tu pressens que certains viennent presque chaque jour, à l’affût des derniers arrivages. Peut-être n’est-ce que la première étape d’un périple journalier qui les mènera ensuite jusque chez Boulinier puis chez Gibert. D’une boutique à l’autre, se retrouvent-ils ? Poursuivent-ils la conversation entamée dans un autre arrondissement ? Peut-être sont-ils même interchangeables… Cette perspective étouffante te fait un peu peur. Tu as une soudaine envie de retrouver l’air libre. Tu vas sortir les mains vides. Tant pis.
Près du rayon rock, les odeurs de frites ou de clopes se mêlent aux rances relents de sueur. Absorbés dans leur quête aussi vague que compulsive, les clients bodysnatchés ne voient rien autour d’eux. Ils ont très vite su que tu n’étais pas de leur monde. Ils t’ont déjà oublié. Du moment que tu ne te retrouves pas en travers de leur chemin, tu leur importes moins qu’une nouveauté en tête de gondole à la Fnac. Il vaut mieux partir avant de finir comme eux qui se frôlent sans se voir, chorégraphie approximative de corps malhabiles et bossus d’avoir été trop longtemps penchés sur les bacs à soldes. Les vendeurs, la soixantaine, ne sont guère plus avenants. Ils classent, ils étiquettent. Inlassablement. Tu leur aurais bien demandé le nom de ce disque si familier, mais le regard dédaigneux de celui qui t’a accueilli sans mot dire t’en dissuade.

Le bras du tourne-disque tressaute.
tourne-disque tressaute. A deux minutes et trente quatre secondes précisément. C’est toujours au moment où tu veux pousser la porte. Ça te revient. Une fois de plus, tu te retrouves au fond du magasin, avec ce type en imperméable qui passe pour la énième fois devant toi en te bousculant… Tu as encore ce disque de Sticky Feet entre les mains, tu étais pourtant sûr de l’avoir posé… Juste avant de sortir… Il y a un instant…
Ça recommence. Un lundi. Aux alentours de midi. Dans cette librairie où l’on vend surtout des disques, quelques hommes entre deux âges, entre bacs à vinyles et rangées de cd. Les boîtiers en plastique s’entrechoquent violemment. Rythmique supersonique pour curieux compulsifs. Le son sec et répétitif couvre le disque qui passe. Tu le connais, mais tu ne l’identifies pas. Les boîtiers claquent. Tu te demandes s’ils lisent les titres, s’ils identifient chaque cd. Le bruit est assourdissant. Inquiétant. 120 bpm. Au bas mot. Comme si le temps leur était compté. Regardent-ils vraiment ces cd ou se rassurent-ils dans le simulacre de l’exploration minutieuse du moindre bac ?
Des vieux disques sous pochettes cartonnées ou de leurs manteaux, tu ne sais trop ce qui sent le plus le renfermé. Ils naviguent entre les rayons. Méthodiquement. Ils ne font pas attention à toi. Ou plutôt si : une fraction de seconde, du coin de l’œil, ils t’ont jaugé, se sont demandés qui tu étais. Tu as vingt ans de moins qu’eux. Ils ne t’ont jamais vu par ici. Tu es venu chercher des 33 tours. Sans but précis, tu déambules. Déambuler, quelle drôle d’idée. Ici, il faut être efficace et pragmatique, ne rien laisser passer, trouver la perle avant le concurrent.
Ce jour-là, tu n’es pas allé travailler. Cette boutique, tu la connaissais le week end. Il y a bien longtemps. C’est là que tu avais acheté Made in Japan. Mais tu ne te souviens pas l’avoir fréquentée en début de semaine, comme là, juste avant l’heure du déjeuner. Tu pressens que certains viennent presque chaque jour, à l’affût des derniers arrivages. Peut-être n’est-ce que la première étape d’un périple journalier qui les mènera ensuite jusque chez Boulinier puis chez Gibert. D’une boutique à l’autre, se retrouvent-ils ? Poursuivent-ils la conversation entamée dans un autre arrondissement ? Peut-être sont-ils même interchangeables… Cette perspective étouffante te fait un peu peur. Tu as une soudaine envie de retrouver l’air libre. Tu vas sortir les mains vides. Tant pis.
Près du rayon rock, les odeurs de frites ou de clopes se mêlent aux rances relents de sueur. Absorbés dans leur quête aussi vague que compulsive, les clients bodysnatchés ne voient rien autour d’eux. Ils ont très vite su que tu n’étais pas de leur monde. Ils t’ont déjà oublié. Du moment que tu ne te retrouves pas en travers de leur chemin, tu leur importes moins qu’une nouveauté en tête de gondole à la Fnac. Il vaut mieux partir avant de finir comme eux qui se frôlent sans se voir, chorégraphie approximative de corps malhabiles et bossus d’avoir été trop longtemps penchés sur les bacs à soldes. Les vendeurs, la soixantaine, ne sont guère plus avenants. Ils classent, ils étiquettent. Inlassablement. Tu leur aurais bien demandé le nom de ce disque si familier, mais le regard dédaigneux de celui qui t’a accueilli sans mot dire t’en dissuade.

