Dimanche 9 mars 2008
On devrait toujours faire attention à ce que l'on écrit. Ne pas trop se répandre sur son amour pour les bandes magnétiques, pour l'assemblage patient de la compil idéale chère à notre lointaine adolescence (voir ici). Parce qu'un beau soir d'un an de plus, on se retrouve avec une mixtape vintage et personnalisée concoctée  par Mister K et Mr J, commentateurs (ir)réguliers de ce blog. Et, franchement, ça a une autre gueule que des mp3 sur une clé USB...

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par Ska publié dans : Instantanés
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Mardi 4 mars 2008

On ne l’a pas vu mourir. C’était le 2 mars.
Ces derniers temps, je ne visitais plus ses disques, mais à l’orée des années 90, comme j’avais pu les écouter !
See the Light, Hell to Pay, Feel This. Ceux qui suivirent étaient un peu moins bons. Ou alors peut-être, tout simplement, que, moi, j’étais passé à autre chose… Comme lui, d’ailleurs, qui, ces dernières années, avait plutôt enregistré des disques de « jazz New Orleans ».

Jeff Healey, donc, est mort il y a deux jours, à l’âge de 41 ans.
Jeff qui ? Jeff Healey… Mais si, tu sais, c’est ce guitariste aveugle qui jouait si bizarrement, la guitare posée sur ses genoux. Bien avant Ben Harper. Tu ne t’en rappelles pas, mais tu l’as peut-être vu dans une série B d’action avec Patrick Swayze. C’est là, dans Roadhouse, que, pour ma part, je l’ai découvert pour la première fois, en 1989, avec sa coupe de douille.
Non ? Ça ne te dit rien ? Vraiment ?

Il était Canadien. Il arpentait les territoires du blues-rock cartographiés patiemment par Stevie Ray Vaughan et ZZ Top, à une époque où la guitare électrique n’était plus tant à la mode. Des barbus texans, il avait d’ailleurs repris Blue Jean Blues sur le premier album de son power trio. Il avait une belle voix grave un peu éraflée et excellait dans les reprises : Roadhouse Blues des Doors, While my Guitar Gently Weeps de George Harrison, et puis tout cet album, Cover to Cover – arrivant après un long silence en 1995 – où Jeff et les indispensables Tom Stephen et Joe Rockman revisitaient les Beatles, Cream, Hendrix, Creedence Clearwater Revival et tant d’autres. Beau chant du cygne pour un groupe sans doute lassé, conscient de son anachronisme et passant alors discrètement la main tandis que le grunge explosait, toutes saturations dehors, de sa rage électrique…

PICT0016-copie-1.JPGC’est peu de dire, pourtant, que les riffs de Jeff Healey m’ont accompagné quelques années durant. Il y avait cette cassette de See the Light copiée par un pote de lycée, ce vinyle de Hell to Pay acheté au Virgin Megastore, ce bootleg intitulé Sound Barrier, ce cd de Feel This. Tant d’ingrédients à partir desquels les solos du blondinet au visage de poupin mirent bien souvent le feu à mes enceintes.
Je l’ai vu deux fois en concert. Au Zénith puis à l’Elysée Montmartre. Je n’en garde pas de souvenir particulier. Si ce n’est ce tee-shirt ridicule acheté au Zénith il y a quinze ans et que, je le confesse, je porte encore parfois pour dormir.
Ce trio loyal, honnête et droit ne faisait pas de vagues. C’était bien.
J’aurais pu m’enticher d’un autre groupe. J’en écoutais tant d’autres. Tout cela tient à peu de choses. Pourtant, ce fut celui-ci. À l’heure où Jeff Healey s’en va dans un dernier larsen, cela valait bien quelques lignes…

 

 


À voir ici une vidéo de See the Light, le morceau-phare du Jeff Healey Band, où le guitariste est exceptionnellement accompagné par Marcus Miller à la basse et Dr John au piano.

par Ska publié dans : Instantanés communauté : Le Monde du Rock
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Samedi 1 mars 2008
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Queens of the Stone Age au Zénith, il y a quelques heures... Un 29 février qui durera quatre ans...
Quatre ans à tenir... C'est aussi ce que nous nous disions cet après-midi, Place du Palais Royal, en protestant contre le désengagement de l'Etat en matière de Culture...
par Ska publié dans : Rock Album - Photos live, etc.
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Dimanche 24 février 2008


Depuis quelques semaines, vous pouvez lire ci-contre certains communiqués du Collectif national de l'action culturelle cinématographique. A l'heure où  des salles comme le Méliès de Montreuil ou le Comoedia de Lyon sont attaquées, sous le fallacieux prétexte de "concurrence déloyale", par l'hydre UGK2 / MKGC, il est important, ici, de s'aventurer hors de nos balises rock pour pointer les dangers encourus aujourd'hui par des lieux garants de la fameuse "exception culturelle française". Car ce ne sont pas que les salles qui sont menacées, c'est aussi les festivals, beaucoup d'associations, des réseaux de diffusion, des structures d'éducation à l'image, dont les subventions - publiques - ont considérablement baissé, voire été supprimées. Et surtout, il s'agit de pointer un climat général nauséabond où l'on voudrait nous faire croire que c'est forcément  mal, en matière de culture, de toucher de l'argent public. Opposition entre groupes privés et salles municipales, baisse massive des crédits aloués aux Directions régionales des affaires culturelles en direction de l'action cinématographique, bricolages pathétiques du Ministère de la Culture pour calmer la colère qui monte, remise en cause, surtout, de toute une politique de décentralisation pour que seulement quelques festivals - triés sur le volet - soient directement financés par le Centre National de la Cinématographie à Paris.

