Vendredi 11 mars 2011 5 11 /03 /Mars /2011 16:52

Ça commence par la fin, par ce moment où l'on pose religieusement le disque sur la platine. Avant cela, ce disque, il a fallu l'enregister, puis le presser. Le nouveau clip des Arctic Monkeys met à l'honneur le vinyle à venir, album produit, comme le précédent Humbug, par Josh Homme. Surtout attaché à l'objet et à sa confection, on remarque que le groupe zappe à dessein l'étape peu glamour de la commercialisation et du déversement industriel dans les bacs des disquaires. Pas plus mal. En sautant cette étape, entend-il nous dire que - comme Radiohead ? - il aimerait se passer d'intermédiaire, s'adresser directement aux fans ? Accessoirement, il nous confirme la puissance d'évocation du vinyle, ce disque que l'on peut regarder tourner (que l'on peut filmer), que l'on peut déshabiller, et sur les livrets duquel on peut rêver en grand format. Un objet que ses défauts, surtout, rendent émouvant, attachant, autrement désirable que les galettes uniformisées au format CD... Hier, à la Fn*c, je découvrais que l'enseigne offrait 20% de ristourne aux moins de 20 ans sur les vinyles...  Surprenant, non ? Si la résistance à la dématérialisation passera, pour quelques esthètes (en gros, les gens qui continuent d'acheter des disques, soit une minorité de "consommateurs" de musique), par le "retour du vinyle" (un enjeu commercial comme un autre, après tout), avouons que ceci n'est pas une très bonne nouvelle pour nos déménagements à venir...

 

 

 

Par Ska - Publié dans : Vidéos musicales - Notes éparses - Communauté : Le Monde du Rock
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Mardi 1 février 2011 2 01 /02 /Fév /2011 16:49

Sofia-Coppola_Somewhere3.jpgOn sait le bon goût de Sofia Coppola en matière de bandes originales. Un bon goût affirmé dès un premier film mémorable mais tel qu’il devint très vite suspect, comme s’il s’était agi ensuite, pour la cinéaste (un temps liée à Spike Jonze, puis, plus récemment, à un musicien de Phoenix), d’avoir toujours la B.O. la plus cool, de donner à chaque film les gages d’un positionnement indie irréprochable.

D’abord rattrapée par la hype (il faut se souvenir que Virgin Suicides mit très longtemps à sortir en France), on a vite pensé que Sofia s’était surtout muée en suiveuse  agaçante, ne tentant même plus de rééditer l’exploit de son premier film (une vraie bande "originale" - signée Air, pour mémoire) pour se contenter d’enfiler, dans ses films les plus médiocres (Lost in Translation et Marie-Antoinette, pour ne pas les nommer), les morceaux pop comme un Scorsese déroule son juke-box rock au gré d’une filmographie à l’intérêt très aléatoire.

Ce n’est pas avec Somewhere que les choses changeront, mais il y a un détail que j’aime beaucoup dans ce film. Si l’à propos des choix de Sofia ne surprend pas, frappe surtout comment la musique y est, elle-même, mise en scène. Je pense particulièrement à trois scènes. Qui, toutes trois, coïncident, dans leur durée, avec l’intégralité de trois morceaux qui leur sont très étroitement liés.

somewhere cleo patinageC’est à chaque fois une musique "in", diégétique, diffusée par une sono rachitique, saisie en direct : diffusée par un radio-cassette dans les deux scènes (volontairement interminables) de chambre d’hôtel où des jumelles strip-teaseuses distraient Johnny Marco ; crachée par les hauts-parleurs d’une patinoire déserte quand Cléo se rend à son cours avec son père, la star hollywoodienne maussade interprétée avec une paradoxale conviction passive par Stephen Dorff. Au show cheap et maladroit – et involontairement drôle – dispensé par les deux strip-teaseuses, deux morceaux à la fois très bons et particulièrement vulgaires : le My Hero épais et épique des Foo Fighters et le r'n'b One Thing d’Amerie. Pour la scène à la patinoire, un morceau de Gwen Stefani (Cool) qui colle parfaitement à l’imaginaire musical que l’on associerait à une pré-ado américaine de douze ans. Rien donc, ici, de très branché. Comme si Sofia Coppola réussissait enfin à mettre la musique au service de ses personnages, du film, et à s'oublier un peu (même si, plus tard, une belle reprise des Strokes par Phoenix illuminera un beau moment de quiétude entre Johnny et sa fille).

L’intelligence de la cinéaste, dans ces trois séquences, est de ne jamais lisser le son, de toujours laisser la musique "in" : rachitique pour les scènes de strip-tease foireux, perdue dans l’espace pour la séquence de la patinoire à la fois grâcieuse et gentiment ridicule. Option réaliste, en creux, raccord avec le propos et le tempo du film, tranchant d’emblée avec la volonté possiblement opportuniste présidant en amont au choix de tel ou tel morceau. Pour le dire autrement : ce qui, chez d’autres, serait là pour dynamiser, séduire, renvoie ici – par les moyens de restitution ingrats – des reflets futiles et dérisoires, pas les moindres beautés d’un film particulièrement fin et touchant.