Le bras du tourne-disque tressaute.
tourne-disque tressaute. A deux minutes et trente quatre secondes précisément. C’est toujours au moment où tu veux pousser la porte. Ça te revient. Une fois de plus, tu te retrouves au fond du magasin, avec ce type en imperméable qui passe pour la énième fois devant toi en te bousculant… Tu as encore ce disque de Sticky Feet entre les mains, tu étais pourtant sûr de l’avoir posé… Juste avant de sortir… Il y a un instant…
Ça recommence. Un lundi. Aux alentours de midi. Dans cette librairie où l’on vend surtout des disques, quelques hommes entre deux âges, entre bacs à vinyles et rangées de cd. Les boîtiers en plastique s’entrechoquent violemment. Rythmique supersonique pour curieux compulsifs. Le son sec et répétitif couvre le disque qui passe. Tu le connais, mais tu ne l’identifies pas. Les boîtiers claquent. Tu te demandes s’ils lisent les titres, s’ils identifient chaque cd. Le bruit est assourdissant. Inquiétant. 120 bpm. Au bas mot. Comme si le temps leur était compté. Regardent-ils vraiment ces cd ou se rassurent-ils dans le simulacre de l’exploration minutieuse du moindre bac ?
Des vieux disques sous pochettes cartonnées ou de leurs manteaux, tu ne sais trop ce qui sent le plus le renfermé. Ils naviguent entre les rayons. Méthodiquement. Ils ne font pas attention à toi. Ou plutôt si : une fraction de seconde, du coin de l’œil, ils t’ont jaugé, se sont demandés qui tu étais. Tu as vingt ans de moins qu’eux. Ils ne t’ont jamais vu par ici. Tu es venu chercher des 33 tours. Sans but précis, tu déambules. Déambuler, quelle drôle d’idée. Ici, il faut être efficace et pragmatique, ne rien laisser passer, trouver la perle avant le concurrent.
Ce jour-là, tu n’es pas allé travailler. Cette boutique, tu la connaissais le week end. Il y a bien longtemps. C’est là que tu avais acheté Made in Japan. Mais tu ne te souviens pas l’avoir fréquentée en début de semaine, comme là, juste avant l’heure du déjeuner. Tu pressens que certains viennent presque chaque jour, à l’affût des derniers arrivages. Peut-être n’est-ce que la première étape d’un périple journalier qui les mènera ensuite jusque chez Boulinier puis chez Gibert. D’une boutique à l’autre, se retrouvent-ils ? Poursuivent-ils la conversation entamée dans un autre arrondissement ? Peut-être sont-ils même interchangeables… Cette perspective étouffante te fait un peu peur. Tu as une soudaine envie de retrouver l’air libre. Tu vas sortir les mains vides. Tant pis.
Près du rayon rock, les odeurs de frites ou de clopes se mêlent aux rances relents de sueur. Absorbés dans leur quête aussi vague que compulsive, les clients bodysnatchés ne voient rien autour d’eux. Ils ont très vite su que tu n’étais pas de leur monde. Ils t’ont déjà oublié. Du moment que tu ne te retrouves pas en travers de leur chemin, tu leur importes moins qu’une nouveauté en tête de gondole à la Fnac. Il vaut mieux partir avant de finir comme eux qui se frôlent sans se voir, chorégraphie approximative de corps malhabiles et bossus d’avoir été trop longtemps penchés sur les bacs à soldes. Les vendeurs, la soixantaine, ne sont guère plus avenants. Ils classent, ils étiquettent. Inlassablement. Tu leur aurais bien demandé le nom de ce disque si familier, mais le regard dédaigneux de celui qui t’a accueilli sans mot dire t’en dissuade.