Toutes ces choses-là, pas mal de journaux (Libération, L'Humanité, Charlie Hebdo) s'en sont faits l'écho vendredi, jour de la cérémonie des César, le Collectif National de l'Action culturelle cinématographique ayant appelé ce jour-là à une opération "Ecran noir" dans les salles de cinéma. Enfin, quand je dis les salles de cinéma, vous aurez bien compris que je parle des salles indépendantes. Ce fut pour pas mal d'entre elles, l'occasion d'organiser des débats avec les spectateurs. Le rendez-vous fut suivi par 200 lieux (mais aussi, sous des formes d'action différentes, par des structures autres que les salles). Après, on pourra déplorer que certains se raccrochent aux wagons (l'Association française des cinémas art et essai jusqu'alors plus que discrète citée dans Libération ; le réseau Utopia aux positions plus qu'ambigües...), que l'on ne parle que des salles de cinéma quand c'est un secteur beaucoup plus large - tout ce qui a trait à la diffusion, à l'accompagnement des oeuvres - qui est concerné. Peu importe, ce qui compte, c'est que l'on en ait parlé et que le "grand public" ait enfin eu vent de ces problèmes, certes un peu techniques, mais tellement révélateurs d'un climat où tout ce qui a trait à l'action culturelle et au militantisme est assez mal vu...

En coulisses, il s'agissait aussi pour le
Collectif national de l'action culturelle cinématographique d'obtenir une prise de parole officielle durant la cérémonie des César. La demande faite par la Société des réalisateurs de films à l'Académie des César fut rejetée dans la journée de vendredi sous prétexte que seuls les remettants et les récompensés avaient le droit de parler. Dans sa réponse, Alain Terzian, président des César, expliquant que de toutes façons les professionnels étaient au courant et que certains ne manqueraient pas d'en parler (dans une belle hypocrisie pour justifier ses dires, il récupéra même le beau discours prononcé par Pascale Ferran l'an dernier). Les professionnels concernés ? Pas si sûr. Et regarder la cérémonie le confirma. Il y a deux mondes. Cette "grande famille du cinéma français", comme on dit (avec un Jean Rochefort parfait dans le rôle du notable bourgeois et je-m'en-foutiste) et les autres... Ceux qui s'escriment - bénévolement parfois - pour diffuser, accompagner les oeuvres. D'un côté, donc, ceux qui vendent du rêve (les stars, les "artistes", le glamour rance), de l'autre, ceux qui aiment le cinéma, qui le défendent au quotidien et se font une haute idée de l'action culturelle et de l'accessibilité des films aux publics les plus divers. Vendredi, donc, on regretta vraiment les dérapages jubilatoires des années précédentes, quand le Ministre de la culture était pris à partie par Pascale Ferran ou par Agnès Jaoui. Christine Albanel, elle, fut préservée. C'est toujours pareil. Les récompensés sont tellement contents de recevoir leur prix qu'ils n'ont guère la tête aux revendications. Et, quelque part, on peut les comprendre... Heureusement, vint Jeanne Moreau. Recevant un César d'honneur, elle n'oublia pas de dire quelques mots - improvisés paraît-il - sur la situation actuelle (à écouter ici). Ce n'était pas très vibrant, c'était assez généraliste malheureusement. La plupart des téléspectateurs ont déjà dû oublier ces quelques phrases. Dommage, mais c'était au moins ça...

Et puis ce matin, il y a un peu plus d'une heure, en écoutant France Inter, la nausée. Dans le "7/9 du dimanche", où la fin de l'émission était consacrée à ce qui nous tracasse, Jean-Michel Frodon, rédacteur en chef des Cahiers du cinéma, révèle à l'auditeur se réveillant tout juste que le texte de remerciement de l'absent Mathieu Amalric (César du meilleur acteur) a été censuré. Lu par Antoine de Caunes. Mais privé de sa conclusion. Une conclusion où Amalric part dans une vibrante attaque contre les multiplexes, citant notamment le travail accompli par l'Association des Cinémas de recherche en Ile-de-France et par les salles de province sur le film de Nicolas Klotz, La question humaine. On peut écouter l'émission ici, la déclaration d'Amalric étant à 1h54 du début. Invité dans l'émission pour représenter la Société des réalisateurs de films, Christian Vincent (La discrète, Quatre étoiles) se déclara atterré et affirma que la SRF allait très vite demander des comptes à Alain Terzian, Président de l'Académie des César. Il y a de quoi.

A suivre donc...