Par Ska - Publié dans : 24 images/seconde
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Jeudi 13 janvier 2011 4 13 /01 /Jan /2011 12:14

Sillons...

C'est un film, avec des disques, qui tournent...

 

 

Par Ska - Publié dans : Home Movies - Communauté : Le Monde du Rock
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Jeudi 6 janvier 2011 4 06 /01 /Jan /2011 16:29

Sortie le 26 janvier 2011

 

je_suis_un_no_man_s_land_photo_3_copyright_nicolas_comment-.jpgIl y a près de dix ans, un moyen métrage remarquable invitait le chanteur Katerine à faire l’acteur. C’était à l’époque de Huitième ciel, bien avant son succès foudroyant, sa médiatisation, et les innombrables malentendus générés par les tubes de Robots après tout (Louxor j’adore, 100% VIP). Dans ce film réalisé par Thierry Jousse (critique inspiré et inspirant, pour les Cahiers du cinéma, dans les années 80/90), le chanteur jouait peu ou prou son propre rôle (comme déjà le guitariste Noël Akchoté le faisait dans le premier film de Thiery Jousse, Le jour de Noël). Il s’y prénommait Philippe, y était chanteur. Il y tombait amoureux d’une strip-teaseuse jouée par Margot Abascal et le film s’installait, en sa deuxième partie, dans une douce langueur rythmée par quelques chansons interprétées, en toute intimité, en simple guitare-voix (à deux voix aussi, comme ce fut souvent le cas dans la discographie de Katerine et de ses muses, d’Anna Karina à Héléna Noguerra).

Après Nom de code : Sacha, Thierry Jousse fit tourner Katerine dans Julia et les hommes, un autre moyen métrage, et l’on vit même le chanteur apparaître brièvement dans Les invisibles, le premier long du réalisateur (voir ici). Entre temps – sous l’égide des Films Hatari, qui produisirent donc Julia et les hommes, une poignée de courts métrages mémorables (La peur, petit chasseur de Laurent Achard, De sortie de Thomas Salvador) et aussi quelques très beaux longs métrages (Capitaine Achab de Philippe Ramos, Au voleur ! de Sarah Leonor) – Philippe Katerine réalisa en dilettante un long métrage intitulé Peau de cochon (voir ici). Autoportrait en plusieurs fragments, ce film – incroyablement stimulant – mêlait home movie, faux documentaire, courtes fictions intimes, blagues potaches et belles trouées poétiques, dessinant en kaléidoscope – et comme en autant de morceaux – le portrait d’un chanteur s’exprimant, on le découvrait alors, tout aussi bien à travers la vidéo qu’à travers le dessin (un livre de croquis naïfs, Doublez votre mémoire annonçant la part enfantine se déployant dans le récent album Philippe Katerine parut à peu près à la même période). 

Du coup, voir Katerine en tête d’affiche du nouveau film de Thierry Jousse, ce n’est pas un "coup", c’est bien la continuation d’un cheminement amorcé il y a dix ans (avec, entre autres détours, un rôle dans Peindre ou faire l’amour d’Arnaud et Jean-Marie Larrieu, un autre – jouissif – dans Capitaine Achab et celui, bien sûr, de Boris Vian dans le Gainsbourg, vie héroïque de Joan Sfar).

Mais, de Nom de code : Sacha à Je suis un no man’s land, le statut du vendéen a changé et Thierry Jousse en prend acte. Le cabaret glauque de Nom de code : Sacha a été remplacé par une grande salle de concert, et cela suffit pour résumer en quelques plans comme l’acteur n’est plus le même, comme l’enjeu aussi est différent (du court au long, du chanteur indépendant au "bon client" des plateaux télé). Katerine joue donc à nouveau le rôle d’un chanteur prénommé Philippe, mais si celui-ci semble, dans le prologue, ressembler à celui que nous connaissons, le cinéaste s’emploiera très vite à décoller du personnage cette peau première, cette fonction qui l'identifie. Le début de Je suis un no man’s land nous suggère que Philippe est une star. Mais Thierry Jousse ne filmera pas le chanteur à l’œuvre, juste les coulisses (l'avant, l'après) de son tour de chant. Ainsi, Je suis un no man's land n'est pas un film sur Katerine. Il part du personnage public pour aller voir ailleurs. En 2011, le chanteur n’est plus celui qui contemplait, fasciné, la strip-teaseuse Sacha, mais il est, au contraire, devenu, lui, l’objet de convoitise. L’objet de convoitise d’une fan nymphomane qui l’enlève et le précipite dans une fable fantastique dont le postulat de départ évoque à la fois Un jour sans fin de Harold Ramis, L’ange exterminateur de Luis Bunuel et même L’antre de la folie de John Carpenter.