Le bras du tourne-disque tressaute.
tourne-disque tressaute. A deux minutes et trente quatre secondes précisément. C’est toujours au moment où tu veux pousser la porte. Ça te revient. Une fois de plus, tu te retrouves au fond du magasin, avec ce type en imperméable qui passe pour la énième fois devant toi en te bousculant… Tu as encore ce disque de Sticky Feet entre les mains, tu étais pourtant sûr de l’avoir posé… Juste avant de sortir… Il y a un instant…
Ça recommence.

par Ska publié dans : Songbook communauté : Le Monde du Rock
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Samedi 8 décembre 2007
undefinedCe qu’il y a de plus intéressant dans I’m Not There, ce n’est pas forcément le gimmick abondamment commenté consistant à faire interpréter Bob Dylan par six acteurs différents (dont une actrice et un enfant), c’est surtout comment le film se pose en œuvre de faussaire, entretenant par là un rapport très étroit avec leprécédent long métrage de Todd Haynes.
Dans Loin du Paradis, le cinéaste refaisait, presque à l’identique (thématiquement, esthétiquement), un mélodrame fifties de Douglas Sirk. Tentative un peu vaine dans le fond, mais entreprise plastique assez passionnante. Dans son film autour de Bob Dylan, Haynes creuse – trop rarement – ce sillon, qui rappelle également la tentative troublante de Gus Van Sant retournant, quasiment au plan près, le Psychose de Hitchcock en 1998.
Dans quelques séquences de I’m Not There, c’est donc Dont Look Back, le documentaire de D.A. Pennebaker, que Todd Haynes revisite avec Cate Blanchett dans le rôle d’une rock-star ici rebaptisée Jude Quinn. C’est d’ailleurs avec l’actrice que le film se rapproche le plus du récit biographique classique. Tout simplement parce que cette facette qu’elle incarne correspond au moment où Dylan a été le plus (et le mieux) filmé. C’est l’époque où le chanteur troque son acoustique contre une guitare électrique, ce moment charnière qui est au cœur d’un récent livre de Greil Marcus et d’un passionnant documentaire de Martin Scorsese. C’est avec cette incarnation-là, avec Blanchett, que I’m Not There redevient le plus raccord avec les images déjà connues du chanteur, l’actrice jouant à fond la carte du mimétisme et de l’imitation. Outre ces séquences en noir et blanc, plus ou moins empruntées à Pennebaker, les interviews d’une Joan Baez extrapolée (Julianne Moore) paraissent, elles, prélevées à un triste et fade bonus dvd (signe parmi d’autres des différents régimes d’image convoqués par le cinéaste), et plus précisément aux entretiens que la chanteuse donna à Scorsese pour No Direction Home.
Refaire. Refilmer. Dupliquer. Réinterpréter. Copier les photos de l’artiste, les documents d’archives vus et revus, les pochettes de disques, mais remplacer Dylan par Christian Bale (avatar lui-même dédoublé dans le film : à la fois Bob folk et Dylan "Born Again Christian").
Trop tardive, la photo floue de Jerry Schatzberg pour Blonde on Blonde est épargnée. Mais la bande-son, elle, n’est pas en reste. S’y mêlent, au gré des scènes, des versions originales et des reprises ici choisies pour leur capacité à se faire passer pour du Dylan (ce qui n’est pas le cas – loin de là – de l’ensemble des covers présentes sur le disque inspiré par le film). Pour le meilleur et pour le pire, I’m Not There peut ainsi être regardé comme on écouterait un album de reprises. C’est parfois magnifique, quelquefois stimulant, mais souvent inutile.