Déclaration (complète) de Mathieu Amalric sur le site des Cahiers du cinéma :
http://www.cahiersducinema.com/article1507.html

http://cinema-diversite-culturelle.blogspot.com/






par Ska publié dans : A suivre...
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Vendredi 22 février 2008


“Don’t hang around ’cause two’s a crowd

On my cloud, baby”

 

Désormais, c’est à bout de bras qu’on le brandit. Du coin de l’œil, tu l’as vu entrer dans ton champ de vision, s’installer bientôt au-dessus de ton épaule. Ce bras bardé de son appendice bi-bande se déroule près de ton visage à intervalles réguliers. Au début, il y a quelques années déjà, ce geste nouveau t’amusait. Geste de partage d’abord (faire écouter en direct le morceau aimé à l’absent-e), tu l’as vu, au fil des concerts, se muer en captation vampire floue et tremblotante. Désormais, tu ne le supportes plus. Ce soir-là, pourtant, la forêt de mains levées – tous ces portables fleurissant au creux des paumes – ne s’impose pas entre la scène et toi. Forcément, tu es quasiment au premier rang. Tu es arrivé tôt. Et malgré cela, il est là, sur ta droite, tout près de ton oreille, tenant en joue ce guitariste contorsionniste préposé aux bruits abscons.

Le mobile mitraille. Malgré les larsens que dardent les Marshall, tu entends distinctement le déclic ponctuant chaque photo prise. C’est probablement le genre de type qui proteste sitôt qu’un photographe professionnel, reflex en main, bien calé près du corps, se pose devant lui pour quelques secondes. Juste pour faire son boulot. Pro, poli. Lui, non, il vise à bout de bras, tendant le mobile comme un micro pirate, s’octroyant ainsi le droit de parasiter ton pur moment de rock’n’roll béatitude. Ces quelques centimètres gagnés lui procurent l’illusion de se rapprocher du groupe, de s’extraire de cette fosse qui le contraint. Il doit collectionner les clichés flous. Images approximatives qu’il ne regardera pas plus que tous ces mp3 qu’il ne prend probablement même pas le temps d’écouter. Tu es sûr, sans même l’avoir regardé, qu’il ne danse pas, qu’il n’a jamais dansé, qu’il se plante là pour bien voir, mieux voir, sans même bouger son cul. Sans doute aussi s’effarouche-t-il à l’entame du moindre pogo. Rock’n’Roll, certes, mais pas trop. Il te suffirait de tourner un peu la tête pour constater à quel point le mini-écran LCD trahit, aux yeux de ses voisins agacés, son ignorance crasse de ce qu’est un cadre. L’espace, globalement, ça ne doit pas être son fort. Déjà qu’il ne se rend pas compte de son irruption dans ce cocon fortifié que tu as délimité avec soin et qui te permettait jusqu’alors de te mouvoir presque à ton aise. Sans parler même de sa sacoche qui, quand il se penche en avant, vient cogner contre ton bassin. Pour produire ses piètres images pixellisées, il pousse contre toi, comme dans le métro à l’heure de pointe. Du coup, tu bouges encore un peu plus, le bousculant ostensiblement, histoire qu’il comprenne que tu goûtes assez peu que vos corps se frôlent ainsi. Son bras se tend encore un peu plus. Peut-être te maudit-il, toi, danseur irrationnel réagissant au moindre coup de grosse caisse.

Là, tu as envie de choper son portable et de le balancer loin devant toi, comme un objet sacrifié à la furie sonique que les amplis font rugir sur scène. Mais survient l’accalmie. La salle plonge dans le noir. L’hébétude après la tempête. La basse en pulsation sourde. Les cris enthousiastes en fading. Et tout d’un coup, alors que chacun tente de reprendre son souffle, ce riff attendu – séminal dirait le rock-critic fatigué – qui déchire la salle engourdie. La brusque poussée collective que ces accords barrés génèrent, tu ne l’as pas sentie venir. Lui non plus. Tandis que crépitent les flashs stroboscopiques, alors que la fosse bascule à la renverse, le fâcheux s’effondre contre toi, déséquilibré. Tu vas te retourner – lui en mettre une peut-être – quand tu sens quelque chose se briser sous ta semelle. Satisfaction. Déjà, la marée humaine t’as emporté loin de lui. Peut-être tente-t-il de se baisser au sein du maelström teenage pour réunir les débris de carte Sim que les Converse éparpillent au sol poisseux. Tu n’en sais rien. Tu t’en fous. Puisse-t-il se noyer, englouti, dans ces flots de sueur électrique. Tu n’auras pas vu son visage. Mais au moins, tu l’as semé pour le rappel…

par Ska publié dans : Songbook
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Jeudi 14 février 2008
Le texte ci-dessous a été publié en janvier dans le n° 81 de Bref, le magazine du court métrage.
Alors que le Festival du court métrage de Clermont-Ferrand fêtait la semaine dernière ses 30 ans, la proposition était d'imaginer, pour un dossier ludique, la soixantième édition de la manifestation auvergnate. Clermont 2038, donc...