je_suis_un_no_man_s_land_photo_4_copyright_nicolas_comment.jpgVenu donner un concert dans la région où il a grandi, Philippe, tentant d’échapper à cette fan  trop entreprenante, se retrouve inexplicablement, après une longue errance en forêt, dans la maison de ses parents, un père et une mère qu’il n’a pas vus depuis des années. Syncope. Ellipse. Réveil au petit matin dans sa chambre d’ado. Hésitation. Refaire comme avant. Remettre son vieux survet’. Aller boire un coup au troquet. Et puis, parce que la tournée doit continuer et qu’il doit rejoindre ses musiciens, la révélation du sortilège quand il veut quitter le village (toute allusion au Prisonnier étant absolument volontaire) : il ne peut pas en partir, ramené inexplicablement toujours à la même place (celle du village).

Le film, qui débute comme un conte fantastique, déviera en fait peu à peu vers la chronique familiale (les scènes avec les parents, les plus réussies) et la romance (les rencontres nocturnes avec une ornithologue jouée par Julie Depardieu, partie du film qui peine à convaincre). Que Philippe soit chanteur n’importera plus vraiment et la chanson ne refera véritablement irruption dans le cours du récit que lors d’un épilogue un peu raté.

À l’instar d’Un jour sans fin, Je suis un no man’s land est avant tout une fable qui jamais ne viendra expliquer le pourquoi de ce sort qui s'acharne, si ce n’est dans ce programme narratif attendu qui consiste à confronter un personnage à l'irrationnel et à l'humaniser progressivement. Pourtant, Philippe n’est pas, comme Bill Murray dans le chef-d’œuvre de Harold Ramis, un sale type qui apprend à devenir une belle personne ; c’est surtout un homme qui s’est volontairement coupé de ses racines, de son passé (ses parents, ce pote avec qui il avait commencé à jouer de la musique et qui, lui, est resté dans le village, renonçant à ses rêves de gloire). Ce retour vers l’adolescence – ses lieux – ce retour vers des parents qui sont devenus des étrangers pourrait aussi évoquer de loin en loin la manière d’un Jiro Taniguchi dans les mangas Quartier lointain ou Journal de mon père. Dans cette réappropriation du passé, dans cette redécouverte de ce que l’on avait occulté, dans cette manière de dévoiler ce que sont devenus ses parents (le couple Aurore Clément / Jackie Berroyer est vraiment touchant), le film atteint une grâce et une légèreté que l’on n’attendait pas chez le réalisateur très théorique des Invisibles. Je suis un no man’s land est ainsi un film d’apaisement, une fable de réconciliation qui sait fort heureusement éviter la mièvrerie (voir comment la mère – malade et condamnée – explique à son fils qu’elle et son père n’ont plus besoin de lui, qu’ils se sont employés à se construire une belle vie sans lui).

Film hybride ne sachant pas toujours choisir son sujet et canaliser sa profuse inspiration, Je suis un no man’s land est un objet étrange. À défaut d’être le meilleur film de Thierry Jousse (on continue de lui préférer Nom de code : Sacha), il résonne de manière assez passionnante avec le dernier disque, faussement anecdotique, de Philippe Katerine. On regrette juste un peu de ne pas l'aimer autant.

 

Stéphane Kahn

 

 

Par Ska - Publié dans : 24 images/seconde
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Mercredi 5 janvier 2011 3 05 /01 /Jan /2011 10:52

J'avais oublié de vous dire comme le troisième album de The Delano Orchestra, enregistré en une seule prise live, avait compté parmi mes préférés de 2010. La très belle vidéo illustrant le premier titre, le bien nommé Not an Ending, me permet de rattraper cet oubli et de vous inciter, si vous aimiez Sparklehorse par exemple, à vous précipiter sur Now That You Are Free my Beloved Love. Et sur les deux précédents tant que vous y êtes. À l'avenant de ces plages entêtantes, piquées de brusques déflagrations soniques, le clip, réalisé par Alexandre Rochon, invite au voyage et fait de sa simplicité et de sa frêle économie sa force. Oui, voici encore la preuve qu'un beau clip (un beau film même), c'est parfois très simple.

 

 

 

 

http://www.myspace.com/thedelanoorchestra

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Vendredi 17 décembre 2010 5 17 /12 /Déc /2010 18:02

10 films...

Amer de Hélène Cattet et Bruno Forzani

Memory Lane de Mikhaël Hers

A Serious Man de Joel et Ethan Coen   

Bliss de Drew Barrymore

Ne change rien de Pedro Costa

Kaboom de Gregg Araki

Fantastic Mister Fox de Wes Anderson

Crazy Heart de Scott Cooper   

Scott Pilgrim vs The World de Edgar Wright 

Yoyo et Le soupirant de Pierre Etaix (reprises)

 

14 albums...