De film en film, cette application à imiter des formes antérieures, les films des autres, suggère de plus en plus nettement que Todd Haynes regrette peut-être de n’avoir pas été contemporain de Sirk ou des sixties. Il y a quelque chose d’émouvant dans cet
aveu d’impuissance du cinéaste. Aveu se manifestant aussi, dans ce film, par son incapacité à transformer le matériau fétichisé, à le tordre et le sublimer en une vraie re-création.
Haynes n’est pas un maniériste : sur l’échelle hitchcockienne évoquée plus tôt, il restera toujours plus proche de Gus Van Sant que de Brian de Palma. Mais contrairement à Gus Van Sant dans Last Days, Todd Haynes paraît empesé, trop collé à son sujet, illustrateur virtuose prisonnier d’une légende dont il ne peut finalement se déprendre. Tout l’inverse de Velvet Goldmine, son film sur le glam-rock, qui se présentait déjà comme une enquête autour d’un musicien de fiction. Ce film, mêlant harmonieusement présent et passé, suivait un journaliste (Christian Bale, déjà) rencontrant les différents acteurs de la vie de Brian Slade pour élucider le mystère de sa disparition. Ayant recours aux témoignages de tiers, grattant le vernis de la légende, confrontant le regard du fan à celui du journaliste qu’il est devenu, le film était construit sur le modèle polyphonique du faux film biographique le plus emblématique de tous : Citizen Kane. C’était déjà une enquête sur une rock-star, mais c’était un double de fiction qui la menait, pas le cinéaste lui-même…

Si structurellement I’m Not There s’éloigne franchement du biopic classique (et c’est heureux), on déplore que, dans le détail, le cinéaste se soit laissé aller à quelques séquences qui auraient tout autant trouvé leur place dans une bio filmée par le premier tâcheron hollywoodien venu. Clichés attendus, donc, que cette scène obligée au festival folk de Newport montrant le pauvre Pete Seeger tenter de couper à la hache les câbles électriques tandis que Dylan joue pour la première fois en formation électrique. Prévisible, la scène du fameux concert londonien et des invectives lancées à Dylan par la foule ("Judas !"). Mais de cette scène précise, Todd Haynes ne fait pas grand chose, contrairement à Scorsese qui traitait ce concert comme le point de bascule fatal que rencontre à un moment donné le personnage principal de chacun de ses films. Dans I’m Not There, le concert londonien n’est qu’un événement anodin noyé dans un maelström formel certes séduisant mais bientôt fatiguant.
Ce côté "jeu de piste" flattant le spécialiste s’avère aussi être la véritable limite d’un film durant deux heure et quart et ne semblant jamais finir tant il manque d’une ligne narrative un tant soit peu lisible. En fait, on verrait mieux I’m Not There comme une installation dans une expo Dylan. Un film tournant en boucle sur lui-même, que l’on peut quitter, entamer, retrouver quand on le veut.
Certes, c’est amusant de reconnaître telle ou telle chanson dans une ligne de dialogue, tel ou tel personnage réel dans les nombreux doubles que le film met en scène. Mais tout cela reste de l’ordre de l’anecdote, voire de la "private joke". On aurait tant aimé que Haynes choisisse un angle précis un peu plus de cinq minutes, qu’il développe sur la longueur quelques formidables intuitions (Richard Gere et le passage western dans lequel résonne l’écho de Pat Garrett et Billy le Kid de Peckinpah, mais aussi – via la présence de cet acteur – des Moissons du ciel, le chef-d’œuvre de Terrence Malick).
Malheureusement, on a par moments l’impression que Todd Haynes ne sait plus quoi faire de ses audaces. Comme s’il avait voulu, parfois, calmer le jeu. Il est faux d’affirmer, comme je l’ai beaucoup lu ces jours-ci, que Dylan n’est jamais nommé dans le film. Il suffit déjà de rappeler qu’il est omniprésent sur la bande-son (à ce niveau, I’m Not There, c’est clairement l’anti-Last Days). Dès le générique, aussi, un carton nous explique que le film est "inspiré des différentes vies de Bob Dylan". Surtout, "détail qui tue", l’édifice échafaudé par le cinéaste s’effondre dans un dernier plan montrant enfin Bob Dylan – le vrai – de profil, à l’harmonica. Cette dernière image, faute de goût impardonnable, ressemble à une bien triste concession.

Velvet Goldmine, variation très libre autour du glam-rock et de figures vaguement inspirées par David Bowie et Iggy Pop, était plus convaincant, moins prisonnier d’un système. Les artistes – réels – n’y étaient jamais nommés (encore moins montrés), et les chansons ne suffisaient pas à les identifier puisque le personnage inspiré – en partie – par Bowie y chantait notamment des morceaux de Roxy Music, et d’autres beaucoup plus obscurs. Le brouillage était total – chaque personnage agglomérant plusieurs histoires, plusieurs chanteurs – mais, même pour qui n’y connaissait rien à la scène glam du début des années 70, le film pouvait se suivre comme une simple fiction. Il n’était d’ailleurs, au fond, que cela.
À l’inverse, on se demande un peu ce que le néophyte en Dylanie trouvera comme intérêt à I’m Not There. Derrière tous les masques empilés par le cinéaste, aucun Dylan. Juste le vide abyssal dans lequel ne cesse de résonner sa voix éternelle…