Bref, accompagné d'un dvd de courts métrages, est en vente dans les Fn*c, par abonnement, et dans les bonnes librairies.
http://www.brefmagazine.com/






Clermont-Ferrand, juin 2038

“C’est quoi, les films ?”, demanda doucement la punkette à la jeune caissière.
Tu te pris de plein fouet le regard désemparé que t’adressa cette dernière. C’était quoi son prénom, déjà ? Ta mémoire te jouait des tours. Tu te souvenais mieux des films que des gens, cela avait toujours été le cas. Face à la caisse, elle avait l’air curieuse, la petite rockeuse en kit. Mignonne aussi. Elle ressemblait à ta fille. Ça méritait un effort. Tu t’avanças vers cette lycéenne à blouson clouté et sac patché en songeant que le siècle passé n’en finissait pas de revenir. Si seulement les vêtements vintage avaient été vendus avec les disques que tu écoutais adolescent, tu te serais senti un peu moins seul dans ce hall de cinéma déserté.
Quand elle te vit claudiquer vers elle, tu lus dans ses yeux cernés de khôl comme un regret. Elle voulait sans doute avant tout trouver de la fraîcheur dans la salle climatisée, rien de plus. Savait-elle seulement que, lors de tes premières visites, le festival de courts métrages avait lieu au cœur de l’hiver ? Elle l’ignorait probablement. À moins que ses parents lui en aient parlé un jour. Mais pourquoi auraient-ils évoqué pareil sujet ? Le festival rythmant la vie de la ville une semaine durant – et ce qu’elle soit ensoleillée ou enneigée –, ce n’était qu’un lointain souvenir. Aussi éloigné dans le temps que ces travaux qui durèrent des années avant que fonctionne enfin le tramway que tu prenais chaque matin depuis bientôt trente ans.
Pourquoi toi-même t’escrimais-tu, à soixante-dix ans passés, à montrer ces films dont tout le monde se contrefoutait ? On disait d’ailleurs que 2039 aurait la peau du dernier cinéma de la ville, qu’ils allaient enfin réussir à le faire fermer. La tache anachronique défigurant la ville aculturée allait enfin disparaître. Clermont-Ferrand rejoindrait la plupart des grandes villes de France. Et le travail de sape entamé dans le pays à l’orée du siècle, sous l’égide d’un président inculte, trouverait là son achèvement.
Qui se souvenait aujourd’hui que le Festival de courts métrages avait été un repère mondial, la fierté d’une ville ? Qui se rappelait de cette société où le cinéma était encore, parfois, considéré comme un art ? Comment lui expliquer, à la fille mâchouillant son chewing-gum, que les films que tu avais programmés témoignaient d’une époque féconde où de jeunes cinéastes pouvaient se révéler dans des formes atypiques, loin des produits aseptisés qu’imposaient depuis plus de vingt ans les canaux de diffusion asservis au Réseau® ? Comment la convaincre, enfin, d’aller voir ces films réalisés à la fin du siècle dernier, quand la France s’enorgueillissait de ce qu’on appelait crânement l’exception culturelle, quand les pouvoirs publics œuvraient encore en faveur de la création artistique ?
Bientôt, les choses avaient changé. Tu les avais vues changer. On avait commencé par sacrifier les artistes au profit d’un patrimoine rance, de la culture des morts, du régionalisme et du folklore. On s’était ensuite attaqué à ceux qui diffusaient ces films. Voir un film était encore une expérience collective. On parlait encore de cinémas Art et essai, à l’époque. Parfois même les lieux où l’on montrait les films que toi ou tes amis réalisaient étaient subventionnés par l’État, par les régions ou par les municipalités. Difficile à imaginer aujourd’hui. Car on avait vite cessé d’aider les films sous prétexte qu’on ne pouvait plus les exposer correctement. Si on ne pouvait les montrer, ils ne servaient à rien. C’est ce qu’ils avaient dit. Logique implacable. Trop courts, trop longs, trop élitistes, trop ambitieux, ça n’allait jamais, et ces cinéastes dont tu avais choisi de présenter les films ce jour-là, tu les vis bientôt tomber comme des mouches. La plupart changèrent de travail. Quand ils avaient la chance d’en trouver un.
Pour autant, la culture ne devint pas un luxe, non, elle était partout. Enfin, la culture… La leur : celle des têtes de gondoles, des humoristes télé, des talk-show et des best-sellers bon marché. Numérisée, virtuelle, impalpable, elle quitta les espaces collectifs pour les écrans domestiques qui nous cernaient d’un bout à l’autre de nos mornes journées. Des films, il y en avait toujours ; la plupart des gens n’y virent que du feu. La mue fut imperceptible, préparée depuis si longtemps. Quand un conglomérat de fournisseurs d’accès Internet réussit, après ceux de Cannes, à convaincre les organisateurs du festival de troquer les salles de cinéma de la ville contre une diffusion mondialisée via le Réseau®, l’équipe, en place depuis longtemps, implosa et se déchira. Au final, tous partirent. Ou furent virés. On se mit alors à faire n’importe quoi, à accepter tous les films proposés, à mélanger publicités et fictions, parodies potaches et expérimentations pures et dures. On noya l’identité vacillante de la manifestation dans une course à la rentabilité que plus personne n’était là pour freiner. Et tu te souviens très bien que c’est, un peu plus tôt, le jour où l’on décerna un prix YouTube® du meilleur film fait à la maison, que tu pronostiquas que l’on interdirait bientôt aux œuvres sur support argentique de concourir. Trop compliqué. Trop coûteux. Trop dangereux. Ta prédiction se réalisa l’année suivante.
Quand il y a trois ans de cela, on t’avait proposé de programmer des vieux courts métrages dans une toute aussi vieille salle de cinéma, tu n’avais pas été dupe. Tu avais bien compris que c’était là un moyen de relancer une manifestation à bout de souffle avec un surcroît d’“authenticité”. La mode était au rétro. Un chanteur populaire connu pour ses frasques et pour ses accointances avec le Régime® avait même rencontré un succès inouï en remettant au goût du jour des chansons enregistrées dans la France d’avant par quelques chanteurs gauchisants.
Programmer des films de l’époque – qui plus est dans ces conditions de projection anachroniques –, c’était une sorte de diversion publicitaire qui visait surtout à calmer la brouille entre la ville et la multinationale présidant désormais aux destinées du festival. Tu allais cautionner ces dérives, encourir les reproches de ceux qui avaient, il y a bien longtemps, claqué la porte. Des amis souvent. Tu aurais voulu refuser, mais tes finances ne te le permettaient pas. À vrai dire, cette proposition avait même été une véritable aubaine. Depuis que les régions s’étaient désengagées de la production cinématographique en 2012, tu avais peu à peu perdu tout espoir de refaire un film un jour. Tu avais continué à écrire. Pour toi. Tu avais filmé avec tes propres moyens, avec quelques illuminés de tes amis, puis la lassitude s’en était mêlée. Il y a bien longtemps de cela. Comme ce prix reçu en 2008 des mains d’une actrice dont le nom t’échappait paraissait irréel maintenant ! Pourtant, c’est grâce à cette récompense que tu l’avais rencontrée, lors d’une soirée de clôture mémorable, et que, de fil en aiguille, tu t’étais finalement installé ici, au pays des volcans.
Ils te laisseraient programmer ce que tu voulais. Enfin, c’est ce qu’ils t’avaient dit. Qu’est-ce que ça pouvait bien leur faire finalement puisque personne ne venait voir ces films ?
Comment lui expliquer tout ça à la petite punkette ? Tu te demandes par où commencer, tu arrives devant elle, quand, soudain, elle se détourne pour s’adresser à nouveau à la caissière sans nom.
“Bon, je prends une place. Je verrai bien.”
Aller au cinéma, dernier geste punk ?
La porte de la salle se referme sur elle avant que tu aies pu réagir. Peu importe. Tu seras à la sortie. Elle ne le sait pas encore, mais tu seras à la sortie. Et tu lui expliqueras.