Steve Mason – Boys Outside

Midlake – The Courage of Others

Bertrand Belin – Hypernuit

The Hot Rats – Turns Ons

The Delano Orchestra – Now That You are Free my Beloved Love

The Dead Weather – Sea of Cowards

Florent Marchet – Courchevel

A Silver Mt Zion – Kollaps Tradixionales

Damien Jurado – Saint Bartlett

Katerine – Philippe Katerine

Foals – Total Life Forever

Neil Young – Le Noise

Bruce Springsteen – The Promise

Grinderman – Grinderman 2

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Lundi 6 décembre 2010 1 06 /12 /Déc /2010 17:59

Hasard d'une sortie DVD... Tandis qu'on (re)découvre, pour écrire dessus, de vieux courts métrages de David Lynch (dont les mythiques The Alphabet et The Grandmother) ainsi qu'une série d'animation en Flash (Dumbland), on tombe sur des bizarreries réalisées en toute indépendance en 2002 et en 2007, pour le site Internet  du cinéaste, et sur un film de commande tourné pour le soixantième anniversaire du festival de Cannes en 2007. Boat, surtout - avec son postulat poétique donnant son titre à ce billet - est une bien belle surprise, une expérience sensorielle et cinématographique très excitante malgré le dénuement patent de sa production et sa forme un peu ingrate.

Alors que l'on parlait beaucoup la semaine dernière d'un Lynch se mettant à l'électro-pop (l'aberrant Good Day Today sauvé par une face B plus conforme à l'image que l'on se fait du cinéaste), que sa collaboration avec feu Mark Linkous et Danger Mouse a donné naissance en 2009 à un album superbe (Dark Night of the Soul), qu'on peut le voir jammer avec Moby sur Internet (sic), lui réaliser un clip, exposer ses œuvres, ou encore recycler son imagerie pour Dior dans le long spot de quinze minutes intitulé Lady Shangai, ces images font du bien. Elles datent un peu, certes, mais l'approche "homemade" de la vidéo dans Darkened Room et Boat annonce clairement Inland Empire (le chef-d'œuvre incompris) et la liberté que s'est offert David Lynch en se mettant à la vidéo et en tournant pour Internet. On aime ainsi retrouver dans ces trois courts métrages la trace d'un cinéaste dont on peut aujourd'hui se demander s'il refera de sitôt un long métrage...

 

 

Par Ska - Publié dans : Playlist Vidéo - Raretés, curiosités, etc.
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Mardi 30 novembre 2010 2 30 /11 /Nov /2010 17:38

 

À l’époque, en 2003 donc, j’étais persuadé que vous ne vous en relèveriez pas. Non pas que vous ne le puissiez pas. C’est juste qu’il ne le fallait pas. C’était une question de bon sens, de dignité peut-être. Je me disais que vous sauriez vous taire. D’autres prétendaient le contraire. On en a éclusé des bières à ce propos, on en a noirci des pages sur le sujet…

Certes, le groupe n’avait pas splitté. Mais les circonstances feraient qu’il s’éteindrait doucement, discrètement, dans l’âcre fumée d'un brasier estival, emportée par le vent…

J’étais persuadé que vous ne prêteriez pas le flanc aux critiques, que vous sauriez mesurer combien rejouer ensemble serait ouvrir la porte sur une avalanche de malentendus, de procès d’intention, et que tes futurs textes, Bertrand, seraient toujours perçus à l’aune de ton geste tragique. Votre amitié indéfectible, vous la garderiez au chaud dans vos cœurs, puis vous renaîtriez, peut-être sous une autre forme. Je vous le souhaitais. Je te le souhaitais. Serge avait évidemment montré la voie.

À vrai dire, vos disques me suffisaient. Nous n’étions pas des amis, ni même des proches. Passés le choc et la surprise, le drame, je m’en étais remis. C’était finalement assez facile. Parce que tes mots, vos musiques, comptaient bien plus que le fait divers. Vos disques, je n’avais pas promis de ne plus les écouter, de les jeter ou de les détruire, comme quelques crétins un peu trop sensibles avaient pu l’écrire à l’époque.

Et puis vous aviez finalement promis de revenir, tout du moins d’essayer.

Je m’étais trompé. Vous avais-je donc surestimé ?

Travailler, écrire, composer, retrouver la flamme…

Pourquoi pas, après tout…

Du moment que c'était pour vous, pas pour Barclay...

Arrivèrent deux morceaux médiocres, en 2008, il y a pile deux ans, et j’avais déchanté.

Définitivement, je préférais de bons albums de Zone Libre qu’un piètre retour de Noir désir...

Puis, il y a quelques semaines, on avait revu Bertrand sur scène. Pour des reprises, amicalement épaulé. Et, surprise, l’entrain y était. Même moi, j’ai alors eu envie d’y croire. Alors que l'on murmurait aussi que les mots ne venaient plus.