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par Ska publié dans : 24 images/seconde communauté : Le Monde du Rock
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Mercredi 5 décembre 2007
Une heure et demie durant, le chanteur ne cessa de quitter la scène pour se mêler au public. Puis, les rôles s'inversèrent. Comme dans les récents concerts des Stooges, mais de manière beaucoup moins contrôlée, ce furent les spectateurs qui vinrent enfin à lui. Ainsi s'est achevé le concert. Les frontières s'estompant, l'espace de la représentation se mêlant à celui des spectateurs, comme dans ce clip de Sonic Youth dont je parlais il y a quelque temps...

gogol-bordello.JPGGogol Bordello au Trabendo, le 15 novembre 2007


"Et puis je voulais sortir le folk du petit ghetto intimiste et intellectuel dans lequel il s'est un peu enfermé. Je voulais lui rendre sa vulgarité, son côté braillard, comme au temps où il était joué dans des music-halls populaires face à un auditoire bruyant et aviné. Se faire entendre était aussi pénible pour les chanteurs que les efforts des personnages des chansons pour se faire accepter. Je ne suis pas le premier à avoir voulu revitaliser le folk. Les Pogues l'ont fait admirablement avant. Ou, aujourd'hui, le groupe de New York Gogol Bordello." (Bruce Springsteen, à propos des Seeger Sessions, dans Télérama, la semaine dernière)
par Ska publié dans : Rock Album - Photos live, etc.
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Communiqué

21 juin ... BOUM !

Pas de fête sans musique
Pas de musique sans culture !
Pas de culture sans nous !

R E N D E Z - V O U S

••••••••••••••••••••••••

11h00 à la Pyramide du Louvre et départ de la Caravane

autour d’un concert de TETES RAIDES

12h00 au Cinéma Le Méliès de Montreuil Projections :

« Charlot fait sa cure » de Charlie Chaplin 17’, « Courts Sauvons la culture »… débat autour du cinéma , prise de paroles d’acteurs et des surprises ...

15h00 au Théâtre du Rond Point

avec la présence de Bertrand Tavernier, Josiane Balasko , Guy Bedos ...

18h00 au Centre Commercial GALAXIE Place d’Italie 2

KARINE SAPORTA (danseuse chorégraphe) va investir une partie du lieu avec ses danseurs dans le cadre original du centre commercial ...

Final en fanfare !!!!!

De la musique, des lectures, des projections, de la danse, des performances…

Face au désengagement sans précédent de l’Etat, des artistes du monde de l’art et de la culture, tous domaines confondus, se rassemblent pour faire la fête et affirmer le caractère essentiel de la création, le droit inaliénable pour tout être humain d’accéder à l’imaginaire et à la pensée, à l’éveil sensible et à l’esprit critique, la nécessité d’une politique culturelle ambitieuse, intelligente et généreuse, à la hauteur de l’enjeu démocratique.

Le 21 juin, suivez la caravane

La culture, c’est des centaines de métiers, des millions de spectateurs, un patrimoine à entretenir, à transmettre et à construire !

La culture, c’est l’histoire de chacun, l’apprentissage de la différence et de la diversité, la construction de la liberté individuelle au travers d’expériences multiples et polymorphes, individuelles et collectives

La culture fait reculer la peur, l’ignorance et l’exclusion

La culture est préalable à la récolte, elle nécessite de l’attention et de l’opiniâtreté, de la quotidienneté, de l’investissement, du professionnalisme.

Quand l’Etat fixe des critères économiques de résultat à la culture, il renie sa mission d’intérêt général et de service public pour lequel il est élu.

Nous, professionnels de la culture, affirmons que nous ne laisserons pas démanteler notre histoire, notre passion, notre avenir, et que, comme la santé et l’éducation, c’est l’affaire et l’intérêt de tous.

La culture, c’est le relais indéfectible des idées, des luttes et des combats, elle transmet notre imaginaire individuel et collectif, interroge notre société, aide à sa transformation.

La culture nous lie et nous tient.

Ne laissons pas les chacals brouter nos idéals !