par Ska publié dans : Songbook
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Dimanche 10 février 2008
On n’aura peut-être pas vu le concert de reformation de Led Zeppelin à Londres le 10 décembre 2007, mais, ce soir, on se sera téléporté en 1970 pour voir le quatuor encore balbutiant filmé par Peter Whitehead dans la capitale britannique.
Led Zeppelin Live at the Royal Albert Hall était donc projeté à l’Ecran de Saint-Denis, ce soir, dans le cadre du très recommandable festival Combat Rock. Belle salle, grand écran, son énorme, on n’aura jamais vu et entendu Led Zep d’aussi près.
Ce film assez rare que l’on peut voir morcelé sur YouTube (c’est déjà ça), je l’avais raté l’an dernier à la Cinémathèque Française où il était montré dans le cadre de la rétrospective consacrée au cinéaste anglais qui a inspiré à Antonioni le personnage interprété par David Hemmings dans Blow Up.
A l’heure du montage pétaradant, des petites caméras et de la recherche d’angles de vues aussi variés - et improbables - que possible, le film de Peter Whitehead lave notre regard de tant de médiocres captations et des codes télévisuels dévolus à la musique filmée. Le filmage de Whitehead s’avère en effet aussi vintage que la Les Paul de Jimmy Page. Deux caméras 16 mm portées à la main et c’est tout. Résultat : le film est brut, dénué presque totalement d’afféteries. On se demande pourquoi Led Zeppelin et Peter Grant, qui l’avaient commandé à Whitehead, n’en voulurent finalement pas. "Trop sombre", dirent-ils. A moins que ce soit plutôt parce que le groupe s’y présentait alors dans le plus simple appareil, pas encore décidé sur son look (le fameux pull jacquard sans manche de Jimmy Page), pas encore esclave des attributs de la légende.
Quoi qu’il en soit, le film est un document formidable sur un groupe saisi au complet, souvent rassemblé d’ailleurs dans le plan. Uni, soudé, implacablement lié, cimenté par cette rythmique massive assurée par Bonham et Jones. Il est frappant de comparer ce film-là à Ziggy Stardust and the Spiders From Mars de D.A. Pennebaker (1973), film littéralement hypnotisé par Bowie et ne montrant presque jamais les musiciens qui le secondaient. Rien de tel dans le film de Whitehead, où l’ennui pointerait presque dès que le quatuor est destabilisé, dès que l’élan collectif laisse la place à la performance individuelle (les morceaux en solo de Page et de Bonham). Ce sont ces passages-là que l’on zappe dans les bootlegs du groupe, ce sont aussi ces moments-là qui apparaissent comme les plus faibles dans le film. Comme si l'énergie du cinéaste se dévidait dès lors que son projet doit se focaliser sur un seul membre du groupe.
Car Led Zeppelin est, plus qu’aucun autre groupe – bien plus même que les Who – la somme de quatre individus, une formation dont le line-up jamais ne changera, qui ne s’éparpillera pas dans les projets annexes, et dont la course ne sera stoppée que par la mort de l’un d’entre eux.
Par une mise en scène qui lui est paradoxalement dictée par le peu de moyens dont il dispose, Peter Whitehead traduit déjà cela. Il n'y a pas de place pour une cinquième personne ici. S’il veut filmer le groupe, ce sera en contrebande, en se frayant un chemin sur la scène, en se planquant derrière Bonham, en filmant de la fosse, en cadrant comme il le peut cet événement auquel il ne peut participer. Il est évident dans Live at the Royal Albert Hall que Led Zeppelin ne se plie à aucune consigne. En 1970, le groupe se contrefoutait des deux caméras, il n’y avait pas de place pour la mise en scène. Cela viendra plus tard. C’est tout le talent de Whitehead d’avoir réussi, malgré tout, à filmer ce concert exceptionnel.