Hier, un dernier chapitre. Court, lapidaire, cinglant comme un riff. Et dans le larsen, le poids de mots très durs, plutôt inattendus, sur lesquels on se perd en conjectures.

Aujourd’hui, l’épilogue. Qui clôt l'histoire sur un soulagement paradoxal. Même si je regrette que ce suspens de sept ans se termine dans ce qui semble être de l’acrimonie.

Noir désir n’est plus ? Et alors ? Ne le savait-on pas depuis 2003 ?


Par Ska - Publié dans : Instantanés - Communauté : Le Monde du Rock
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Jeudi 25 novembre 2010 4 25 /11 /Nov /2010 16:53

_IGP1463.JPGOn le sait, on l’a lu un peu partout dans une presse bizarrement complaisante et assez peu critique : c’est Noël bientôt et c’est Bruce Springsteen qui, pour ses fans, endosse la tenue du vieux barbu. Pensez donc ! Réédition luxueuse de Darkness on the Edge of Town, son chef-d’œuvre (Ah bon ? On croyait qu’il s’agissait de Born to Run), exhumation de 21 inédits (on y reviendra), et trois DVD remplis à ras bord de concerts (l’un datant de 1978, trois heures et une setlist démente, bonheur !), d’images d’archives rarissimes et d’un documentaire passionnant sur l’enregistrement de Darkness on the Edge of Town. C’est Noël bientôt, c’est certain. D’autant  plus que l’objet, fac-similé d’un carnet annoté de Springsteen est absolument sublime. On y voit ses ratures, ses hésitations, en un mot le travail et la sueur du songwriter. Et c’est clairement le sens à donner à ce coffret  onéreux documentant le processus de l'écriture et de la composition chez Springsteen.


Pour Darkness on the Edge of Town, plusieurs dizaines de chansons furent écrites, ébauchées, abandonnées en cours de route. Certaines, achevées, se retrouveront sur The River un peu plus tard. Le live de 1978,  proposé sur un DVD et intégrant déjà dans la setlist des titres comme The Ties That Bind, Point Blank ou Independence Day, en atteste.  D'autres titres, souvent dispensables, sont réapparues il y a quelques années dans un précédent coffret d’inédits, Tracks. Et puis il y a les chansons qui vont se transformer, évoluer, permuter texte ou musique pour aboutir par exemple (et c’est heureux) à Factory ou à Candy’s Room, deux morceaux esssentiels de Darkness on the Edge of Town.

Ce disque-là ne comptera au final que dix chansons (et quelles chansons !). C’est un album assez sombre,  ramassé, sec, certainement pas, toutefois, le plus pessimiste de Springsteen, comme on a pu le lire récemment (faut-il relire, pour s'en persuader, les textes de Nebraska ou de The Ghost of Tom Joad ?). Pourtant, l’espoir  de s'en sortir que portaient quand même, sur l’album précédent, les derniers couplets de Born to Run ou Thunder Road s’est estompé, comme en témoigne admirablement le texte de The Promise, l’un de ceux, très beau, qui ne furent pas retenus. Noir c’est noir. Et The Promise, The Making of Darkness on the Edge of Town, précieux documentaire, en témoigne une heure trente durant. On y voit un groupe au travail, cherchant le son que Springsteen entend dans sa tête mais que le E Street Band ne parvient pas à reproduire en studio.

Le disque doit être plus âpre. C'est le temps des désillusions, c'est l'envie d'un disque moins nostalgique que le fut Born to Run, et en prise avec une réalité sociale difficile pour ceux (gens de peu, ouvriers) que Sprinsteen a côtoyé par le passé. Il faut abandonner le Wall of Sound spectorien de Born to Run, troquer le mythe de la fuite, du rebond et de la renaissance contre un constat de sur-place plus trivial, plus douloureux, trouver un son qui claque, prendre le contre-pied du précédent disque. Sur la pochette, le fou rire de la session photo de BTR s’efface, Springsteen fait la gueule. Le punk est passé par là, il y a peut-être un rapport…

À ce moment-là, surtout, un procès oppose Springsteen à Mike Appel, son manager. Ce dernier souhaite contrôler un artiste qui ne veut rien céder de son image ou de ses textes, qui sait pertinemment ce qu’il veut faire et dont la volonté se heurte désormais aux idées de celui qui l’a aidé à percer. Le documentaire parle de cela sans fard (tout en demeurant sous contrôle) et donne la parole à Appel qui, lui-même, reconnaît humblement que l’on ne pouvait pas à l’époque dicter à Springsteen la route qu’il devait emprunter, qu’il s’est trompé. Tous deux sont aujourd’hui redevenus amis, on est contents pour eux...