Les Têtes Raides

Le Collectif National de l’action culturelle cinématographique et audiovisuelle

Rejoignez la pétition en ligne : www.sauvonslaculture.fr !


 


 


 

Sauvons la culture !
Appel à une mobilisation citoyenne pour l'art et la culture

Face au désengagement sans précédent de l'Etat, des artistes et des acteur(e)s du monde de l'art et de la culture, tous domaines confondus, se sont réunis pour affirmer le caractère essentiel de la création, le droit inaliénable pour tout être humain d'accéder à l'imaginaire et à la pensée, à l'éveil sensible et à l'esprit critique.

Tous les champs et toutes les disciplines de l'art et de la culture appellent à une mobilisation pour une politique culturelle ambitieuse, intelligente et généreuse, à la hauteur de l'enjeu démocratique.

Emparez-vous de ce texte, signez-le et faites-le signer ici.

Et rendez-vous le mercredi 7 mai pour une grande journée de mobilisation nationale autour du texte, dans tous les lieux d'art et de culture (théâtres, lieux de spectacles et de danse, cinémas publics et privés, lieux d'expositions, lieux d'arts contemporains, lieux de culture multimédia, lieux de musiques, opéras, centres culturels, MJC, foyers ruraux, conservatoires, bibliothèques, médiathèques, universités, écoles, collèges, lycées, musées, écoles d'arts...).



mardi 22 avril 2008


La remise en cause brutale de nombreux financements liés au soutien à la création indépendante, à la démocratisation de l’accès à la culture, à la politique de la ville, à l’éducation, l’enseignement supérieur et la formation professionnelle artistiques ou encore aux actions internationales, suscite inquiétude, indignation et colère chez tous ceux qui œuvrent au quotidien pour l’art et la culture.

Cinquante ans de politiques culturelles innovantes et audacieuses ont permis la création d’un maillage culturel territorial quasiment unique au monde. Des salles de cinéma, des théâtres, des bibliothèques, des lieux de spectacles et d’expositions, des orchestres, des artistes de toutes formes d’expression artistique (théâtre, danse, musique, cinéma, arts visuels, arts du cirque et de la rue…) qui se déplacent sur tout le territoire, des associations, des festivals et manifestations liés à tous les arts, permettent partout en France, à un vaste public de rencontrer des œuvres, leurs auteurs et interprètes.

Aujourd’hui, cette richesse collective est mise en péril.

« Le budget d’austérité » proposé par notre ministre de la Culture et de la Communication et par le Premier ministre, ainsi que les arbitrages annoncés pour l’année 2008, les perspectives sombres des futurs budgets bientôt triennaux nous alarment à juste titre. La part de la Culture représente déjà moins de 1 % du budget de l’État. Comment accepter que ce chiffre soit encore révisé à la baisse ?

Des dizaines de milliers d’emplois sont concernés. L’existence même de nombreuses actions et structures est menacée. Mais, par-delà l’aspect financier, c’est le renouvellement des talents, l’unité et la solidarité entre générations, le droit à accéder aux langages de l’art, à l’expression et à la création qui sont en danger.

Les collectivités locales, depuis des années, interviennent massivement en faveur de l’art et de la culture. Si elles sont amenées à jouer un rôle plus important, l’État a un rôle à jouer pour garantir l’égalité entre les territoires et assurer la cohérence, la complémentarité et la diversité des politiques publiques pour la création artistique et son appropriation citoyenne.

Nous soutenons que l’État doit affirmer le caractère essentiel de la création, le droit inaliénable pour tout être humain d’accéder à l’imaginaire et à la pensée, à l’éveil sensible et à l’esprit critique par l’art et la culture.

Pour cela, il doit :

- garantir la diversité des créations, tant dans leurs moyens de production que de diffusion, et non les réduire à des produits de consommation culturelle en les livrant à la seule loi du marché ;

- assurer à tout citoyen la rencontre avec des œuvres en accompagnant de manière volontariste l’action et la diffusion culturelles, et en épaulant les artistes et les relais institutionnels et associatifs ;

- maintenir et promouvoir l’éducation artistique dans les programmes de l’Éducation nationale en lien avec le ministère de la Culture et de la Communication. Réconcilier les enfants, à l’école comme à la télévision, avec toutes les formes d’intelligence ; les aider dans les établissements scolaires comme à l’extérieur, à distinguer une œuvre d’un produit ; leur donner le choix des arts dans leurs diversités, en faire une chance et une