Les premières minutes : We're Gonna Groove
 
 
par Ska publié dans : 24 images/seconde communauté : Le Monde du Rock
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Dimanche 3 février 2008
dEUS et Sparklehorse comptent parmi les meilleurs groupes au monde (assertion totalement gratuite, j'en conviens, mais ça fait du bien de l'écrire, non ?).
Cela tombe bien. Si Tom Barman et Mark Linkhous ne se sont peut-être jamais rencontrés, deux de leurs morceaux n'ont jamais cessé de résonner à mes oreilles, de se renvoyer leurs reflets tordus, comme deux faces d'un même médiator... Basses lourdes, voix déformées, scansion cinématographique, cuivres menaçants, rythmique lancinante et production incroyable dans les deux cas.
Et pour les clips, excusez du peu, les frères Quay (pour Sparklehorse) et l'icône des films de Cassavetes, Seymour Cassel (pour dEUS)...




Mais tout cela ne vaut pas cette prestation live de dEUS en 1999...




... et ces images ahurissantes de l'enregistrement de Theme From Turnpike...

par Ska publié dans : Playlist Vidéo - Raretés, curiosités, etc. communauté : Le Monde du Rock
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Jeudi 24 janvier 2008

<< (RWD) C’était la boutique d’un photographe. Il l’avait toujours connue. Enfant, adolescent, quand il passait ses vacances – à Pâques, l’été – dans cette petite ville bourgeoise où habitaient ses grands-parents. Les appareils photo, le matériel, il ne s’y intéressait pas le moins du monde, mais cette boutique était pourtant comme un phare. Pour une raison très simple : on y vendait des cassettes. Et c’était le seul endroit, en ville, où il pouvait repaître son goût balbutiant pour le rock’n’roll.
(PLAY) >
Or, ce présentoir, dehors, à l’entrée, il n’avait pas bougé. Il le retrouvait comme tel en ce jour de décembre 2007. Lui avait vingt ans de plus, mais le présentoir trônait toujours là, anachronique présence au seuil d’une boutique désormais dévolue aux accessoires numériques dernier cri. Jaquettes délavées pour photo mentale jaunie. Tel Marty McFly débarquant dans un Hill Valley fifties, il constata que rien ne semblait avoir bougé depuis cette première cassette achetée là-bas. Il s’en souvenait, ça avait dû être à l’été 1986, A Kind of Magic de Queen. Déjà une question de temps puisque pas mal de morceaux dudit album avaient été utilisés pour Highlander, film périssable sur l’immortalité, l’un de ses préférés à l’époque. Cette cassette, il avait passé tout l’été à la jouer et la rembobiner sur son Walkman pour s’enquiller Princes of the Universe ou Don’t Lose Your Head ad libitum. Il y en avait eu d’autres. Quelques unes. Pas trop. C’était toujours à regret qu’il achetait une cassette. Pour les albums, il préférait déjà les vinyles, tellement plus pratiques quand il souhaitait écouter un morceau en particulier. Mais en vacances, il n’avait pas son tourne-disque, celui sur lequel se succédaient les 45 tours qu’il achetait chaque semaine dans ce Prisunic, rue du Poteau. Les cassettes, c’était bon pour les trop longs trajets en voiture, tout au plus…
(FWD) >>
Ce jour de décembre, donc, tandis que la nuit tombait déjà, il s’approcha du présentoir. Les jaquettes l’ornant lui furent d’emblée étrangement familières. La plupart des cassettes dataient des années 90, pas mal aussi des années 80. Comme si le temps s’était arrêté au seuil de cette échoppe. Il y avait de très bonnes choses, là où on aurait plutôt attendu quelques chanteurs populaires aux idées faciles d’accès. Blur et Pulp, fleurons britpop, côtoyaient INXS, A-Ha, Prince et Terence Trent d’Arby. Plus improbables, au milieu de tout ça, d’autres cassettes d'un goût douteux jaillies d’un passé révolu par on ne sait quelle faille temporelle. À portée de main, présence incongrue, la bande originale d’un obscur film de science-fiction français mettant en scène une ex-idole des jeunes aux cheveux blanchis. À treize ans, il avait même brièvement eu une affiche de ce sous-Mad Max dans sa chambre. La cassette avait beau s’être échouée là il y a plus de vingt ans, on avait quand même changé l’étiquette lors du passage à l’euro. Elle en valait six ce jour-là.
(PLAY) >
Troublé, il continuait de parcourir le présentoir quand une musique retentit. Un truc inconnu. Médiocre forcément. À l’intérieur, ils avaient dû le voir. On lui avait mis de la musique. Là, à l’entrée, rien que pour lui. Il songea à Rod Serling, à La Quatrième dimension, et plus particulièrement à cet épisode où un homme pressé retourne dans la ville où il a grandi et la retrouve telle qu’elle était trente ans auparavant, inchangée. La chanson qui, telle une sirène enjoleuse, voulait le retenir là n’était heureusement pas d’époque. Cela le rassura un peu. Un peu seulement. Il ne valait mieux pas, c’était le cas de le dire, s’éterniser ici…
(STOP EJECT)