Trois ans passent donc entre la sortie de Born to Run et celle de Darkness on the Edge of Town. Trois ans de trop. À l’époque, c’est une éternité : le groupe aurait pu disparaître, la sensation Springsteen faire long feu. Lui travaille, mais ne peut pas encore, tant que le procès dure, publier de nouveau disque, cela expliquant en partie la quantité de morceaux ébauchés à l’époque. La réalité, c’est aussi et surtout que le parolier rature beaucoup et que le compositeur jette encore plus (cela devient l’objet de vannes récurrentes de la part des autres musiciens, parfois épuisés, parfois excédés par le "control freak" que se révèle être celui que l’on surnomma – à juste titre – le Boss). De fait, beaucoup de morceaux ne correspondaient pas à la tonalité que Springsteen souhaitait imprimer à ce nouveau disque, résolument cinématographique, résolument sombre (l'influence manifeste du film noir), aussi réaliste et terre-à-terre que Born to Run fut lyrique et fiévreux.

 

_IGP1467.JPGAlors, forcément, la grande affaire de 2010, c’est la découverte de ces fameux morceaux inédits ou , pour certains, apparaissant jusqu’alors sous d’autres formes – alternatives, inachevées parfois – sur des pirates au son douteux. On pourrait se dire que du bonus de Springsteen c’est forcément bon à prendre. Ce n’est pas faux, encore que je ne tienne vraiment pas à entendre les inédits (s’il y en a) de Working on a Dream, son effroyable dernier album studio… Passons…

De fait, parmi les 21 titres (22 plus précisément, il y a un morceau caché), tout n’est pas si neuf. Il y a  ces morceaux que l’on connaissait dans leurs versions live : Rendez Vous (sur Tracks), Fire (sur le coffret Live 75-85) et évidemment le tubesque (et un peu lourdingue, oui, disons-le) Because the Night offert à Patti Smith. Ces titres-là, dans leurs versions studio, en sortent encore meilleurs (de fait, les petits gimmicks de Rendez-vous furent souvent assez agaçants en concert). On constate aussi un peu surpris que beaucoup de  nouveaux titres, approfondissant les influences soul, pop bubblegum et sixties de Springsteen, auraient tout aussi bien pu figurer, deux ans plus tard, sur l'ambivalent double-album The River. A cause de leurs arrangements rockabilly, de leurs guitares carillonnantes (Save my Love) et de leur tonalité globalement assez enjouée (le rétro Ain’t Good Enough For You, énorme, comme échappé d'une session d'un E Street Band vintage, celui de The Wild, the Innocent and the E Street Shuffle, le deuxième album de la troupe). Dans The Promise, le film, on voit même Bruce et Steve Van Zandt interpréter, déconnants, l'insouciant Sherry Darling, morceau léger qui ne sera gravé que deux ans plus tard sur ce double album avec lequel Springsteen enfoncera la porte de ses glorieuses eighties ("Glory Days" ?).

De tels morceaux auraient assurément dénaturé Darkness on the Edge of Town. Ainsi, on entend au fil de The Promise  plutôt que la suite annoncée de Born to Run là où s'ancre la tonalité très rockabilly, déjà nostalgique, qui illuminera The River ; plus précisément c'est un Bruce Springsteen qui n’a jamais autant tutoyé Roy Orbison (The Brokenhearted) ou Elvis (sublime version studio de Fire) qui se dessine là. On découvre même assez stupéfait un morceau qui n’aurait pas dépareillé sur un disque d’Abba (c'est l'époque), voire interprété par un Girl Group des sixties. Someday (We’ll Be Together), ovni springsteenien fascinant, est certes un peu irritant avec ses chœurs à haute teneur en glucose mais il faut bien préciser aux fans qui déjà le détestent que, dans le genre, le Boss ne tombera jamais aussi bas qu’avec Queen of the Supermarket, ce morceau au pathos moisi qui, en 2009, fila à jamais la honte à tout le reste de sa discographie, la seule de ses chansons qui nous a fait réellement douter du génie (passé, présent, futur) de ce mec. Bon, évidemment, lors du prochain passage du E Street Band en stade ou à Bercy (on parle de juillet 2011), Someday (We’ll Be Together) sera – avec Save my Love (actuel single très en deça de l'ensemble de The Promise) – le meilleur moment pour aller pisser, mais cela reste entre nous.

 

Au final, une grosse moitié des inédits sont de très bons morceaux du E Street Band (Wrong Side of the Street, Talk to Me, The Promise, Breakaway, City of Night) et on peut même se demander s'ils ne seraient pas devenus des standards s'ils avaient été publiés plus tôt. Un petit quart – les versions alternatives de morceaux ensuite enregistrés sous d’autres titres – sont franchement dispensables (Candy's Boy, Come on), et un dernier quart révèle de fort sympathiques faces B à la discographie officielle (The Little Things (My Baby Does), Outside Looking in).

Pourtant, pour vraiment apprécier ces inédits, il faut passer par un sentiment étrange et déplaisant, dont on parle peu en ces jours de revival béat...

Car The Promise pose une vraie question éthique. Les 22 morceaux ont tous été entamés en 1978 mais ont été terminés (tout du moins sous cette forme) en 2010. Soyons clairs, ce ne sont donc pas véritablement des prises d’époque. Pas seulement en tout cas. Les overdubs de 2010 y sont nombreux, certains arrangements, certains chœurs n’y étaient pas à l’époque et le disque fait même intervenir sacrilège ? des membres plus récents du E Street Band (Patti Scialfa assurément, Nils Lofgren peut-être) qui n’étaient que des fans à l’époque de l’enregistrement de Darkness on the Edge of Town (d'ailleurs, tous deux apportent leur témoignage dans le documentaire et c'est assez malvenu). Moins anecdotique, les prises de voix d'un Springsteen sexagénaire se mêlent à celles de 1978 (si cela pose question, avouons que ce n'est pas forcément si mal pour The Promise, une archive vidéo de 1978 montrant Springsteen finalement assez pénible sur ce morceau, bien trop braillard déjà). À certains égards, donc, on pourrait dire que ce disque est une contrefaçon, un paradoxe total. Comme si le passé ne pouvait demeurer en paix, comme s'il fallait solder les comptes de cette période et publier  aujourd'hui ce qui n'avait sciemment pas été achevé alors.  Garder la mainmise. Comme lors du conflit avec Appel. Publier l'inachevé soi-même avant que des corbeaux se ruent dessus, plus tard, trop tard. Peut-être Bruce Springsteen pense-t-il à la mort. Sans doute pense-t-il beaucoup à Danny Federici, organiste historique du E Street Band emporté par un cancer il y a peu. Sans doute y a-t-il surtout dans cette démarche une volonté de contrôler ses archives,  histoire que l'on ne fasse pas n'importe quoi, dans vingt ans, avec des bribes de ses chansons inachevées. Alors il les termine lui-même trente deux ans après. Tout cela est très bien fait et la différence s’entend rarement : il est quasiment impossible de bouder son plaisir à l'écoute de ce double-album. Mais la démarche témoigne aussi d’une volonté de ne pas vraiment choisir entre la publication de raretés (imparfaites, inachevées - "only for fans") et celle de proposer un vrai nouvel album (une démarche plus commerciale, donc). Tout cela est assumé (encore que le livret frustrant ne dise jamais vraiment ce qui date de 2010, hormis Save My Love, totalement réenregistrée cet été), alors on a quand même envie de passer à Springsteen cette contorsion un peu bizarre. Surtout quand, au bout de plusieurs jours d'écoutes répétées, une petite dizaine de morceaux s'imposent comme de vraies perles retrouvées. Surtout quand on voit, sur DVD, le E Street Band de 2009 interpréter en formation resserrée l'intégralité de Darkness on the Edge of Town dans un théâtre d'Asbury Park vidé de ses spectateurs (on ne s'est toujours pas remis de la furieuse version de Adam Raised a Cain exécutée pour l'occasion – à voir ci-dessous). 


Aussi, il vaut mieux envisager d'emblée The Promise comme un nouvel album de morceaux écrits en 1978 mais enregistrés aujourd’hui plutôt que comme une vraie collection d’inédits au son d'époque. Un vrai faux album  un peu à part,  un gros cadeau fait aux fans. Et du coup – l'imposant travail de production mené en 2010 en atteste   vraiment pas des fonds de tiroir lâchés à la légère. Dès lors que cette semi-déception est digérée, ce double album s’offre dans toute sa beauté paradoxale, tel l'antidote solaire du fameux et grave "album de la maturité" qu'est Darkness on the Edge of Town. Et l’on peut alors écrire sans crainte que c’est bien là le meilleur disque de Bruce Springsteen depuis Devils and Dust (et évidemment le meilleur du E Street Band depuis Born in the USA). En somme un précieux bonus à un coffret dont l’essentiel – vous l’aurez compris – réside ailleurs (les images d’archives, les concerts filmés, l’album original).


 

 

 


Par Ska - Publié dans : Bande son - Communauté : Le Monde du Rock
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Vendredi 19 novembre 2010 5 19 /11 /Nov /2010 17:28

C'est peut-être le plus beau film français de l'année. L'un des plus sensibles assurément. Un film  discret, tout en creux, dans lequel on aurait pu vivre, dans lequel on aurait pu respirer. Un film qui nous habite autant qu'on l'habite. Un film important. Un film intime. Un film à soi, comme on le dirait volontiers d'un disque. Ses protagonistes pourraient être nos proches. Son humeur, douce et mélancolique, fait écho à celle qui parfois (je l'espère) se glisse en ces pages.