par Ska publié dans : Songbook communauté : Le Monde du Rock
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Dimanche 20 janvier 2008

iron---wine.jpgJe ne remercierai jamais assez G.T. de m’avoir fait découvrir récemment Iron & Wine. Depuis la lecture de son article, les six disques du groupe (3 albums et 3 E.P.), sont bien au chaud à côté de moi, compagnons de route pour longtemps sans doute.
Hier soir, le groupe de Sam Beam jouait au Divan du Monde à Paris. Disons que ce groupe texan, qui a notamment collaboré avec Calexico, évoque, par la délicatesse de ses arrangements et de ses harmonies vocales, une sorte de rencontre rêvée entre Simon & Garfunkel, Elliott Smith et Sufjan Stevens. Plus précisément, Iron & Wine, c’est à chaque nouveau morceau la chanson que Herman Dune réussit une fois sur cinq seulement. Une musique gorgée d’Americana et d’arpèges sublimes qui me ferait presque renier Sparklehorse si seulement Sam Beam était aussi cabossé que Mark Linkhous…
Hier soir, donc, ils se présentèrent à huit sur scène. Le nombre de musiciens n’était pas ici synonyme de puissance et d’esbroufe, mais visait plutôt à dessiner avec précision les nuances musicales de chaque morceau. Finesse des arrangements, place accrue des percussions (comme sur le dernier album The Shepherd’s Dog), le Divan du Monde, salle à l’acoustique exceptionnelle, se transforma en cocon accueillant et bienveillant pour le folk-rock idéal de Iron & Wine.

 

par Ska publié dans : Instantanés communauté : Le Monde du Rock
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Communiqué

21 juin ... BOUM !

Pas de fête sans musique
Pas de musique sans culture !
Pas de culture sans nous !

R E N D E Z - V O U S

••••••••••••••••••••••••

11h00 à la Pyramide du Louvre et départ de la Caravane

autour d’un concert de TETES RAIDES

12h00 au Cinéma Le Méliès de Montreuil Projections :

« Charlot fait sa cure » de Charlie Chaplin 17’, « Courts Sauvons la culture »… débat autour du cinéma , prise de paroles d’acteurs et des surprises ...

15h00 au Théâtre du Rond Point

avec la présence de Bertrand Tavernier, Josiane Balasko , Guy Bedos ...

18h00 au Centre Commercial GALAXIE Place d’Italie 2

KARINE SAPORTA (danseuse chorégraphe) va investir une partie du lieu avec ses danseurs dans le cadre original du centre commercial ...

Final en fanfare !!!!!

De la musique, des lectures, des projections, de la danse, des performances…

Face au désengagement sans précédent de l’Etat, des artistes du monde de l’art et de la culture, tous domaines confondus, se rassemblent pour faire la fête et affirmer le caractère essentiel de la création, le droit inaliénable pour tout être humain d’accéder à l’imaginaire et à la pensée, à l’éveil sensible et à l’esprit critique, la nécessité d’une politique culturelle ambitieuse, intelligente et généreuse, à la hauteur de l’enjeu démocratique.

Le 21 juin, suivez la caravane

La culture, c’est des centaines de métiers, des millions de spectateurs, un patrimoine à entretenir, à transmettre et à construire !

La culture, c’est l’histoire de chacun, l’apprentissage de la différence et de la diversité, la construction de la liberté individuelle au travers d’expériences multiples et polymorphes, individuelles et collectives

La culture fait reculer la peur, l’ignorance et l’exclusion

La culture est préalable à la récolte, elle nécessite de l’attention et de l’opiniâtreté, de la quotidienneté, de l’investissement, du professionnalisme.

Quand l’Etat fixe des critères économiques de résultat à la culture, il renie sa mission d’intérêt général et de service public pour lequel il est élu.

Nous, professionnels de la culture, affirmons que nous ne laisserons pas démanteler notre histoire, notre passion, notre avenir, et que, comme la santé et l’éducation, c’est l’affaire et l’intérêt de tous.

La culture, c’est le relais indéfectible des idées, des luttes et des combats, elle transmet notre imaginaire individuel et collectif, interroge notre société, aide à sa transformation.

La culture nous lie et nous tient.

Ne laissons pas les chacals brouter nos idéals !