Surtout, Memory Lane, qui n'est pas le moins du monde un film musical (quoique...), sait mettre en scène cette passion qui nous lie, celle des disques, de la musique, de la pop telle qu'on la vit au quotidien, telle qu'elle infuse doucement dans nos vies. Une pop anglo-saxonne à travers laquelle vivent et s'oxygènent ces personnages (musiciens parfois), à travers laquelle, aussi, passe ici très délicatement, très finement, l'expression du sentiment amoureux (une jeune femme y offre même un disque de Sparklehorse à celui qu'elle aime peut-être, c'est dire...).

Memory Lane sort en salles mercredi prochain, le 24 novembre. Une sortie discrète sans doute. Raison de plus pour en parler déjà et pour que vous ne le ratiez pas.

 


memory lane 4Tout d’abord producteur (de beaux films de Darielle Tillon ou de Martin Rit), c’est par trois moyens métrages que Mikhaël Hers s’est d’emblée fait connaître. Avant Memory Lane, déjà trois heures de cinéma et, plus qu’une promesse, une œuvre solide. On a ainsi envie d’appréhender ces quatre films comme un tout, de ne pas considérer les courts comme des prémices. Car si c’est une litote d’écrire que Memory Lane figurait dans les marges de Montparnasse ou de Primrose Hill, ce serait mal le comprendre que de reprocher à Hers de ressasser.

On revient certes en terrain connu (géographiquement, formellement, thématiquement), mais c’est bel et bien comme si on mettait sur une platine le nouveau disque d’un groupe aimé, un peu différent chaque fois mais au fond toujours le même. Les films dialoguent non seulement au gré de correspondances de casting, mais aussi au hasard de rimes visuelles, de décors et de situations ; les plans urbains qui servaient de transition entre les trois parties de Montparnasse rythment désormais la narration, revenant, tel le beau thème au piano de David Sztanke, comme un refrain.

Ce cinéma infusé de pop anglaise cultive le spleen gagnant des jeunes gens déjà bien ancrés dans l’âge adulte. On repense aux beaux moments, on essaye de comprendre où ça a basculé, on écoute inlassablement des disques raccrochant à l’insouciance qui s’éloigne. Qu’il s’agisse de Charell et de ses quadras se retrouvant vingt-cinq ans après, ou de Primrose Hill, qui, comme Memory Lane, fait de l’adresse à l’autre son mode liminaire d’énonciation, tous saisissent des êtres confrontés à la fuite du temps, à l’obsolescence du groupe, à la mort, à la disparition, à la difficulté de vivre tout simplement. Car “memory lane”, c’est aussi une expression désignant le cheminement de la mémoire, cœur du cinéma de celui qui, dès son premier film, adaptait Patrick Modiano, et qui partage ici avec le romancier du souvenir un beau titre anglophone. Mélancolique, ce cinéma l’est assurément, scrutant nos quotidiens avec une grande douceur, une parfaite attention.

Ici donc, sept amis de longue date saisis quelques jours dans la banlieue ouest de Paris. Un mois d’août appréhendé comme un sas, une banlieue envisagée comme un bout du monde, pas tout à fait la ville ni vraiment la campagne, des scènes entre chiens et loups, quand tombe la nuit ou quand se lève le jour. Deux sœurs reviennent de province visiter leur père malade, un garçon fragile retape une maison gagnée par la végétation, d’autres font de la musique. Chaque partition intime se fond dans une trame générale ménageant le mystère de personnages pris à un moment donné, sur un mode certes hyperréaliste (la banalité de certaines répliques, la frontalité quotidienne des lieux: piscine, marché couvert, médiathèque, Fnac) mais préservant volontiers des zones de flou.

Ce flou qui, dans un plan saisissant, isole Raphaël. Toujours en retrait, le personnage interprété par Thomas Blanchard ne joue pas de musique, lui ; on ne lui voit pas, contrairement aux autres, d’attaches sentimentales, familiales. Son cheminement est solitaire, déconnecté. Son histoire, effleurée, résonne avec une chanson du regretté Elliott Smith intitulée “Memory Lane” et ayant trait au séjour du chanteur américain en hôpital psychiatrique. S’il apparaît à la traîne, souvent perdu dans un cadre trop grand pour lui, Raphaël est par défaut un personnage central : c’est à lui que s’adresse, l’automne venu, le narrateur, comme c’est au groupe de quatre amis que s’adressait la jeune femme disparue de Primrose Hill. Ces personnages, au bord de la folie, de la disparition (comme Charell, comme l’absente du second segment de Montparnasse) sont des déclencheurs, des révélateurs, ceux dont le destin froissé éclaire des personnages aux contours plus banals (Thibault Vinçon ici, Jean-Michel Fête dans Charell). Discrètement, ils nous tendent une clé, nous aidant peut-être à pénétrer le mystère envoûtant du cinéma de Mikhaël Hers.


Stéphane Kahn

Texte précédemment publié dans le n°95 de Bref, le magazine du court métrage, actuellement disponible en librairies.


Sortie le 24 novembre


 

 

Par Ska - Publié dans : 24 images/seconde
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