Les Têtes Raides

Le Collectif National de l’action culturelle cinématographique et audiovisuelle

Rejoignez la pétition en ligne : www.sauvonslaculture.fr !


 


 


 

Sauvons la culture !
Appel à une mobilisation citoyenne pour l'art et la culture

Face au désengagement sans précédent de l'Etat, des artistes et des acteur(e)s du monde de l'art et de la culture, tous domaines confondus, se sont réunis pour affirmer le caractère essentiel de la création, le droit inaliénable pour tout être humain d'accéder à l'imaginaire et à la pensée, à l'éveil sensible et à l'esprit critique.

Tous les champs et toutes les disciplines de l'art et de la culture appellent à une mobilisation pour une politique culturelle ambitieuse, intelligente et généreuse, à la hauteur de l'enjeu démocratique.

Emparez-vous de ce texte, signez-le et faites-le signer ici.

Et rendez-vous le mercredi 7 mai pour une grande journée de mobilisation nationale autour du texte, dans tous les lieux d'art et de culture (théâtres, lieux de spectacles et de danse, cinémas publics et privés, lieux d'expositions, lieux d'arts contemporains, lieux de culture multimédia, lieux de musiques, opéras, centres culturels, MJC, foyers ruraux, conservatoires, bibliothèques, médiathèques, universités, écoles, collèges, lycées, musées, écoles d'arts...).



mardi 22 avril 2008


La remise en cause brutale de nombreux financements liés au soutien à la création indépendante, à la démocratisation de l’accès à la culture, à la politique de la ville, à l’éducation, l’enseignement supérieur et la formation professionnelle artistiques ou encore aux actions internationales, suscite inquiétude, indignation et colère chez tous ceux qui œuvrent au quotidien pour l’art et la culture.

Cinquante ans de politiques culturelles innovantes et audacieuses ont permis la création d’un maillage culturel territorial quasiment unique au monde. Des salles de cinéma, des théâtres, des bibliothèques, des lieux de spectacles et d’expositions, des orchestres, des artistes de toutes formes d’expression artistique (théâtre, danse, musique, cinéma, arts visuels, arts du cirque et de la rue…) qui se déplacent sur tout le territoire, des associations, des festivals et manifestations liés à tous les arts, permettent partout en France, à un vaste public de rencontrer des œuvres, leurs auteurs et interprètes.

Aujourd’hui, cette richesse collective est mise en péril.

« Le budget d’austérité » proposé par notre ministre de la Culture et de la Communication et par le Premier ministre, ainsi que les arbitrages annoncés pour l’année 2008, les perspectives sombres des futurs budgets bientôt triennaux nous alarment à juste titre. La part de la Culture représente déjà moins de 1 % du budget de l’État. Comment accepter que ce chiffre soit encore révisé à la baisse ?

Des dizaines de milliers d’emplois sont concernés. L’existence même de nombreuses actions et structures est menacée. Mais, par-delà l’aspect financier, c’est le renouvellement des talents, l’unité et la solidarité entre générations, le droit à accéder aux langages de l’art, à l’expression et à la création qui sont en danger.

Les collectivités locales, depuis des années, interviennent massivement en faveur de l’art et de la culture. Si elles sont amenées à jouer un rôle plus important, l’État a un rôle à jouer pour garantir l’égalité entre les territoires et assurer la cohérence, la complémentarité et la diversité des politiques publiques pour la création artistique et son appropriation citoyenne.

Nous soutenons que l’État doit affirmer le caractère essentiel de la création, le droit inaliénable pour tout être humain d’accéder à l’imaginaire et à la pensée, à l’éveil sensible et à l’esprit critique par l’art et la culture.

Pour cela, il doit :

- garantir la diversité des créations, tant dans leurs moyens de production que de diffusion, et non les réduire à des produits de consommation culturelle en les livrant à la seule loi du marché ;

- assurer à tout citoyen la rencontre avec des œuvres en accompagnant de manière volontariste l’action et la diffusion culturelles, et en épaulant les artistes et les relais institutionnels et associatifs ;

- maintenir et promouvoir l’éducation artistique dans les programmes de l’Éducation nationale en lien avec le ministère de la Culture et de la Communication. Réconcilier les enfants, à l’école comme à la télévision, avec toutes les formes d’intelligence ; les aider dans les établissements scolaires comme à l’extérieur, à distinguer une œuvre d’un produit ; leur donner le choix des arts dans leurs diversités, en faire une chance et une arme contre les déterminismes et les divisions.

L’État doit contribuer réellement au financement de cette ambition qui fait de la France une exception et lui confère son rayonnement et son attractivité internationale. Nous devons résister à ces bien maigres économies qui causeront de bien grands dégâts (Victor Hugo).

À quelques semaines de la présidence française de l’Union européenne, nous nous devons de relancer le débat national pour le porter ensuite au niveau communautaire.

Rassemblant toutes les disciplines artistiques, nous exigeons que cette question cruciale soit replacée au cœur des préoccupations de notre société.

Aussi appelons-nous à la mobilisation pour une politique culturelle ambitieuse, intelligente et généreuse, à la hauteur de l’enjeu démocratique.



http://sauvonslaculture.fr/

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